Le Rabbi ne fut pas seulement le fils aimé de son père, mais aussi son disciple le plus accompli, avec lequel il continua de correspondre dans les profondeurs et les secrets de la Torah malgré une distance géographique immense. Pourquoi tous pleurèrent-ils lors de la Bar Mitsva du Rabbi, comment un mariage put-il se dérouler sans le marié, et de quelle habitude Rabbi Levi Its’hak supplia-t-il son fils de cesser ? Voici l’histoire des liens singuliers qui unirent Rabbi Levi Its’hak à son fils, le Rabbi.
Le mariage de Rabbi Levi Its’hak avec la Rabbanit ‘Hanna se déroula le 13 Sivan 5660 (1900) dans la ville de Nikolaïev. La proposition d’union entre Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna, née Yanovski, avait été suggérée par le saint Rabbi Rachab.
Rabbi Levi Its’hak demeura à Nikolaïev, subvenant à ses besoins à la table de son beau-père, durant près de dix années, jusqu’en 5669 (1909). Il fut alors nommé, avec la bénédiction et les encouragements du Rabbi Rachab, à la fonction de rabbin de la ville de Yekaterinoslav, qui deviendra plus tard Dniepropetrovsk.
Environ deux ans après son mariage, le vendredi 11 Nissan 5662 (1902), naquit son fils aîné, celui qui deviendra le Rabbi de Loubavitch.
Ce n’est pas le lieu de s’étendre longuement sur les années d’enfance du Rabbi, ces éléments ayant été rassemblés en de nombreux ouvrages. Dans le cadre de ce récit, nous nous concentrerons uniquement sur le lien qui unissait le Rabbi à son père, cet homme d’exception.
En une certaine occasion, la Rabbanit ‘Hanna, mère du Rabbi, raconta : « Mon mari m’ordonna de laver les mains de l’enfant chaque fois qu’il se réveillerait de son sommeil et voudrait manger, et cela dès le jour de sa naissance, ce qui ne fut pas le cas pour mes autres fils. Il s’agissait sans doute, ajouta la Rabbanit, d’une directive émanant du saint Rabbi Rachab. »
Ce même vendredi 11 Nissan 5662 (1902), le Rabbi Rachab expédia six télégrammes de Loubavitch vers Nikolaïev, contenant des bénédictions et des vœux pour la naissance de l’enfant, ainsi que diverses questions et instructions relatives à sa venue au monde et à son éducation.
La célébration de la Bar Mitsva
Dans le journal de ses souvenirs, publié récemment, la Rabbanit ‘Hanna évoque la célébration de la Bar Mitsva du Rabbi :
« Lors de sa Bar Mitsva, il prononça deux discours, l’un dans la partie révélée de la Torah, l’autre dans sa dimension cachée. Un très grand public y assista. La célébration eut lieu un Chabbat et le Farbrenguen se prolongea jusqu’après la Havdala. Moi-même, je n’étais pas dans la pièce où furent prononcés les discours, mais tous marchaient en état d’exaltation devant leur contenu, une exaltation impossible à décrire. Je me souviens que l’ingénieur Palei, homme très doué qui savait étudier avec finesse et acuité, s’approcha de moi et me dit : « C’est la première fois de ma vie que j’entends de telles paroles de la bouche d’un garçon de cet âge. » »
« Ensuite, le père du jeune homme lui demanda de lui promettre une chose. Moi-même, je n’étais pas présente, et ce n’est pas sans difficulté qu’il finit par y consentir. Des hommes âgés et des jeunes gens sortirent de la pièce, observants et non observants, le visage baigné de larmes. Il régnait là une atmosphère que je ne saurais dépeindre. Cela dura de longues heures, jusqu’à ce que le jeune homme donnât enfin sa réponse favorable. »
« Alors tous sortirent ensemble en dansant, le visage en larmes mais rempli de joie, comme s’ils étaient tous passés dans un autre monde. »
Un père et un maître
Plus d’une fois, lorsque Rabbi Levi Its’hak consultait la Rabbanit sur un sujet, celle-ci faisait remarquer : « Il faut entendre l’avis de Mendel, il possède un raisonnement sain. » Elle déclara même un jour : « Mon mari le rabbin ne l’aimait pas simplement de l’amour d’un père pour son fils, mais il l’estimait et tenait compte de son opinion sur diverses questions, et cela dès son enfance. »
Le précepteur du Rabbi, Rav Zalman Wilenkin, rapporta qu’un jour de Chabbat, alors que Rabbi Levi Its’hak enseignait devant l’assemblée la dimension cachée de la Torah, l’un des présents osa lui demander devant qui il exposait tout cela, puisque personne ici n’était en mesure de comprendre ses paroles. Rabbi Levi Its’hak répondit : là-bas, dans ce coin, se trouve un jeune homme qui comprend tout ce que je dis. Et il désigna son fils aîné, le Rabbi.
À cette époque, Rabbi Levi Its’hak confiait à son jeune fils les lettres que lui adressaient les grands d’Israël, afin qu’il y réponde. En une occasion, le père révéla à l’un de ses correspondants que la réponse à la question complexe qu’il lui avait récemment envoyée avait été rédigée par son jeune fils.
Rav Chemouel Grossman rapporta qu’un des ‘hassidim passa un jour un Chabbat chez Rabbi Levi Its’hak à Yekaterinoslav. Durant les repas, Rabbi Levi Its’hak s’entretenait de paroles de Torah, passant d’un domaine à l’autre, mais s’interrompait de temps à autre et attendait que son fils aîné indique les références des propos qu’il venait de tenir. En une occasion, l’invité demanda à Rabbi Levi Its’hak pourquoi il ne citait pas lui-même les sources de ses paroles. Rabbi Levi Its’hak lui répondit : mon fils, son érudition embrasse le monde entier. Et lorsqu’il énonce les références, j’entends des sources nouvelles auxquelles je n’avais pas songé en tenant mes propos, de sorte que se réalise véritablement en moi le verset « et de mes disciples, celui-ci étant mon fils, plus que de tous ».
Après que le Rabbi fut devenu érudit et génie dans le Chass et les décisionnaires, ainsi que dans la sagesse de la Kabbale, et en raison de la nécessité d’affronter les autorités pour les besoins de la communauté, il fut décidé qu’il acquerrait également une instruction générale. Cette autorisation reposait sur les deux possibilités mentionnées au chapitre huit du Tanya : soit « comme une hache pour trancher », soit « qu’il sache s’en servir au service de D.ieu ou pour Sa Torah ».
Ici, en cette époque et en cette situation, les deux se révélaient nécessaires. Monsieur Israël Idelson, connu plus tard sous le nom d’Israël Bar-Yehouda, qui dirigeait à l’époque le lycée municipal de Yekaterinoslav, raconta bien des années plus tard à son ami l’histoire suivante :
« Un jour, le Rabbi s’approcha de moi et me confia que son père l’avait appelé pour lui dire : « Il te serait profitable, mon fils, d’étudier également les matières profanes et de te préparer aux examens du baccalauréat. Je suis convaincu que tu en tireras un grand bénéfice. » Mais le père posa une condition à son fils : sur les seize heures d’étude sacrée quotidiennes, il ne devait, à D.ieu ne plaise, en retrancher une seule minute au profit de l’étude profane. Il ne pouvait le faire qu’aux dépens des six heures qui lui restaient pour manger, dormir et se reposer. Je lui demandai s’il envisageait sérieusement de passer les examens du baccalauréat, auxquels des jeunes de son âge devaient se préparer durant environ six années. Il me répondit qu’il espérait y parvenir, mais me pria de l’aider et de lui donner des orientations générales. Rabbi Levi Its’hak posa une réserve supplémentaire : les études générales devaient se faire à la maison, et non dans un cadre officiel quelconque. Je l’assistai et l’orientai vers des professeurs adaptés. Six mois ne s’étaient pas écoulés qu’il réussissait avec un grand succès les examens du baccalauréat. »
Entre Leningrad et Yekaterinoslav
À partir de 5683 (1923), lorsque le Rabbi rencontra pour la première fois le Rabbi Rayats, il partagea son temps entre son père et celui qui deviendrait son beau-père et son maître. À cette époque, le Rabbi Rayats introduisit le Rabbi au cœur du travail sacré, et le Rabbi prit une part active à tout ce qui se déroulait auprès de son beau-père.
C’étaient les jours de la montée des communistes au pouvoir. Le Rabbi Rayats, qui résidait alors à Leningrad, aujourd’hui Saint-Pétersbourg, menait sans crainte le combat de la Torah, tandis que, parallèlement, Rabbi Levi Its’hak conduisait dans sa ville la lutte du judaïsme face au régime. Le Rabbi était présent ici et là-bas, tant auprès du Rabbi Rayats qu’auprès de son père. Il recevait leur enseignement et, en parallèle, s’engageait dans le combat de la Torah aux côtés de son père comme du Rabbi Rayats.
Lorsque l’étau du danger d’arrestation se resserra autour du Rabbi Rayats, le Rabbi fut prié de réduire au minimum ses voyages vers son père à Yekaterinoslav. Il lui fallait rester proche du Rabbi, proche des événements, prêt à faire face à tout malheur.
Le Rabbi passa le début de l’année 5687 (1927), l’année de l’arrestation, dans la maison de son père, puis il revint à Leningrad, au foyer de l’activité. Après l’arrestation et la libération du 12 Tamouz, lorsqu’il fut décidé que le Rabbi Rayats quitterait la Russie et que, sur la liste des proches qu’il emmenait avec lui, figurait aussi le nom du Rabbi, ce dernier partit pour une dernière rencontre avec son père.
Le Rabbi Rayats quitta la Russie à la fin du mois de Tichri 5688 (1927), et le Rabbi se rendit auprès de ses parents pour y passer les fêtes de Tichri. On peut supposer que les sentiments de Rabbi Levi Its’hak et de la Rabbanit ‘Hanna étaient mêlés. D’une part, la joie et la fierté devant l’avenir éclatant qui s’ouvrait à leur fils aîné, et d’autre part, la peine et la douleur de la séparation d’avec ce fils cher et bien-aimé.
Cette fête de Sim’hat Torah de l’année 5688 (1927), dans la maison d’étude de Rabbi Levi Its’hak, fut grandiose et immense, lorsque le fils aîné du père, chéri de tous et de toute la communauté, insuffla de toutes ses forces une joie profonde, la joie véritable de la Torah, dans le cœur de tous les présents, tel celui qui charge une provision abondante destinée à servir de viatique pour une longue route de nombreuses années.
Le père, cet homme d’exception, dansait avec enthousiasme, un Sefer Torah dans les bras, et face à lui son fils, dansait et bondissait de toute sa force, poursuivant sa danse en l’honneur de la Torah, en l’honneur d’Israël et en l’honneur du Saint béni soit-Il, qui donne la Torah et choisit Son peuple Israël, même lorsque son père cessait de danser par épuisement.
Presque toutes les heures du jour et de la nuit, le Rabbi continua de danser, entraînant dans cette joie tous les habitants de la ville, grands et petits, et cette joie emporta même des étrangers.
Des années plus tard, la Rabbanit ‘Hanna reconstitua ses souvenirs devant N. Ben Yo’hanan :
« Personne, hormis mon mari et moi, ne savait que notre fils s’apprêtait à partir pour son lointain voyage. Ce Sim’hat Torah, on célébra énormément, on dansa sans mesure, comme pour dissimuler nos sentiments véritables. Nous nous efforcions de toutes nos forces d’être plus joyeux et plus vifs que jamais. Je regardais les yeux de notre fils et je voyais combien il lui était douloureux de devoir nous quitter, mais ils semblaient aussi dire : maman, ne t’inquiète pas. »
C’étaient de grands jours pour le Rabbi et pour son père, comme si leur cœur leur soufflait qu’ils ne se reverraient plus face à face. Le fils s’efforçait de recevoir toujours davantage de son père, son maître et son guide depuis le jour de sa naissance jusqu’à cet instant, et le père s’appliquait à transmettre à son fils toujours plus de l’héritage de ses ancêtres qu’il portait en lui.
Le jeudi qui suivit Sim’hat Torah, le Rabbi quitta la maison de ses parents et prit le train pour Leningrad, d’où il franchirait les frontières du pays. Désormais, le lien entre eux se maintiendrait par le papier, à travers les lettres et les colis que le Rabbi enverrait à ses parents, et les lettres que Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna adresseraient à leur fils.
Un mariage sans marié
La première lettre que nous possédons, de Rabbi Levi Its’hak à son fils le Rabbi, date de la veille de Pessa’h, dans l’après-midi, de l’année 5688 (1928).
Cette lettre, ainsi que toutes les dizaines de lettres que Rabbi Levi Its’hak écrivit au Rabbi au fil des années, s’ouvrent par des vœux à l’occasion du jour ou de l’événement concerné, qu’il s’agisse de vœux pour une fête précise comme Roch Hachana, Pessa’h ou Chavouot, ou d’une lettre marquant un événement de la vie privée du Rabbi, tel un anniversaire de naissance ou de mariage. Chacune de ces lettres s’ouvre par quelques mots consacrés à cet événement personnel ou à cette fête, et aussitôt Rabbi Levi Its’hak explique la teneur des choses selon la dimension cachée de la Torah, mêlant en un tout indissociable le révélé et le caché.
La plupart de ces lettres suivent un ordre : elles s’ouvrent sur le sujet personnel abordé, puis, après une ou deux lignes, lorsque Rabbi Levi Its’hak commence à expliquer la question selon la Kabbale, il ouvre une parenthèse, comme pour dire : ici, nous quittons le sujet tel qu’il apparaît en surface pour descendre dans la profondeur des choses. Il développe et approfondit la question, et à la fin de l’explication, laquelle s’achève parfois après dix pages ou davantage, il referme la parenthèse et revient au sujet personnel par lequel il avait commencé.
Le 14 Kislev 5689 (1928), le Rabbi épousa la Rabbanit ‘Haya Mouchka, fille du Rabbi Rayats. Le mariage eut lieu dans la ville de Varsovie, tandis que Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna demeuraient de l’autre côté du rideau de fer, à Dniepropetrovsk.
Environ une semaine avant le mariage, le 6 Kislev, Rabbi Levi Its’hak envoya à son fils deux lettres le même jour, emplies à la fois de « lettres de Kabbale » sur la signification du jour du mariage, et d’un flot de bénédictions jaillies d’un cœur nostalgique. Il conclut l’une de ces lettres par ces mots : « Ton père, dont l’âme est liée à la tienne. »
Le lendemain, le 7 Kislev, Rabbi Levi Its’hak adressa au Rabbi une lettre où il lui écrivait : « Mon fils le marié, puisses-tu vivre, achète avec la somme que je t’ai indiquée, pour ta fiancée, puisse-t-elle vivre, un cadeau beau et raffiné, un présent qui convienne et trouve grâce à vos yeux. Dis à la fiancée en notre nom qu’elle porte ce cadeau dans la vie et la paix, dans la joie et l’allégresse, qu’elle s’en serve en bonne santé et le cœur heureux, ensemble avec toi, dans l’aisance, la richesse et le bonheur du corps et de l’âme, comme le désirent tes parents, qui vous aiment et espèrent ne voir venir de vous que bien et bienveillance tous les jours. »
Ces jours-là, son père lui envoya encore une lettre contenant une série d’instructions détaillées sur ce qu’il devait faire durant les jours de préparation au mariage : ce qu’il devait étudier, ce qu’il devait dire lors du « Mi Chebérah » en montant à la Torah, les intentions de l’immersion au Mikvé le jour de ses noces, l’ordre de la prière du jour du mariage, ce qu’il devait revêtir sous le dais nuptial, ce qu’il devait méditer en cet instant, et bien d’autres détails encore.
Il conclut cette lettre par ces mots : « Je t’en prie, délice de mon âme, fais ainsi, et il te sera bon tous les jours, comme le désire celui qui t’aime d’un amour éternel et sans limites, et qui souhaite ton bonheur et ta réussite à jamais. »
Le jour même du mariage, le 14 Kislev, Rabbi Levi Its’hak expédia à son fils un télégramme s’ouvrant par ces mots : « Depuis les profondeurs cachées de mon cœur, je te bénis, mon fils bien-aimé, délice de mon âme, pour le jour de ton mariage avec ta compagne ‘Haya Mouchka, puissiez-vous vivre pour le meilleur. Que D.ieu, le D.ieu de nos saints ancêtres par le mérite desquels nous vivons, étende sur vous le dais de Sa paix, et que votre édifice soit à jamais. Ton père, qui est avec toi, véritablement à tes côtés. »
L’oncle du Rabbi, Rav Chemouel Schneerson, écrivit au Rabbi au sujet de ce télégramme :
« Sache, mon cher neveu, qu’au moment où il rédigea ce long télégramme qui commence par « Depuis les profondeurs cachées de mon cœur », le jour de ton mariage, télégramme que je transcrivis ensuite en caractères latins avant de l’envoyer, il fut écrit véritablement dans le sang de son cœur, les larmes ruisselant, et il répandit tout son cœur en ces mots. Puisse-t-il en être ainsi que ce qui y fut dit en vérité. Je t’en informe afin que cela te reste en mémoire, et ne le considère pas comme les autres télégrammes si tu le conserves, car moi non plus je n’oublierai ces instants, et ils ne s’effaceront jamais de moi. Tout l’amour d’un père et d’un grand homme, ainsi que les sentiments les plus intimes du tréfonds de l’âme, se déversèrent dans ce télégramme. »
Rabbi Levi Its’hak lui-même, dans sa lettre au Rabbi quelques jours après le mariage, revient sur ce télégramme et écrit au Rabbi : « Mon plus vif souhait est que mon télégramme, qui compte cent un mots, soit conservé chez toi, car il fut écrit du fond de mon cœur et des profondeurs de mon âme. J’y joins ici une copie, car nous l’avions rédigé en langue sainte. Garde-le durant de longs jours et de longues et douces années. »
Dans une autre lettre, Rabbi Levi Its’hak demande au Rabbi de lui écrire en détail toutes les paroles et tous les discours du Rabbi Rayats prononcés au mariage, « et particulièrement ce qui te concerne ».
Particulièrement remarquable est la « célébration du mariage » qui se tint dans la maison des parents du Rabbi, sans le marié ni la mariée. Le récit de ce mariage est décrit longuement dans les ouvrages Yemei Melekh et Toldot Levi Its’hak, ainsi qu’en de nombreux autres endroits.
Voici la description authentique qu’écrit au Rabbi, deux jours après le mariage, son oncle Rav Chemouel Schneerson, dans la lettre mentionnée plus haut :
« Le jour du saint Chabbat, après la prière, il y eut bien sûr un grand Kiddouch et un vaste repas, et si le nombre des invités fut modeste, les participants furent nombreux. En l’honneur du jour et du jeune couple, des discours furent prononcés, et par-dessus tous, votre père, puisse-t-il vivre, exposa un enseignement, dans des larmes de joie et d’allégresse et du plus profond de son cœur. Il nous semblait véritablement que le marié et la mariée étaient assis parmi nous, sans aucun éloignement, et que vous étiez avec nous. Les représentants des maisons d’étude prirent la parole et exprimèrent les sentiments de leur cœur et leur joie profonde. Moi-même, le soussigné, je dis aussi ce que je dis. »
« Le repas se prolongea jusqu’à huit heures du soir, et presque tous les participants restèrent jusqu’à la fin. Au milieu du repas, le cœur en joie, nous formâmes des danses et des rondes comme il se doit, et même au-delà de ce qu’il se doit. Les danses ne se déroulèrent pas seulement en bas, mais aussi en haut, car la table elle-même devint un lieu de danse, et non seulement dans l’épanchement de l’âme, mais aussi dans l’épanchement du corps, c’est-à-dire jusqu’à ôter les vêtements extérieurs, ne gardant que le petit Talit. En somme, le jour de la montée à la Torah, le Chabbat qui précéda le mariage, fut empli d’une joie et d’une allégresse véritables, dans une grande splendeur, et moi-même, le soussigné, je sortis quelque peu de mes gonds, à bon entendeur salut. »
« Après ce jour, nous entreprîmes les préparatifs du mariage, et durant tout le temps, du saint Chabbat jusqu’au mardi soir, nous nous y employâmes. Ce fut un mariage véritable, chez nous, en acte. Et bien que le marié et la mariée ne fussent pas présents, ce qui affecta peut-être un peu la chose, en vérité, au vu des préparatifs et de la joie, tout se déroula comme si vous aviez été là, non seulement en esprit mais aussi corporellement. »
« Le festin s’ouvrit à sept heures du soir. L’ouverture fut faite par votre père, puisse-t-il vivre, qui, dans des larmes d’allégresse, annonça aux participants le jour de sa joie et les pria de prendre part à sa réjouissance. Et bien que l’on fût un peu à l’étroit, au point d’y transpirer, en amis véritables ils accepteraient volontiers de transpirer avec lui ce soir-là, et c’est bien ce qu’ils firent. »
« Les discours se prolongèrent jusqu’à onze heures du soir. Entre-temps furent amenés, on ne sait par qui, des musiciens avec leurs instruments, et le repas commença, et les danses et les rondes ne connurent véritablement aucune fin, sans interruption, et cela dura jusqu’à sept heures du matin. Les danses se firent elles aussi dans l’épanchement de l’âme et du corps, jusqu’au petit Talit, et pour ceux qui n’en portaient pas, jusqu’à la chemise, précisément sur la table et sur la fenêtre, et la ville de Dniepropetrovsk jubilait et se réjouissait. »
« Il y eut des danses collectives et des danses particulières, pour nous seuls, pour eux, c’est-à-dire pour les invités seuls, et pour tous ensemble. En somme, qui n’a pas vu une telle joie n’a jamais vu de joie de sa vie. »
Que tu jeûnes chaque jour jusqu’à l’heure de min’ha
Parallèlement aux lettres de Torah et de bénédictions, le père guidait aussi son fils à distance.
Dans une lettre de cet hiver-là, Rabbi Levi Its’hak écrit au Rabbi : « Que tu jeûnes chaque jour jusqu’à l’heure de min’ha. Je ne te comprends absolument pas, quelle est cette méthode, où l’as-tu prise et qui te l’a enseignée ? Il me semble que, pour l’heure, tu es loin de la force de Shimshon, alors pourquoi agis-tu ainsi ? Ce n’est pas la voie de la Torah, ni aucunement la voie du repentir. Il faut préserver sa santé avec force et vigueur, et je t’ordonne fermement de ne faire cela en aucune façon. Efforce-toi plus que tout de veiller sur ta santé. »
De manière semblable, des années plus tard, en 5695 (1935), son père lui écrit encore (Likoutei Levi Its’hak, Igrot Kodech, page 321) : « Veille et efforce-toi de préserver ta santé, afin d’être fort et robuste, car cela aussi, et plus encore, est une très grande Mitsva. Et si le renforcement de la santé est au service de la Torah de D.ieu et de Son adoration, il n’est pas de plus haute vertu que celle-ci, car tout s’élève alors vers le bien. Aussi, au contraire, ne sois pas rigoureux dans les sévérités et les précautions en ce domaine, fortifie tes forces et ta santé avec l’intention générale de servir le Ciel. »
Une Torah par écrit
Dès lors, durant une dizaine d’années, jusqu’à l’arrestation de Rabbi Levi Its’hak au début du mois de Nissan 5699 (1939), se déroula une correspondance abondante entre le Rabbi et son père, une correspondance mêlant le révélé et le caché de la Torah, entrelacés en un tout indissociable. Dans l’ouvrage Likoutei Levi Its’hak, Igrot Kodech sont imprimées des centaines de pages denses des lettres de Rabbi Levi Its’hak à son fils, cet homme d’exception.
Ces dernières années, lorsque furent publiés les cahiers des Rechimot du Rabbi, ces notes qui embrassent l’ensemble de la Torah, nous constatons que le Rabbi envoyait une copie de ces notes à son père, qui y répondait.
La plupart du temps, Rabbi Levi Its’hak les louait ; parfois il y ajoutait ses remarques, et parfois il soutenait qu’à son avis l’explication était quelque peu différente.
Ainsi écrit-il par exemple au Rabbi : « Au sujet de tes remarques sur ma lettre, je m’en suis grandement réjoui, et si mon fils est sage, mon cœur se réjouira, moi aussi » (page 258) ; « Ce que tu as dit est bon, et vois le traité Chabbat. Que D.ieu te donne force, vigueur et réussite pour innover dans la vérité de la Torah. J’ai eu grand plaisir à ce que tu aies pris part à une réunion dans la joie et que tu y aies dit des paroles bonnes et justes, et que celui aux mains pures ajoute de la force encore à l’avenir » (page 300).
En revanche, sur la Rechima traitant du Michkan et de ses ustensiles (cahiers 105 à 109), consacrée à l’inauguration du Sanctuaire et de ses objets, que le Rabbi avait envoyée à son père, Rabbi Levi Its’hak lui répond (page 388) par une lettre de dix pages, qu’il ouvre en écrivant : « Ce que tu as écrit, à savoir que la cloison de la cour du Michkan faite de tentures de lin fait allusion à la foi en un D.ieu unique, ce qui distingue la cour du Michkan présente en chacun du domaine public de ce monde, à mon avis cette allusion ne s’accorde pas bien, car… »
Il est intéressant de relever la lettre de Rabbi Levi Its’hak au Rabbi (pages 307 à 308) dans laquelle il écrit :
« À présent, au sujet de ta lettre sur les nouveautés de Torah dont D.ieu t’a gratifié. Concernant ce que tu as écrit et sur quoi tu me demandes de te faire connaître mon opinion sans fard ni détour, sache que le discours dans son ensemble est excellent, qu’il recèle acuité et érudition dans le révélé et le caché, ainsi qu’une intelligence droite et profonde dans la compréhension de la Torah révélée et cachée. Grâces soient rendues à D.ieu qui t’a doté d’entendement, de savoir et de discernement pour comprendre et saisir Sa Torah. Ce discours est admirable. Sois fort et affermis-toi, ajoute encore de la vigueur, et que D.ieu soit à ton aide, car tu sauras atteindre la vérité de la Torah, réussir et t’élever toujours plus haut. »
« Toutefois, mon fils, délice de mon âme, voici mon conseil fidèle : veille, en tout sujet semblable, à ajouter du poivre et du sel, c’est-à-dire à faire en sorte que les choses soient toujours davantage fondées sur la sagesse de la vérité, sur la Kabbale, qui est la vérité de la Torah, la rosée et la lumière de la Torah. Car alors les propos seront plus clairs et plus lumineux, et tous les sujets s’épanouiront comme fleurs et bourgeons, arrondis de tout côté, de sorte que l’on verra et discernera bien que la chose est véritable. »
Que tu as commencé à mettre les Téfilines de Chimoucha Rabba
Parallèlement à l’échange de nouveautés de Torah entre le fils et le père, en raison de la détresse économique qui régnait alors en Russie, le Rabbi envoyait aussi à ses parents des produits de première nécessité pour leur subsistance. À ce propos, il est intéressant de recopier la lettre de Rabbi Levi Its’hak de cette époque, de l’année 5697 (1937) (page 387), où il écrit au Rabbi :
« Merci pour les chaussures reçues à l’occasion de Pessa’h. » Ici, Rabbi Levi Its’hak ouvre une parenthèse, comme mentionné plus haut, et y trouve le lien, selon la Kabbale, entre les chaussures et Pessa’h : « car il est écrit à ce sujet « vos chaussures à vos pieds », et de même pour les temps à venir « et il chemina avec des chaussures » », et il poursuit ainsi son explication sur plusieurs lignes.
Puis, après avoir achevé dans sa lettre l’explication kabbalistique, il referme la parenthèse et note un « détail secondaire » : « Elles, (es chaussures), sont bonnes. »
Après l’explication sur la signification des chaussures et de Pessa’h selon la Kabbale, il n’oublie pas non plus de préciser au Rabbi que les chaussures sont bonnes.
En examinant les lettres de Rabbi Levi Its’hak au Rabbi, on peut aussi apprendre un peu sur les événements de la vie du Rabbi. Dans sa lettre de l’année 5698 (1938) (page 420), Rabbi Levi Its’hak écrit, apparemment en réponse à une lettre du Rabbi au sujet d’un logement dans lequel ils venaient d’emménager : « Lorsque le logement se compose de deux pièces comme le vôtre, un vestibule et un salon, ou une chambrette et un salon », et il passe alors à en expliquer la signification selon la Kabbale.
De même, une autre lettre (page 422) en réponse à une lettre du Rabbi : « Tu écris que tu as commencé à mettre les Téfilines de Chimoucha Rabba. Que D.ieu soit à ton aide pour ressentir également les lumières intellectuelles de ces Téfilines. »
La rupture
Au mois de Nissan 5699 (1939), le régime communiste arrêta Rabbi Levi Its’hak, et le lien entre lui et le Rabbi fut rompu.
Ainsi s’écoulèrent de longues années de rupture, jusqu’à ce que le contact fût renoué par des voies détournées, alors que Rabbi Levi Its’hak se trouvait sur son lieu d’exil, dans un village reculé du nom de Chiili, dans les steppes du Kazakhstan.
Dans ses souvenirs (cahier 16), la Rabbanit évoque la détresse matérielle qui était la leur en ce lieu, et un point de lumière qui perça l’obscurité de ces jours sombres. Elle raconte :
« Un jour, nous parvint un télégramme de Tachkent nous annonçant que, dans les bureaux de la communauté de la ville, à savoir la communauté juive de Moscou, installée temporairement à Tachkent, se trouvait un télégramme de notre fils aîné, dans lequel il demandait où se trouvaient ses parents et l’oncle de son père. »
« Dès réception du télégramme, nous fîmes télégraphier en retour notre adresse, et là-bas nous reçûmes, quelques semaines plus tard, un nouveau télégramme. Et dès que nous aperçûmes les signatures qui y figuraient, « Mendel », « Moussia », nos yeux s’illuminèrent grandement. »
« Mais nous ne pouvions comprendre que les mots de la signature. Quant au reste du contenu du télégramme, nous ne connaissions pas la langue anglaise pour pouvoir en saisir le sens. »
« La recherche de quelqu’un capable de nous lire le télégramme dura une semaine entière, et je dus pour cela parcourir quatre kilomètres, à pied bien entendu, jusqu’à ce que nous trouvions un enseignant, dans une école, qui réussit, à grand-peine et au prix d’un effort, à me lire le télégramme. »
« Enfin résonna à nos oreilles une voix familière, une voix proche, qui nous manquait tant. »
« Quelque temps plus tard, nous reçûmes déjà deux colis de nourriture, et de ce point de vue notre situation s’allégea. »
Rabbi Levi Its’hak, lui aussi, parvint en ces jours à expédier une carte postale au Rabbi, une carte dans laquelle il décrit leur situation économique. Bien entendu, en ces temps-là, un tel envoi était examiné avec la plus grande attention, et il devait être rédigé dans les termes les moins compromettants possible.
Cette carte fut envoyée en recommandé et en exprès. C’est une carte qui touche à un véritable péril de vie. Mais la durée de son acheminement, d’après les cachets qui y figurent, prit plus de deux mois.
Dans cette carte, Rabbi Levi Its’hak écrit au Rabbi : « Je vis ici depuis presque quatre ans, et maman est arrivée il y a deux ans pour Pessa’h. Tous nos biens, couvertures et autres, sont restés à la maison, et nous sommes restés sans rien, sans aucun moyen de subsistance. Nous vivons, D.ieu merci, mais notre santé est atteinte, très affaiblie, et nous sommes souvent malades. Combien nous aurions désiré être, à l’âge de la vieillesse, auprès de nos enfants. Nous sommes ici parmi des étrangers, sans aucune connaissance. Je vous demande, dès réception de cette lettre, de nous écrire sur votre santé et sur la manière dont vous vivez, et de nous envoyer un colis avec des vêtements et du linge chaud, du tissu pour me confectionner un habit, ainsi que des chaussures de pointure 43, et pour maman de pointure 38, de même que de la nourriture : de l’huile et autres. Nous attendons votre lettre avec impatience. »
Durant toutes ces années, le Rabbi, ainsi que son beau-père le Rabbi Rayats, déployèrent de grands efforts et bien des interventions pour tenter de venir en aide à Rabbi Levi Its’hak et de l’arracher à sa détresse, mais, hélas, tous ces efforts demeurèrent vains.
La loi de la consécration par la pensée : un exemple d’échange talmudique entre le Rabbi et son père
Voici un extrait de la lettre de Rabbi Levi Its’hak au Rabbi, de l’hiver 5694 (1934) (Likoutei Levi Its’hak, Igrot Kodech, page 301) :
« Dans ta lettre, tu as soulevé une difficulté sur ce qui est exposé dans le Likoutei Torah, à savoir qu’une offrande doit être consacrée par la parole, et tu as objecté à partir du traité Chevouot, page 26 : « s’il a décidé en son cœur, d’où le sait-on ? Le verset enseigne : tout homme au cœur généreux. » Et cela te semblait contredire ce qui est dit dans le traité Meïla, page 8, dans Rachi : « par la bouche ». Tu as alors été conduit à forcer l’interprétation, en disant que l’intention de Rachi est d’exclure la nécessité d’un acte, mais que la pensée aussi serait efficace. »
« Je m’étonne que tu aies soulevé pareille difficulté. Quel rapport entre la question de la sainteté de l’offrande, qui exige précisément la parole, et ce qui est dit dans Chevouot ? Ce qui est dit dans Chevouot concerne l’obligation qui incombe à l’homme : il n’est pas nécessaire qu’il dise expressément par la bouche « je m’engage à une offrande » ; même s’il a décidé en son cœur, il est tenu d’apporter une offrande. Mais le corps de la bête ne possède encore aucune sainteté du seul fait qu’il l’a pensé en son cœur, elle n’est pas interdite à la tonte ni au travail, et l’on ne commet à son égard aucune malversation du sacré. Ce n’est que s’il a dit par la bouche « ceci est une offrande » que la bête devient une offrande dotée de sainteté, interdite à la tonte et au travail. »
« Il en va de même pour toutes les offrandes : tant qu’il n’a pas dit par la bouche que cette bête, cet oiseau ou ces deux pains seront une offrande, un sacrifice de paix, un sacrifice pour le péché ou de culpabilité, ils ne possèdent aucune sainteté, à l’exception du premier-né. C’est là ce que disent Rachi, les Tossafot et les autres commentateurs par les mots « par la bouche », à l’exclusion de la pensée, et c’est ce que dit le Likoutei Torah, à savoir qu’une offrande est consacrée précisément par la parole. Il semble que tu aies écrit cela dans la précipitation. »
En marge de sa lettre, le Rabbi indique des références qu’il cite apparemment à l’appui de son opinion : « L’offrande aussi est sanctifiée, comme le prouve le passage de Kidouchin 41 et Rachi sur place, ainsi que Teroumot, chapitre 3, michna 8, dans le Rach, le Pnei Moché, et d’autres. »
Il semble que le Rabbi envoya à son père une nouvelle lettre, non reproduite dans cet ouvrage, où il détailla les références étayant sa position. Le 11 Tévet 5694 (1934), son père lui répond par une autre lettre (pages 304 à 305) :
« Au sujet de ta difficulté, une fois de plus, sur ce qui est dit dans le Likoutei Torah, à savoir qu’une offrande n’est consacrée que par une déclaration verbale, à partir de ce qui est dit dans Chevouot où la décision du cœur suffit, et où tu ne te satisfais pas de ma réponse selon laquelle il s’agit seulement de l’obligation qui incombe à l’homme, pour laquelle la pensée suffit, tandis que pour la sainteté de la bête une déclaration verbale est requise, puisque l’on compare le sacré au prélèvement, et qu’il est évident que le prélèvement est sanctifié par la pensée, comme l’écrit clairement le Rambam, ce qui pour toi est explicite dans le Rambam ne l’est nullement pour moi. »
Rabbi Levi Its’hak poursuit en apportant des références étayant sa position, tout en se rapportant aux sources que le Rabbi avait notées pour lui-même en marge, et il les explique selon sa propre voie.
En marge de cette lettre également, le Rabbi indique et écrit : « Examiner les références dans mon cahier au sujet de la pensée. » Il renvoie apparemment à son cahier, à la Rechima numéro 151, où le Rabbi traite, sous le titre « car mes pensées ne sont pas vos pensées », de l’essence de la pensée et de son incidence dans la loi, et où il apporte de nombreuses références aux lois relatives à la pensée dans le prélèvement, dans la disqualification par la pensée, et d’autres encore.
Je reste fidèle à mon éducation
Dans une Si’ha du 20 Mena’hem Av 5739 (1979), évoquant le fait que divers milieux avaient attaqué sa position sur le danger que représente la cession de territoires de la Terre d’Israël, le Rabbi déclara :
« D.ieu béni soit-Il m’a aidé, non par mon choix ni ma volonté, en me faisant naître premier-né chez mon père, qui fut nommé Grand Rabbin de Yekaterinoslav, aujourd’hui Dniepropetrovsk. »
« En ces jours-là, dans ce pays, on était contraint de mener des débats ou de répondre à des questions, d’essuyer des réprimandes et d’autres choses semblables, et pour cela une connaissance de la langue russe était nécessaire. Comme j’étais le fils aîné du Grand Rabbin et que je maîtrisais cette langue, la tâche m’échut. »
« Ainsi suis-je habitué, depuis ces jours-là, il y a soixante à soixante-cinq ans, à ne pas attendre les honneurs, et je n’entends pas rester assis et me taire sur des questions touchant au danger de vie. Il m’est interdit d’agir ainsi, et ce n’est pas pour cela que l’on m’a éduqué et élevé. »
« Je reste fidèle à mon éducation : lorsqu’il s’agit de questions liées au danger de vie, il ne faut pas se retenir, quelle que soit la réaction d’untel. »
















