Au Kazakhstan, d’anciens partisans, des colonels soviétiques et des familles dispersées redécouvrent leurs racines juives après des décennies d’oubli. Les émissaires du mouvement Habad œuvrent dans ce pays d’Asie centrale pour ranimer une flamme que l’histoire avait failli éteindre. Ces récits bouleversants témoignent d’un retour spirituel extraordinaire sur la terre d’exil du Rav Levi Its’hak.

 

 

Dans les steppes kazakhes, loin des centres traditionnels de la vie juive, une renaissance spirituelle silencieuse se déroule. Des hommes et des femmes, marqués par l’histoire soviétique, retrouvent un héritage qu’ils croyaient perdu à jamais. Le Kollel Tiferes Zekeinim Levi Its’hak d’Almaty, première institution juive établie dans ce pays en mémoire du père du Rabbi, devient le théâtre de retrouvailles émouvantes avec une identité enfouie.

Yonah le partisan : survivant de la forêt

L’histoire de Yonah Muchnik résume à elle seule le destin tragique et la résilience du peuple juif. Enfant dans la célèbre yeshiva de Mir, sa jeunesse fut brisée par l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Au lieu d’étudier la Torah, il dut se cacher dans les forêts comme partisan, luttant pour sa survie.

Quand la guerre se termina, Yonah s’installa dans une banlieue reculée d’Almaty, convaincu que le peuple juif avait disparu. Pendant des décennies, il vécut dans cette certitude dévastatrice, jusqu’à ce jour de Hol Hamoed Souccot où quelqu’un lui parla d’une synagogue locale.

« Il devait le voir de ses propres yeux », raconte-t-on. Quand l’émissaire Rav Elchanan Cohen lui proposa de secouer le loulav, Yonah récita spontanément : « Baroukh Ata Hachem Elokeinou Melekh Ha’olam, Hamotzi Lekhem Min Ha’aretz. » De toutes les bénédictions, c’était celle du pain qui était restée gravée en lui, à travers la guerre et la famine.

Le Rav Cohen, voyant son expression, comprit que cette bénédiction venait directement de son âme, intacte malgré les épreuves. Dès lors, Yonah devint un pilier de la communauté, récitant le Kaddish avec son épais accent ashkénaze, chaque mot le transportant vers les bancs de son heder d’enfance.

Le Colonel : de l’Armée rouge à l’alliance d’Avraham

Dmitri, surnommé « Polkovnik » (Colonel), incarnait la complexité de l’identité juive en Union soviétique. Commandant respecté de l’armée russe depuis les années 1960, décoré de multiples médailles, il avait servi dans plus de 15 pays avant de s’installer au Kazakhstan en 1984.

Sa judéité était connue mais gardée secrète. Né pendant la guerre, il avait été sauvé par un soldat russe qui l’avait repêché dans une flaque d’eau après que sa mère l’eut laissé tomber pendant leur fuite.

En 1997, un rêve de sa mère le poussa à entrer pour la première fois dans une synagogue lors de Souccot. Coïncidence troublante : c’était le jour même de son yahrtzeit. Le Colonel devint alors une figure appréciée de la communauté, connu pour les bouquets de fleurs qu’il cultivait lui-même et offrait aux enfants.

Malgré son courage légendaire sur les champs de bataille, une chose l’intimidait : la brit milah. « Pas par peur de la douleur, précise-t-on, il avait enduré bien pire dans les chirurgies de champ de bataille. » Quelque chose de plus profond le retenait, peut-être l’intimidation persistante de cette Russie qu’il avait servie si fidèlement.

En 2022, lors d’une campagne mondiale encourageant les Juifs âgés à subir la circoncision, les émissaires l’approchèrent avec une offre incluant une aide financière de 1 000 dollars. Sa réponse révéla la noblesse de son caractère : « Je suis prêt à faire la circoncision, mais pas pour l’argent. J’ai une pension respectable. Donnez l’argent à quelqu’un qui en a besoin. »

Le 18 Kislev 2023, à 81 ans, vêtu de sa vieille chemise de marine, Dmitri subit sa circoncision près du tsiyoun du Rav Levi Its’hak Schneerson. Il choisit le nom Yossef, en l’honneur de son grand-père. Son geste encouragea beaucoup d’autres à suivre son exemple.

 

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Binyamin et l’urgence de l’alliance

Parmi les étudiants assidus du Kollel, Binyamin fut profondément touché par un cours sur la paracha Lekh Lekha. Le Rav Yeshaya Cohen y expliquait la signification de la brit milah et son lien avec l’alliance éternelle entre D.ieu et le peuple juif.

Quelque temps plus tard, quand un mohel visita Almaty, Binyamin, âgé de 70 ans, l’approcha sans hésitation : « Je veux avoir une circoncision. » Inquiet pour sa santé, le mohel commença à poser des questions. La réponse de Binyamin fut éloquente : il souleva le mohel du sol pour démontrer sa vigueur.

« Je veux entrer dans l’alliance d’Avraham Avinou. Je fais partie du peuple juif ! » déclara-t-il. Quelques minutes après l’intervention, il se levait déjà pour partir chercher sa petite-fille à la maternelle, illustrant sa détermination et sa joie de vivre.

Its’hak et la préservation du yiddish

Natif d’Ukraine, Its’hak Payuk est devenu un pilier de la communauté d’Almaty. Son yiddish riche « sonne comme un écho d’une époque révolue ». Gérant officieux de la hevra kadisha, il s’occupe du cimetière juif avec un dévouement remarquable.

Chaque fois que quelqu’un doit dire le Kaddish, Its’hak se tient à ses côtés, guidant discrètement les gestes et les moments appropriés. Son visage s’illumine quand un locuteur yiddish entre dans la synagogue, l’occasion de partager les souvenirs linguistiques de ses parents.

Méticuleux dans l’étude quotidienne, il a terminé les cinq livres de la Torah avec leur traduction russe des dizaines de fois, incarnant un lien vivant avec les racines juives éternelles.

Le réveil d’une génération

Ces histoires individuelles s’inscrivent dans un mouvement plus large de renaissance juive au Kazakhstan. Elles témoignent de la persistance de l’identité juive malgré des décennies de répression soviétique et d’assimilation forcée.

L’histoire de Tolik (Elchanan) Kanavalenko, ancien chantre arrivant à la synagogue sur sa bicyclette soviétique de 30 ans, ou celle de Shlomo, homme d’affaires transformé par une simple invitation d’enfant à danser les hakafot, montrent comment des moments apparemment anodins peuvent réveiller une âme endormie.

Ces récits du Kazakhstan illustrent une vérité universelle : l’identité juive, même enfouie sous des couches d’histoire et d’oubli, conserve une force de résurrection extraordinaire. Dans cette terre lointaine d’exil, les étincelles cachées continuent de briller, ravivées par la patience et l’amour de ceux qui refusent de les laisser s’éteindre.

 

Participez à la grande collecte et aidez-nous à continuer l’héritage exceptionnel de Rabbi Lévi Its’hak. Le Rabbi a promis une bénédiction : « Jusqu’à cinq cents fois ce que vous avez donné » à tous ceux qui contribuent à l’élévation de l’âme de son père.

Prenez part à la demande sincère du Rabbi d’honorer la mémoire de son père.
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