En ce Chabbat Re’eh, le Rabbi a repris un Maamar du Tsémah Tsédek prononcé voici exactement soixante-dix ans, en 5716 (1956), pour dévoiler le secret d’un mot énigmatique du prophète Yéchayahou. Derrière la promesse des fenêtres serties de pierres précieuses de la Jérusalem future se cache une vérité vertigineuse : deux avis opposés, deux pierres, deux voies de service divin qui ne s’excluent pas mais s’unissent. Car D.ieu ne tranche pas entre elles, Il répond « ainsi et ainsi », et fait de cette contradiction apparente la lumière même de la Délivrance.

 

 

Texte du Maamar

 

Maamar
« Je vais faire de tes fenêtres, de tes ouvertures… »
Chabbat Parachat Re’eh, 5716

 Cours No 1 du Rav Levi Azimov

Le kovetz de cette semaine réunit trois Maamarim. Le Maamar présenté ici porte, comme l’indique la petite note qui l’accompagne, une correction du Rabbi à son ouverture et à sa conclusion. Il s’agit en vérité d’un Maamar du Tsémah Tsédek. Il arrivait en effet que le Rabbi reprenne un Maamar d’un Rabbi qui l’avait précédé ; et lorsque venait le moment de l’éditer, on le publiait tel qu’il était. Le Rabbi considérait qu’il l’avait répété tel quel, sans nécessairement y ajouter quoi que ce soit. Mais l’introduction et la conclusion, elles, étaient du Rabbi : ce sont ces passages qu’il a corrigés. C’est pourquoi, si l’on ouvre le Sefer haMaamarim Meloukat (Alef), on ne trouve, à la fin du volume, que le début et la fin de ce Maamar. Ici, au contraire, le Maamar est donné dans son intégralité : l’ouverture, la conclusion, et tout le corps du texte, qui reprend le développement du Tsémah Tsédek. Il fut dit ce Chabbat Re’eh de l’année 5716 (1956), il y a donc exactement soixante-dix ans. On s’efforce d’ailleurs de choisir des Maamarim issus d’années aux chiffres ronds, cinquante, soixante ou soixante-dix ans, une attention à laquelle le Rabbi lui-même accordait de l’importance.

 

 

 

Le verset de Kadkod et le secret des deux pierres

Le verset dit : VeSamti Kadkod Chimchotayikh. D.ieu déclare : « Je vais faire de tes fenêtres, de tes ouvertures… » Le mot ‘Halon désigne une fenêtre, un espace ouvert. D.ieu promet ainsi d’y placer des vitres d’une matière précieuse nommée Kadkod. Aujourd’hui, les murailles de Jérusalem sont bâties en pierre pour protéger de l’ennemi, mais la pierre ne laisse pas entrer la lumière du jour. D.ieu annonce qu’à la venue de Machia’h, tout cela changera : la muraille sera percée de fenêtres, les maisons elles-mêmes seront tout entières faites de fenêtres, et non seulement on n’aura plus à redouter les ennemis, mais on aura de belles vitres et des pierres précieuses. C’est donc un verset qui parle de la venue de Machia’h.

Nos Sages, de mémoire bénie, enseignent à ce sujet, dans la Guemara du traité Bava Batra : l’un dit Choam, l’autre dit Yachpé. Ce sont deux sortes de pierres précieuses, que l’on retrouve aussi parmi les douze pierres serties sur le ‘Hochen. Qui parle ici ? Il y a des anges qui affirment que ce sera Choam, et d’autres qui affirment que ce sera Yachpé. Puis la Guemara poursuit : il s’agit aussi d’une controverse entre les Amoraïm. Chacun retient deux avis. Et il est alors écrit que le Saint béni soit-Il tranche : le’evey kedein ve-kedein, qu’il en soit fait ainsi et ainsi. S’il y a deux avis, ce sera à la fois comme l’un et comme l’autre. Tel est le secret du mot Kadkod, formé de kad-kad : kedein, comme celui-ci, ve-kedein, et comme celui-là. Ainsi Kadkod n’est pas le nom d’une pierre : c’est comme si l’on disait que ce sera conforme aux deux avis, comme celui qui dit Choam et comme celui qui dit Yachpé. Ce verset est l’une des promesses qu’Israël recevra de D.ieu lors de la délivrance future (Guéoula Atida Lavo), à la venue de notre juste Machia’h, rapidement et de nos jours, Amen.

Yossef et Binyamin, les deux tsaddikim

Il y a là deux manières, deux sortes de lumières : l’une représentée par Choam, l’autre par Yachpé. Il faut comprendre, sur le plan spirituel (be-Rou’hniout), ce que sont ces deux façons de récompenser un Juif. S’il existe deux manières de récompenser, c’est qu’il a existé deux manières de servir D.ieu, dans le dévoilement de la divinité (Guilouy Elokout) à venir. Ces deux pierres figurent parmi les douze du ‘Hochen du Cohen Gadol, correspondant aux tribus d’Israël. Choam correspond à Yossef, Yachpé à Binyamin. Or il est connu que Yossef et Binyamin sont nommés, dans le Zohar, Tsaddik Elyon et Tsaddik Ta’hton, le tsaddik supérieur et le tsaddik inférieur.

Yossef fait descendre la divinité d’en haut vers le bas (mema’al leMata). Il est le Machpia, celui qui nourrit, qui abaisse la lumière même lorsque le monde n’est pas encore assez raffiné pour recevoir véritablement la lumière de D.ieu. Binyamin, à l’inverse, est l’affinement et l’élévation (Zikou’h ve-Aliya), le travail accompli du bas vers le haut (miMata leMaala), qui purifie et élève les âmes d’Israël et leur part dans le monde, et par là toute la Création, afin qu’elles puissent recevoir cette lumière. Comme l’enseigne la parabole : le cerveau d’un animal n’est pas apte à saisir une réalité intellectuelle profonde, tandis que le cerveau de l’homme est un réceptacle (Kli) capable de recevoir l’intellect, parce qu’il est plus raffiné. Le travail de Binyamin, du bas vers le haut, purifie le cerveau et l’intellect de l’homme jusqu’à en faire un réceptacle pour une lumière divine des plus élevées (Or Eloki naalé).

Les enfants de Léa et ceux de Ra’hel

Yaakov Avinou eut ce que l’on peut nommer quatre mères : Ra’hel et Léa, Bilha et Zilpa. On distingue en général Léa de Ra’hel de la manière suivante : les enfants de Léa sont appelés des Baalei Techouva, ceux de Ra’hel des Tsaddikim. Sur quel fondement ? Sur l’épisode de la vente de Yossef. Tous les fils de Léa y prirent part d’une façon ou d’une autre ; même Reouven, parti entre-temps, en portait la responsabilité. Tous durent donc faire Techouva pour cette vente. Les deux seuls à n’y avoir aucune part sont Yossef lui-même et Binyamin, qui n’était pas présent. Voilà pourquoi les enfants de Léa sont dits Baalei Techouva et ceux de Ra’hel Tsaddikim.

La racine de cela est que l’âme (Néchama) de Ra’hel est liée au service des tsaddikim (Avodat ha-Tsaddikim) ; c’est pourquoi elle devait épouser Yaakov. Léa, elle, portait une âme descendue sur terre pour transformer les choses ; c’est pourquoi il était d’abord prévu qu’elle épouse Essav, car elle avait la force de le ramener à la Techouva. Elle appartient au monde de la Techouva. Mais les enfants de Ra’hel sont deux âmes de tsaddikim, et parmi les tsaddikim eux-mêmes on distingue deux sortes. Le Zohar parle d’un Tsaddik Elyon et d’un Tsaddik Ta’hton ; nous traduisons approximativement par tsaddik élevé et tsaddik inférieur, mais telle n’est pas la véritable signification. Le Tsaddik Elyon introduit la lumière dans le monde sans nécessairement accomplir un travail sur la terre : il n’en transforme donc pas vraiment la matière, il envoie de la lumière. Le Tsaddik Ta’hton, lui, accomplit un travail de fond : il prend le monde matériel et le change.

De là, on comprend que le Michkan édifié sur le territoire de Yossef, le Michkan de Chilo, ne parvenait pas à retenir la Chékhina de manière fixe : c’est une lumière qui vient d’en haut. Yossef a nourri l’Égypte, mais il ne l’a pas transformée ; il a donné à tous. C’est le mouvement du haut vers le bas. Binyamin, en revanche, abrite le Mizbéa’h, l’autel ; de lui il est dit Binyamin Zeev Yitraf, Binyamin est un loup qui déchire : il saisit les éléments du monde matériel et les transforme. Voilà pourquoi le Maamar précise que Binyamin élève le Juif, mais aussi khelko baOlam, sa part dans le monde : tout ce que les gens possédaient, tous leurs animaux, se trouvait transformé par l’autel et par les sacrifices (Korbanot) offerts sur le territoire de Binyamin.

Nous avons donc un Tsaddik Elyon, Yossef, et un Tsaddik Ta’hton, Binyamin, et à eux répondent deux pierres. Yachpé resplendit, car on a su prendre les éléments du monde et les changer ; ce qui est transformé brille. Choam, la pierre de Yossef, où l’on introduit la lumière sans encore parvenir à tout transformer, demeure en son état ; sa couleur était sombre. Dans le tableau des douze pierres, toutes sont magnifiques, mais celle de Yossef reste obscure, car il faut apporter la lumière jusque dans un espace difficile, jusque dans un lieu ténébreux. D.ieu déclare alors qu’à la venue de Machia’h, les fenêtres seront faites des deux, de Choam et de Yachpé. La fenêtre, c’est la lumière qui jaillira à la venue de Machia’h, issue de deux manières de servir D.ieu. À travers toutes les générations, Israël accomplit certaines choses qui ressemblent au service de Yossef et d’autres qui ressemblent à celui de Binyamin ; c’est pourquoi D.ieu façonnera des fenêtres en partie Choam et en partie Yachpé.

Deux services, deux récompenses

Chacune de ces voies recèle sa propre qualité (Maala). Dans le travail de Binyamin (Yachpé), le bas s’unit plus pleinement encore à la lumière divine (Or Eloki) ; puisque l’attraction procède d’une purification devenue réceptacle pour la lumière, elle se tient dans une union parfaite (Yi’houd Gamour) avec elle. Dès qu’un Juif travaille sur lui-même, sur sa maison, sur ses affaires, et les transforme, la lumière de D.ieu qui s’y révèle trouve sa place et devient « Un ». Dans le travail de Yossef (Choam), au contraire, on introduit une lumière très élevée en Égypte alors même que l’Égypte n’y est pas préparée. On fait descendre une lumière qui excède de loin le lieu où l’on se rend ; parfois le bas n’est pas un réceptacle, il demeure sombre, mais l’essentiel est que la lumière abaissée est bien plus grande. Telles sont les deux manières de servir D.ieu et les deux récompenses. C’est là que D.ieu répond kedein ve-kedein : cela se déploiera et selon la première méthode et selon la seconde, l’avenir dévoilant les deux qualités. Tout cela est expliqué dans un Maamar du Likoutei Torah, dans les discours (Drouchim) sur VeSamti Kadkod, dans la Paracha de cette semaine.

Puisque tous ces dévoilements futurs sont la récompense de notre travail, et puisque D.ieu nous annonce qu’Il nous récompensera de ces deux façons, il faut en conclure que notre travail d’aujourd’hui, au temps de l’exil (biZman ha-Galout), comporte lui aussi ces deux modes ; et il nous faut comprendre le sens de Choam et de Yachpé dans le service de l’homme (ba-Avoda).

« Lorsque vous écouterez » : le service des derniers instants

Pour le saisir, il faut reprendre le Maamar précédent, sur Ekev, prononcé la semaine d’avant, comme l’indique la note : ces deux Maamarim se suivent. À l’époque des talons de Machia’h (Ikveta di-Mechi’ha), alors tichmeoun vadaï, vous écouterez assurément. Puisqu’il s’agit de l’ultime génération, aucun être rejeté ne restera repoussé (lidacha mimeno nidach), et ainsi, dans cette génération, vous écouterez assurément. Le verset dit VeHaya Ekev Tichmeoun, « et il adviendra, Ekev, lorsque vous écouterez ». Le mot Ekev signifie le talon, et signifie aussi « lorsque ». Comment lire le verset ? Lorsque vous serez la dernière génération avant la venue de Machia’h, celle qu’on appelle la génération du talon, D.ieu dit non pas « si » vous obéissez, mais « lorsque » vous obéirez ; Il promet que, dans cette ultime génération, tous les Juifs reviendront et serviront D.ieu.

Ce service se compose de trois choses, comme le dit le verset : Tichmeoun, Ouchmartem, Vaassitem. Écouter, c’est la pensée (Ma’hachava) ; garder, c’est la parole (Dibour) ; faire, c’est l’action (Maassé). Lorsqu’un Juif perfectionne sa pensée, sa parole et son action de sorte qu’elles procèdent de son âme divine (Néfech ha-Elokit), c’est-à-dire la Torah et les Mitsvot, alors VeChamar Hachem Elokekha Lekha, D.ieu le récompense à son tour de trois choses : Il lui accorde l’Alliance (Brit), Il lui prodigue le ‘Hessed, la bonté, et Il tient le serment (Chevoua) qu’Il a prêté. Par le travail de l’homme s’opère l’union de ses actes avec son Créateur, l’union de l’âme d’Israël et du Saint béni soit-Il, face à face (Panim el Panim) ; et par le travail « de tout ton pouvoir », on attire un dévoilement situé au-dessus de l’enchaînement des mondes (mema’al le-Hichtalchelout). Ce dévoilement n’est attiré d’en haut que par le seul biais de l’Alliance, non par la mesure des attributs, mais par l’Alliance.

Pourquoi, dès lors, parler d’Alliance ? Lorsqu’un homme travaille pour un autre et s’entend dire « fais ceci, et je te paierai à la fin du mois », on ne déclare pas « je te jure, je conclus avec toi une alliance de te payer » : cela va de soi, si j’ai travaillé, on me doit mon salaire. Pourquoi donc le verset dit-il que D.ieu conclut avec toi une Alliance ? Parce qu’en vérité D.ieu ne nous doit rien, et notre travail ne L’atteint pas véritablement. S’Il finit par nous accorder un salaire, ce n’est pas qu’Il nous le doive, mais parce que c’est une Alliance, un engagement au-delà de toute logique, afin que l’acte d’un homme prenne place en haut et y subsiste.

La Torah, alliance qui relie l’âme à D.ieu

Le mot Alliance (Brit) fait allusion à la Torah, comme il est dit de l’alliance conclue au pied du mont Sinaï, et comme il est clairement énoncé : Ein Brit Ela Torah, il n’est d’alliance que la Torah. La Torah est l’Alliance qui unit une âme à D.ieu, ainsi qu’il est écrit Anokhi Omed bein Hachem ou-Veineikhem, Je me tiens entre D.ieu et vous. Ce Anokhi n’est allusionné dans aucune lettre, ni même dans la pointe (Kots) qui les surmonte ; il fait généralement allusion au Kéter. C’est lui qui relie Israël et le Saint béni soit-Il par la Torah.

Chaque fois qu’un intermédiaire réunit deux réalités, il comporte deux niveaux : l’un lié à la partie supérieure, l’autre à la partie inférieure ; c’est par ces deux aspects qu’il devient un intermédiaire unificateur (Memoutsa Me’haber). Il en va de même pour la Torah : si elle unit les âmes d’Israël et le Saint béni soit-Il, c’est qu’elle recèle un niveau lié aux créatures et un niveau lié au Saint béni soit-Il. La Torah s’est revêtue de sujets matériels (Devarim Gachmiim) : par ce côté elle est liée aux créatures, et c’est là sa partie révélée, le Niglé. Et il est en elle un niveau, en tant qu’édifice spirituel (Binyan Rou’hni) : c’est sa partie cachée, le Sod, qui parle de la divinité (Inyan Elokout) et nous demeure voilé. La Torah est Sa sagesse et Sa volonté, et par ces deux niveaux elle devient l’intermédiaire qui unit la Lumière infinie (Or Ein Sof) et les âmes d’Israël.

Au sens simple (Pchat), le verset « Je me tiens entre D.ieu et vous » ne désigne pas la Torah mais Moché Rabbénou, qui dit : c’est moi qui fais le lien entre D.ieu et le Juif. Il existe en réalité un lien triple. Nous possédons d’abord une connexion avec D.ieu qui échappe entièrement à la Torah : c’est notre âme, qui, à sa racine (Chorech) telle qu’elle se tient en haut, est « Une » avec D.ieu et n’a nul besoin de la Torah pour Lui être rattachée. Mais une fois l’âme descendue dans un corps, le corps et l’âme animale (Néfech ha-Bahamit) forment un voile ; qu’est-ce qui permettra alors de renouer le contact de façon révélée ? Parfois, dit-on, cela passe par Moché Rabbénou : il a noué ce lien non pas simplement en nous parlant, mais en nous donnant la Torah. Ainsi le Anokhi Omed ne désigne pas Moché en tant que tel, mais la Torah ; c’est Moché avec la Torah qui établit le lien.

Et dans la Torah elle-même, quelle part fait le lien ? Sa dimension divine. La Torah renferme des mots, des lettres, mais elle recèle aussi comme un sommet qui les domine tous : la notion de Anokhi, et plus précisément le Alef de Anokhi, cette infime pointe, semblable à la petite pointe qui surmonte le Youd du Nom divin, le niveau le plus élevé, celui qui établit le lien. Certes, dès que j’étudie la Torah, je m’attache à D.ieu ; mais le secret est que ce n’est pas le texte étudié qui t’attache à D.ieu, c’est de nouveau la lumière de D.ieu contenue dans cette Torah. Une fois l’âme descendue sur terre, elle a besoin d’aide : la Torah lui dit quoi faire, elle attache son intelligence à elle, et elle abrite en son sein quelque chose de très haut ; et c’est cette hauteur, dans la Torah, qui nous permet de faire le lien.

Enfin, pour relier deux réalités, il faut d’abord qu’il y ait dans l’agent unificateur un peu des deux ; on l’appelle souvent le troisième (Chlichi), et la Torah est liée au chiffre trois, donnée au troisième mois. Le Niglé de la Torah parle des choses du monde, si bien qu’un Juif ici-bas s’y attache parce qu’elle lui parle de son monde ; et ses parties voilées (Setoumot) ne parlent que de divinité. Parce que la Torah possède et le spirituel et le matériel, elle peut nous relier à D.ieu.

La ‘Ho’hma Setima, véritable intermédiaire

Poussons à présent plus profond, dans les termes de la Kabbala. Il est connu que Oraïta me-‘Ho’hma nafkat, la Torah émane de la ‘Ho’hma, la sagesse. Mais de quelle ‘Ho’hma s’agit-il ? Non seulement de la sagesse supérieure (‘Ho’hma Ilaa), mais de la sagesse cachée, la ‘Ho’hma Setima. La source de la Torah se situe à ce niveau de sagesse, avant même qu’il ne devienne une Sefira d’Atsilout, lorsque les Sefirot sont encore extrêmement élevées. La ‘Ho’hma Setima est le véritable intermédiaire (Memoutsa Amiti) ; c’est ce niveau qui, à la base, unit réellement D.ieu et l’homme.

En règle générale, le Kéter est l’intermédiaire entre la Lumière infinie transcendante (Or Ein Sof ha-Maatsil) et les émanés (Neetsalim). L’aspect de D.ieu qui crée le monde d’Atsilout est nommé Maatsil, et les Sefirot d’Atsilout sont les Neetsalim ; l’aspect qui crée la Bria est nommé Boré, et ses Sefirot sont dites Nivra ; l’aspect qui crée la Yetsira est nommé Yotser, et ses Sefirot sont dites Yetsirot. Dans chaque monde, il y a dix Sefirot, et au-dessus d’elles une couronne, le Kéter, qui renferme toujours lui-même deux niveaux : une partie plus élevée, souvent appelée Atik, et une partie plus basse, appelée Arikh. Par ces deux aspects du Kéter inférieur qui se trouve dans le Maatsil, la tête première (Roch Richon) d’Atsilout, le Kéter devient l’intermédiaire qui réunit la Lumière infinie et Atsilout. Ainsi en est-il dans chaque monde.

Toutefois, à l’intérieur du Kéter, même s’il permet de faire le lien, subsistent deux niveaux distincts, véritablement scindés en deux. Or, pour unir deux réalités, il ne suffit pas de disposer de quelque chose qui possède un peu des deux : il faut cette pointe même, capable de contenir réellement les deux à la fois. Le véritable intermédiaire est donc la ‘Ho’hma Setima, car en elle les deux niveaux ne sont pas deux degrés séparés, mais comme « Un ».

On retrouve cela dans l’âme de l’homme : dans la faculté de ‘Ho’hma résident deux puissances opposées, la force d’abstraction (Koa’h ha-Hafchata) et la force de revêtement (Koa’h ha-Halbacha). La ‘Ho’hma a le pouvoir d’abstraire l’idée de toute forme matérielle, d’en ôter la longueur, la largeur et la profondeur, jusqu’à ne laisser que le point central (Nekouda) ; et elle a aussi la force de faire descendre l’idée tout en bas, à l’image de Chlomo ha-Mélekh qui donna trois mille paraboles (Machal). Ces deux notions ne sont pas deux choses distinctes, mais un seul et même concept, car sa capacité à faire descendre l’idée tout en bas procède précisément de ce qu’elle saisit l’essence même du point de l’intellect (Etsem Nekoudat ha-Sé’hel), abstrait de tout exemple. C’est justement parce qu’elle est si totalement attachée à l’essence du point qu’elle peut le faire descendre très bas sans jamais perdre l’idée.

Pour l’expliquer : la ‘Ho’hma est un point, la Bina en est le développement. Certains possèdent surtout la force d’abstraction, s’élevant très haut et retranchant tous les détails pour rester fixés sur le point ; d’autres possèdent davantage la force de revêtement, prenant l’idée pour la faire descendre en longueur, en profondeur et en largeur. Les trois mille paraboles du roi Chlomo n’étaient pas trois mille paraboles différentes, mais des niveaux qui descendent l’un après l’autre. On aurait cru qu’il s’agissait là de deux hommes distincts aux facultés distinctes, ce qui est en partie vrai, car celui qui excelle en ‘Ho’hma n’excelle pas toujours en Bina. Pourtant, il apparaît ici que si quelqu’un a su faire descendre une idée jusqu’à trois mille niveaux, c’est qu’il n’a jamais perdu cette idée : il est resté constamment fixé sur le point. Car celui qui lâche le point finit par donner de mauvais exemples et perd le fil. La faculté de descendre si bas procède précisément de ce que l’idée demeure d’une clarté parfaite, de ce qu’il se tient si fermement là où il doit être qu’il peut multiplier les exemples sans jamais s’égarer.

Voilà le niveau de la ‘Ho’hma Setima : ses deux niveaux, celui qui est lié au haut et celui qui se tourne vers le bas, ne sont pas deux choses distinctes, mais un seul sujet. Dans le Kéter d’un monde, ils sont réellement scindés en deux, une partie élevée de la couronne liée au haut et une partie inférieure liée au bas, comme Atik et Arikh, deux mondes différemment constitués. Mais lorsqu’on s’attache au point lui-même, le Niglé et le Sod deviennent une seule et même chose : dans un même verset, on voit les deux. Ainsi en va-t-il de la Torah : d’un côté elle est la sagesse du Saint béni soit-Il, de l’autre elle se revêt de choses matérielles, et pourtant ce ne sont pas deux concepts séparés. Le Niglé de la Torah et son Sod puisent tous deux leur source dans la ‘Ho’hma Setima. Voilà pourquoi, précisément parce qu’elle se revêt de choses matérielles, la Torah est nommée une Alliance (Brit), le véritable intermédiaire entre les âmes d’Israël et le Saint béni soit-Il, le révélé et le caché réunis à leur source suprême.

Ajouter dès aujourd’hui dans la Tsedaka

Nous sommes aujourd’hui le vingt du mois d’Av (Khaf Av), moment propice pour accroître la Tsedaka. Il convient de ne pas attendre les jours du séminaire, mais de commencer dès à présent, et de ne pas laisser le Yétser Hara se reposer.