C’est avec une profonde tristesse que le monde juif a appris le rappel à D.ieu de Yaacov Agam, 98 ans, l’un des plus grands artistes israéliens, survenu le dimanche 6 Tamouz 5786 (21 juin 2026). Pionnier mondial de l’art cinétique, il fut aussi un fils fidèle de la Torah, dont l’œuvre tout entière puisait aux sources de la Kabbale et de la pensée hassidique. Lié au Rabbi de Loubavitch par une profonde affinité spirituelle, il laisse le souvenir d’un homme qui sut porter la sagesse juive jusqu’au cœur de la modernité.

 

 

 

 

Barou’h Dayan Haémet. Figure majeure de l’art mondial et fils fidèle de la tradition juive, Yaacov Agam laisse une œuvre immense et le souvenir d’un homme qui aura su faire dialoguer l’avant-garde la plus audacieuse et la fidélité la plus scrupuleuse à la Torah. Que son âme soit liée au faisceau de la vie.

Un artiste né dans la tradition

Yaacov Agam, né Yaacov Gipstein le 11 mai 1928 à Rishon LeZion, est l’un des artistes israéliens les plus célèbres et les plus reconnus au monde. Pionnier de l’art cinétique et de l’art optique, il a bouleversé les codes de la peinture en y introduisant le mouvement, le temps et la participation active du spectateur.

Mais derrière l’innovateur de génie se cache un homme profondément enraciné dans le judaïsme. Agam est le fils du Rav Yehochoua Gipstein, Rav et kabbaliste de Rishon LeZion. Il grandit dans un foyer imprégné de Torah, de prière et de pensée mystique. Cette éducation religieuse ne sera jamais pour lui un héritage à dépasser, mais au contraire la matrice spirituelle de toute son œuvre. Le patronyme qu’il choisit, Agam (אגם, « lac » ou « étang » en hébreu), évoque déjà une surface vivante, mobile, changeante au gré de la lumière et du vent.

La naissance d’un langage artistique nouveau

Après des études à l’Académie Bezalel de Jérusalem, Agam poursuit sa formation à Zurich, où il est marqué par l’enseignement de Johannes Itten et par la rencontre avec l’art concret de Max Bill. En 1951, il s’installe à Paris, alors capitale mondiale de l’avant-garde.

Sa première exposition personnelle, à la galerie Craven en 1953, est souvent considérée comme l’une des toutes premières manifestations d’un art entièrement cinétique. Agam refuse l’image figée. Il conçoit des œuvres qui se transforment selon la position et le déplacement du spectateur : les fameux « Agamographes », ces tableaux à reliefs verticaux qui révèlent plusieurs compositions différentes selon l’angle de vision.

Pour Agam, le tableau n’est plus un objet statique mais un événement dans le temps. Le spectateur, en marchant, devient co-créateur de l’œuvre. Il introduit ainsi ce qu’il appelle la « quatrième dimension » — le temps — dans les arts plastiques.

Son rayonnement devient international. On lui doit, entre autres, le Salon Agam au Palais de l’Élysée, commandé par le président Georges Pompidou, la fontaine monumentale de La Défense à Paris, la fontaine Feu et Eau de la place Dizengoff à Tel-Aviv, ainsi que de nombreuses œuvres publiques en Israël, en Europe, aux États-Unis et en Asie. En 2018 s’ouvre à Rishon LeZion, sa ville natale, le Yaacov Agam Museum of Art, premier musée au monde entièrement consacré, du vivant de l’artiste, à un maître de l’art cinétique.

L’aniconisme juif comme source de création

Ce qui distingue Agam de la plupart des artistes de l’abstraction, c’est qu’il revendique explicitement une source juive à sa démarche.

Le judaïsme, rappelle-t-il souvent, interdit la représentation figurée du divin : « Tu ne feras pas d’image taillée » (Exode 20). Là où d’autres ont vu une limitation, Agam voit une libération et une orientation profonde. Si l’on ne peut représenter D.ieu par une image fixe, c’est que la réalité divine échappe à toute fixité. Elle n’est pas de l’ordre de l’être figé mais du devenir permanent.

Son art entend traduire cette intuition : une réalité jamais immobile, en renouvellement constant. On peut y entendre un écho de la notion hassidique de hit’hadchout, le renouvellement continuel de la Création — l’idée, centrale dans la Kabbale et le hassidisme, que D.ieu fait exister le monde à chaque instant, et non une fois pour toutes. Le monde n’est pas un objet achevé : il est recréé en permanence.

De même, la multiplicité des images contenues dans une seule de ses œuvres — visibles tour à tour selon le point de vue — évoque l’unité dynamique de la pensée juive : une seule réalité, infiniment riche, dont aucune perspective humaine ne saurait épuiser la profondeur. L’unité du Chéma Israël n’est pas pour Agam une uniformité statique, mais une unité vivante qui embrasse l’infinité des points de vue.

 

La rencontre avec le Rabbi de Loubavitch

C’est dans ce contexte spirituel que s’inscrit la relation d’Agam avec Habad-Loubavitch et, plus particulièrement, avec le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson.

Dans de nombreux entretiens, Agam a évoqué avec émotion ses rencontres avec le Rabbi. Il a raconté combien il avait été frappé de constater que le Rabbi, loin de voir dans son art une démarche étrangère à la tradition, en avait immédiatement saisi la dimension juive profonde. Selon le témoignage de l’artiste, le Rabbi comprit que cet art du mouvement, du devenir et de l’irreprésentable rejoignait des intuitions essentielles de la pensée juive sur D.ieu, la Création et le temps.

Agam a confié à plusieurs reprises que peu de personnes avaient compris aussi pleinement la portée spirituelle de son œuvre, et que cette compréhension du Rabbi l’avait profondément encouragé et conforté dans sa voie. Loin d’opposer modernité artistique et fidélité à la Torah, le Rabbi voyait dans le talent d’Agam un moyen de sanctifier le monde par la beauté et d’exprimer, dans le langage de l’art contemporain, des vérités juives intemporelles.

Cette rencontre illustre une dimension caractéristique de la démarche du Rabbi : la conviction que chaque talent, chaque domaine de la créativité humaine — y compris l’art le plus avant-gardiste — peut et doit être mis au service du divin, participant à la mission de faire de ce monde matériel une « demeure pour D.ieu dans les mondes inférieurs » (dira betah’tonim).

 

 

La plus grande Ménora du monde

Le lien le plus visible entre Yaacov Agam et le mouvement Habad-Loubavitch se dresse, chaque année, en plein cœur de Manhattan. C’est en effet Agam qui a conçu la plus grande Ménora de Hanouka au monde, érigée à l’angle de la Cinquième Avenue et de la 59e Rue, face à Central Park et au Plaza Hotel, et allumée publiquement durant toute la fête par Habad-Loubavitch.

Reconnue par le Guinness World Records comme la plus grande au monde, cette Ménora monumentale s’élève à environ 32 pieds (près de 10 mètres) et pèse quelque deux tonnes d’acier doré. Chaque soir de Hanouka, son allumage rassemble une foule nombreuse et constitue l’un des grands rendez-vous publics de la fête des Lumières à New York.

Au-delà de ses dimensions, l’œuvre porte une signification halakhique profonde. Agam lui a donné des branches droites et obliques, et non arrondies. Ce choix n’a rien d’esthétique : il épouse la position du Rambam (Maïmonide) et de Rachi, selon laquelle les branches de la Ménora du Temple s’élevaient en lignes droites en diagonale — l’opinion même que le Rabbi de Loubavitch enseignait et encourageait à représenter. La grande Ménora de Manhattan unit ainsi, dans un même geste, l’audace plastique de l’art cinétique et la fidélité scrupuleuse à la tradition.

Un art au service de l’identité juive

L’attachement d’Agam au judaïsme ne s’est pas limité à la philosophie de son œuvre. Il s’est aussi traduit par des créations explicitement juives : objets de culte, étoiles de David, Mezouzot, œuvres inspirées des fêtes, des lettres hébraïques et des thèmes bibliques.

Tout au long de sa carrière, Agam est resté un Juif pratiquant et un porte-parole assumé de l’idée que l’art le plus universel peut naître de racines parfaitement juives. Il aime à rappeler que ses innovations les plus saluées par la critique mondiale plongent leurs racines dans la Torah et dans la Kabbale apprises dans la maison de son père.

Une postérité spirituelle

L’histoire de Yaacov Agam et de sa relation avec Habad dépasse l’anecdote biographique. Elle dit quelque chose d’essentiel sur le rapport du judaïsme à la création et à la beauté.

Là où l’on oppose souvent tradition et modernité, religion et art d’avant-garde, la rencontre entre l’un des plus grands artistes contemporains et le Rabbi de Loubavitch montre un tout autre chemin : celui d’un dialogue fécond, où la pensée hassidique éclaire l’art moderne et où l’art moderne, à son tour, rend visible — par le mouvement, la couleur et la lumière — quelque chose de l’inépuisable profondeur de la sagesse juive.

L’œuvre d’Agam demeure ainsi comme un témoignage en mouvement : la preuve, offerte au regard, qu’un Juif fidèle à la Torah peut parler au monde entier sans jamais cesser de puiser à la source de ses pères.

LaLévaya et les Chiva

Le cercueil sera déposé sur le parvis du Musée Agam, à Rishon LeZion, le lundi 22 juin 2026, entre 14h00 et 16h00. La Levaya  partira du parvis au cimetière militaire de Re’hovot le lundi 22 juin 2026 à 17h00.

La Chiva se tiendra au Musée Agam, rue Mish’ar 1, à Rishon LeZion : du mardi au vendredi, de 10h00 à 13h00, ainsi que les mardi et mercredi, de 16h00 à 20h00.