Un manuscrit rare du commentaire du Rachbam sur la Torah, considéré comme perdu depuis plus d’un siècle, vient d’être retrouvé dans les archives de la Bibliothèque d’État de Russie à Moscou. Égaré après avoir servi à la première édition imprimée de 1881, ce trésor avait disparu et était classé à tort comme un commentaire de Rachi. Sa redécouverte suscite une vive émotion parmi les Rabbanim et les Chlou’him de Russie.
Une découverte au cœur des archives de Moscou
C’est en travaillant sur la collection Gintsburg, conservée à la Bibliothèque d’État de Russie, que le chercheur Yisraël Doubitsky a réalisé cette découverte. Le manuscrit contient un commentaire sur la Torah de Rabbeinou Chemouel ben Meïr, connu sous le nom de Rachbam, petit-fils de Rachi et l’un des grands Richonim. Son commentaire est réputé pour son attachement au sens simple des versets, le pchat, ainsi qu’aux règles de la grammaire et de la syntaxe hébraïques.
Un manuscrit disparu depuis 1881
Référencé par les chercheurs sous le nom de Manuscrit n° 103 du Séminaire théologique juif de Breslau, ce document avait servi de base principale à la première édition imprimée du commentaire du Rachbam, en 1881. Après la parution de cette édition, le manuscrit s’était volatilisé et fut considéré pendant des décennies comme définitivement perdu.
Égaré puis dissimulé pendant de longues années
Selon les chercheurs, le manuscrit serait parvenu en territoire soviétique après la Seconde Guerre mondiale, avant d’être absorbé dans les archives. Pendant de nombreuses années, il fut catalogué par erreur comme un commentaire de Rachi, vraisemblablement parce que sa page de titre manquait et que le texte débutait au milieu du Sefer Berechit.
Un petit-fils de Rachi parmi les plus grands Tossafistes
Né aux environs de Troyes vers 1085, Rabbeinou Chemouel ben Meïr était le fils du Rav Meïr ben Chemouel et de Yo’heved, fille de Rachi. Frère aîné de Rabbeinou Tam et d’Its’hak ben Meïr, le Rivam, il compta parmi les plus grands Tossafistes de France et fut, à l’image de son grand-père maternel, à la fois commentateur de la Torah et talmudiste. Il étudia auprès de Rachi lui-même ainsi qu’auprès du Rav Its’hak ben Acher haLévi, le Riva. Réputé pour sa piété et sa modestie — la tradition rapporte qu’il marchait toujours les yeux baissés —, il gagnait sa vie en élevant du bétail et en cultivant la vigne, selon la tradition familiale, et n’hésitait pas à défendre la foi juive lors des disputes publiques organisées par le clergé.
Vers 1150, le Rachbam enseigna à Rouen, dans une Yechiva dont les vestiges furent mis au jour en 1976, et y côtoya vraisemblablement le grand savant espagnol Avraham Ibn Ezra. Aux alentours de 1160, il présida à Troyes un synode tenu dans le cadre des Takanot Choum, aux côtés de son frère Rabbeinou Tam et du Rav Eliézer ben Nathan, le Ra’avan ; plus de deux cent cinquante Rabbanim venus de toute la France y prirent part, et plusieurs décrets communautaires y furent promulgués.
Un commentaire fidèle au sens littéral du texte
À la différence de son grand-père, le Rachbam développa une méthode résolument tournée vers le sens littéral, le pchat, qu’il privilégiait à l’interprétation homilétique et traditionnelle. Cette approche le conduisit parfois à des positions audacieuses : ainsi, sur le premier chapitre du Sefer Berechit, il soutenait que le jour commence à l’aube et non au coucher du soleil de la veille. Le Rachbam rapporte lui-même avoir débattu de sa démarche avec Rachi, son grand-père reconnaissant qu’il aurait révisé ses propres commentaires s’il en avait eu le temps. Ses notes sur le texte biblique se distinguent par leur concision, et l’on conserve également des fragments de son commentaire sur le Talmud, notamment sur les traités Bava Batra et Pessa’him.
Un texte longtemps demeuré dans l’ombre
Plusieurs spécialistes estiment que c’est précisément l’audace de certaines de ses remarques — au sujet du moment où débute le jour — qui explique que son commentaire sur le Sefer Berechit soit demeuré absent durant des siècles et n’ait été pleinement retrouvé qu’à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui encore, toutes les éditions du Mikraot Guedolot ne reproduisent pas un Rachbam complet. À cette lumière, la réapparition du manuscrit de Moscou revêt une dimension d’autant plus saisissante.
Un trésor pour l’étude des Richonim
Cette découverte a suscité un vif intérêt parmi les Rabbanim et les Chlou’him de toute la Russie, où les institutions Habad œuvrent sous la direction du Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar. Le manuscrit est considéré comme une trouvaille majeure pour l’étude du commentaire de la Torah au Moyen Âge et pour la transmission des écrits des Richonim.
L’émotion du Grand Rabbin Berel Lazar
En apprenant la nouvelle, le Rav Lazar a déclaré que « dans une génération comme la nôtre, nous voyons soudain se révéler une telle lumière, une lumière qui enrichit la compréhension de la Torah et nous donne la force de vivre avec elle, une Torah de vie et une Torah de lumière qui illumine notre existence ». « Lo alman Yisraël », Israël n’est pas abandonné, a-t-il ajouté. « D’En Haut, il nous est accordé une lumière particulière pour nous encourager et nous donner la force de poursuivre notre travail et de diffuser la Torah en tout lieu et auprès de chaque Juif. »
La réaction du Rav Barou’h Gorin
Le Rav Barou’h Gorin, président du Musée juif de Moscou et directeur de la maison d’édition Le’haïm, a qualifié cette découverte de révélation spectaculaire pour l’ensemble du peuple juif. « Nous suivons cela avec impatience et curiosité, dans l’attente d’examiner les trouvailles de près », a-t-il confié. « Chaque lettre issue des paroles de nos grands Richonim qui revient à la lumière est une source d’émotion ; nous attendons les détails complets du chercheur afin de mesurer l’ampleur du trésor qui nous est parvenu. »
La Torah n’est jamais oubliée du peuple juif
Dans les communautés juives de Russie, cette découverte est perçue comme un rappel puissant : la Torah n’est jamais oubliée du peuple juif. Même après des décennies passées à l’abri des regards, au fond des archives, les paroles des Richonim continuent de resurgir et d’éclairer le monde de la Torah.


















