La Paracha Bamidbar dépeint un peuple organisé en douze tribus distinctes, chacune arborant son propre drapeau et ses propres symboles. Loin d’être une source de division, cette singularité est, selon le Rabbi de Loubavitch, le reflet de douze voies complémentaires dans le service de D.ieu. Et c’est précisément cette diversité assumée que le roi Machia’h viendra célébrer et restaurer pour l’éternité.

 

 

Rav Schneor Ashkenazi

 

 

La tribalité et la vie en camp : un phénomène béni

Notre peuple est né sous le signe des douze tribus, et c’est dans cet esprit que, selon nos sources, la division en tribus sera de nouveau révélée à l’ère future. Mais pourquoi donc ? Nous rêvons d’unité, de fraternité et de coopération entre toutes les composantes du peuple juif. Nous aspirons à ce matin de grâce où nous nous élèverons au-dessus des rivalités communautaires, des clivages sectoriels et des querelles politiques, pour nous comporter « comme un seul homme au cœur uni », à l’image du peuple d’Israël rassemblé au pied du mont Sinaï.

Or, la Paracha Bamidbar dépeint une réalité tout autre. Elle se distingue par la division du peuple en quatre camps, douze tribus avec douze Nassiim à leur tête, et l’attribution d’un drapeau singulier à chacune d’elles.

La Paracha s’ouvre sur les noms des douze Nassiim qui présidaient à chaque tribu. Les versets poursuivent avec le recensement du peuple campant dans le désert, et la Torah présente les résultats tribu par tribu : « La tribu de Reouven : quarante-six mille cinq cents hommes ; la tribu de Chimon : cinquante-neuf mille trois cents ; la tribu de Gad : quarante-cinq mille six cent cinquante », et ainsi de suite.

Vient ensuite la description de l’ordre du campement dans le désert : au centre se dressait le Michkan, et autour de lui le peuple campait en quatre groupes, répartis selon les quatre points cardinaux. Chaque camp comprenait trois tribus, et chaque tribu occupait un emplacement précis et distinct, sans se mêler aux autres. Au-dessus de chaque tribu flottait un drapeau aux couleurs et aux emblèmes qui lui étaient propres, comme il est écrit : « Chacun sous son drapeau, selon les signes de leurs familles ancestrales, les enfants d’Israël camperont. »

À chaque tribu sa mission

Si cette division pourrait s’expliquer comme un dispositif provisoire lié à l’organisation dans le désert, ou comme une structure militaire en prévision de la conquête du pays, le Rambam tranche en pratique que, lors de la Délivrance future, nous nous diviserons de nouveau en douze tribus. Le roi Machia’h sera doté de la capacité prophétique d’identifier chaque individu selon la racine de son âme et de l’attribuer à la tribu qui lui correspond. En ses termes (Hilkhot Mela’him 12:3) : « Aux jours du roi Machia’h, quand son règne sera établi et que tout Israël se sera rassemblé auprès de lui, il attribuera à chacun sa lignée tribale par l’esprit de sainteté… il fera connaître que tel est de telle tribu et tel est de telle autre tribu. »

Ce fondement repose sur la prophétie d’Ézéchiel (48:31) : « Les portes de la ville [Jérusalem] porteront les noms des tribus d’Israël : trois portes au nord — la porte de Reouven, la porte de Yehouda, la porte de Lévi… » À l’ère future, Jérusalem comptera douze portes, et chaque tribu y entrera avec fierté par le portail qui lui est réservé.

Toute âme éprise de paix se demandera alors : en quoi la division en camps et en tribus est-elle bénéfique ? N’est-ce pas là un phénomène de l’exil dont il faudrait chercher à se débarrasser ?

Le Rabbi de Loubavitch y perçoit un message exaltant (Likkoutei Si’hot, vol. 23, p. 54 ; vol. 25, p. 309) : nous sommes différents les uns des autres, et il nous appartient de cultiver la singularité de chacun. Les douze tribus représentent douze voies dans le service de D.ieu, et chaque être humain est appelé à trouver sa contribution unique à la sanctification du monde.

Les drapeaux et leurs emblèmes symbolisaient la « force » propre aux fils de chaque tribu. Sur le drapeau de Reouven étaient représentées les mandragores qu’il avait apportées à sa mère comme porte-bonheur de fertilité, perpétuant ainsi la vertu de responsabilité qui caractérisait Reouven en tant que premier-né de la famille.

Sur le drapeau de Chimon était représentée la ville de Che’hem, évoquant la vertu de la rigueur et de l’aspiration à la perfection propre aux fils de cette tribu — une qualité précieuse lorsqu’elle s’exerce dans l’équilibre et dans des limites appropriées. Le drapeau de Lévi symbolisait le dévouement au service du Temple ; celui de Yehouda rappelait la direction royale du peuple ; celui d’Issa’har, la persévérance inébranlable dans l’étude de la Torah ; et celui de Zevouloun, l’art du commerce maritime.

La « force » personnelle : non seulement un droit, mais un devoir

La « force » personnelle n’est pas seulement un privilège — c’est une obligation. C’est le moment où le Saint Béni Soit-Il a assigné à l’âme qui descend en ce monde une mission précise dans le Tikkoun Olam, la réparation du monde. Les traits de caractère individuels constituent la « boîte à outils » que nous avons reçue pour accomplir cette mission avec succès.

C’est pourquoi il est interdit à l’homme de négliger ses talents, son environnement et sa place dans le monde, au profit d’une voie différente qui ne lui garantirait qu’un confort matériel ou une vie plus aisée. Lorsque nos qualités personnelles rencontrent un besoin local auquel nous seuls sommes en mesure de répondre convenablement — c’est cela notre Cheli’hout, notre mission de vie.

Parmi les nombreuses fonctions du roi Machia’h, il nous rappellera notre vocation personnelle en ce monde — et c’est là une raison supplémentaire de l’attendre avec une ardente impatience.