Au 27e Kinous Hachlouhim, le Rav Berel Kesselman, Chalia’h dans le 16e arrondissement (sud) de Paris, a pris la parole pour raconter une histoire qui n’avait rien d’ordinaire. En deux ans, sans un euro en poche — avec même un solde négatif en banque —, il a réussi à acquérir un local imposant pour son Beth Habad, mètre carré par mètre carré, grâce à la Providence divine et à une chaîne de Juifs envoyés l’un après l’autre. Ce soir-là, devant ses confrères Chlou’him réunis, il a livré non pas un discours, mais un témoignage : celui d’un homme qui a appris à ne jamais décider seul et à laisser le Rabbi tenir les rênes.
Une nuit de miracles comme point de départ
Tout commence, raconte le Rav Kesselman, il y a exactement deux ans, lors du Kinous. Cette nuit-là, l’un de ses confrères Chlou’him avait raconté pendant des heures des histoires de miracles, des récits du quotidien où la main de D.ieu se manifestait à chaque détour. Le lendemain matin, au réveil, quelque chose avait changé en lui. Sans plan préconçu, sans stratégie élaborée, il s’était dit qu’il allait simplement aller voir le local qui se trouvait juste à côté de chez lui — un Franprix disponible dans son quartier. Il était entré, avait fait le tour des lieux, et s’était pris à rêver : « C’est à nous, ça. »
Ce qui avait commencé comme une fantaisie du matin était devenu, en l’espace de quelques semaines, une intention sérieuse. Il avait demandé conseil à son beau-père, le Rav Mendel Azimov, dont tout le monde dans son entourage connaît la règle d’or : s’il ne vous décourage pas, c’est que c’est une bra’ha. Et effectivement, son beau-père n’avait pas découragé. Puis il avait consulté son oncle, qui, lui, lui avait dit de ne rien faire. La leçon retenue de toutes ces consultations allait devenir le fil conducteur de toute l’aventure : il faut toujours demander, il ne faut jamais décider seul.
Le local d’en face, ou comment D.ieu envoie les bonnes personnes au bon moment
Quelques mois plus tard, un juif — dont il ne précise pas l’identité par discrétion — le croise pour une raison technique et lui pose une question inattendue : « Pourquoi vous ne regardez pas le local d’en face ? » Car cet homme refusait d’investir dans le Franprix, refusait d’investir quoi que ce soit en France — mais il lui désignait le local situé face à la poste comme une piste sérieuse. Le Rav Kesselman, embarrassé d’avouer que ses ambitions s’arrêtaient au Franprix, s’était dit : qu’est-ce que j’ai à perdre à aller regarder ?
Il était allé regarder. Puis un autre juif lui avait dit de faire une offre. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Il avait fait une offre. Puis un troisième lui avait conseillé de faire une offre sans condition de financement. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Il avait fait l’offre sans condition. À chaque étape, c’est un juif différent, envoyé comme par hasard, qui l’avait poussé un cran plus loin. « Ce n’était pas mon idée, confie-t-il. Ce projet est venu vers moi. »
Sept à huit mois de Providence : un juif, encore un juif, encore un juif
S’ensuivent sept à huit mois d’une aventure humaine et spirituelle hors du commun. Sur toute cette période, le Rav Kesselman témoigne avoir vu la Providence à l’œuvre à chaque instant, et pas seulement sur le plan financier — même si la dimension financière était considérable. Il se souvient d’un donateur qui, lors de leur premier rendez-vous, avait promis une somme très importante, mais qui avait ensuite exprimé ses craintes : « Je vais perdre mon argent, c’est sans conditions de financement. » Le Rav lui avait alors expliqué le concept du « rattrapage » — et l’homme, convaincu, avait finalement multiplié sa promesse par trois, voire par quatre.
La clé de voûte de tout l’édifice financier reposait sur une idée simple et géniale : trente personnes, chacune finançant un mètre carré, à un prix unitaire qui permettait d’atteindre les 300 000 euros nécessaires. « La minute où j’ai commencé à faire les calculs dans ma tête, je me suis dit : c’est le Rabbi qui gère. » Et dix jours avant la validation du crédit, alors que rien n’était encore acquis, il s’était dit avec une sérénité surprenante : « Si je perds ces 210 000 euros — les mêmes 210 000 euros que le Rabbi m’a donnés —, c’est lui qui va perdre. Je sais que le Rabbi, à la fin, fera tout pour le bien. »
Des soutiens providentiels, de Tolidan au Grand Rabbin de France
Parmi les figures qui l’ont soutenu dans cette épreuve, le Rav Kesselman évoque avec émotion Olivier Tolidan, un juif que certains dans la salle connaissent. Au début du projet, alors qu’il était rongé par l’angoisse, Tolidan l’avait appelé un soir pour lui dire, avec une insistance presque mystérieuse : « Je suis avec vous. Je suis avec vous. Je suis avec vous. » Le Rav, interloqué par cet élan inattendu de la part d’un homme pourtant habituellement réservé, l’avait interrogé : « Qu’est-ce qui se passe ? Je ne vous ai jamais entendu parler comme ça. »
Il évoque aussi le jour où, avant de consulter le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, il avait hésité avec son beau-père : est-ce qu’on lui demande ou non ? La conversation avec le Grand Rabbin n’avait duré que dix secondes, mais la réponse avait été sans équivoque : « Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. » Dans la foulée, Eric Lambert avait pris le relais, puis le directeur de la Poste avait été contacté — et les choses s’étaient mises en place, une par une, comme si une main invisible ordonnait les événements.
Le dénouement était venu du côté du courtier, qui avait réussi à faire valider le crédit en quatre jours. Le 11 novembre, c’était acté. « J’avais crié à ce courtier : si tu as un message du Rabbi, ça va se faire avec toi. Sinon, ça ne se fera pas. Et tu n’as rien à perdre. » Il avait raison.
Le Kinous Hachlouhim, révélateur de forces insoupçonnées
Le Rav Kesselman conclut son témoignage par des remerciements chaleureux à ses amis Yossef Selnik et Berel Casselman, avant de livrer la leçon centrale de cette aventure : le Kinous Hachlouhim peut véritablement réveiller en chacun de nous la force de s’élever au-dessus de toutes les difficultés, dans un esprit de joie et d’élévation spirituelle.
Le maître de cérémonie prend alors la parole pour introduire l’invité d’honneur de la soirée : le Rav Mandy Kotlarski. Fils d’un grand Rav qui avait lui-même consacré sa vie au mouvement Habad-Loubavitch, Mandy Kotlarski s’était impliqué dès son plus jeune âge dans les activités de son père, gérant notamment presque seul le programme des Si’hot. Aujourd’hui, il a pris la succession paternelle avec succès, et ceux qui le connaissent soulignent unanimement son humilité remarquable, sa chaleur humaine, sa disponibilité et sa capacité à écouter. C’est avec un grand honneur que l’assemblée des Chlou’him l’accueille ce soir-là à la tribune.
















