Le troisième round de négociations entre Washington et Téhéran, considéré comme décisif, a marqué une pause temporaire ce jeudi à Genève après trois heures d’intenses discussions. Si des signaux d’ouverture ont été envoyés des deux côtés, des responsables iraniens ont opposé un refus catégorique aux exigences américaines les plus dures, posant des lignes rouges claires sur leur programme nucléaire et leur arsenal balistique. En toile de fond, le porte-avions américain Gerald Ford prend cap sur Israël, et des conseillers de Trump envisageraient en privé un scénario militaire où Israël frapperait en premier.

 

Chanel 14

 

Genève, dernier espoir d’une percée diplomatique ?

Le troisième round de pourparlers entre l’Iran et les États-Unis a débuté ce jeudi à Genève, alors que les désaccords entre les deux parties sur les missiles balistiques et la question nucléaire demeurent entiers. Malgré ces divergences, le ministre des Affaires étrangères omanais Badr Al-Busaidi, qui joue le rôle de médiateur, s’est voulu optimiste, évoquant des efforts intenses menés dans un esprit constructif et soulignant une ouverture sans précédent des deux parties à des idées et solutions nouvelles, en vue de créer les conditions favorables à un accord équitable. Un haut responsable omanais a également confié à la chaîne israélienne Channel 14 que Mascate se montrait optimiste quant à une solution diplomatique, les deux parties manifestant une réelle volonté de conclure un accord.

Les négociations ont ensuite été interrompues temporairement après environ trois heures. Les délégations se sont retirées pour des consultations internes avant de reprendre les discussions en fin d’après-midi — selon le quotidien libanais Al-Mayadeen, proche du Hezbollah, la reprise était prévue à 17h30, heure d’Israël.

Un conseiller de Khamenei envoie un signal fort… en hébreu

Ali Shamkhani, conseiller principal du Guide suprême iranien Ali Khamenei, a pris la parole de manière remarquée en rédigeant un message directement en hébreu : « Si la question centrale des négociations est l’incapacité de l’Iran à développer des armes nucléaires, cela est en accord avec la fatwa du Guide et avec la doctrine de défense iranienne — et un accord immédiat est possible. Le ministre des Affaires étrangères Araghchi dispose de suffisamment de soutien et d’autorité pour parvenir à un tel accord. »

Cette déclaration, inhabituelle par sa langue et son ton, a été interprétée comme un signal fort adressé directement à l’opinion publique israélienne et aux milieux diplomatiques occidentaux.

La fatwa comme bouclier diplomatique

Dans une tentative d’atténuer la pression internationale, le président iranien Pezeshkian a réaffirmé que son pays ne souhaitait pas se doter de l’arme atomique : « Nous ne voulons pas posséder d’armes nucléaires et nous sommes engagés envers la fatwa du Guide Suprême à ce sujet. Lorsqu’il émet une telle fatwa, cela signifie clairement que Téhéran ne fabriquera pas d’armes nucléaires. »

En réponse, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a fait savoir que ces déclarations ne suffisaient pas à satisfaire l’administration. Même si l’Iran n’enrichit pas d’uranium à ce stade, il œuvrerait selon lui à acquérir les capacités technologiques nécessaires pour le faire à l’avenir. Rubio a ajouté ce jeudi : « L’Iran construit des missiles capables de transporter des ogives. S’ils souhaitent véritablement un programme d’enrichissement civil pacifique, ils peuvent le faire dans des installations en surface — pas à des dizaines de mètres sous terre. »

Téhéran pose ses lignes rouges : refus catégorique des exigences américaines

Dans des interviews accordées aux chaînes Reuters et Al-Jazeera, des responsables iraniens ont clairement indiqué que Téhéran ne renoncera pas à ses acquis stratégiques. Un haut responsable iranien a déclaré sans ambiguïté sur Al-Jazeera : « Nous rejetons catégoriquement le démantèlement des installations nucléaires, l’enrichissement zéro, le transfert d’uranium enrichi hors de nos frontières, et tout débat sur notre arsenal balistique. »

Ce même responsable a précisé que le principe d’un « enrichissement zéro permanent » était hors de question pour Téhéran. La proposition iranienne actuelle se limite à un enrichissement à faible taux, placé sous la surveillance de l’AIEA, sans démantèlement d’installations ni transfert des réserves d’uranium enrichi à l’étranger.

Parallèlement, une source iranienne a confié à l’agence Reuters que la clé de la progression reposait dans les mains américaines : « Un accord-cadre est possible, à condition que les États-Unis séparent sérieusement les questions nucléaires des questions non nucléaires. » Cette source visait notamment les pressions de Washington pour inclure dans les négociations les activités régionales de l’Iran et son programme de missiles balistiques.

La proposition iranienne : enrichissement limité et surveillance internationale

Selon le New York Times, l’Iran s’apprêterait à soumettre une proposition permettant un certain niveau d’enrichissement, tout en offrant à Donald Trump la possibilité de présenter cela comme une victoire. Quatre sources officielles iraniennes indiquent que Téhéran proposerait une suspension de l’enrichissement d’uranium pour une durée de trois à cinq ans. À l’issue de cette période, l’Iran rejoindrait un consortium régional et maintiendrait des niveaux d’enrichissement minimaux d’environ 1,5 %. L’Iran proposerait également de diluer progressivement ses réserves d’uranium enrichi, tout en autorisant les inspecteurs de l’AIEA à surveiller les opérations et à vérifier l’application de l’accord.

Les exigences américaines : une position intransigeante

Le Wall Street Journal a de son côté révélé les conditions posées par Washington lors des pourparlers de Genève, bien plus exigeantes que ce que Téhéran semble prêt à accepter. Les États-Unis réclameraient la destruction totale des trois sites nucléaires iraniens — Fordow, Natanz et Ispahan —, la remise de l’intégralité de l’uranium enrichi, l’absence de clauses d’extinction permettant des restrictions permanentes contrairement à l’accord de 2015, un enrichissement zéro (à l’exception du réacteur de recherche de Téhéran), et un allègement minimal des sanctions conditionné au strict respect des engagements pris.

Le désaccord du renseignement : le programme a-t-il été reconstitué ?

Un écart significatif entre les évaluations des services de renseignement a été mis en lumière. Des experts et diplomates ont confié au Wall Street Journal que le programme nucléaire iranien n’aurait pas véritablement progressé depuis la guerre avec Israël en juin dernier. David Albright, chercheur spécialisé dans le domaine, a indiqué que sur la base d’images satellites et de la surveillance des installations, aucune preuve de reconstruction d’un programme de développement d’armes n’a été trouvée.

Cependant, au niveau politique américain, le tableau apparaît différent. Le vice-président JD Vance a déclaré que l’administration avait observé des preuves que l’Iran tentait de reconstituer son programme nucléaire, ce qui laisse penser que Washington s’appuie soit sur des informations non encore divulguées, soit sur une interprétation particulièrement stricte des actions de Téhéran.

Le Gerald Ford en route vers Israël : un message musclé

En parallèle des négociations diplomatiques, le plus grand porte-avions du monde, le USS Gerald Ford, a quitté ce matin le port de La Suda en Crète et met cap sur les côtes israéliennes, où il devrait arriver dans les prochaines 24 heures. Ce bâtiment de guerre à propulsion nucléaire représente un renforcement stratégique considérable du dispositif de défense commun israélo-américain dans la région — un signal de puissance envoyé en plein cœur des négociations.

La stratégie de l’ombre : « laisser Israël frapper en premier »

L’aspect le plus inquiétant de ces derniers jours concerne la stratégie militaire qui se dessinerait en coulisses à la Maison Blanche. Selon un rapport du site Politico, des conseillers senior du président Trump expriment en privé leur préférence pour qu’Israël soit le premier à lancer une attaque militaire contre l’Iran, avant toute implication directe des forces américaines.

Selon des sources proches du dossier, une frappe israélienne constituerait le « déclencheur » nécessaire pour mobiliser le soutien de l’opinion publique américaine en faveur d’une opération militaire de grande envergure. Dans l’entourage proche de Trump, une conviction semble aujourd’hui s’être cristallisée : les États-Unis se dirigent vers une frappe contre l’Iran, vraisemblablement dans le cadre d’une opération conjointe avec Israël. Une logique qui, si elle venait à se confirmer, transformerait radicalement la nature de ces négociations — et leur finalité réelle.