L’histoire bouleversante d’un émissaire Habad et de son fils, où une tragédie s’est transformée en source d’inspiration pour des milliers de personnes. Un témoignage puissant sur la foi, le courage et la capacité de voir la lumière même dans les moments les plus sombres. Une famille qui a choisi de transformer l’insurmontable en force spirituelle rayonnante.

 

Rav Mena’hem Feldman, Chalia’h du Rabbi à Ness Tsiona

 

 

 

Debout devant le 770 Eastern Parkway, le quartier général mondial du mouvement Habad-Loubavitch à Brooklyn, le Rav Mena’hem Feldman observe la scène qui se déploie devant lui. C’est un dimanche matin lors du Kinous Hachlouhim, le rassemblement annuel des émissaires du Rabbi. Des centaines de Chlouhim affluent de tous les coins du monde pour la photo légendaire qui immortalisera cette armée spirituelle.

« Je regarde et encore des émissaires, et encore des émissaires, et encore… », se souvient-il. « Et je me dis : Wow, je vais faire partie de cette photo ! »

Les débuts de la Chli’hout

Seize ans plus tôt, le Rav Mena’hem et son épouse s’installaient à Ness Tsiona, une ville israélienne, dans le cadre d’un projet d’émissaires. Au début, sa mission se concentrait principalement sur l’enseignement de cours de Torah. Mais avec le temps, la Chli’hout s’est enracinée, la famille s’est agrandie — sept enfants sont nés — et le travail s’est étendu.

« C’était environ la dixième année de notre Chli’hout », raconte-t-il. « Je sentais que nous étions sur une vague porteuse. Il y avait énormément de travail, la communauté grandissait, le Rabbi était avec nous. »

La vie suivait son cours, entre les cours de Torah, les événements communautaires et l’éducation d’une famille nombreuse. Une routine bien huilée, empreinte de sens et de dévouement.

Un vendredi qui change tout

Ce vendredi-là commence comme les autres. Le Rav Mena’hem a un programme chargé : à 8h30, il doit participer à une Mesibat ‘Houmach, la cérémonie célébrant le début de l’étude de la Torah pour les enfants de deuxième année de l’école Savionim.

Mais au réveil, quelque chose ne va pas. Zalmy, l’un de leurs fils, présente une éruption cutanée sur tout le corps.

« Nous avions déjà sept enfants », explique le Rav Mena’hem. « Un peu de fièvre, même une légère éruption, ça ne nous inquiétait pas outre mesure. Mais nous avons tout de même décidé de consulter. »

Il dépose son épouse à la clinique et se précipite à la synagogue pour accueillir les enfants qui l’attendent déjà. Mais quelques minutes plus tard, en sortant de son cours, il découvre sur son téléphone plus de vingt appels manqués de sa femme.

Lorsqu’il la rappelle immédiatement, sa voix tremble : « Mena’hem, je suis en route vers les soins intensifs. »

La bataille pour la vie

À l’hôpital Assaf Harofeh, c’est l’effervescence. « Équipe en salle de trauma ! Équipe médicale, venez immédiatement ! » Les médecins affluent de partout. Derrière la porte close, les parents attendent, ne sachant rien de ce qui se passe.

Puis un médecin sort et leur explique la terrible réalité : Zalmy a été attaqué par une bactérie dévastatrice, extrêmement agressive. Sa vie est en danger. Personne ne peut leur dire s’il survivra, s’il pourra entendre, voir, marcher…

« Nous comprenions que la situation n’était pas simple », dit le Rav Mena’hem avec pudeur.

Les pensées se bousculent. « C’est ton enfant. Tu n’as rien de plus précieux que lui. Pourquoi cela arrive-t-il ? Que veut le Saint, béni soit-Il ? Comment allons-nous vivre avec ça ? Comment allons-nous gérer ? Pourrons-nous même continuer notre Chli’hout ? À quoi ressemblera notre mission à l’avenir ? »

La prière la plus intense

Dans la tourmente, le Rav Mena’hem cherche un lieu de recueillement. Il entre dans une petite synagogue de l’hôpital, vide. Il prend un Sidour.

« De manière surprenante, ce fut la prière où j’ai ressenti la présence du Saint, béni soit-Il, le plus intensément de toute ma vie. »

Pendant ce temps, Zalmy entre en salle d’opération. Ses parents attendent derrière la porte, plongés dans les prières et l’espérance.

Puis le chirurgien sort.

« Écoutez », leur dit-il, « nous avons tout fait… Il n’y a pas le choix… Il faudra amputer ses deux jambes. »

« Je suis un Chalia’h du Rabbi »

Le lendemain, une psychologue de l’hôpital vient proposer son aide au couple pour les soutenir émotionnellement.

« J’ai le souvenir d’avoir dit : je n’ai pas besoin », raconte le Rav Mena’hem. « Elle a insisté : ‘Pourquoi ? Cela vous fera du bien, je vous aiderai.’ Je lui ai répondu : ‘J’ai la force. Je réussirai à traverser cette épreuve.’ »

La psychologue, interloquée, demande : « Quelle force as-tu ? »

« Écoutez », lui répond-il, « je suis un Chalia’h du Rabbi de Loubavitch. »

Et il explique : « Être Chalia’h, ce n’est pas seulement être un représentant. Je suis littéralement la force du Rabbi de Loubavitch qui se trouve à Ness Tsiona. Quand je suis là-bas, c’est comme si lui-même y était. Je suis certain que tout cela arrive pour une raison précise. Même si je ne parviens pas encore à comprendre laquelle, je suis certain que tout sera finalement pour le bien. »

« Nous allons prendre cette épreuve, même si nous ne savons pas comment elle nous aidera, et nous en grandirons. Cela deviendra notre étendard. »

Le premier soir de ‘Hanoukka

Près de deux mois après le début de cette épreuve, la famille Feldman rentre enfin à la maison avec Zalmy, le premier soir de ‘Hanoukka.

« Nous avons allumé les bougies de ‘Hanoukka et nous avons remercié le Saint, béni soit-Il, profondément, parce que nous sentions qu’un miracle s’était produit pour nous. »

« Peut-être que d’autres ne pouvaient pas comprendre. Quel miracle ? Quel miracle ? Mais nous, qui savions que cet enfant aurait pu ne plus être avec nous, nous avons choisi de regarder, dans ces moments-là, ce que nous avons et non ce qui nous manque. »

Choisir de voir la lumière

« Il a des mains, il a des yeux », dit le Rav Mena’hem avec émotion. « Sur les 613 membres du corps humain, pourquoi choisir de se concentrer uniquement sur ce qui manque ? Il y a tellement plus ! »

Cette philosophie n’est pas qu’une belle pensée abstraite. Zalmy lui-même l’incarne au quotidien.

« Zalmy n’est pas seulement un enfant qui ne s’est pas affaibli face à cette épreuve. Sa force et son énergie sont quelque chose d’extraordinaire. Il est devenu une source d’inspiration pour les autres. »

« Personne ne peut se plaindre quand il voit Zalmy. Personne ne peut se lamenter quand il voit Zalmy. Personne ne peut dire ‘je ne peux pas’ — qu’est-ce que tu ne peux pas ? Tu peux tout ! »

Une Chli’hout transformée

Loin d’affaiblir leur mission, l’épreuve de Zalmy a donné à la Chli’hout du Rav Mena’hem une force considérable.

« Jusqu’à l’histoire de Zalmy, j’aurais pu dire : je ne peux pas, je n’en suis pas capable, c’est trop grand pour moi, je ne réussirai pas à faire cela. Depuis l’histoire de Zalmy, plus rien ne constitue un obstacle. Aucune difficulté n’est pertinente. Il suffit de décider, de se fixer un objectif, et tu es certain de l’atteindre. »

Cette transformation ne concerne pas seulement le Rav Mena’hem. Elle rayonne sur toute la communauté de Ness Tsiona et bien au-delà.

Un futur émissaire

« Je crois que Zalmy lui-même sera un Chalia’h », confie le Rav Mena’hem. « Sous quelle forme il sera émissaire, je ne sais pas. Mais dans mon esprit, je le vois comme je me voyais moi-même dans cette photo géante de tous les émissaires, faisant partie de la grande armée du Rabbi. Je vois certainement Zalmy debout là-bas — ou peut-être assis — dans cette photo, faisant partie de l’armée du Rabbi. »

« Parce que Zalmy est un enfant du Rabbi. »

Sur scène au Kinous

L’histoire du Rav Mena’hem et de Zalmy Feldman a touché le cœur de milliers de personnes. Lors du Kinous Hachlouhim 5786 (2025), père et fils ont été invités à partager leur témoignage lors du banquet de gala.

Lorsque Zalmy est monté sur scène, sous les applaudissements nourris de milliers d’émissaires venus du monde entier, il a incarné un message puissant : la foi peut transformer la tragédie en triomphe, l’épreuve en force, et chaque défi en opportunité de grandir.

Cette histoire nous rappelle que la véritable force ne réside pas dans l’absence d’obstacles, mais dans notre capacité à les surmonter avec foi, détermination et la certitude profonde que tout ce qui nous arrive — même ce qui semble insurmontable — peut devenir source de lumière et d’inspiration pour nous-mêmes et pour les autres.