Lors du Farbrenguen du 6 Tichri 5786, le Rav Haim Nisenbaum au Beth Habad de Flandre a partagé un message profond sur l’héritage de la Rebbetsin Hanna, mère du Rabbi. Cette date n’est pas simplement un anniversaire, mais une opportunité de puiser dans la force exceptionnelle qu’elle a démontrée et que le Rabbi nous transmet personnellement.
Une date profondément personnelle
Le Rabbi souligne toujours que le 6 Tichri n’est pas une date comme les autres. C’est impressionnant de voir dans les discours comment le Rabbi parle de « ma mère » – il dit « maman » – nous faisant entrer dans son intimité familiale. Le Rabbi était connu pour le respect extraordinaire qu’il témoignait à sa mère. Des témoins racontent qu’à New York, lorsqu’il lui rendait visite quotidiennement, il s’arrangeait pour ne jamais lui tourner le dos en sortant, déplaçant discrètement une chaise ou un objet pour éviter de se retourner complètement.
Cette intimité que le Rabbi partage avec nous est un cadeau inestimable. Nous devenons partie de sa famille, et c’est un privilège immense qu’il nous offre le droit de prendre part à ce souvenir personnel.
Le sixième jour de la création
Le Rabbi explique que le 6 Tichri a une signification particulière. Si Roch Hachana, le premier Tichri, marque le renouvellement de la création du monde, alors le 6 Tichri correspond au sixième jour de la création – le jour où l’homme fut créé. D.ieu a recréé le monde à Roch Hachana, donc nous sommes au sixième jour, le jour de la création de l’humanité.
Cela nous enseigne que tout le but de la création, de tout ce qui a recommencé à Roch Hachana, c’est d’arriver au sixième jour, car l’homme est le but ultime de toute la création – des mondes supérieurs comme des mondes inférieurs.
L’élévation de la Nechama
Le concept d’élévation de la Nechama (âme) ne concerne pas seulement quelqu’un qui a quitté ce monde, mais aussi ceux qui y vivent. Comme l’explique le verset « la Nechama retournera vers D.ieu qui l’a donnée », le but de chaque âme est de revenir vers D.ieu, de s’attacher à Lui et de sortir de l’exil où elle se trouve.
La Rebbetsin n’était jamais en exil spirituel, même au fond de la Russie, même prisonnière, même quand elle mettait sa vie en danger. Nous devons puiser une force de cet exemple pour sortir nous aussi de notre exil matériel et spirituel.
Le courage extraordinaire de la Rebbetsin
Chaque année à cette date, le Rabbi rapporte le sacrifice de sa mère – une véritable mission qu’elle a accomplie en faisant sortir de précieux manuscrits et écrits de Russie soviétique. Elle a pris des Ketavim (manuscrits) avec elle pour les sauver du régime soviétique, risquant sa vie pour cette mission. Ce n’était pas quelques feuilles dans un sac à main – c’était une véritable cargaison qu’elle a cachée et transportée au péril de sa vie.
Malheureusement, elle n’a pas pu tout emporter. Beaucoup d’écrits sont restés en Russie. Le Rabbi raconte même l’histoire d’un homme qui devait faire sortir des manuscrits mais qui, arrivé à la frontière, a eu peur et les a abandonnés. Ces écrits n’ont jamais été retrouvés. Néanmoins, le Rabbi garde espoir qu’un jour, d’une façon ou d’une autre, ils franchiront la frontière.
Ne jamais renoncer
Grâce à son courage, de nombreux écrits de Torah ont été sauvés. Le Rabbi en tire une leçon pour chacun : nous devons avoir la même détermination, ne renoncer à rien. Quand quelque chose doit être fait, nous devons le faire, même si c’est dangereux ou compliqué.
La vraie force, c’est que lorsqu’on ne renonce pas, on gagne. L’URSS a disparu de la carte, mais les écrits sont sortis, la Rebbetsin est sortie, et les Ketavim ont été imprimés et publiés. Aujourd’hui, des Juifs partout dans le monde peuvent prendre un livre du Rabbi précédent et l’étudier.
L’importance de l’éducation des filles
Le Rabbi pose une question fondamentale : d’où la Rebbetsin a-t-elle tiré une telle force ? Une femme seule, d’un certain âge, au fin fond de la Russie asiatique (Alma-Ata), qui devait traverser tout le pays, passer le rideau de fer avec un faux passeport – d’où venait cette force extraordinaire ?
Le Rabbi répond de manière surprenante : cela vient du ‘Hinoukh (éducation) qu’elle a reçu. Il en tire une leçon sur l’importance de l’éducation des filles. Si elle a eu la force de tout accomplir, de risquer sa vie pour ne renoncer à rien, c’est parce qu’elle a reçu une éducation appropriée. C’est pour cette raison que de nombreuses écoles dans le monde portent son nom.
Une force pour chacun
Il n’y a pas seulement un exemple, mais une force réelle que le Rabbi lui-même nous transmet. En nous parlant de « ma mère », il nous introduit dans sa famille. Nous avons une part de cette famille, même si nous n’en sommes pas toujours conscients.
Pour ceux qui vont au Ohel ce mois de Tichri, on doit se souvenir de cette expérience. Historiquement, Tichri était le mois des Français – à l’époque où partir chez le Rabbi était compliqué et coûteux, pas comme aujourd’hui avec les billets promotionnels. Les gens partaient pour Tichri parce que chez le Rabbi, on voyait des choses exceptionnelles pendant cette période concentrée.
Le pouvoir des vidéos
Certains ont eu le mérite de voir le Rabbi concrètement pendant les fêtes, d’autres sont nés quelques années plus tard et ne l’ont pas vu. Mais une grande invention est apparue : les vidéos. Quelqu’un pourrait se demander pourquoi le cinéma et la vidéo ont été inventés, avec tous leurs dangers potentiels.
La réponse : D.ieu savait qu’un Juif qui n’a pas pu voir le Rabbi de son vivant aurait besoin de plus que les souvenirs imparfaits des anciens. Maintenant, on peut regarder une vidéo et comprendre vraiment ce qui se passait. Quand on regarde une vidéo du Rabbi, on ne doit pas la voir comme un simple film intéressant, mais comme une fenêtre vers la réalité : « Ah, c’est comme ça que l’ancien racontait. Maintenant je comprends vraiment. »
Être un ‘Hassid du Rabbi
Qu’est-ce qu’être un ‘Hassid du Rabbi aujourd’hui ? Ce n’est pas une question de niveau spirituel extraordinaire – les définitions traditionnelles d’un ‘Hassid (quelqu’un qui prie au moins trois heures le matin, qui médite, qui réfléchit profondément) ne s’appliquent pas à la plupart d’entre nous.
Être un enfant du Rabbi, c’est savoir que si le Rabbi n’avait pas été là, nous ne serions pas nés spirituellement. Nous sommes dans ce monde grâce à lui. Un enfant du Rabbi possède quelque chose de son père, de la même façon qu’un Juif, même éloigé, possède une partie du Ein Sof (Infini divin) en lui.
L’amour particulier du Rabbi
Le Rabbi avait un amour particulier pour ceux qui venaient de France. Ce n’était pas notre mérite – dans les premières années, le Rabbi remboursait même les billets d’avion des jeunes qui venaient le voir. Pourquoi cette générosité ? Simplement parce que le Rabbi nous aimait. Nous sommes les ‘Hassidim du Rabbi, ses enfants.
Lorsqu’on entrait pour recevoir un dollar ou lors des Sim’hat Torah mémorables, le Rabbi regardait chacun dans les yeux – pas tous ensemble, mais un par un. Cinquante, quatre-vingts personnes, chacune regardée individuellement. Cela prenait du temps précieux au milieu des ‘Hakafot (danses), mais le Rabbi voyait chacun, voyait tout notre passé et certainement aussi notre futur, y compris ce Farbrenguen de ce soir.
Vivre le Farbrenguen
Être au Farbrenguen, ce n’est pas simplement écouter celui qui parle ou ressentir des émotions. C’est savoir qu’il existe quelque chose, comprendre ce qu’on fait dans ce monde, comprendre ce que le Rabbi veut de nous.
Un ‘Hassid des temps anciens chantait toujours lors des fêtes. Le vrai Farbrenguen n’est pas quelque chose de préparé – ce ne sont pas trois idées préparées à l’avance. C’est spontané, authentique. Comme Rav Mendel Azimof l’enseignait : un Juif doit vivre avec une Si’ha (discours) du Rabbi dans la tête. Le reste c’est très bien, mais sans cela, on manque l’essentiel.
Le Rabbi nous a choisis
Pourquoi sommes-nous devenus ‘Habad ? Ce n’est pas par hasard. Le Rabbi a choisi chacun. Comme l’a expliqué Rav Binyamin : il y a eu certainement un ancêtre avec un certain mérite qui est monté au Ciel et a demandé : « Pourquoi n’ai-je pas le mérite d’avoir un descendant ‘Hassid ? » D.ieu lui a répondu : « Oui, tu as un mérite, on va faire quelque chose. »
Mais cela passe aussi par notre choix. Quand on entre à ‘Habad, ce n’est pas pour des miracles – on entre dans un endroit où on nous dit : « pense, réfléchis, apprends, et fais quelque chose ! ».
Le message de ce soir est clair : nous avons une force extraordinaire qui nous vient du Rabbi à travers le souvenir de sa mère. Ne renonçons à rien de ce que nous sommes, utilisons cette force pour grandir et accomplir notre mission dans ce monde.

































































