Photo de couverture : Le Rav Yehuda Gerami, grand rabbin d’Iran, avec les Chlou’him à New York en marge de la Conférence internationale 2021 des émissaires Chabad-Loubavitch.
Les autorités iraniennes ont procédé à l’arrestation de Rabbanim et de dirigeants de la communauté juive à Téhéran et Chiraz, les accusant de maintenir des liens avec Israël. Ces arrestations, effectuées sans preuves tangibles selon les sources, interviennent dans un contexte de tensions croissantes entre l’Iran et Israël suite à l’opération « Am Kelavia ». Cette répression soulève de vives inquiétudes quant à la sécurité de la minorité juive iranienne, forte de 8 000 à 10 000 membres.
Des rapports en provenance d’Iran font état d’une campagne d’arrestations visant des personnalités juives éminentes, notamment des Rabbanim et des responsables communautaires de Téhéran et Chiraz. Ces interpellations, menées sans fondement probant apparent, s’inscrivent dans le climat de tensions exacerbées entre Téhéran et Jérusalem consécutif aux récentes opérations militaires israéliennes sur le territoire iranien. Parallèlement, le Grand Rabbin d’Iran Yehouda Gerami a confirmé la fermeture de toutes les synagogues et écoles juives du pays en raison de l’état d’urgence national.
Des arrestations sans fondement dans deux grandes villes
Selon un message publié par l’organisation des Femmes iraniennes, le régime de Téhéran a initié une série d’arrestations ciblant des figures proéminentes de la communauté juive. Les autorités iraniennes accusent ces personnalités religieuses et communautaires d’entretenir des relations avec l’État hébreu, sans pour autant fournir d’éléments probants à l’appui de ces allégations.
Ces interpellations se concentrent principalement sur Téhéran, la capitale, et Chiraz, deux centres névralgiques de la présence juive en Iran. Bien que ces informations n’aient pas reçu de confirmation officielle, elles suscitent une vive préoccupation quant aux mesures répressives dirigées contre cette minorité religieuse.
Le contexte post-opération « Am Kelavia »
Ces arrestations interviennent dans la foulée de l’opération militaire israélienne « Am Kelavia », au cours de laquelle Tsahal a frappé des objectifs stratégiques iraniens, notamment des installations nucléaires et militaires situées à Téhéran, Natanz et Ispahan. Cette offensive a également visé des hauts responsables des Gardiens de la Révolution et du programme nucléaire iranien.
« L’opération s’est achevée par un cessez-le-feu négocié avec la médiation américaine », précise une source diplomatique occidentale. Les autorités iraniennes ont réagi par des déclarations bellicistes et l’activation de leurs systèmes de défense antiaérienne, illustrant l’escalade des tensions régionales.
Fermeture généralisée des institutions juives
Dans ce contexte tendu, le Grand Rabbin d’Iran Yehouda Gerami a accordé un entretien téléphonique rarissime au journaliste Yisrael Rosner du journal Yated Ne’eman. Dans cette conversation transatlantique exceptionnelle, le dirigeant religieux a confirmé que « toutes les écoles et synagogues sont fermées » en raison de la détérioration de la situation sécuritaire.
« Pour l’instant, il n’y a pas de victimes juives connues », a précisé le Grand Rabbin Gerami, tout en soulignant que les Rabbanim de la communauté ont appelé à intensifier les prières « à la lumière de la réalité dramatique du pays ». Cette prise de parole publique constitue un événement remarquable, l’Iran interdisant officiellement tout contact avec les médias israéliens.
Selon le Dr Tamar Eilam Gindin, experte de l’Iran interrogée par Ynet, cet entretien revêt un caractère hautement inhabituel. « Il existe effectivement une interdiction de tels contacts, sauf avec des médias anti-sionistes. S’ils le citent en relayant la propagande de la République islamique, cela pourrait être autorisé », explique-t-elle.
Une communauté millénaire sous pression accrue
La communauté juive d’Iran, estimée à environ 9 000 membres, constitue la plus importante population juive du Moyen-Orient en dehors d’Israël. Cette diaspora millénaire, riche d’une histoire de plus de 2 500 ans, se concentre principalement à Téhéran (6 000 à 7 000 personnes), Chiraz (environ 2 000), Ispahan (1 500) et Kermanshah.
La communauté dispose d’une centaine de synagogues, dont 31 à Téhéran, bien que seulement une vingtaine soient utilisées régulièrement. Cinq écoles juives fonctionnent actuellement sous stricte surveillance gouvernementale, contre 20 avant la Révolution islamique de 1979.
Ces derniers jours, de nombreux Juifs iraniens sont restés confinés chez eux, craignant d’être vus en public. Les résidents de Téhéran, Chiraz et Ispahan ont tous subi les frappes aériennes israéliennes, tandis que d’autres villes abritant de petites populations juives, notamment Hamadan (traditionnellement associée aux figures bibliques Mardochée et Esther) et Kermanshah, ont également été touchées.
Déclarations de loyauté contraintes
Depuis le lancement de la campagne militaire israélienne « Opération Lion Féroce », les dirigeants de la communauté juive iranienne ont publié deux déclarations publiques dénonçant Israël. Ces condamnations sont perçues comme un moyen nécessaire d’assurer la sécurité communautaire face aux craintes d’accusations de déloyauté envers le régime.
Le Dr Homayoun Sameh, représentant juif au parlement iranien, a diffusé une lettre au sein de la communauté accusant Israël de crimes de guerre et exprimant ses condoléances aux familles iraniennes endeuillées. « Les Juifs iraniens font partie du peuple iranien », a-t-il écrit, réaffirmant leur loyauté à la République islamique.
« Chaque année, la communauté juive d’Iran participe aux marches du Jour de Qods à travers le pays », a-t-il souligné, condamnant « le régime sioniste répugnant ». Le clerc juif vétéran Hakham Younes Hamami Lalezar a publié une déclaration similaire, critiquant durement Israël.
L’agence de presse iranienne Fars a également publié une déclaration commune enflammée des représentants de diverses minorités religieuses à l’Assemblée consultative islamique, y compris le Dr Sameh, condamnant « l’agression du régime sioniste contre la terre de la République islamique ».
Pression systématique et craintes grandissantes
Selon les rapports du Département d’État américain sur la liberté religieuse, la communauté juive iranienne vit sous une pression constante et systématique. Bien que la constitution iranienne reconnaisse formellement les Juifs comme une minorité religieuse protégée avec le droit de travailler et de maintenir des institutions religieuses, la clause stipulant que ces droits doivent être exercés « dans le cadre de la loi » permet au gouvernement une large discrétion pour les restreindre.
L’escalade actuelle a suscité de nouvelles craintes au sein de la communauté, qui ne s’est pas encore remise de l’exécution l’année dernière d’Erwin Natanel Kahramani, malgré les efforts des dirigeants juifs et les appels internationaux. À cette époque, en raison des troubles intérieurs, les synagogues avaient reçu l’ordre de fermer quotidiennement à 17 heures, avec des avertissements émis par les dirigeants communautaires concernant la « situation dangereuse ».
Les arrestations actuelles de Rabbanim et dirigeants communautaires s’inscrivent dans cette logique de pression accrue, soulevant des inquiétudes majeures quant à l’instrumentalisation de cette minorité vulnérable dans le contexte géopolitique régional. Le régime iranien pourrait chercher à utiliser ces mesures répressives comme démonstration de force interne ou signal diplomatique adressé à Israël et aux puissances occidentales.
















