Trois avions de combat F-35i « Adir » flambant neufs ont atterri sur la base aérienne de Nevatim, marquant une étape importante dans le renforcement des capacités militaires israéliennes. Ces appareils de cinquième génération, fabriqués par Lockheed Martin, rejoindront deux escadrons d’élite de l’armée de l’air. Cette livraison intervient alors que ces chasseurs furtifs sont déployés sans interruption sur tous les fronts depuis le début de la guerre.

 

 

 

 

Naissance d’un chasseur d’exception

Israël fut le premier pays au monde, en dehors du consortium des neuf nations partenaires du programme F-35, à acquérir cet appareil révolutionnaire. En octobre 2010, l’État hébreu signa un accord historique avec le gouvernement américain dans le cadre d’une vente militaire étrangère (FMS). Cette acquisition s’inscrivait dans un principe stratégique fondamental : Israël devait être la première nation du Moyen-Orient à recevoir les chasseurs de nouvelle génération.

Le 22 juin 2016, l’armée de l’air israélienne réceptionna son premier F-35, baptisé « Adir » en hébreu. En décembre 2017, la flotte fut déclarée opérationnelle, marquant l’aboutissement d’un processus intensif d’intégration et d’entraînement mené à la base aérienne de Nevatim, dans le désert du Néguev.

Cette acquisition ne fut pas sans controverses internes. Les dirigeants de l’industrie de défense israélienne protestèrent, craignant que l’accord ne nuise aux entreprises locales. Certains membres de l’état-major critiquèrent également le coût élevé du programme, estimé à environ 96 millions de dollars par appareil, auxquels s’ajoutaient les dépenses de formation, de simulateurs, de pièces détachées et d’infrastructures de maintenance.

Des modifications sans précédent

Ce qui distingue fondamentalement le F-35I de ses homologues étrangers réside dans les modifications exclusives qu’Israël a été autorisé à y apporter, une permission sans précédent accordée par les États-Unis. Aucun autre opérateur du F-35 dans le monde n’a obtenu un tel privilège.

L’ordinateur de mission principal (MMC) a été reconfiguré selon une architecture « plug-and-play » permettant l’intégration de modules israéliens. Cette flexibilité offre à l’armée de l’air israélienne l’autonomie nécessaire pour développer rapidement de nouveaux logiciels, intégrer de nouvelles chaînes de destruction et répondre aux adaptations adverses sans attendre les mises à jour américaines.

Le système de guerre électronique constitue l’une des modifications les plus significatives. Israël a négocié l’espace nécessaire pour augmenter et adapter l’enveloppe électronique avec des technologies nationales. Le résultat est un F-35I calibré spécifiquement pour les émetteurs régionaux, notamment les systèmes de défense antiaérienne et les radars dérivés des familles russes, permettant aux équipages de brouiller, tromper et survivre avec une efficacité optimale.

La société Elbit Systems a développé une plateforme de guerre électronique sur mesure, incluant un pod de brouillage externe à « saut de fréquence » et un système logiciel avancé qui « apprend » de chaque sortie.

Une autonomie stratégique étendue

L’une des priorités majeures fut d’étendre l’autonomie de l’appareil sans sacrifier sa furtivité. Pour atteindre cet objectif, Israël a conçu des réservoirs de carburant externes conformes, à faible signature radar. Intégrés au fuselage et recouverts de matériaux absorbants, ces réservoirs n’altèrent pas significativement le profil radar de l’avion.

Ces modifications permettent une autonomie de vol dépassant 2 200 kilomètres en régime de croisière, rendant possible un aller-retour vers l’Iran sans ravitaillement en vol. Les pylônes d’attache ont été spécifiquement conçus pour préserver l’aérodynamique et la signature électromagnétique de l’appareil.

Le F-35I, à l’instar de son cousin américain, vole à Mach 1.6, soit environ 1 930 km/h. S’il n’est pas nécessairement le chasseur le plus rapide, cette vitesse s’avère amplement suffisante lorsqu’il attaque des cibles ennemies incapables de le détecter. Grâce à ses soutes à armement internes, le F-35 peut maintenir sa vitesse tout en transportant une charge de combat complète.

Un arsenal sur mesure

Le F-35I Adir peut emporter une vaste gamme d’armements de fabrication israélienne, notamment des missiles air-air, des missiles air-sol et des munitions à guidage de précision. Cette flexibilité permet à l’armée de l’air d’adapter l’armement de l’appareil aux exigences spécifiques de chaque mission.

Parmi les munitions intégrées figurent la famille de bombes guidées SPICE, les missiles de croisière Delilah, ainsi que l’arsenal standard du F-35 comprenant les missiles AIM-120 AMRAAM et AIM-9C Sidewinder. La capacité d’intégrer des armes locales en interne, préservant ainsi la furtivité, constitue un avantage stratégique considérable qu’Israël a farouchement défendu lors des négociations.

Premier combat, premiers succès

Le 22 mai 2018, le commandant de l’armée de l’air israélienne, le général de division Amikam Norkin, annonça qu’Israël était devenu le premier pays au monde à utiliser le F-35 en combat, lors d’affrontements avec l’Iran en Syrie. Cette première mondiale consacrait la doctrine israélienne d’emploi offensif des moyens aériens les plus avancés.

Le 15 mars 2021, des F-35I abattirent deux drones iraniens, marquant la première interception opérationnelle réalisée par un F-35 dans le monde. Selon des sources de défense, ces drones Shahed-197 transportaient probablement des armes destinées à la bande de Gaza.

Ces succès opérationnels validèrent tant la plateforme F-35 avancée que les améliorations technologiques spécifiques apportées par Israël.

L’opération « Jours de Repentance » : la consécration

Le 26 octobre 2024, Israël lança l’opération « Jours de Repentance » (Yemei Teshouva), conduisant trois vagues de frappes contre vingt sites en Iran, en Irak et en Syrie. Il s’agissait de la plus importante attaque israélienne contre l’Iran depuis la guerre Iran-Irak, en réponse à une attaque iranienne massive impliquant 180 missiles contre le territoire israélien.

Le F-35I Adir joua un rôle déterminant dans ces frappes, exploitant ses capacités furtives pour pénétrer l’espace aérien iranien sans être détecté. Les appareils ciblèrent plusieurs sites militaires iraniens stratégiques, notamment des batteries de défense antiaérienne, une usine de drones et des installations de production de missiles.

Le plus remarquable fut que de nombreuses missions se déroulèrent en plein jour, y compris contre l’installation d’enrichissement de Natanz, des sites de missiles balistiques et des infrastructures nucléaires sensibles. Cette audace démontra de manière éclatante les capacités d’évasion radar du F-35I. L’absence totale de pertes au combat permit aux Israéliens de conclure qu’ils disposaient de l’un des chasseurs les plus furtifs au monde.

L’Iran tenta de prétendre avoir abattu des F-35I, affirmation rapidement démentie par les faits. En réalité, le F-35I domina les cieux, et de nombreux membres de l’armée israélienne confirmèrent que l’Adir pouvait voler où bon lui semblait en Iran, Téhéran ne découvrant sa présence que trop tard.

Une intégration tactique révolutionnaire

L’armée de l’air israélienne a développé une stratégie d’intégration sophistiquée combinant les capacités furtives du F-35I avec la puissance de frappe du F-15I « Ra’am », créant un effet multiplicateur de force dépassant les capacités de chaque plateforme prise isolément.

Cette approche révolutionnaire exploite la collecte de renseignements de cinquième génération combinée à la puissance de feu de quatrième génération selon des séquences opérationnelles soigneusement orchestrées. Les F-35I conduisent généralement les missions de pénétration initiale pour dégrader les défenses aériennes ennemies et recueillir des renseignements en temps réel, tandis que les F-15I suivent avec des charges utiles lourdes pouvant atteindre 8 000 kilogrammes pour des campagnes de bombardement soutenues.

Le F-35I sert de réseau de capteurs aéroportés, fournissant une conscience situationnelle à 360 degrés et des alertes de menaces aux chasseurs conventionnels opérant dans les zones adjacentes.

La flotte actuelle et les perspectives d’avenir

En 2025, Israël opère 46 F-35I Adir répartis en trois escadrons basés à Nevatim : le 140e escadron « Aigle d’Or », le 116e et le 117e. Un appareil de test unique est stationné au Centre d’essais en vol de la base aérienne de Tel Nof, le seul exemple de F-35 de test livré à une force aérienne en dehors des États-Unis.

Les plans prévoient une expansion à 75 appareils d’ici 2030, confirmant l’engagement stratégique d’Israël envers cette plateforme. Avec l’arrivée du matériel TR-3 et du logiciel Block 4, l’appareil gagnera en capacité de traitement, en nouveaux capteurs et options d’armement, ainsi qu’en gestion améliorée des bibliothèques de menaces, offrant la marge de croissance qu’Israël souhaitait pour une campagne prolongée contre un adversaire en constante évolution.

Un atout stratégique décisif

Le F-35I Adir s’est imposé comme un atout stratégique transformationnel qui modifie fondamentalement la dynamique de la puissance aérienne au Moyen-Orient. Grâce à des modifications sans précédent, des stratégies d’intégration innovantes et une validation au combat extensive, le F-35I a établi de nouveaux standards d’efficacité pour les chasseurs de cinquième génération, tout en démontrant comment les nations alliées peuvent adapter des plateformes avancées à leurs exigences régionales spécifiques.

Ni la Russie ni la Chine ne peuvent revendiquer une telle expérience de combat réussie avec leurs programmes de chasseurs furtifs. Cette supériorité éprouvée fait du F-35I Adir, selon de nombreux experts, le chasseur de cinquième génération le plus redoutable actuellement en service dans le monde.

Face à l’évolution continue des menaces régionales, le F-35I offre à Israël une supériorité technologique décisive qui constitue la pierre angulaire de sa stratégie de puissance aérienne. Les modifications apportées, l’ajout de réservoirs externes, la plateforme de guerre électronique Elbit, la liaison de données locale et l’intégration d’armements israéliens, font de ce chasseur un système holistique parfaitement adapté aux frappes dans les zones hautement défendues.

En combinant une approche tactique avancée avec une ingénierie aéronautique de pointe, le F-35I Adir s’impose comme un outil stratégique décisif pour les décennies à venir.