Le verset Vaykra 19, 18 dit : «tu aimeras ton prochain comme toi-même» et la Guemara relate(1) que Rabbi Akiva, qui commenta ce verset, avait vingt-quatre mille disciples, mais que : «tous moururent dans la même période(2), car l’un ne respectait pas l’autre».

 

d’après un Discours du Rabbi, Likoutei Si’hot, tome 32, page 149

Rabbi Akiva est celui qui souligne l’importance de la Mitsva : «tu aimeras ton prochain comme toi-même(3). Comment est-il possible que ce soit précisément ses disciples qui aient trébuché, en la matière ?

En outre, le fait que l’un ne respecte pas l’autre est-il une faute suffisamment grave pour justifier une condamnation à mort, pour ceux qui la commettent(4) ?

De même, il faut comprendre pourquoi : «tous moururent dans la même période». En effet, il est difficile d’admettre que vingt-quatre mille disciples commirent exactement la même faute, puis que tous furent punis précisément dans la même période(5).

L’expression de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, à ce propos, est particulièrement précise. En l’occurrence, ils ne disent pas que la faute de ces disciples fut la controverse des coeurs et l’humiliation de son prochain. Ils disent uniquement que : «l’un ne respectait pas l’autre».

Et, de fait, ils étaient effectivement des disciples de Rabbi Akiva et, à n’en pas douter, ils appliquaient scrupuleusement la Mitsva de l’amour du prochain(6). Leur difficulté était, en revanche, que : «l’un respecte l’autre», précisément parce que chacun d’entre eux s’investissait pleinement, de tout son coeur, dans l’enseignement de son maître.

Nos maîtres, dont la mémoire est une bénédiction, érigent en principe(7) le fait que : «leurs opinions ne sont pas les mêmes(8)». Il est donc bien clair qu’il s’appliquait également aux disciples de Rabbi Akiva. Chacun comprenait l’enseignement de son maître selon sa propre conception et, apprenant que son ami s’en faisait une autre idée, il était persuadé que celui-ci se trouvait dans l’erreur(9).

Par amour pour lui, il s’employait alors à le convaincre, puis, quand il s’apercevait que son ami maintenait sa position, il ne pouvait plus lui manifester du respect, car il était convaincu qu’il avait une conception erronée de l’enseignement de son maître.

Une telle faute n’est pas suffisamment grave pour justifier la mort de tous les disciples. Mais, un autre élément intervint également, qui se produisit lorsque le nombre de ces disciples parvint à vingt-quatre mille. C’est ce chiffre, particulièrement important, qui mit en éveil le «mauvais œil» (10) et révéla l’Attribut de rigueur, pendant la période de sévérité qu’est celle de l’Omer. C’est ce qui provoqua leur mort (11).

Si ces disciples avaient été intègres en leur unité d’Israël et en leur amour du prochain, ils auraient été protégés du malheur. Mais, «l’un ne respecta pas l’autre» et, devant la levée de l’Attribut de rigueur, rien ne put les protéger. C’est pour cette raison que : «tous moururent dans la même période».

Il en résulte que Lag Ba Omer symbolise la nécessité de l’amour du prochain le plus parfait, le devoir d’honorer celui qui a une autre conception de l’enseignement de son maître. De fait, ceci eut une incidence sur la vie de Rabbi Chimeon Ben Yo’haï, dont la Hilloula est célébrée le jour même de Lag Ba Omer.

La Guemara relate (12) qu’en quittant la grotte (13), il rechercha aussitôt ce qui nécessitait une réparation dans le monde. Il s’employa alors à purifier un chemin que les Cohanim ne pouvaient pas emprunter, afin de leur simplifier la vie (14).

On peut observer, en la matière, la perfection de l’amour du prochain. Quand on se consacre, de tout son coeur, à venir en aide à un autre Juif, même quand il s’agit uniquement de le dispenser d’un petit effort, l’inconvénient de faire un effort, on s’en remet alors pleinement à Rabbi Chimeon Ben Yo’haï.

Or, disent nos Sages, «on peut s’en remettre à Rabbi Chimeon, quand on se trouve dans une situation difficile»(15), notamment celle de l’exil (16). C’est donc de cette façon que l’on pourra hâter la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h, très bientôt et de nos jours.

 


Notes :

(1) Dans le traité Yebamot 62b. On verra aussi le Midrash Béréchit Rabba, chapitre 61, au paragraphe 3 et le Midrash Kohélet Rabba, chapitre 11, au paragraphe 6.
(2) Précisément la période de l’Omer.
(3) Vaykra 19, 18 et l’on verra l’explication du Torat Cohanim, de même que le commentaire de Rachi sur ce verset.
(4) Il est donc nécessaire de comprendre la sévérité particulière de cette punition.
(5) Une évolution progressive semble plus plausible.
(6) Que leur maître définissait comme : «le grand principe de la Torah».
(7) On verra, à ce propos, les traités Bera’hot 28a et Sanhédrin 38a, le Midrash Tan’houma, Parchat Pin’has, au chapitre 10 et l’introduction du Tanya.
(8) Les divergences d’opinions font partie de la nature humaine.
(9) Il était lui-même pleinement investi dans l’enseignement de son maître. Il ne pouvait donc même pas envisager qu’il se trouvait lui-même dans l’erreur.
(10) On consultera, sur ce point, le Yerouchalmi, traité Sanhédrin, chapitre 1, au paragraphe 2, le Péri Ets `Hahn, porte du compte de l’Omer, au chapitre 7, le Chaar Ha Kavanot, chapitre sur le compte de l’Omer, second commentaire.
(11) Ceci peut être comparé à l’affirmation de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, selon laquelle : «dès lors que la destruction a été autorisée, on ne fait plus de distinction entre celui qui est bon et celui qui est mauvais».
(12) Dans le traité Chabbat 33b.
(13) Dans laquelle il avait dû se cacher pendant quatorze ans pour se préserver des Romains qui l’avaient condamné à mort et le recherchaient.
(14) Ces Cohanim devaient faire un détour pour éviter l’impureté. Il s’agissait donc uniquement de les déli-vrer d’une contrainte légère.
(15) Selon le traité Bera’hot 9a et l’on verra les références qui sont indiquées.
(16) La situation la plus difficile qui soit !

%d blogueurs aiment cette page :