Dans un rituel ancestral qui marque le début des préparatifs de Pessah, des dizaines d’étudiants de la Yéchiva du 770 ont participé au puisage cérémoniel de l’eau qui reposera toute la nuit avant de servir à la fabrication des Matsot rituelles. Cette tradition méticuleuse, chargée de symbolisme spirituel et transmise de génération en génération, illustre l’attention minutieuse portée à chaque détail de la préparation de la fête de la liberté.
Dans une atmosphère empreinte de ferveur et de tradition, plusieurs centaines d’étudiants de la Yéchiva centrale de Loubavitch se sont rassemblés hier devant le célèbre bâtiment du 770 Eastern Parkway à Brooklyn. Sous la direction attentive de leur guide spirituel, le Rabbi Kuti Feldman, ces jeunes hommes ont participé à un rituel ancestral : la préparation du « Maïm Chélanou » (eau qui a reposé), élément essentiel à la fabrication des Matsot chmourot pour la fête de Pessah qui approche.
Qu’est-ce que le « Maïm Chélanou » ?
Le « Maïm Chélanou », littéralement « notre eau » ou plus précisément « eau qui a passé la nuit », désigne une eau spéciale qui a été puisée au crépuscule puis laissée à reposer toute la nuit avant d’être utilisée pour la préparation des Matsot. Cette pratique minutieuse repose sur un principe fondamental : toute forme de chaleur peut accélérer la fermentation de la farine au contact de l’eau. En utilisant une eau qui a reposé toute la nuit, on s’assure qu’elle est aussi fraîche que possible, minimisant ainsi le risque de fermentation lors de la préparation de la pâte.
« Cette étape peut sembler simple, mais elle est d’une importance capitale dans le processus de fabrication des Matsot pour Pessah, » explique le Rav Feldman. « La Torah nous interdit formellement de consommer ou même de posséder du ‘Hamets’ (produit fermenté) pendant Pessah, et la préparation du ‘Maïm Chélanou’ constitue l’une des premières précautions que nous prenons. »
Une tradition profondément ancrée dans la pratique de Loubavitch
La tradition hasssidique de Loubavitch est particulièrement riche en coutumes entourant cette pratique. Selon la coutume, les participants entonnent le « Nigun Eli Ata » (mélodie « Tu es mon D.ieu »), composition du Rabbi Schneour Zalman de Lyadi, fondateur du mouvement Habad, pendant la cérémonie de puisage.
Historiquement, les Rabbis successifs de Loubavitch commençaient à s’occuper de la préparation des Matsot dès le début du mois de Nissan. Ils consommaient généralement pendant toute la durée de Pessah les Matsot préparées la veille de la fête, après midi.
La pratique du Rabbi de Loubavitch
Le Rabbi de Loubavitch avait pour habitude de participer personnellement à la cérémonie du « Maïm Chélanou » à deux reprises au cours du mois de Nissan : une première fois au début du mois pour la préparation des Matsot destinées à être envoyées aux communautés du monde entier, et une seconde fois le 13 Nissan, en préparation de la cuisson des « Matsot Mitsva » qui aurait lieu la veille de Pessah.
Contrairement à ses prédécesseurs, le Rabbi ne participait pas directement à la cuisson des Matsot, mais se limitait à la cérémonie du puisage de l’eau.
La cérémonie se déroulait traditionnellement dans la cour devant le 770 Eastern Parkway, utilisant l’eau d’un puits spécialement creusé dans la cour en 1968. Les responsables de la Yéchiva Tomchei Tmimim, qui supervisaient l’ensemble du processus de préparation des Matsot, organisaient également cette étape cruciale.
Lors de sa participation à la cérémonie, le Rabbi adoptait une attitude solennelle, ne répondant pas aux chants de la foule et gardant une expression sérieuse. Il se dirigeait directement vers les récipients en verre utilisés pour le puisage, sans regarder l’assemblée.
Le Rabbi avait l’habitude de rincer le récipient trois fois avant de puiser l’eau, vidant et secouant soigneusement le récipient après chaque rinçage. Il remplissait ensuite les jarres en versant trois fois l’eau du verre dans le récipient plus grand.
Une transformation spirituelle à travers l’effort
Un récit hassidique illustre la profondeur spirituelle associée à cette pratique. Le Rabbi Yossef Yitzchak Schneersohn raconta comment son père, le Rabbi Shalom DovBer, après avoir participé au puisage du « Maïm Chélanou » le 13 Nissan 1911, observa l’un de ses étudiants qui, bien que diligent dans ses études, était de nature quelque peu grossière et aimait faire des plaisanteries.
« Ce récit nous rappelle que l’effort investi dans la préparation du ‘Maïm Chélanou’ ne se limite pas à une dimension pratique, mais représente une transformation spirituelle profonde, » explique un des étudiants participant à la cérémonie. « Tout comme l’eau qui se purifie en reposant la nuit, nous aussi, nous cherchons à nous élever spirituellement à travers cette Mitsva. »
Pour les 770 étudiants rassemblés cette année devant le siège mondial du mouvement Habad, cette cérémonie représente bien plus qu’un simple rituel. Elle incarne la transmission vivante d’une tradition millénaire et rappelle l’importance de la vigilance et de la minutie dans la préparation de Pessah, fête de la liberté et de la foi juive.
« Chaque année, cette expérience collective nous rapproche non seulement de notre tradition, mais aussi les uns des autres, » confie l’un des participants. « C’est un moment où nous ressentons concrètement notre rôle dans la chaîne de transmission de notre héritage. »
Alors que Pessah approche, ces jeunes hommes se préparent à utiliser cette eau précieusement gardée pour confectionner les Matsot qui occuperont une place centrale sur leurs tables du Séder, perpétuant ainsi un lien tangible avec des millénaires de pratique juive.





























