Traduit par le Rav Haim Mellul

 

וַיִּקַּ֨ח חֶמְאָ֜ה וְחָלָ֗ב וּבֶן־הַבָּקָר֙ אֲשֶׁ֣ר עָשָׂ֔ה וַיִּתֵּ֖ן לִפְנֵיהֶ֑ם וְהֽוּא־עֹמֵ֧ד עֲלֵיהֶ֛ם תַּ֥חַת הָעֵ֖ץ וַיֹּאכֵֽלוּ׃

Le verset Vayéra 18, 8 dit : «Il(1) prit du beurre et du lait et l’agneau qu’il avait fait(2). Il les servit devant eux(3), il se tint près d’eux, sous l’arbre et ils mangèrent». Les termes de ce verset évoquent l’anecdote suivante.

Pendant le repas de mon mariage, mon beau-père, le Rabbi, se leva, à un certain moment. Il prit à la main une bouteille d’alcool et il passa entre les tables autour desquelles se trouvaient les invités. Et, il leur servait de petits verres, pour qu’ils disent Le’haïm.

J’ai donc vu mon beau-père, le Rabbi, debout, s’affairant parmi les nombreux invités et je ne pouvais pas rester moi-même assis, à la table d’honneur, pendant qu’il faisait tout cela. Il n’était pas concevable que le jeune marié reste à sa place, alors que le Rabbi était lui-même debout, emplissant les verres des convives.

N’en tenant plus, je me suis levé, j’ai quitté la table et je me suis rendu près du Rabbi, pour lui apporter mon concours et pour distribuer l’eau-de-vie, avec lui. Je voulais tenir la bouteille ou, tout au moins, distribuer les verres.

Mais, quand le Rabbi m’a vu me lever, il m’a aussitôt fait signe de me rasseoir. Un Juif est entêté, par nature et j’ai donc insisté. J’ai demandé au Rabbi qu’il me permette de l’aider, mais il m’a clairement signifié que je devais rester assis.

N’ayant pas le choix, je suis retourné à ma place, assis sur des ronces. Puis, au final, mon beau-père, le Rabbi a regagné à sa place, à son tour et la joie du mariage s’est poursuivie(4).

(Discours du Rabbi, Séfer Itvaadouyot 5747, tome 3, page 464)

Notes

(1) Avraham.
(2) Avant le don de la Torah, il n’était pas interdit de mélanger le lait et la viande. Avraham, à titre personnel, respectait cet Interdit, mais il ne l’imposait pas à ses invités, ce qui n’aurait eu aucun sens, puisqu’à l’époque, son respect ne pouvait émaner que d’une initiative personnelle.
(3) Devant les anges qui, ayant pris apparence humaine, étaient venus le voir, trois jours après sa circoncision, parce qu’il se lamentait de ne pas avoir d’invités.
(4) Le Rabbi apporte ici un témoignage personnel de son profond attachement à son beau-père, le Rabbi Rayats, montrant, par son propre exemple, ce que doit être l’attachement d’un ‘Hassid à son Rabbi, par toutes les fibres de son âme.

 


וַיִּטַּ֥ע אֶ֖שֶׁל בִּבְאֵ֣ר שָׁ֑בַע וַיִּ֨קְרָא־שָׁ֔ם בְּשֵׁ֥ם יְהוָ֖ה אֵ֥ל עוֹלָֽם׃

Le verset Vayéra 21, 33 dit : «Il planta un bosquet à Béer Cheva et il invoqua là-bas le Nom de l’Eternel, D.ieu du monde(1)». Le Talmud Babli explique, à ce propos, dans le traité Sotta 10a : «Ne lis pas : ‘Il invoqua’, mais : ‘Il fit invoquer’. Cela veut dire que notre père Avraham fit appeler le Nom du Saint béni soit-Il par tous les passants(2)».

Le Midrash Béréchit Rabba, chapitre 49, au paragraphe 4, indique de quelle manière il mena à bien cette mission : «Quand ils(3) avaient mangé et bu, il leur demandait…(4). Ils disaient alors : ‘Que soit béni le D.ieu du monde, Propriétaire de ce que nous avons mangé’. S’ils n’acceptaient pas de dire cette bénédiction(5), il leur disait : ‘Payez ce que vous avez mangé’(6). Voyant ce qui leur arrivait, ils s’écriaient : ‘Que soit béni le D.ieu du monde, Propriétaire de ce que nous avons mangé’(7).»

Notre père Avraham fit tout ce qui était en son pouvoir pour apporter la foi en D.ieu à l’humanité entière. Il eut même recours à de lourds moyens de pression à l’encontre de ceux qui refusaient de bénir D.ieu(8). Il leur faisait alors réciter une bénédiction sous la contrainte. Or, à quoi bon obliger les passants à bénir D.ieu d’une manière qui n’était pas sincère ? N’était-il pas bien clair qu’une telle déclaration n’émanait pas de leur foi en D.ieu(9) ?

En fait, notre père Avraham considérait que l’humanité entière, sans la moindre exception, pouvait et devait donc comprendre et reconnaître l’existence du : «D.ieu du monde». De ce fait, il s’efforçait d’expliquer, de prouver, de convaincre tous ceux qu’il rencontrait(10).

Cependant, quelques passants lui manifestaient effectivement leur opposition et leur refus. Avraham avait alors recours à la contrainte dans le but de briser ce qui, en eux, s’opposait à la foi(11). Lorsque l’obstacle disparaissait de cette façon, la vérité apparaissait à l’évidence et la bénédiction était récitée avec sincérité, d’un cœur entier(12).

Adoptant l’attitude d’Avraham, chaque Juif se doit de se rendre à l’extérieur et de : «faire appeler le Nom du Saint béni soit-Il par tous les passants», le cas échéant même en ayant recours à la «contrainte»(13), car, au final, lorsque l’aspect superficiel(14) disparaît, la source de la foi, animant chaque cœur juif, s’écoule alors, dans toute sa pureté.

Ainsi, il suffit de «creuser», d’exercer des «pressions» sur le mauvais penchant(15). Alors, la vérité profonde se révèle et chaque Juif proclame, de sa propre initiative : «Que soit béni le D.ieu du monde»(16).

(Discours du Rabbi, Likouteï Si’hot, tome 15, page 122)

Notes

(1) Le verset dit Kel Olam, soit, textuellement, «D.ieu monde». En effet, Avraham expliqua à l’humanité entière que le monde n’a pas d’existence indépendante, qu’il n’est qu’une émanation de la Parole de D.ieu, Lequel Seul possède l’existence véritable.
(2) En une génération totalement idolâtre, Avraham fit connaître aux hommes l’existence de D.ieu.
(3) Les passants.
(4) De bénir le Saint béni soit-Il, véritable Propriétaire de tous les aliments qu’ils venaient de consommer, puisque ceux-ci, au même titre que tout ce qui existe dans le monde, ne sont qu’une émanation de la Parole de D.ieu.
(5) En d’autres termes, s’ils refusaient d’admettre l’existence de D.ieu.
(6) Et, il leur faisait payer, au prix fort, des denrées qui, par nature, étaient rares, dans le désert.
(7) De sorte qu’au final, tous bénissaient D.ieu.
(8) Comme le montre le Midrash qui vient d’être cité.
(9) Elle n’avait d’autre but que de leur éviter un lourd paiement. Quelle valeur pouvait bien avoir une telle bénédiction ?
(10) Notamment en les invitant à manger chez lui.
(11) Et, qui ne pouvait être qu’un aspect superficiel de leur personnalité, car, au fond de même, tous les êtres créés recherchent leur Créateur.
(12) En d’autres termes, les pressions étaient exercées sur l’aspect extérieur de la personnalité, non pas sur la personnalité proprement dite. C’est pour cette raison que la sincérité de ces personnes n’était pas remise en cause.
(13) Qui, bien entendu, peut s’exprimer dans des termes paisibles et agréables.
(14) De la personnalité de l’interlocuteur.
(15) Non pas sur l’homme lui-même.
(16) En étant parfaitement sincère.

 


וַיֹּ֡אמֶר קַח־נָ֠א אֶת־בִּנְךָ֨ אֶת־יְחִֽידְךָ֤ אֲשֶׁר־אָהַ֙בְתָּ֙ אֶת־יִצְחָ֔ק וְלֶךְ־לְךָ֔ אֶל־אֶ֖רֶץ הַמֹּרִיָּ֑ה וְהַעֲלֵ֤הו שָׁם֙ לְעֹלָ֔ה עַ֚ל אַחַ֣ד הֶֽהָרִ֔ים אֲשֶׁ֖ר אֹמַ֥ר אֵלֶֽיךָ׃

Le verset Vayéra 22, 2 dit : «Il déclara(1) : prends, de grâce, ton fils, ton unique, que tu aimes, Its’hak, va-t’en pour toi vers le pays de Morya et sacrifie-le, là-bas, en holocauste(2), sur l’une des montagnes que Je te désignerai».

Le Talmud Babli, dans le traité Sanhédrin 89b, apporte, à ce propos, la précision suivante : «L’expression : ‘de grâce’ désigne une supplication(3). Le Saint béni soit-Il dit à Avraham : Je t’ai imposé plusieurs épreuves(4) et tu les as toutes surmontées. Désormais, surmonte également celle-ci, afin que l’on ne puisse dire que les premières n’étaient rien».

Ainsi, la Guemara présente l’épreuve du sacrifice de Its’hak comme la plus significative et la plus difficile, faisant la preuve de la foi en D.ieu de notre père Avraham(5). Comment le comprendre ? Comment affirmer que, si Avraham n’avait pas surmonté cette épreuve et s’il avait refusé de sacrifier le fils qu’il aimait, le courage dont il avait fait preuve, lors des précédentes épreuves, aurait été «rien»(6) ?

On peut donner, à ce propos, l’explication suivante. L’abnégation véritable(7) est la situation en laquelle un Juif se tient totalement prêt à faire abstraction de sa propre personnalité, à se sacrifier lui-même sur l’autel de la foi. Il n’y a pas là, de sa part, une attitude réfléchie ou une réaction sentimentale, pas même d’origine spirituelle(8). Un Juif offre alors à D.ieu toute sa personnalité, ses sens, son existence, sans le moindre calcul préalable(9).

En ce sens, le sacrifice de Its’hak représente l’épreuve au plein sens du terme, dans toute sa force. Notre père Avraham reçut l’Injonction de sacrifier son fils, sans qu’il n’en résulte aucun apport positif, ni matériel, ni spirituel(10).

Avraham, sans contester, sans même s’accorder une réflexion préalable, obéit à l’ordre qui lui était donné, d’un cœur entier. De la sorte, il fit la preuve que son abnégation totale pour D.ieu n’était pas liée à un quelconque apport qui lui reviendrait de cette façon. Sa fidélité à D.ieu était dépourvue de tout intérêt personnel(11).

Avraham : «surmonta également celle-ci» et, de cette façon, il fit la preuve que : «les premières n’étaient pas rien», qu’il était, à proprement parler, un Juif d’abnégation(12).

(Discours du Rabbi, Likouteï Si’hot, tome 2, page 73)

Notes

(1) Le Saint béni soit-Il à Avraham.
(2) Le sacrifice d’holocauste, Ola, est entièrement brûlé sur l’autel, de sorte qu’il n’en reste rien.
(3) D.ieu supplie Avraham de surmonter cette épreuve.
(4) Le sacrifice de son fils, Its’hak est la dixième.
(5) C’est parce qu’elle est la plus significative que D.ieu affirme à Avraham qu’un échec, en cette dixième épreuve, remettrait en cause la valeur des neuf premières.
(6) Pourquoi ne pas dire, plus simplement, que l’échec de la dixième épreuve est indépendant du succès des neuf premières ? En d’autres termes, quel est l’effet rétroactif de la dixième épreuve sur les neuf premières ?
(7) En l’occurrence, celle qui fut nécessaire à Avraham pour accepter de sacrifier son fils.
(8) Car, si c’était le cas, son intellect et ses sentiments, par nature limités, auraient également limité l’abnégation. Or, celle-ci doit, par nature, transcender toutes les limites.
(9) En étant mû uniquement par l’essence de son être.
(10) L’acte qui était attendu de sa part n’était donc pas défendable, ni intellectuellement, ni sentimentalement.
(11) Il établit qu’il en était ainsi, non seulement pour cette dixième épreuve, mais également pour les neuf précédentes.
(12) Par la nature même de son être et non uniquement par réaction à l’événement.

 


 


 

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