Aujourd’hui, le 11e jour de Sivan (15 juin 1970) marque le 50e anniversaire de «l’Opération Mariage» lorsque Yossef Mendelevich et un groupe de résistants juifs en Russie ont été arrêtés pour avoir tenté de détourner un avion pour échapper à l’oppression soviétique et se rendre en Israël.

Leur arrestation a conduit au «procès de Leningrad» qui a fait la une des journaux internationaux et a mis la lutte pour la communauté juive soviétique sur la carte du monde.

Yossef Mendelevich est né à Riga et a commencé ses activités juives dans les années 1960. Il a formé un groupe d’étudiants de l’éducation juive clandestine en 1966 et est devenu rédacteur en chef d’un bulletin clandestin Iton sur les questions juives en 1969. Ayant été refusé à plusieurs reprises le droit à l’immigration, il est devenu l’un des dirigeants de l’ affaire du détournement de Dymshits – Kuznetsov , raconté dans ses mémoires de 2012, Unbroken Spirit . À titre de punition, il a été emprisonné pendant onze ans. Pendant l’emprisonnement, il a été puni pour avoir gardé des préceptes juifs. En 1981, après une lutte mondiale, il a été libéré et a immigré en Israël.

Yossef Mendelevich, maintenant un rabbin vivant à Jérusalem, avait été condamné à onze ans dans les prisons et les camps de travail de Sibérie. Son insistance et son défi à étudier la Torah et à garder le Chabbat tout au long de son incarcération, ainsi que ses longues grèves de la faim et sa peine prolongée en isolement cellulaire, ont fait la une des journaux du monde entier, ce qui a conduit le Kremlin à ouvrir les portes de l’Aliyah.

À l’occasion du 50e anniversaire de la lutte pour la liberté, le Rav Yossef Mendelevich s’est associé au scénariste et réalisateur Tzvi Fishman pour co-écrire un scénario complet qui décrit son rôle dans la lutte des juifs pour briser le rideau de fer.

Tzvi Fishman rapporte que des efforts sont en cours pour obtenir le script sur Netflix, qui a récemment produit quelques films liés à Israël, tels que la série de six épisodes sur l’espion israélien Eli Cohen. Israel National News a demandé à Tzvi Fishman comment lui, un ancien scénariste hollywoodien, avait réussi à se mettre dans la peau d’un prisonnier de l’ex-Union soviétique.
«Tout d’abord, je me suis assis pendant des heures avec le Rav Mendelevich, l’entendant raconter son histoire incroyable. De plus, en Amérique, j’étais aussi prisonnier. D’une certaine manière, mon emprisonnement a été plus difficile que le sien. Au moins, il savait qu’il était en prison. Il pouvait voir les barbelés et les barreaux de sa cellule. En Amérique, les barreaux sont invisibles. Les Juifs là-bas pensent qu’ils sont libres, alors qu’en fait, ils sont emprisonnés par tous les plaisirs illusoires de la Galout. Ce n’est pas politiquement correct de le dire, mais peut-être que les émeutes en cours et l’épidémie de Corona les aideront à ouvrir les yeux et à voir la réalité de leur situation. Nous espérons qu’un film illustrant la lutte héroïque du rabbin Mendelevich inspirera les juifs de la diaspora à monter à bord du premier avion possible vers la vraie terre promise. »

Tzvi Fishman avait réalisé le rêve américain: il avait réussi à Hollywood en tant que scénariste à succès, avait une belle maison en bord de mer, une voiture de sport chic et plus d’argent qu’il ne savait quoi en faire.

Mais il se sentait vide. Il a vendu un autre script pour plus d’argent et a acheté une meilleure voiture, mais cela n’a pas aidé.

Et d’une manière ou d’une autre, il n’arrêtait pas de se rappeler qu’il était juif. Du “Heil Hitler” qu’il a entendu sur le sol européen au “Changez votre nom en quelque chose de moins juif” qu’il a entendu de son éditeur de livres, les racines de Tzvi revenaient sans cesse le hanter.

Mais c’est sa maladie qui l’a poussé à rechercher une vie avec plus de sens.

Branchez-vous pour suivre le voyage de Tzvi aux Téfilines, à une prière à l’hôpital, à un remède inexpliqué et miraculeux, à Souccot à New York, à l’organisation de volontaires de Tsahal, à Al’liyah, puis à une étude et une pratique juive complète.

Tzvi Fishman écrit toujours des livres et fait des films. Son dernier film s’intitule “Stories of Rabbi Nachman”, et c’est un film familial et introspectif mais divertissant qui sortira bientôt.

Yossef Mendelevich avec son épouse à la Maison Blanche

 

Yossef Mendelevich et Tzvi Fishman

 

 

Ce jour-là : Les pirates de Leningrad

Le 15 juin 1970, il y a 50 ans, à 8 h 30, le haut-parleur du petit aérodrome de Smolnye, dans la région de Leningrad, annonce le départ d’un avion AN 2 à destination de Priozërsk. Neuf personnes quittent la salle d’attente et se dirigent vers la piste d’envol : Eduard Kouznetsov, Mark Dymshits, sa femme, leurs deux filles et quelques autres passagers. « La salle d’attente était bondée de pilotes en tenue, racontera au Soir, des années plus tard, Kouznetsov, libre, en Israël. Tant de pilotes pour un si petit aérodrome. Ils savaient tout. Sur le tarmac nous avons été subitement cernés par les “pilotes” et des soldats. On nous a passé les menottes. Puis on nous a jetés dans des voitures et conduits dans les locaux du KGB à Leningrad. »

C’est ainsi que s’achève péniblement, avant même de commencer, la première tentative de détournement d’un avion (Dymshits était pilote) pour quitter l’URSS et atterrir en Suède, entreprise par un groupe de Juifs déterminés à briser le rideau de fer bâti par les autorités soviétiques devant les candidats à l’émigration en Israël. L’aventure, folle, sans précédent, utopique en URSS, a raté, mais a eu un grand écho en URSS et a lancé un grand SOS au monde.

Le combat des Juifs pour le droit d’émigrer, mené en général ensemble avec le mouvement pour les droits de l’homme, symbolisé par Andrei Sakharov, est évidemment antérieur aux événements de l’aéroport de Smolnye. La question de l’émigration des Juifs présentait pour l’URSS un immense problème, à la fois humain et politique. Pour le régime soviétique, la revendication par les Juifs (ou autres) du droit de s’en aller, équivalait à l’aveu d’une faillite idéologique flagrante. L’apparition du communisme était porteuse d’un espoir de suppression de toute trace de racisme et d’antisémitisme et s’était, de ce fait, assuré une large adhésion des Juifs. En réalité, ce fut une énorme mystification. Staline, paranoïaque, a liquidé la culture et l’élite juives (24 poètes et écrivains ont été fusillés le même jour, le 12 août 1924), préparé « le procès des blouses blanches » (des médecins accusés de vouloir empoisonner des dirigeants du Kremlin), planifié la déportation des Juifs des grandes villes… Sa mort a arrêté le pire, mais n’a pas arrêté les discriminations et les persécutions en tout genre. Et a renforcé la détermination d’émigrer.

C’est l’audace inconsciente des « pirates » qui fait connaître au monde à la fois le désespoir des Juifs en URSS et la nature du régime qui pour survivre doit emprisonner ses citoyens. Ses retombées passent à l’Ouest. Israël et les Juifs dans les pays démocratiques commencent à se mobiliser en faveur des droits d’émigration pour leurs frères embastillés en URSS et tentent, avec succès, de sensibiliser l’opinion mondiale.

Le procès des « pirates », dit « de Leningrad », change tout. Il commence le 15 décembre 1970 et se déroule dans une atmosphère terrible, accompagné d’une propagande particulièrement haineuse et de manifestations « spontanées » demandant la peine de mort pour les « traîtres ». Quand, le 24 décembre, veille de Noël, alors que les gens préparent la fête et ne pensent pas au sort de quelques Juifs à Leningrad, l’agence TASS annonce le verdict: Kouznetsov et Dymshits condamnés à mort, les autres à de longues peines de prison, le monde libre sursaute. Les protestations pleuvent, des Prix Nobel s’indignent, Sartre, Rubinstein, Jean-Louis Barrault, Yves Montand interviennent au Kremlin, Salvador Allende, le président marxiste du Chili, appelle à la clémence. Et Nixon convoque une réunion exceptionnelle avec des représentants des organisations juives. Même les communistes osent réagir. « Décision regrettable » disent L’Humanité et L’Unita. Et Santiago Carrillo, chef des communistes espagnols en exil, demande aux camarades soviétiques de gracier les condamnés.

L’Espagne précisément, celle de Franco, va jouer dans ce drame un rôle particulier et, dans un certain sens, déterminant. Sans vouloir et savoir, Franco va sauver les condamnés de Leningrad. Le 13 décembre 1970, quasi simultanément avec le procès de Leningrad, ont été jugés à Burgos 16 indépendantistes basques de l’ETA. Six accusés sont condamnés à la peine capitale et neuf autres doivent purger un total de 724 ans de prison. Mais sous une formidable pression internationale, Franco annoncera le 30 décembre le remplacement des sentences de mort par des peines d’emprisonnement de trente ans.

Le Kremlin est piégé. Brejnev ne pouvait pas être plus barbare que Franco : le 31 décembre 1970, on signifie à Kouznetsov et Dymshits la commutation de leurs peines en 15 ans de prison. Deux mois plus tard, en février 1971, s’ouvre à Bruxelles la première conférence mondiale des communautés juives pour le droit de l’émigration de leurs frères de l’URSS. La conférence lance le slogan : « Let my people go ! » Le sort des Juifs soviétiques est devenu une affaire de conscience universelle, un enjeu dans la guerre froide. Et une épreuve de force entre les USA et l’URSS. Car, la « clémence » du Kremlin n’ouvre pas les frontières ni n’arrête les persécutions. Le paroxysme arrive en 1972 quand le Kremlin décrète la rançon, une exorbitante « taxe sur les cerveaux ». Pour demander un passeport, le candidat à l’émigration doit rembourser les frais de ses études : une licence de l’université de Moscou vaut 12.000 roubles, un diplôme en médecine ou pharmacie, 8.000. Les beaux-arts sont, on ne sait pas pourquoi, les plus chers.

La riposte ne tarde pas. Le Congrès américain vote un amendement au terme duquel l’octroi à l’URSS de la « clause de la nation la plus favorisée », en fait un préalable à tout développement du commerce soviéto-américain, et dépend désormais de la levée d’obstacles à l’émigration.

La partie est jouée. Lentement les barrières commencent à se lever. Leonid Brejnev déclare, lors d’une réunion du Bureau politique : « Il faut faire quelque chose, ces sionistes nous ridiculisent. » Il ne pouvait plus ignorer l’opinion occidentale et a compris que la force seule n’est pas suffisante pour résoudre la question juive. Ni aucune autre grande épreuve de la guerre froide. La glasnost de Gorbatchev achève le processus. Aujourd’hui il y a plus d’un million de Juifs russes en Israël, ils ont leurs ministres, leurs journaux, leurs chaînes de radio et de TV, qui sont massivement lus et écoutés en… Russie. Ils circulent librement entre la Russie et Israël, certains disposent de deux passeports, font de bonnes affaires.

Un grand rêve s’est accompli. La dictature a crevé, le Mur est tombé, l’empire s’est écroulé. En petite partie grâce à un petit avion qui, il y a 50 ans, n’a pas décollé d’un petit aéroport dans la région de Leningrad.

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