Le rédacteur en chef du Jerusalem Post, Tsvika Klein, revient sur une expérience de ‘Hanouka glaciale à Helsinki qui l’a confronté à la puissance de l’activité Habad face à d’autres initiatives. Il examine le secret de leur réussite, leur image de marque, leur engagement à long terme, leur disponibilité sans faille, et propose de repenser la collaboration avec Habad plutôt que la concurrence.
Par Tsvika Klein, rédacteur en chef du Jerusalem Post
Je me souviens de ce moment de stupéfaction, et peut-être aussi de jalousie, comme si c’était hier. Imaginez : moins vingt-deux degrés Celsius à Helsinki, en Finlande, lors d’une des nuits de ‘Hanouka. Je faisais partie d’une « caravane de ‘Hanouka » organisée par le mouvement mondial du Bnei Akiva et l’Organisation sioniste mondiale, une belle initiative qui fonctionne depuis des années. Des émissaires sionistes venus de toute la Scandinavie se rassemblaient, montaient un spectacle, distribuaient des toupies et des beignets, et dansaient avec les enfants et les personnes âgées dans les centres communautaires juifs et les maisons de retraite.
Une collision d’événements dans le froid finlandais
Un soir, un couac s’est produit. Notre événement avec la communauté juive locale était programmé exactement à la même heure qu’un événement Habad en centre-ville. Les membres de la communauté nous ont demandé de nous rendre à l’événement Habad, de signaler notre présence et d’inviter les gens à venir chez nous. Je me suis porté volontaire, accompagné d’une des émissaires, une jeune femme d’une vingtaine d’années qui s’était confectionné un déguisement de toupie. Quand nous sommes arrivés, nous avons failli nous évanouir.
Une ‘Hanoukia géante sculptée dans un bloc de glace. Une patinoire. Du chocolat chaud et plus de beignets qu’on ne pouvait en manger, le tout gratuitement. Pour la cérémonie d’allumage des bougies, les personnalités les plus influentes et les mieux connectées de Finlande avaient été invitées : le maire d’Helsinki, des politiciens locaux et des hommes d’affaires fortunés. Ma collègue a pris le micro et a annoncé en anglais et en hébreu notre propre événement. Presque personne n’a prêté attention. Nous sommes rentrés à travers le froid glacial, secouant la tête. Comment rivaliser avec cela ?
Nous ne parlions pas finnois. Aucun d’entre nous ne le parlait. Certains baragouinaient un suédois approximatif. Certes, nous avions du charme personnel. Et effectivement, notre événement était peut-être plus dans l’esprit israélien, avec de l’énergie et de l’enthousiasme. Mais nos décorations étaient faites en carton bristol. Nous n’avions aucune chance de rivaliser avec ce que nous avions vu.
Je n’arrivais pas à cesser de penser à l’écart entre les deux événements.
Ici pour rester
Des années plus tard, devenu journaliste couvrant le monde juif, j’ai continué à rencontrer la même dynamique : des communautés juives anciennes, à l’histoire prestigieuse, en tension avec le Chalia’h local Habad. Ce schéma se répète de ville en ville avec une constance stupéfiante.
Une jeune famille Habad arrive avec une énergie inépuisable, des idées brillantes et une image de marque unique. Et surtout, avec du temps. Ils sont là pour rester. Le Rabbi de Loubavitch les a envoyés, et jusqu’à la venue du Machia’h, quand que ce soit, ils ne bougent de nulle part.
Les émissaires de l’Agence juive, aussi talentueux soient-ils, restent dans la communauté quatre ans tout au plus. Un Rav communautaire professionnel est toujours en train d’évaluer la prochaine opportunité : une communauté plus grande, un meilleur salaire, de meilleures conditions. Tandis que ce même Rav Habad, avec son épouse et ses enfants, est enraciné au même endroit, dans la même fonction, année après année.
Les Chlou’him Habad ont aussi tendance à attirer la communauté israélienne locale. Dans la plupart des villes, il existe une séparation entre la communauté juive et les Israéliens qui y résident : ils ne se mélangent pratiquement pas. C’est culturel. C’est aussi une question de cercle social fermé.
Dans de nombreuses communautés juives, il faut payer une cotisation ou acheter une place pour les offices des Yamim Noraïm (fêtes solennelles). Chez Habad, l’usage est différent : pas de cotisation obligatoire, pas d’achat de places. Les Israéliens, qui n’ont jamais entendu parler de payer pour une place à la synagogue, s’y sentent beaucoup plus à l’aise. Il en va de même pour les étudiants et les jeunes familles.
Un branding de multinationale
Ce qui rend les Chlou’him Habad véritablement uniques, c’est à quel point cette Chli’hout (mission) est inscrite en eux depuis la naissance. Ils sont éduqués et formés pour ce rôle dès l’instant où ils sont en mesure de le comprendre. Ils ne perdent pas de temps à se poser des questions sur le bien-fondé de la mission elle-même. Et il y a aussi l’image de marque, et je voudrais m’y attarder, car c’est l’une des clés de leur succès.
Un Chalia’h Habad ne peut pas simplement repeindre le Beth Habad local dans d’autres couleurs ou utiliser une police différente. Habad fonctionne avec la discipline des plus grandes multinationales du monde, comme Coca-Cola. Il y a des règles, et tout le monde les respecte.
Les Chlou’him sont aussi des artistes des relations humaines. Ils savent offrir un service exceptionnel dans leurs domaines d’expertise. C’est pourquoi, dans la plupart des cas, un restaurant Habad survivra plus longtemps qu’un restaurant juif local. La question de la Cacherout joue également un rôle ici. Habad maintient un niveau de Cacherout plus rigoureux, et si les membres Habad eux-mêmes souhaitent manger sur place, un établissement séparé est parfois nécessaire.
Au-delà de cela, les Chlou’him Habad cultivent des relations avec les autorités locales, les maires et les hommes d’affaires prospères, et les mettent à profit pour financer leurs activités.
Toujours disponibles, toujours prêts
En tant que journaliste, j’ai aussi appris que les Rabbanim Habad sont toujours disponibles. On peut les appeler à n’importe quelle heure. Non seulement ils répondront, mais ils fourniront exactement ce dont on a besoin à l’instant même : une citation percutante, des photos et vidéos de haute qualité, et parfois même un communiqué de presse tout prêt.
Ce n’est un secret pour personne : chaque reporter en Israël sait qu’il faut se tourner vers le Beth Habad lorsqu’un événement majeur se produit dans une ville quelconque.
Une fois, j’ai rencontré un cas où le Rav Habad n’était pas le bon interlocuteur lors d’un attentat en cours dans une ville européenne. Moi, je connaissais suffisamment la communauté pour joindre le Rav compétent, tandis que les autres journalistes couraient dans tous les sens à la recherche d’informations.
Fonctionner comme une start-up
Les Rabbanim d’autres courants sont-ils moins dévoués à leurs communautés ? Certainement pas. Mais ils fonctionnent comme IBM : méthodiques, établis, éprouvés. Habad fonctionne comme une start-up : toujours en train de repenser, toujours en train de se réinventer, et affamée de succès et de visibilité.
Comme dit le dicton : si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les. Tout le monde ne l’a pas encore intégré. Il y a de l’ego des deux côtés, dans les communautés historiques comme chez Habad. Mais Habad durera probablement plus longtemps que tous les autres. Et dans de nombreuses communautés, Habad n’est pas seulement une présence, c’est la communauté elle-même.
Ce n’est pas le cas partout. Parfois, un Rav Habad rejoint une communauté existante en tant que salarié. Et parfois, les Rabbanim fondent leurs propres institutions parallèles. Mais on ne peut pas véritablement « battre » Habad, et peut-être que les communautés devraient cesser d’essayer.
La concurrence est une chose saine, certes. Mais au fil des années, Habad devient de plus en plus influente et populaire. Il ne serait pas exagéré de dire que dans de nombreuses communautés, en particulier les plus petites, Habad représente l’avenir. Je ne dis pas cela pour prendre parti ni par intérêt personnel. C’est simplement une réalité devenue impossible à nier. Habad excelle dans ce qu’elle fait. Elle est parfaitement connectée. Et ses portes sont toujours ouvertes, en toutes circonstances.
Au lieu de combattre Habad, les organisations et communautés juives du monde entier devraient envisager de joindre leurs forces avec elle. Car dans de nombreuses communautés, elle n’est pas seulement une concurrente : elle est l’avenir.








