Le célèbre journal israélien Kol Play, spécialisé dans la musique religieuse internationale, a consacré un article intitulé «’Halom Yossef» — le rêve de Yossef — au musicien parisien Yossef Brami. À l’occasion de cette publication, Hassidout l’a rencontré pour évoquer son parcours, ses influences et l’héritage précieux d’un maître de la musique hassidique. Un témoignage sincère et touchant, en hommage à ceux qui ont pavé la voie.

 

 

Cher Yossef Brami, bonjour ! Cela fait bien longtemps que nous ne nous étions rencontrés…

Yossef Brami : En effet, le temps passe vite… Je suis venu vous présenter un article paru dans le journal israélien KOL PLAY, spécialisé dans la musique religieuse internationale.

Je vois qu’il s’intitule « ‘Halom Yossef »… le rêve de Yossef…

Yossef Brami : Hahaha, oui, c’est tout à fait ça ! L’article retrace mon cheminement musical depuis l’enfance jusqu’aux grands événements parisiens devant 4 000 personnes, et propose quelques réflexions sur la situation musicale après le 7 octobre.
Si j’ai tenu à vous présenter cet article, c’est pour deux raisons bien particulières.
La première raison, c’est que l’article rappelle combien la musique m’a accompagné et soutenu dans ma Techouva — et tout particulièrement grâce à Habad. Les nigounim ainsi que les mélodies d’Avraham Fried ont créé un véritable pont entre mon ancienne culture musicale et une forme d’authenticité profonde. Je me souviens avec émotion du Volume 7 de Nichoach — avec en particulier le nigoun Poltava — et de l’album « Tanie » d’Avraham Fried. Si cela peut inspirer vos lecteurs, j’en serai sincèrement heureux.

Cher Yossef, c’est un très beau souvenir, et assurément une source d’inspiration pour nos internautes.

La seconde raison est que j’évoque dans cet article la mémoire de Rav Reuven Israelievitch, qu’il repose en paix, qui a été une rencontre décisive dans ma carrière musicale et dans ma compréhension de la musique hassidique.
Il m’a énormément appris, et je l’ai toujours admiré pour son immense talent de pianiste, de chef d’orchestre et d’organisateur d’événements. Il m’a ouvert les portes des soirées de mariage et de Bar Mitsva en me faisant confiance et en me transmettant les clés musicales essentielles : comment jouer les nigounim, à quel moment les introduire, lesquels choisir selon l’atmosphère… Je peux dire avec fierté que j’ai fait partie du célèbre orchestre Vessamahta !
J’ai envers lui une dette de reconnaissance — une Akarat Hatov — infinie. C’est pourquoi je tenais à ce que cet article, qui honore sa mémoire, soit lu par le plus grand nombre. Que son souvenir soit une bénédiction.

Rav Reuven a effectivement marqué durablement le paysage musical de Paris et de toute la France. Et je remarque que l’article mentionne également Menorah Productions… vos fameux CD pour enfants !

Oui, oui… Mon interviewer a souhaité être exhaustif et aborder l’ensemble de mes activités musicales. J’aurai le plaisir de vous en parler plus en détail après Pessah, car il y a effectivement de bonnes nouvelles qui se préparent…

Merci, cher Yossef, de nous avoir partagé ce bel article. Nous sommes fiers qu’un musicien parisien, Hassid Habad, ait été choisi par ce prestigieux journal pour illustrer le rayonnement de la musique hassidique en France.

Merci à vous, et bravo pour votre engagement constant à diffuser la Torah et la Hassidout au plus grand nombre. Je vous souhaite un très joyeux Pourim !

 


 

Magazine « Kol Play » : Le Rêve de Yossef, l’homme qui fait danser Paris depuis 35 ans

 

Yossef Brami, 62 ans, est le chef d’orchestre le plus célèbre de la communauté juive de Paris. Depuis plus de trente-cinq ans, il accompagne les plus grands chanteurs hassidiques sur les scènes françaises, des soirées intimistes aux galas de deux mille personnes. Entre retour au judaïsme, passion musicale et regard lucide sur l’antisémitisme montant, il se confie avec une franchise désarmante.

 

Depuis plus de trente-cinq ans, Yossef Brami est l’un des piliers discrets de la musique juive à Paris. Pianiste, chef d’orchestre et directeur musical, il accompagne les plus grandes voix de la scène hassidique internationale tout en orchestrant les moments les plus marquants de la vie communautaire française.

À 62 ans, son nom est associé aux grands mariages, aux bar-mitsvot prestigieuses et aux rassemblements majeurs organisés par le mouvement ‘Habad à Paris. Mais derrière cette carrière solide se cache un parcours personnel profondément lié à la musique.

Un destin né entre Paris et Jérusalem

Né à Paris dans une famille traditionnelle — père séfarade, mère ashkénaze — Yossef découvre très tôt le piano à l’âge de 5 ans . Formé à la musique classique dès l’enfance, rien ne le prédestinait pourtant à devenir l’un des acteurs centraux de la musique hassidique en France.

Le déclic se produit lors de séjours en Israël. Étudiant à l’Université hébraïque de Jérusalem, il fréquente également une yeshiva et entame un cheminement spirituel qui marquera durablement sa vie. Il évoque cette période comme une transformation progressive, faite de rencontres et de découvertes.

De retour en France, il choisit de professionnaliser sa passion. Il étudie le son et commence à jouer dans des restaurants, avant d’intégrer des orchestres communautaires. Rapidement, son talent et sa rigueur attirent l’attention de figures établies du milieu musical juif parisien.
Notamment R’ Reuven Israelievitch ( Alav Ha Shalom ) et son célèbre orchestre Vessamahta… R’ Reuven l’a pris sous son aile et lui a donné les clés pour comprendre et jouer dans les orchestres de mariage. Il a été véritablement le moteur et la réussite de sa carrière.

Le rêve Avraham Fried

Le véritable tournant de sa carrière survient lorsqu’il est invité à jouer aux côtés d’Avraham Fried. Une rencontre décisive.

« Sa musique a joué un rôle essentiel dans mon retour à la pratique religieuse », confie-t-il. Longtemps admiratif du chanteur, qu’il considère comme une référence absolue de la musique hassidique, Yossef hésite d’abord, par crainte de ne pas être à la hauteur. Puis il accepte.

Le concert est un succès. Les partitions, soigneusement travaillées — à l’époque encore sur papier — marquent le début d’une collaboration durable. Depuis, chaque apparition commune conserve pour lui la même intensité émotionnelle.

Aux côtés des plus grandes voix

Au fil des années, Yossef Brami accompagne la plupart des grandes figures de la chanson juive internationale, parmi lesquelles Mordechai Ben David, Yaakov Shwekey, Yishai Lapidot ou encore Ohad Moskowitz. Il collabore également avec la nouvelle génération d’artistes, assurant une continuité musicale entre tradition et modernité.

Il est aussi aux commandes musicales de grands rassemblements communautaires, comme les célébrations publiques de Hanoucca organisées dans des lieux emblématiques parisiens, ou les événements réunissant plusieurs milliers de participants.

Une musique en mutation

Observateur attentif de son époque, Yossef constate l’évolution du paysage musical juif en France. « Il y a vingt ans, la musique était plus classique, plus orchestrale. Aujourd’hui, le public demande davantage de sons modernes, de dance, parfois de trance. »

Le phénomène du one-man band — un seul musicien combinant claviers et programmation — a progressivement remplacé les orchestres traditionnels. Un changement qu’il accepte avec pragmatisme, tout en affirmant sa préférence pour la richesse sonore d’un véritable ensemble.

Transmettre aux enfants

Au-delà de la scène, Yossef Brami s’est investi dans la transmission. Il fonde une série d’albums éducatifs destinés aux enfants, mêlant musique, alphabet hébraïque et valeurs juives. Un projet qui a marqué toute une génération d’enfants de la communauté française. Les fameux CD MENORAH PRODUCTIONS….

Pour lui, la musique ne se limite pas à l’animation d’événements : elle est aussi un outil pédagogique et spirituel.

Vivre et jouer à Paris

Dans un contexte où la vie juive en France suscite parfois des inquiétudes, Yossef continue de vivre et de travailler à Paris avec sérénité. Présent dans les quartiers à forte population juive comme dans les grandes salles de spectacle, il affirme ne pas laisser la peur guider son quotidien.

Sa trajectoire illustre celle d’un musicien profondément enraciné dans sa communauté, qui a su évoluer avec son temps sans renier ses inspirations premières.

Sur scène, derrière son piano, il reste fidèle à la même émotion qu’à ses débuts : celle d’un rêve accompli — et toujours renouvelé.