Le Rabbi développe un enseignement fondamental du Baal Chem Tov : lorsqu’une personne perçoit un défaut chez autrui, c’est le signe révélateur qu’elle possède elle-même ce défaut. Nous ne remarquons que les imperfections que nous portons en nous. Comme le disait Rabbi Yehochoua : si l’on voit une tache dans le miroir, c’est parce que notre propre visage est sale.
Dr Yehiel Harari
Dr. Yehiel Harari est un conférencier recherché dans les domaines de la psychologie juive (Hassidisme et Kabbale), de l’éducation et de la pensée créative. Il a rédigé sa thèse de doctorat au Département de Communication de l’Université de Tel Aviv. Il a enseigné à l’Université de Tel Aviv et à l’École de Communication du Collège Sapir. Il a exercé les fonctions de journaliste, assistant parlementaire, consultant en communication, et consultant professionnel senior au Ministère du Logement et de la Construction ainsi qu’au Ministère du Commerce et de l’Industrie.Réessayer
La providence divine et le sens de nos perceptions
Pourquoi cette correspondance entre le mal que nous voyons et celui qui nous habite ? Parce que, selon le Baal Chem Tov, rien n’arrive par hasard : tout relève de la providence divine. Si quelque chose nous est montré, c’est toujours dans un but de réparation (tikun) et de compréhension.
Face au mal perçu chez autrui, deux voies de réparation s’ouvrent : aider l’autre à se corriger ou se corriger soi-même.
Pourquoi nous voyons le mal chez les autres plutôt qu’en nous
Un paradoxe humain fondamental : nous voyons facilement les défauts d’autrui, mais restons aveugles aux nôtres. Pourquoi ? Parce que nous sommes trop proches de nous-mêmes. Comme le dit le proverbe : « L’amour couvrira toutes les transgressions. » Nous voyons toutes les plaies, sauf les nôtres.
C’est précisément pour cette raison que la providence divine nous fait voir nos propres manques à travers ceux d’autrui. Cette perception extérieure devient une opportunité de prise de conscience et de transformation intérieure.
Distinguer : réparer autrui ou se réparer soi-même
Comment savoir si nous devons agir pour corriger l’autre ou travailler sur nous-mêmes ? La clé réside dans notre attitude.
Lorsque nous voyons le mal dans le monde, nous devons nous demander comment le réparer, comment agir pour améliorer la situation. Dans cette démarche, nous ne soulignons pas le défaut, nous n’accusons pas, nous n’étiquetons pas la personne.
L’exemple de Chem et Yafet face à la nudité de leur père Noé est éclairant : ils marchent à reculons, couvrent leur père, mais ne voient pas réellement son défaut. Ils ne le jugent pas, ne l’accusent pas d’ivresse, ne le définissent pas par son manque. Leur attention se concentre entièrement sur la réparation, non sur la faute.
Lorsque nous voyons le mal dans le monde, nous devons reconnaître qu’il existe aussi en nous et entreprendre de nous corriger.
L’interdiction absolue du regard négatif
L’enseignement va plus loin encore : non seulement il est interdit de parler en mal d’autrui (lachon hara), mais nous ne devons même pas être troublés en pensée par le mal d’autrui. Exigence difficile, certes, mais combien salutaire !
Contrairement à ‘Ham qui non seulement vit le mal de son père, mais alla le raconter à ses frères, nous devons nous concentrer sur la réparation plutôt que sur le jugement.
La solution : transformer notre regard
Le Zohar parle d’un « ange destructeur ». Comment s’en protéger ? En se cachant de lui.
Comment se cacher de cette force destructrice ? En refusant de voir le mal chez autrui. Lorsque nous ne voyons pas le mal chez les autres, il cesse d’exister en nous. Nous voyons alors le bien, et ce bien se révèle effectivement.
Cette transformation a un double effet : réparation intérieure, car en voyant le bien plutôt que le mal, nous réparons nos propres défauts ; réparation extérieure, car le bien que nous voyons en l’autre l’encourage à manifester ce bien.
Le cynisme et la critique révèlent souvent notre propre manque de confiance en nous, notre incapacité à croire que nous pouvons élever la réalité à un niveau supérieur.
Deux approches complémentaires
L’enseignement du Zohar : face au destructeur, cache-toi. L’enseignement du Rabbi : face au destructeur, transforme-le. C’est un défi, un avertissement pour voir les choses différemment.
Néanmoins, certaines situations requièrent une action concrète, des limites, une intervention. Car sans limites, il ne peut y avoir ni abondance ni révélation. Les limites font partie de la réparation du monde (tikun olam).
L’essentiel est d’agir par nécessité de réparation, jamais pour étiqueter, accuser ou repousser quelqu’un.
Le principe fondamental : « C’est pour moi que le monde a été créé »
Le monde non réparé que nous voyons autour de nous existe pour que nous nous réparions nous-mêmes. Tout ce que nous percevons à l’extérieur sert à nous éclairer intérieurement.
Une personne qui ne voit que le mal partout, qui critique constamment, se dévore elle-même dans l’amertume. Elle perd tout sens, toute vitalité.
À l’inverse, voir le bien chez les autres produit des effets puissants : le bien se manifeste immédiatement, le bien se consolide et se renforce, il n’est plus nécessaire de nous montrer le mal, car nous nous sommes réparés.
Le pouvoir des compliments authentiques
Lorsque nous définissons quelqu’un positivement, nous élevons le divin en lui et faisons descendre ses forces positives. Chaque personne possède une variété de forces. Un compliment sincère encourage la révélation du bien ; la critique encourage la révélation du mal.
Dire à son enfant « tu es intelligent » avec une conviction authentique éveille effectivement son intelligence et sa confiance en lui. Mais l’authenticité est cruciale : des compliments suivis de cris perdent toute crédibilité.
La capacité de recevoir la critique avec amour
Chacun de nous a échoué à un moment ou un autre. L’essence du baal techouva (celui qui revient) réside dans cette vérité : nous avons chuté, mais nous ne voulons pas être définis par nos chutes passées.
Nous souhaitons que les autres ne voient pas le mal en nous, mais seulement ce qui doit véritablement être réparé. Alors, et seulement alors, si nous percevons l’amour derrière les paroles, l’absence de jugement définitif, et la foi en notre capacité de progresser, nous pourrons recevoir la critique et grandir.
Pour nous sauver de la force destructrice du regard négatif, nous devons transformer notre regard intérieur. Le mal que nous percevons chez autrui révèle notre propre mal. La voie de la réparation passe par la transformation de notre vision — voir le bien, encourager le bien, manifester le bien.









