Les émissaires du Rabbi en Afrique Centrale se sont retrouvés pour leur conférence régionale annuelle, sous la houlette du Chlia’h en chef, le Rav Shlomo Bentolila. Durant plusieurs jours d’études, de prières et de partage, ils ont dressé un bilan de leur Chli’hout respective et esquissé des perspectives communes. Deux invités de renom ont marqué l’événement de leur empreinte : le Rav Mikhaël Taieb, mashpia à Kfar Habad, et le Rav Mendy Chitrik, émissaire du Rabbi en Turquie.
Quelque part au cœur de l’Afrique Centrale, loin des métropoles où s’entasse la majorité de la communauté juive mondiale, une lumière brille avec une régularité obstinée : celle des maisons Habad-Loubavitch qui essaiment sur le continent depuis plus de trois décennies. C’est dans ce contexte exceptionnel qu’a eu lieu, une nouvelle fois, le Kinus régional des Chlou’him du Rabbi pour l’Afrique Centrale — un rassemblement à la fois spirituel, stratégique et profondément humain.
Des émissaires au bout du monde réunis en fraternité
Pendant plusieurs jours, des émissaires venus des différents pays d’Afrique Centrale ont quitté leurs postes pour se retrouver ensemble. Pour la plupart d’entre eux, cette région représente un terrain de Chli’hout parmi les plus exigeants qui soit : isolement géographique, instabilité politique chronique, communautés juives réduites et dispersées. Le Kinus représente donc bien davantage qu’une réunion de travail — c’est un moment de ressourcement vital, une occasion unique de retrouver l’élan initial et de puiser de nouvelles forces dans la communauté hassidique.
Prières communes, repas partagés, cours de Torah et Farbrenguen ont scandé le programme quotidien. Ces Farbrenguen — ces rassemblements hassidiques mêlant chants, récits d’anecdotes du Rabbi et discussions profondes — constituent le cœur vivant de toute rencontre de Chlou’him. Chacun y a pris la parole, évoquant les défis rencontrés sur le terrain, les réussites engrangées, les projets en gestation. Ce partage entre pairs, loin de toute hiérarchie, est l’un des moteurs les plus puissants de la Chli’hout.
Le Rav Bentolila : trente ans d’ancrage au Congo
La conférence s’est tenue sous la présidence du Rav Shlomo Bentolila, Chlia’h en chef du Rabbi pour les pays d’Afrique Centrale et président de l’Union des Communautés Juives d’Afrique Centrale. Figure tutélaire de la présence juive dans cette région, le Rav Bentolila a posé les bases de la Chli’hout en Afrique Centrale dès le 1er Chevat 5751 (janvier 1991), lorsqu’il s’est installé au Congo — alors Zaïre — à la demande du Rav Moshé Kotlarsky, responsable du réseau international des émissaires. Depuis lors, son Beth Habad de Kinshasa est devenu un véritable phare spirituel pour les milliers de Juifs locaux et d’hommes d’affaires israéliens présents sur le continent.
Au fil des années, sous sa direction, c’est tout un réseau de présences juives organisées qui s’est tissé d’un bout à l’autre de l’Afrique Centrale. Le Rav Bentolila a également su établir des relations diplomatiques remarquées avec plusieurs chefs d’État de la région, contribuant au rapprochement entre ces pays africains et Israël — une dimension géopolitique qui dépasse le cadre strictement communautaire de sa mission.
Le Rav Mikhaël Taieb, mashpia venu de Kfar Habad
Parmi les invités d’honneur de ce Kinus figurait le Rav Mikhaël Taieb, né en 5734 (1973) et reconnu dans le monde loubavitch comme l’un des mashpiim — guides spirituels — les plus inspirants de sa génération. Directeur spirituel de la Yechiva Oholei Temimim à Kfar Habad, il y dispense depuis de nombreuses années un enseignement hassidique profond, alliant rigueur intellectuelle et chaleur humaine. Auteur d’une chronique hebdomadaire dans le journal de Kfar Habad, intitulée « Le’haïm, ‘Hassidim ! », il y développe des réflexions hassidiques nourries des discours du Rabbi et des enseignements de grands Chlou’him.
La présence d’un tel mashpia au Kinus des Chlou’him d’Afrique Centrale n’est pas anodine. Envoyer un guide spirituel de cette envergure vers des émissaires opérant dans des conditions difficiles est une façon de signifier que la Chli’hout la plus lointaine demeure au cœur des préoccupations de tout le mouvement. Les Ba’hourim et les émissaires présents ont pu bénéficier de ses interventions, qui ont porté à la fois sur l’intériorité hassidique et sur les ressources spirituelles nécessaires à ceux qui vivent au « bout du monde ».
Le Rav Mendy Chitrik, une voix du monde musulman
Le second invité de marque était le Rav Mena’hem Mendel Chitrik, émissaire du Rabbi en Turquie, Grand Rabbin ashkénaze d’Istanbul et président de l’Union des Rabbanim dans les pays à majorité musulmane. Né le 12 Nissan 5737 (1977) à Safed, dans une famille profondément ancrée dans la Chli’hout, le Rav Chitrik est parti pour Istanbul en 5763 (2003), où il a progressivement édifié une présence juive organisée et dynamique.
Conférencier et penseur reconnu au sein du monde loubavitch, le Rav Chitrik incarne une approche de la Chli’hout dans des environnements complexes — culturellement, politiquement, religieusement. Son expérience d’émissaire dans un pays majoritairement musulman, ses réflexions sur l’identité juive en diaspora et sa connaissance de l’histoire des communautés juives en Orient ont constitué une contribution précieuse au Kinus. Son regard extérieur mais avisé sur les défis de la Chli’hout en Afrique Centrale a nourri des échanges particulièrement riches.
Des plans pour l’avenir au cœur des discussions
Au-delà du bilan et du ressourcement, ce Kinus a été le théâtre de discussions tournées vers l’avenir. Les Chlou’him présents ont évoqué leurs projets pour les mois à venir, réfléchi aux moyens de renforcer les infrastructures communautaires existantes et d’élargir l’activité de Chli’hout à de nouvelles zones géographiques. Dans une région où chaque Beth Habad représente souvent le seul point de repère juif sur des centaines de kilomètres à la ronde, l’enjeu est considérable.
L’Afrique Centrale concentre en effet des communautés juives souvent méconnues — expatriés israéliens, entrepreneurs locaux, familles aux origines diverses — que la Chli’hout loubavitch s’emploie à rejoindre avec une constance remarquable. Le Kinus régional est le moment où se forge la vision collective qui guidera cette action dans la durée. En ce sens, la rencontre tenue sous la direction du Rav Bentolila, enrichie par les apports du Rav Taieb et du Rav Chitrik, a posé des jalons importants pour la Chli’hout en Afrique Centrale dans les années à venir.































