De Léningrad à Tunis, en passant par les steppes du Kazakhstan et les rues animées de Casablanca, la Rabbanite Ra’hel Pinson a traversé un siècle de tempêtes sans jamais vaciller, portée par une foi d’acier et un dévouement sans limites à la Chli’hout. La cérémonie des Chlochim, organisée jeudi 5 mars 2026 à la Synagogue de Neuilly-sur-Seine, sera l’occasion pour toute une communauté de rendre hommage à cette femme d’exception dont l’héritage rayonne bien au-delà des frontières.

 

 

 

La cérémonie des Chlochim de la Rabbanite Ra’hel Pinson ע’ה, épouse du Rav Nissan Pinson זצ’ל, Chlou’him du Rabbi en Tunisie, se tiendra le jeudi 5 mars 2026 à 19h00, à la Synagogue de Neuilly, 12 rue Ancelle, 92200 Neuilly-sur-Seine, en présence de Rabbanim et de responsables communautaires, avec la participation des enfants Pinson. L’association des amis et anciens élèves de l’École Pinson de Tunis invite l’ensemble de la communauté à venir honorer sa mémoire.

 

 

Une enfance dans l’ombre de la terreur soviétique

Née à Léningrad en 1923, Ra’hel Pinson grandit dans la Russie stalinienne, à une époque où allumer des bougies de Chabbat pouvait conduire au Goulag. Elle était la fille du Rav Its’hak Raskin, que D.ieu venge son sang, Cho’het et ‘Hassid respecté, et de Madame Tsivia. Leur foyer, situé près de la Grande Synagogue, était bien plus qu’une simple demeure : c’était un sanctuaire discret où venaient se réfugier des Juifs en quête de nourriture cachère, d’un toit ou simplement d’un peu de force pour continuer.

Parmi ceux qui y trouvèrent refuge se trouvait le Rav El’hanan Morozov, secrétaire du Rabbi précédent, le Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn. Pendant sept ans, lui et sa famille vécurent cachés sous le toit des Raskin — un acte de bravoure qui devait se payer au prix fort. En 1933, le Rav Raskin et le Rav Morozov furent arrêtés, puis exécutés. La jeune Ra’hel, alors à peine adolescente, n’oublierait jamais les dernières paroles de son père, l’exhortant à rester indéfectiblement fidèle à la Torah. Ces mots devinrent le fil conducteur de toute son existence.

La fuite, la guerre et les années d’errance

La famille quitta Léningrad juste avant le siège nazi, à bord de ce qui serait connu comme le dernier train à quitter la ville. Commence alors une longue odyssée à travers le Kazakhstan et l’Asie centrale, marquée par la famine, le froid et la perte. La Rabbanite perdit sa grand-mère, puis sa mère, au fil de ces années de détresse. Pourtant, elle avança — toujours debout, toujours en avant.

En 1946, elle épousa le Rav Nissan Pinson, lui aussi rescapé de la persécution soviétique, qui avait étudié dans une Yechiva clandestine avant d’en prendre la direction aux côtés du Rav Mendel Futerfas. Ce Chidou’h fut initié par le légendaire Machpia, le Rav Nissan Nemanov, et le mariage fut rendu possible grâce à la générosité d’une tante de la mariée, tendrement surnommée « Moumé Sarah ». Naissait ainsi l’un des plus beaux partenariats de la Chli’hout du XXe siècle.

L’appel du Rabbi : cap sur l’Afrique du Nord

Après la guerre, les Pinson rejoignirent la France et s’installèrent à Brunoy, préparant leurs documents d’immigration pour les États-Unis. Mais en 1952, le Rabbi leur demanda de rejoindre les Chlou’him Habad-Loubavitch qui développaient des opportunités éducatives pour les communautés juives du Maroc. Sans hésiter, ils mirent leurs projets en suspens et répondirent à l’appel.

Au Maroc, le Rav Pinson prit la direction de la Yechiva Oholei Yossef Its’hak de Casablanca. La Rabbanite Ra’hel fut, dès le premier jour, une partenaire à part entière dans la construction d’un vaste réseau d’institutions. Puis, en 1959, la mission les conduisit à Djerba, en Tunisie, où ils reçurent la mission d’établir un système scolaire juif sur le modèle de ce que Loubavitch avait créé au Maroc. Ce qui commença avec 33 élèves allait, des années plus tard, en accueillir plus de 300.

Bâtir une Jérusalem en Tunisie

En Tunisie, la Rabbanite Pinson joua un rôle central et discret à la fois — celui de celle qui tient tout ensemble sans jamais chercher les projecteurs. Aux côtés de son mari, elle contribua à l’établissement d’écoles, d’un Mikvé, et d’institutions communautaires de premier plan, dont Or HaTorah et le lycée Oholei Yossef Its’hak. Elle s’impliqua tout particulièrement dans la création de structures éducatives pour les filles, formant des générations entières à l’observance des Mitsvot dans l’esprit de la ‘Hassidout Habad.

Leur maison était grande ouverte en permanence — un foyer ‘hassidique chaleureux où se croisaient élèves, familles en détresse et invités de passage. La Rabbanite y était à la fois mère, conseillère, confidente et figure de proue. De nombreux anciens élèves des institutions de Tunis et de Djerba se souviennent encore aujourd’hui de son regard maternel, de sa parole bienveillante et de cette lumière particulière qui émanait d’elle.

Le danger au quotidien : espionnage, émeutes et menaces

Ces années de Chli’hout ne furent pas une tranquille aventure missionnaire. Les émeutes antijuives, la surveillance des autorités, les restrictions de voyage et les menaces constantes faisaient partie du quotidien. Le Rav Pinson fut faussement accusé d’espionnage ; leurs communications étaient espionnées ; des gardes armés durent parfois être postés pour protéger l’école et la synagogue. Dans ce climat d’insécurité permanente, la Rabbanite Pinson fut le roc sur lequel toute la famille et la communauté pouvaient s’appuyer.

« Emporte cette sérénité avec toi » : une audience inoubliable avec le Rabbi

C’est la Rabbanite Ra’hel elle-même qui livra, dans un témoignage bouleversant, ce qui constitue sans doute le moment le plus marquant de sa vie spirituelle :

« La situation à Tunis était terrible. Il y avait des émeutes, des tirs dans les rues… Nous vivions dans une peur constante. C’est brisée et angoissée que je suis partie pour New York pour voir le Rabbi. Je suis arrivée au « 770 » et le moment est venu pour mon audience privée. Je me tenais devant la porte. Dès que je suis entrée dans la chambre du Rabbi et que la porte s’est refermée derrière moi… tout a changé. J’ai ressenti soudainement une « Rouhigkeit » — un calme absolu, une sérénité. C’était une sensation physique. Toute la peur accumulée pendant des mois a disparu instantanément. Je me sentais complètement apaisée, comme si rien de mauvais ne pouvait exister.

Le Rabbi m’a demandé : « Quelles sont les nouvelles de Tunis ? » J’ai essayé de répondre, mais je n’y arrivais pas. Dans cette atmosphère de sainteté et de paix, je ne pouvais pas ressentir le mal. Alors j’ai dit au Rabbi : « Rabbi, ici, tout va bien. Je voudrais pouvoir mettre cette atmosphère dans ma valise et la ramener avec moi à Tunis. »

Le Rabbi a souri et m’a répondu : « Tu n’as pas besoin de le mettre dans ta valise. C’est pour cela que tu y retournes. Tu vas emporter cette sérénité avec toi — mais ce n’est pas seulement pour toi. Tu dois la transmettre aux autres. »

Et c’est exactement ce qui s’est passé. Quand je suis revenue à Tunis, les femmes de la communauté venaient s’asseoir dans mon salon et me disaient : « Madame Pinson, nous ne savons pas pourquoi, mais quand nous sommes ici près de vous, nous ne sentons plus la peur. » Et je savais que ce n’était pas moi. C’était ce que le Rabbi m’avait donné à partager. »

Veuve mais jamais désœuvrée

Le Rav Nissan Pinson s’éteignit en 2007, à l’âge de 89 ans, le mardi 24 Kislev 5768 (2007), veille de ‘Hanouka, dans un établissement médical de la ville de Nice. Lors des funérailles, le Gaon Rav Meir Mazzouz, guide spirituel du judaïsme tunisien, prononça un éloge funèbre au nom de toute la communauté, rendant hommage à l’immense dévouement du Rav Pinson envers les Juifs de Tunisie.

La Rabbanite Ra’hel ne s’arrêta pas pour autant. Elle continua de superviser les écoles et les activités communautaires, voyageant fréquemment entre la France et la Tunisie jusqu’à un âge très avancé, assistée par son fils le Rav Yossef Its’hak Pinson. Fidèle jusqu’au bout à la mission qui avait été la sienne depuis 1952, elle accompagna et guida ceux qui poursuivaient l’œuvre, dans l’ombre, avec la même constance discrète qui avait toujours caractérisé son action.

Un héritage vivant à travers ses enfants et petits-enfants

La Rabbanite Ra’hel Pinson laisse derrière elle une descendance bénie, reflet fidèle de toute une vie consacrée à la Chli’hout et à l’éducation juive :

Son fils le Rav Yossef Its’hak Pinson, Chalia’h à Nice–Côte d’Azur, France ; son fils le Rav Na’houm Pinson, Machpia à la Yechiva Tomkhei Temimim de Brunoy et directeur de la synagogue Habad de Brunoy, France ; son fils le Rav Chemouel Pinson, Chalia’h et directeur de l’Institut de Semicha pour le Rabbinat à Bruxelles, Belgique ; sa fille Madame Feigy Tsivia Hecht, Chlia’h à Nice, France ; sa fille Madame Tcherna, épouse du Rav Yehouda Leib Matoussov, Chlia’h à Cannes, France.

Elle laisse également de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants, dont beaucoup poursuivent à leur tour la Chli’hout et l’éducation juive à travers l’Europe et au-delà. Chacun d’eux est un chapitre vivant du livre qu’elle a écrit.

Cérémonie des Chlochim : jeudi 5 mars 2026

La cérémonie des Chlochim en mémoire de la Rabbanite Ra’hel Pinson ע »ה, épouse du Rav Nissan Pinson זצ »ל, Chlou’him du Rabbi en Tunisie, aura lieu le jeudi 5 mars 2026 à 19h00, à la Synagogue de Neuilly, 12 rue Ancelle, 92200 Neuilly-sur-Seine.

La cérémonie se déroulera en présence de Rabbanim et de responsables communautaires, avec la participation des enfants Pinson.

L’association des amis et anciens élèves de l’École Pinson de Tunis invite l’ensemble de la communauté à venir honorer la mémoire de cette femme extraordinaire.

Que son âme soit liée dans le faisceau des vivants.

Renseignements : Nahoum — 06 16 87 54 26