Alors que le Pakistan joue les médiateurs entre Washington et Téhéran, des sources diplomatiques de plusieurs pays annoncent que les deux puissances sont à quelques heures d’un accord historique mettant fin au conflit armé. L’Iran a soumis une proposition en quatorze points incluant la réouverture du détroit d’Ormuz, la suspension de l’enrichissement d’uranium et un engagement formel à ne pas développer l’arme nucléaire. Donald Trump, partagé entre la diplomatie et la reprise des frappes, doit trancher d’ici dimanche, avec une probabilité qu’il évalue lui-même à « cinquante-cinquante ».

 

 

 

Un médiateur inattendu : le Pakistan au cœur du jeu diplomatique

C’est depuis Islamabad que se joue une partie décisive de la diplomatie mondiale. Le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Asim Munir, s’est rendu à Téhéran où il a tenu deux réunions successives avec le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, avant de repartir pour coordonner avec Washington. Un responsable sécuritaire pakistanais a indiqué que « le mémorandum d’entente se trouve dans ses phases finales de rédaction pour mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran ». L’armée pakistanaise a, de son côté, évoqué une progression « encourageante » vers un accord définitif.

Selon des sources transmises à l’agence Reuters, la feuille de route proposée s’articule en trois phases : un arrêt formel des hostilités, le règlement de la crise du détroit d’Ormuz, puis l’ouverture d’une fenêtre de trente jours pour des négociations sur un accord plus large, avec possibilité de prolongation. Le Qatar, dont le rôle de facilitateur régional n’est plus à démontrer, a également joué un rôle clé dans la rédaction du document, selon plusieurs sources concordantes.

Les propositions iraniennes : enrichissement suspendu, Ormuz rouvert, arme nucléaire exclue

La chaîne saoudienne Al-Arabiya a détaillé les termes de l’offre iranienne. Téhéran propose de rouvrir le détroit d’Ormuz et d’y supprimer temporairement les droits de passage, de suspendre l’enrichissement d’uranium au-delà de 3,67 % pendant dix ans et de diluer sur son territoire l’uranium enrichi à plus de 20 %. L’Iran s’engage en outre à ne pas développer d’arme nucléaire dans le cadre du mémorandum. En contrepartie, Téhéran exige la préservation de droits d’enrichissement limités, la levée totale des sanctions, un mécanisme d’indemnisation financé par Washington et le dégel de ses avoirs gelés à l’étranger, avant même l’ouverture d’éventuelles négociations nucléaires formelles.

Un responsable iranien a précisé à Al-Jazeera que « le mémorandum d’entente ne comprend pas les questions nucléaires, car elles sont complexes et nécessitent du temps ». Selon lui, une fenêtre de trente jours après la signature permettrait d’ouvrir la porte à des discussions nucléaires approfondies. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismaïl Baghaei, a confirmé à la télévision d’État que « nous nous trouvons dans la phase finale de ce mémorandum », ajoutant que le cadre comporte quatorze points et prévoit un délai de trente à soixante jours pour arrêter les détails d’un accord définitif.

Trump entre deux eaux : deal ou reprise des frappes ?

À Washington, le président Donald Trump a reconnu avoir lu une ébauche de l’accord et affirmé sur CBS que « ils se rapprochent beaucoup plus ». Mais il a également confié à Axios qu’il était « à cinquante-cinquante » sur la question de savoir s’il était possible d’obtenir une « bonne affaire » ou s’il fallait « les abattre ». Avant la fin de la journée, il devait se réunir avec ses envoyés Steve Witkoff et Jared Kushner pour examiner la dernière proposition iranienne, avec une décision attendue d’ici dimanche sur l’éventuelle reprise des opérations militaires. Trump a fixé une ligne rouge : il n’acceptera que tout accord incluant la question de l’enrichissement d’uranium et le stock existant. « L’Iran ne possédera jamais l’arme nucléaire. Ils le savent », a-t-il martelé.

Le secrétaire d’État Marco Rubio, en visite officielle en Inde, a tenu à entretenir le suspense tout en laissant poindre un optimisme mesuré : « Il est possible que plus tard aujourd’hui, demain ou dans deux jours, nous ayons quelque chose à annoncer. » Il a néanmoins pris soin d’ajouter qu’il n’en était pas encore certain.

La méfiance iranienne et les contradictions de Washington

L’agence Fars, proche du régime iranien, a rapporté que plusieurs médiateurs et interlocuteurs américains impliqués dans les discussions avaient conseillé à Téhéran d’ignorer les publications de Trump sur les réseaux sociaux, soulignant que « ses déclarations dans les médias sont destinées à la consommation médiatique et interne », et que sa position réelle à la table des négociations serait « totalement différente ». Un élément révélateur d’une atmosphère de méfiance persistante : une source proche de l’équipe de négociation iranienne a exprimé, selon Fars, « un manque de confiance dans les négociations possibles ».

De son côté, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a souligné publiquement que « les différences entre l’Iran et les États-Unis sont profondes et nombreuses », tout en reconnaissant une « tendance vers des positions plus proches » après plusieurs semaines d’échanges. Cette tension entre le discours officiel prudent et les signaux encourageants des médiateurs illustre la complexité d’une négociation dont l’issue demeure suspendue à la volonté d’un seul homme à la Maison-Blanche.

Le blocus d’Ormuz et la pression militaire américaine

Sur le terrain, le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé avoir franchi un « cap symbolique » depuis le début du blocus du détroit d’Ormuz, imposé le 13 avril sur instruction du président Trump : plus de cent navires ont été contraints de faire demi-tour ou de regagner leur port d’attache. Plus de quinze mille soldats américains participent à cette opération, soutenue par plus de deux cents avions et navires de guerre. Quatre bâtiments ont été neutralisés, tandis que vingt-six navires d’aide humanitaire ont été autorisés à passer.

Dans ce contexte de pression maximale, Trump n’a pas hésité à publier sur son réseau Truth Social une carte du Moyen-Orient représentant l’Iran aux couleurs du drapeau américain, assortie de la légende « Les États-Unis du Moyen-Orient ? ». Une provocation symbolique qui traduit l’ambivalence d’une administration oscillant entre la solution diplomatique et la tentation d’une victoire militaire.

Israël écarté des discussions, Liban en arrière-plan

Selon le New York Times, Israël aurait été « complètement écarté » par l’administration Trump des négociations de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran. Des responsables sécuritaires israéliens auraient confié au quotidien américain que leurs dirigeants « sont contraints d’apprendre ce qu’ils peuvent sur les contacts entre Washington et Téhéran via leurs relations avec des dirigeants et diplomates de la région ». Israël utiliserait également ses propres moyens de renseignement à l’intérieur du régime iranien pour se tenir informé.

Sur le plan régional, le ministre iranien des Affaires étrangères a réaffirmé au secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, que « le lien entre le cessez-le-feu au Liban et tout accord demeure un principe non négociable ». Téhéran entend ainsi préserver ses cartes régionales, y compris son soutien déclaré aux mouvements qu’elle considère comme défendant des droits légitimes — au premier rang desquels le Hezbollah.

À l’heure où ces lignes sont écrites, l’issue des négociations reste suspendue à la décision que Donald Trump doit rendre dans les prochaines quarante-huit heures. Entre un mémorandum en voie de finalisation et la menace d’une reprise des frappes, la région retient son souffle.