… L’attachement véritable résulte de l’étude de la Torah. Lorsque vous étudiez mes discours ‘hassidiques, lisez le texte de mes causeries, et vous associez à ceux qui me sont chers, les ‘Hassidim et les élèves de la Yechiva, dans leur étude et dans leurs réunions ‘hassidiques… (Extrait du Hayom Yom du 24 Sivan)

 

Traduit par le Rav Haim Mellul

 

Lorsque l’on s’interroge sur l’attitude des ‘Hassidim, sur leur attachement profond au Rabbi, au-delà de toute rationalité, on a, tout d’abord, l’image d’un homme hors du commun, auquel nul autre n’est comparable, qui échappe aux critères courants.

De fait, le Rabbi lui-même explique de quelle manière doit être considérée sa fonction, faisant référence à son propre maître et prédécesseur, le Rabbi Rayats. Parmi toutes ses qualités, il sait mettre en exergue celle qui est la plus importante, le rang de chef d’Israël. A ce propos, le Rabbi dit ceci :

Nombreux sont ceux qui s’interrogent et interprètent les qualités et la grandeur des maîtres de ‘Habad, en général et du chef de notre génération, mon beau-père et maître, le Rabbi, en particulier, dans différents domaines. Il fut un homme d’abnégation, érudit de la Torah, possédant des qualités de cœur, un Tsaddik, animé par l’inspiration divine, accomplissant des miracles et l’on peut évoquer beaucoup d’autres aspects encore.

Ces éloges sont encore plus déterminants quand on prend en compte les définitions qui sont données par la ‘Hassidout du don de sa propre personne, de l’érudition et des autres points qui ont été évoqués.

Malgré tout cela, force est de constater que l’essentiel manque ici. Un aspect fondamental n’est pas mentionné, alors qu’il nous concerne plus clairement, puisque nous appartenons à l’assemblée de ses ‘Hassidim et de ceux qui lui sont attachés. Le Rabbi était, avant tout, le chef, un, chef de ‘Habad.

(Lettre du Rabbi, 3 Tamouz 5710-1950)

 

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Le Rabbi souligne aussi que cette impossibilité de comprendre qui il est, de justifier sa grandeur ne doit pas être considéré par les ‘Hassidim comme une lacune. En effet, ceux-ci savent, par l’éducation qu’ils ont reçue, que la rationalité n’est pas déterminante, dans le service de D.ieu et que la valeur cardinale de la ‘Hassidout est la soumission de ses adeptes. Le Rabbi précise, notamment, sur ce point :

Vouloir tout comprendre en se servant de sa logique, selon une approche rationnelle, serait réellement un fait nouveau, dans les usages des ‘Hassidim. Depuis le début, ceux-ci obéissent et c’est uniquement après cela qu’ils s’efforcent de comprendre, dans la mesure du possible.

Du reste, même quand on ne comprenait pas, de par le passé, on dormait tranquille, bien entendu à la condition que ce ne soit pas un manque de connaissance de la Torah, en général et de la ‘Hassidout, en particulier. Car, un tel manque est pénible et inquiétant, quand on est éveillé et parfois même quand on dort.

(Lettre du Rabbi, 2 Chevat 5712-1952)

 

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Le Rabbi cite également, comme référence, le Baal Chem Tov, fondateur de la ‘Hassidout, qui fut un homme miraculeux, par l’essence même de son existence, ne subissant pas les limites inhérentes à la création du monde.

Le Rabbi souligne ainsi que chaque maître de la ‘Hassidout, héritier du Baal Chem Tov, n’est pas limité dans la mission qu’il reçoit auprès du peuple juif, en général, et de chacun de ceux qui le constituent, en particulier. Le Rabbi dit :

Comme on le sait, le Baal Chem Tov, dont la mémoire est une bénédiction, n’était pas limité par le temps et l’espace. Ces dimensions ne lui imposaient pas la moindre occultation. Il voyait, dans le présent, ce qui ne se produirait que par la suite. De même, il observait, de ses yeux, à proprement parler, ce qui se déroulait à distance, tout comme un prophète voit de ses yeux, sans subir le voile de l’endroit.

Et, il en était ainsi parce que le Baal Chem Tov possédait une révélation transcendant le temps et l’espace, au sein même du temps et de l’espace. C’est dans cette situation que se trouvait le Baal Chem Tov, dont la mémoire est une bénédiction.

(Sefer Ha Maamarim 5666-1906, du Rabbi Rachab, page 227)

 

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Le précédent Rabbi, faisant référence à son père, le Rabbi Rachab, auquel il succéda, souligne également la profondeur insoupçonnée de la phrase, en apparence la plus anodine, qu’un Rabbi peut prononcer devant le Juif qui vient le consulter.

Et, le Rabbi Rayats explique pourquoi il en est ainsi. L’essence de l’âme, la Ye’hida, qui n’intervient, dans le comportement de chaque Juif, qu’en un moment d’exception, est révélée en permanence, chez un Rabbi. Il dit :

Lorsque mon père s’adresse à un Juif, c’est une âme qui s’adresse à une autre, à tous les niveaux qui la constituent, jusqu’en son essence. Il peut sembler, extérieurement, qu’il ne fait que lui dire Le’haïm ou lui donner un conseil, dont l’intérêt est, par ailleurs, bien évident et qui ne fait intervenir que la partie la plus basse de son âme. Mais, plus profondément, il y a bien là une dimension totalement inaccessible, un intérêt qui se manifeste à un stade beaucoup plus haut, exerçant un effet intérieur.

Une telle confrontation peut se produire au stade le plus haut de l’âme et même en son essence, en la Ye’hida, car, chez un Rabbi, celle-ci est révélée en permanence et cette apparence ordinaire, révèle, en réalité, toute la profondeur de son âme, la grandeur de son intellect et la largesse de son cœur.

Ce qui vient d’être dit peut être comparé à la situation d’un père qui forme son jeune fils. Son action a, certes, un apport immédiat, mais toute sa profondeur se révèlera uniquement quand l’enfant sera adulte. Et, plus il grandira, plus il atteindra un niveau élevé, puis il tirera profit de son éducation.

(Discours du Rabbi Rayats, 19 Kislev 5673-1912)

 

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Le Rav Chlomo ‘Haïm Kasselman, qui fut le guide spirituel et la référence, pendant de nombreuses années, pour les ‘Hassidim de Terre sainte, parvint à analyser cette incapacité des ‘Hassidim à définir leur maître. Ils mesurent sa grandeur par rapport à ce qu’ils sont eux-mêmes.

Il y a bien là une erreur profonde. Car, s’il est légitime d’interpréter ce que l’on ne connaît pas par référence à ce que l’on sait, on doit admettre qu’il ne peut en être ainsi pour le Rabbi, qui échappe totalement à l’entendement. Rav Chlomo ‘Haïm constate :

Lorsque le Rabbi Rachab quitta ce monde, j’ai dit à son fils, le Rabbi Rayats, qu’en prononçant l’éloge de son père, nous ne parlons pas réellement de lui, mais que chacun parle, en fait, de sa propre personne, en la présentant sous une forme beaucoup plus haute.

Et, effectivement, chacun décrit le père comme celui qui est dix fois, cent fois, deux cents fois plus haut que ce qu’il est lui-même. Mais, la réalité est que son père est totalement différent de tout cela.

(Rav Chlomo Haïm Kasselman, l’un des guides spirituels de la précédente génération)

Hitkacherout – Editions du Beth Loubavitch

 

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