Ce soir marque le 7 Tamouz, le Yortzeit de Mme Gitel Friedman, affectueusement surnommée « Gitel’lé » par tous les habitants de Kfar Habad. Propriétaire du kiosque mythique du village, elle incarnait bien plus qu’une simple commerçante vendant petits pains, produits laitiers et sodas. Sa figure rayonnante symbolisait l’amour du prochain, la bonté pure et le souci constant des plus démunis.

 

 

Gitel Friedman a marqué l’histoire de Kfar Habad par son dévouement exceptionnel envers sa communauté. Son petit kiosque servait de façade à une œuvre de bienfaisance discrète mais considérable, nourrissant les nécessiteux et créant un véritable foyer de solidarité. Née à Odessa et arrivée en Israël après la guerre, elle a transformé son commerce en centre névralgique de la vie villageoise, laissant des souvenirs impérissables aux générations qui ont grandi à Kfar Habad.

Une femme d’exception au cœur de Kfar Habad

Fille du Rav Pinhas Friedman et épouse du Rav Yaakov, que son souvenir soit béni, Gitel était une femme remarquable qui se distinguait par sa grandeur d’âme. Elle vouait sa vie au bien-être de chaque juif, en toutes circonstances et dans toutes les situations. Son approche maternelle touchait particulièrement les étudiants de la yechiva qui venaient se restaurer dans son établissement.

« Elle avait cette capacité unique de faire en sorte qu’aucune personne ne reparte le ventre vide de son kiosque », se souvient un ancien habitant du village. « Sa personnalité rayonnante et chaleureuse attirait naturellement les gens vers elle, et elle trouvait toujours un moyen d’aider chacun selon ses possibilités. »

L’odyssée d’une survivante devenue pilier communautaire

L’histoire de Gitel commence à Odessa, dans l’ancienne Union soviétique. Avec sa famille, elle a miraculeusement échappé aux persécutions russes et immigré en Terre sainte dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale. C’est à Kfar Habad qu’elle a établi son petit kiosque, qui est progressivement devenu un point de repère central dans la vie quotidienne du village.

Cette trajectoire personnelle explique en partie sa sensibilité particulière envers ceux qui traversent des difficultés. Ayant elle-même connu l’exil et les épreuves, elle développait une empathie naturelle pour tous ceux qui avaient besoin d’aide ou de réconfort.

Un commerce qui cachait un royaume de bonté

De l’extérieur, le kiosque de Gitel ressemblait à n’importe quelle petite épicerie proposant petits pains, produits laitiers, journaux et boissons gazeuses. Mais derrière le comptoir se dissimulait un véritable royaume de bienfaisance. Dans une arrière-salle invisible aux passants, elle préparait des repas chauds pour les pauvres et les nécessiteux.

« Tout se faisait dans la plus grande discrétion », explique un témoin de l’époque. « Les bénéficiaires ne se sentaient jamais comme des assistés. Gitel avait ce don de préserver la dignité de chacun tout en répondant à ses besoins essentiels. »

Cette organisation permettait d’assurer qu’aucune personne dans le village ne souffre de la faim, le tout dans une humilité totale, sans que les intéressés aient même besoin de formuler une demande ou de se sentir dans une position de dépendance.

Les saveurs d’une enfance à Kfar Habad

Les enfants du village qui ont grandi à cette époque conservent des souvenirs sensoriels très précis de leurs passages chez Gitel. Ils évoquent avec nostalgie les petits pains frais tartinés de beurre et le soda à la framboise mélangé devant eux grâce à un appareil spécial et servi dans des verres transparents.

« Ces moments autour du kiosque de Gitel constituent pratiquement tous nos souvenirs authentiques d’enfance », confie un habitant aujourd’hui adulte. « Elle créait une atmosphère si particulière que même les plus simples achats devenaient des moments mémorables. »

Ces témoignages révèlent comment un simple commerce de proximité peut devenir le théâtre de souvenirs indélébiles pour toute une génération.

Le centre d’information officieux du village

À une époque où chaque foyer ne disposait pas encore d’un poste radio, le kiosque de Gitel s’était naturellement transformé en centre d’information communautaire. C’est là que les résidents apprenaient les dernières nouvelles des conflits israéliens – depuis la campagne du Sinaï jusqu’à la guerre des Six Jours – et qu’ils se tenaient au courant de l’actualité mondiale.

Cette fonction informelle mais cruciale renforçait encore davantage le rôle central de Gitel dans la vie collective du village, faisant de son établissement un véritable cœur battant de la communauté.

Des traditions qui réchauffent les cœurs

Pendant la fête de Hanoukka, Gitel développait une tradition particulièrement appréciée des plus jeunes. Elle se rendait au Talmud Torah avec un grand sac rempli de toupies et de bonbons, qu’elle distribuait aux enfants avec un sourire radieux.

« Elle considérait cette action comme une véritable mission spirituelle », raconte un ancien élève. « Son objectif était de répandre la joie parmi les enfants du village et d’éveiller en eux une authentique joie hassidique. »

Ces gestes simples mais réguliers contribuaient à créer une atmosphère festive et chaleureuse qui marquait profondément l’expérience religieuse des enfants.

La continuité assurée dans l’esprit hassidique

Après le décès de Gitel, survenu dans l’estime générale, son fils le Rav Meir Friedman a repris la gestion du lieu en préservant l’esprit hassidique qui l’animait. Le kiosque a même accueilli des rassemblements spirituels, transformant ce petit espace commercial en centre hassidique vibrant d’activité.

Cette transition témoigne de la volonté familiale de perpétuer l’œuvre exceptionnelle initiée par Gitel, en maintenant les valeurs de générosité et de service communautaire qui la caractérisaient.

Un héritage qui transcende le temps

Gitel Friedman représentait bien plus qu’une simple propriétaire de kiosque. Elle incarnait l’essence même du Kfar Habad d’autrefois, avec son écoute attentive, sa générosité sans limites et son âme immense vouée au bien d’autrui. En cette période commémorative de son anniversaire de décès, les habitants du village perpétuent sa mémoire en évoquant tout ce qu’elle accomplissait discrètement, avec simplicité et dans un esprit de bonté incommensurable.

Que sa mémoire soit bénie.