Retranscription intégrale du Farbrenguen (veille de Roch Hodech Elloul)
(Chant d’ouverture, repris par toute l’assemblée : Hiné ma tov ouma naïm, chévèt a’him gam ya’had…)
Une Paracha qui met en garde
Dans la Si’ha, le Rabbi parle de la Paracha Réé. Il en parle longuement, et sur bien des sujets, car il y a beaucoup à dire dans cette Paracha.
Dans Réé, il y a tout un passage — c’est dans la troisième montée — où la Torah nous parle du cas de quelqu’un qui vient t’entraîner : « Si ton frère, le fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme de ton sein, ou ton ami qui est comme ta propre âme, t’incite en secret en disant : allons servir d’autres dieux… » Autrement dit, le cas où des gens t’entraînent vers l’idolâtrie. C’est tout un passage de la Torah, comme lorsqu’on parle de la Ir Hanida’hat, la ville entière qui s’est laissée égarer, ou de ceux qui entraînent d’autres qu’eux vers l’idolâtrie. Et quelle est la loi que la Torah prescrit dans ce cas ?
Le Rabbi, dans la Si’ha, ne s’arrête pas là. Il explique ce que tout cela veut dire dans l’Avoda, dans le service de D.ieu. Que signifie « ton frère, le fils de ta mère, ton fils, ta fille » ?
Le Rabbi explique qu’on peut posséder soit l’intellect, le Sé’hel, l’intelligence de la Kedoucha, la sainteté ; soit même les Midot, les attributs émotionnels de la sainteté. Autrement dit : même quand on a un père, même quand on a un frère, même quand on a une fille. Car tout cela, dans le langage de la Kabbale, a une signification. Le père, qu’est-ce que c’est ? C’est le Sé’hel, la ‘Ho’hma, l’intelligence. Le fils et la fille, qu’est-ce que c’est ? Ce sont les Midot.
Et que dit la Torah ? Que même quand on possède le Sé’hel, même quand on possède les Midot, il reste possible de tomber dans l’idolâtrie. Même avec la plus grande intelligence, même avec la ‘Ho’hma, même avec des Midot et tout ce que l’on voudra, la Torah nous dit qu’il est possible de se laisser entraîner, de faire des choses dont D.ieu ne se réjouit guère.
Et le seul moyen d’éviter ce piège, explique le Rabbi, c’est la Messirout Nefech, le don total de soi. Se donner entièrement à la volonté de D.ieu, au-dessus de la raison et au-dessus des Midot.
Le Rabbi, cet archéologue
C’est ce que le Rabbi a illustré un jour par une histoire — elle est certainement connue de tous.
Un groupe d’étudiants américains fut reçu par le Rabbi et lui demanda : « Quel est le travail d’un Rabbi ? En quoi consiste-t-il ? Que fait-il, un Rabbi ? »
Et le Rabbi répondit : « Un Rabbi, c’est quelqu’un qui fait de l’archéologie. Voilà ce qu’est un Rabbi. »
Le Rabbi expliqua : quand un homme fait des recherches dans la terre sans être accompagné d’un professeur, quand il creuse tout seul, il peut descendre parfois jusqu’à cent mètres de profondeur. Il cherche quelque chose : du pétrole, du charbon, un diamant, quelque chose de précieux. Il sait que ce terrain recèle un trésor. Il descend, il se salit, il descend encore… et il abandonne. Il arrive à cent mètres, il n’a pas atteint son but, et il renonce à son projet.
Mais s’il avait été accompagné d’un professeur, celui-ci lui aurait dit : « Écoute, ne te décourage pas. Tu es déjà descendu de cent mètres, il ne t’en reste que dix. Descends encore dix mètres et tu trouveras ce qu’il faut. »
Voilà, dit le Rabbi, le travail d’un Rabbi. Un Rabbi, c’est quelqu’un qui nous dit où il faut descendre, jusqu’où il faut descendre, et comment il faut descendre.
Quand le Yetser Hara conseille la Techouva
Car bien souvent, on cherche dans un terrain, on descend vingt mètres, on a déjà fourni tout un travail, et l’on laisse tomber. Alors que peut-être, à cause de quelques centimètres qui nous restaient, on aurait pu tout récupérer. C’est cela que dit le Rabbi dans la Si’ha.
Quelqu’un peut avoir un père, un fils, une fille : cela veut dire qu’il possède les plus hauts moyens de servir D.ieu. Il a la ‘Ho’hma de la Kedoucha, il a les Midot, il a tout ce qu’il faut. Et malgré cela, il peut, à D.ieu ne plaise, se laisser entraîner vers l’idolâtrie.
Pourquoi peut-il se laisser entraîner ? Parce que, comme il est dit : « Ne te fie pas à toi-même. » On ne doit jamais se faire confiance, on ne sait pas ce que sera demain. Rien de tout cela n’est encore un moyen sûr d’être protégé.
Quel est le moyen sûr d’être protégé ? C’est de se donner entièrement, au-dessus de la raison, au-dessus des sentiments : se donner tout entier au service de D.ieu. Et il faut toujours le savoir : dans le service de D.ieu, les choses sont très délicates. On ne sait pas exactement où se trouve notre Yetser Tov, ni où se trouve notre Yetser Hara.
Il arrive qu’on se persuade que la meilleure chose soit d’être triste, que la meilleure façon de servir D.ieu soit d’être attristé, angoissé. Voilà ce que le Yetser Hara cherche à nous vendre. Ce sont des choses très graves, et l’on ne mesure pas ce qu’elles produisent. Et le grand problème, c’est que parfois on croit que c’est la Kedoucha, que c’est le Yetser Tov qui parle à cent pour cent, sans être le moins du monde convaincu que c’est peut-être le Yetser Hara.
C’est ce que dit l’Admour Hazaken dans le Tanya, au chapitre vingt-sept — un chapitre immense. Il dit que lorsqu’un Juif travaille, ou étudie la Torah, ou accomplit une Mitsva, et qu’à ce moment-là lui vient l’envie de faire Techouva, le regret ; qu’il lui monte à la tête qu’il faut faire Techouva, qu’il faut être angoissé, qu’il faut être triste — on aurait pu croire que c’est là le plus haut niveau. Un homme assis à son bureau, occupé à son travail, ou marchant dans la rue, et voici qu’au milieu de tout cela lui vient l’angoisse de faire Techouva. Quelle chose admirable !
L’Admour Hazaken tranche clair et net : c’est le Yetser Hara qui le pousse à faire Techouva. Clair et net. Il n’entre pas dans le doute, il ne perd pas de temps, il ne dit pas « peut-être est-ce le Yetser Hara, il y a un doute ». Aucun doute. Il dit : c’est certain, c’est le Yetser Hara qui le pousse maintenant à faire Techouva.
Et pourquoi le Yetser Hara aurait-il intérêt à pousser un Juif vers la Techouva ? Parce que le Yetser Hara est un grand homme d’affaires. Il brasse beaucoup d’affaires, il sait où investir. Il investit d’abord : il prend un Juif, il le rend angoissé, il le rend triste, sachant très bien qu’ensuite — dans un an, dans deux ans, ou même avant — il pourra le décourager complètement. Il lui dira : « De toute façon, à quoi sers-tu ? Une faute ici, une faute là… Qu’es-tu donc ? Tu n’es rien du tout. » Et c’est ainsi qu’on décourage un homme du judaïsme tout entier.
L’épée cachée sous la redingote de soie
C’est pourquoi le Rabbi Rachab a dit un jour : il ne faut pas s’imaginer qu’Essav, le frère de Yaakov, qui est le symbole du mal et du Yetser Hara, ait été un brigand déclaré, l’épée à la main.
Le Rabbi Rachab a dit : Essav le méchant portait une redingote — et pas une simple redingote : une redingote de soie. En dessous, il portait un Gartel, la ceinture de prière. Et dans le Gartel, il y avait l’épée. Une épée cachée dans le Gartel. Voilà Essav le méchant.
Qu’a voulu dire le Rabbi Rachab ? Qu’on ne sait pas exactement où le Yetser Hara se manifeste. Il faut y prendre très, très garde. C’est ce que dit le Rabbi : un Rabbi, c’est quelqu’un qui dirige chacun d’entre nous pour lui dire exactement où chercher la vérité et comment y parvenir. Sans cela, à D.ieu ne plaise, on peut descendre cent mètres sous terre à la recherche du trésor et se décourager aux dix derniers centimètres. Alors qu’avec dix centimètres de plus, on aurait trouvé la plus grande richesse.
Il en va de même dans la façon dont chacun sert D.ieu. On commence à travailler sur soi-même, on commence, on commence encore, puis on ne voit pas de résultat et l’on se dit : « Voilà, tant pis pour moi. »
Or c’est justement ce que le Rabbi nous dit dans les Si’hot, dans les Ye’hidout : on y voit avec une clarté parfaite, avec une exactitude parfaite, quel est le chemin pour parvenir à servir D.ieu — celui-là même que le Rabbi nous enseigne et nous indique.
Le Chofar sonné un mois à l’avance
C’est pourquoi, dans le Likout que nous avons reçu pour Chabbat, le Rabbi parle longuement du thème de la Tsedaka. Le Rambam dit qu’il faut demander à D.ieu que, même là où l’on pourrait se croire méritant, même alors, D.ieu agisse en notre faveur et nous fasse la Tsedaka.
À ce propos, j’ai entendu une fois du Rabbi toute une longue Si’ha. Lorsque vient Roch Hachana et que nous sonnons le Chofar — « couronnez-Moi sur vous » —, nous établissons D.ieu comme Roi. Par quoi ? Par le Chofar.
Et voici que se présente le Satan, et que dit-il ? « Pourquoi, D.ieu, leur donnes-Tu le Chofar ? Pourquoi donner le Chofar au peuple juif ? Tu dis Toi-même que toute la vitalité d’Israël s’en va à la veille de Roch Hachana, et qu’il leur faut à présent une vitalité entièrement nouvelle. Or, s’il leur faut une vitalité nouvelle, par quel moyen ? Par le Chofar. Alors pourquoi le leur donner ? »
Et D.ieu répond au Satan : « Tu as raison. Mais regarde ce peuple : il a rendu un service, il a commencé à sonner le Chofar tout un mois à l’avance. Ce peuple a sonné le Chofar pendant tout le mois d’Elloul, avant Roch Hachana. Et puisqu’il a déjà sonné le Chofar un mois plus tôt, comment ne pas le lui donner ? »
Autrement dit — c’est ce que le Rabbi a expliqué — parce que le peuple juif fournit un effort à l’avance, là même où rien ne l’y oblige, car ce n’est encore ni Roch Hachana ni le moment obligatoire : parce qu’un Juif sonne le Chofar par anticipation, le jour du Yom Hadin, le jour de Roch Hachana venu, le Satan ne peut plus demander : « Pourquoi leur donner le Chofar qu’ils vont sonner ? » Puisque le peuple juif l’a déjà sonné pendant tout un mois, on est bien obligé de le lui donner.
Et c’est ce que dit le Rabbi : quand nous faisons la Tsedaka, quand nous aidons notre frère juif — Tsedaka matérielle, Tsedaka spirituelle —, mais surtout quand nous fournissons un effort, D.ieu aussi vient et fournit un effort. C’est le sens de la parole du Rambam : « À Toi la Tsedaka » — parce que nous faisons la Tsedaka, D.ieu la fait à Son tour avec nous. Le’haïm, le’haïm, le’haïm !
(Nigunim…)
Elloul, un mois qui ne ressemble à aucun autre
C’est ce dont parle le Rabbi, aussi bien dans la Si’ha et dans le Likout que nous avons reçus que dans les Si’hot précédentes : il faut savoir que le mois d’Elloul est un mois différent de tous les autres mois de l’année.
On ne dit pas à un Juif de cesser de travailler. On ne lui dit pas de renoncer à mener une vie tout à fait normale. On lui dit seulement — c’est tout le sens de la Si’ha du Rabbi — : voilà, tu as vingt-neuf jours pour te réfugier de tes habitudes et entrer dans le régime du mois d’Elloul.
Autrement dit, nous avons cette chance que D.ieu nous donne le mois d’Elloul. Et de plus en plus, on voit comment le Rabbi développe l’importance de ce mois. Il y a d’abord le Ma’amar de l’Admour Hazaken : « Le Roi est dans le champ. » Le Rabbi va encore plus loin : même ceux qui vivent tout à fait comme des paysans, même ceux qui sont au désert, ceux qui sont loin de tout, peuvent eux aussi recevoir D.ieu. Et d’une Si’ha à l’autre, à chaque Si’ha du mois d’Elloul, le Rabbi ajoute un détail, encore un détail, encore un détail, pour nous montrer l’importance de ce mois.
L’essentiel est donc de ne pas négliger le temps du mois d’Elloul. Chacun selon son temps. On ne demande à personne de cesser de travailler, on ne demande à personne de jeûner durant Elloul. Notre Minhag est de ne même pas dire les Seli’hot tout au long du mois, mais seulement durant la semaine des Seli’hot.
Alors, que demande-t-on à un Juif ? Réfugie-toi, sauve-toi dans le régime du mois d’Elloul. Et que faut-il faire durant Elloul ? Ajouter dans la Torah, dans la Tefila, dans la Tsedaka, en tout. La tradition a lu tant d’acronymes dans le nom même de ce mois. Mais surtout, parce qu’Elloul est un mois différent des autres : D.ieu est le plus proche de nous, il nous est plus facile de Le servir, plus facile de L’écouter, D.ieu est près de nous. Et dans ces conditions, chacun d’entre nous doit prendre de bonnes résolutions.
Cette année d’ailleurs — on le dit toujours dans le séminaire, c’est la meilleure des choses —, alors que parfois le séminaire s’achève avant le mois d’Elloul, celles qui peuvent encore rester profiteront des jours d’Elloul dans le séminaire. Et là, il est encore plus facile de percevoir en soi-même l’importance de ce mois.
La prière, ce terrain que le Yetser Hara convoite
Que voit-on dans le Choul’han Arou’h ? Qu’autrefois surtout, on portait durant Elloul une grande attention au thème de la prière. La prière, au sens le plus simple. On ne demande pas, à notre époque, de prier cinq ou dix heures par jour, ni d’avoir une longue prière. Mais au moins d’entendre, de rester à sa place et d’entendre ce que l’on est en train de dire à D.ieu. C’est ce que dit le Rambam : « multiplier les prières et les supplications », demander encore davantage dans la prière, et demander à D.ieu qu’Il nous fasse la Tsedaka. Nous ne le méritons pas, et que demandons-nous à D.ieu ? Qu’Il nous fasse la Tsedaka.
Mais si l’on prie durant Elloul comme on prie le reste de l’année — en bâclant la prière, en allant vite, sans penser à ce que l’on dit, dans une véritable foire —, alors on retombe, comme on l’a dit tout à l’heure, dans ce qu’il faut savoir : où se tient le Yetser Hara.
Le Yetser Hara n’a nul besoin de venir empêcher un Juif d’étudier la Torah toute la journée. C’est ici qu’il investit beaucoup. Le Yetser Hara vient trouver le Juif au moment de la prière et ne le laisse pas prier. Ensuite il se dit : « Puisque je ne l’ai pas laissé prier, j’aurai bien moins de mal, le reste de la journée, à me faire écouter de lui. » Tout commence là. Il y a tout le Ma’amar dit lors des mariages, où le Rabbi enseigne que tout dépend de la première pensée du matin : quand on se réveille, si la première pensée est tournée vers la Torah, il est plus facile de servir D.ieu toute la journée.
Il en va de même pour la prière. Ce n’est pas une question de quantité de temps : dans le même laps de temps, on peut prier vite ou prier bien. Mais quand on a prié comme il faut, la journée entière en est changée. Et quand, à D.ieu ne plaise, on a bâclé la prière — sans savoir à quelle page on en est, où l’on en est, répondant à un Kaddich ici, un « Barou’h » là, sans plus savoir ce qui se passe en nous —, alors le Yetser Hara a bien investi : il n’aura plus besoin d’investir le reste de la journée, il a déjà tout placé le matin.
C’est ce que dit le Rabbi : on peut avoir « ton frère, le fils de ta mère », tous ces degrés, mais si, à D.ieu ne plaise, on n’a pas la Messirout Nefech, le don total à D.ieu, on peut s’éloigner toujours davantage, jusqu’à « allons servir d’autres dieux ».
C’est là une Si’ha fondamentale du Rabbi : on ne peut compter ni sur la tête, ni sur les Midot. Nul ne peut se dire : « Ai-je vraiment besoin de la prière ? Je suis si fort dans le Nigoun, si fort dans la ‘Hassidout ; je peux me permettre de bâcler ma prière, je peux me permettre de consacrer ce temps à autre chose. »
À cela nous disons : non. Chaque Juif doit savoir que le moment de la prière est une chose très importante. Il faut apprendre du Rabbi ; il faut voir comment le Rabbi entre à la synagogue, comment il prie. Avec toute sa grandeur, on voit que la prière est pour lui quelque chose de sérieux : il ne prie pas par cœur, il a un Sidour ouvert devant lui, il prie. On peut donner mille explications sur les conduites du Rabbi — mais un Rabbi, on ne le comprendra jamais. On peut avancer mille raisons, jamais on ne comprendra un Rabbi.
Alors, que devons-nous voir, nous ? Nous devons voir comment le Rabbi fait, comment il prie. Il ne prie pas de mémoire, il ne prie pas en regardant à droite et à gauche : il entre et il prie comme on imaginerait que prie le plus simple des Juifs. Car telle est la loi du Choul’han Arou’h. La loi du Choul’han Arou’h, c’est la manière dont un Juif doit prier. Avec tous les mérites que l’on peut avoir — la ‘Ho’hma, les Midot, toutes les forces que l’on voudra —, il peut malgré tout arriver, à D.ieu ne plaise, qu’on en vienne à « allons servir d’autres dieux », qu’une sottise nous entre dans la tête. C’est ce que l’on voit dans la Paracha d’aujourd’hui, c’est ce que le Rabbi explique.
Il ne s’agit pas seulement de voir arriver chez toi une tante, un neveu, un fils ou une fille. Le Rabbi dit : cela veut dire, quand viendront à toi ton Sé’hel, tes Midot, tous ces degrés — si, à D.ieu ne plaise, on n’a pas le Kabbalat Ol, l’acceptation du joug divin, tout cela peut faire défaut en tout.
C’est pourquoi, durant le mois d’Elloul, chacun doit se familiariser avec les Ma’amarim de ce mois, surtout ceux du Rabbi, et voir exactement ce que le Rabbi demande de nous. Le’haïm, le’haïm !
(Nigunim…)
Le Rabbi Maharach et le Rav du village
Puisque c’est le soir de Chabbat, la coutume veut que l’on raconte une histoire de Tsadikim.
J’ai entendu une histoire de mon père, qui la tenait de vieux ‘Hassidim. J’ignore si elle a déjà été imprimée ou non, mais en tout cas c’est une histoire parfaitement exacte.
À l’époque du Rabbi Maharach — le quatrième Rabbi de Habad —, une petite localité eut besoin de nommer un nouveau Rav pour la ville. C’était un petit village, l’ancien Rav était parti, il fallut donc en nommer un nouveau.
Comme c’était une communauté de ‘Hassidim, l’usage voulait qu’on ne pût devenir le Rav de la ville sans être allé demander l’accord du Rabbi. Le candidat avait terminé ses études, il avait reçu la Semi’ha, l’ordination, tout ce qu’il fallait. Il briguait le poste. Il vint dans la ville, les gens le rencontrèrent, il fit très bonne impression. On l’accepta volontiers, mais on lui dit : « Pour notre part, nous sommes tout à fait d’accord. Mais il te faut à présent aller à Loubavitch, chez le Rabbi Maharach, et demander son accord à lui aussi. » Il accepta.
Il partit donc chez le Rabbi Maharach, et le Rabbi Maharach lui dit : « Je suis d’accord, à la condition que tel Rav, qui vit dans telle ville, le soit lui aussi. »
Or la ville nommée n’était pas une ville de ‘Hassidim, et le Rav cité par le Rabbi Maharach n’était pas un ‘Hassid non plus. C’était un Mitnagued, un opposant au hassidisme, un grand Rav d’une ville de Mitnagdim. Et le Rabbi Maharach lui dit : « Va chez untel, et s’il donne son accord, moi aussi je serai d’accord. »
Comme cet homme cherchait sa Parnassa, comme il avait besoin de ce poste pour vivre, il fit tout de même le voyage. S’il avait été plus avisé, il n’aurait pas eu besoin de se traîner jusque là-bas ; mais comme il ne l’était pas, il partit chez l’autre Rav.
Il arriva chez ce Rav, qui lui dit : « Je n’y comprends rien du tout. Je ne connais pas le Rabbi Maharach, je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu et il ne m’a jamais vu. » À cette époque, il était tout à fait possible que l’un ne connût pas l’autre : il n’y avait guère de moyens de voyager, ni beaucoup de courrier. « J’ai entendu parler du Rabbi Maharach, dit-il, mais je ne l’ai jamais vu, et je ne comprends pas du tout ce qu’il me veut. Je ne sais même pas qui est cette personne, et il faudrait que je donne mon accord ? Je ne vous connais pas. Je ne sais pas ce que le Rabbi Maharach attend de moi. » Et l’autre non plus ne se souvenait de rien.
Mais comme c’était le Rav d’une communauté, un homme qui avait un peu de crainte du Ciel, il se dit : « Si un Rabbi l’envoie chez moi, ce n’est certainement pas pour rien. » Bien que Mitnagued, il avait tout de même compris qu’il s’agissait d’un Rabbi.
Il ne pouvait cependant se fonder sur rien. D’un côté, un jeune homme vient lui demander un document : pourquoi le lui refuser ? Il fait très bonne impression. De l’autre, il y a la parole du Rabbi : pourquoi le Rabbi l’a-t-il envoyé chez lui ? Il n’y comprend rien.
Toute une semaine s’écoula ainsi. Chaque jour, le jeune homme revenait. Le Rav le mit à l’épreuve dans l’étude. Il vint le lendemain, se mit à étudier avec lui, à l’interroger : il savait tout. Pour un Rav, il connaissait le Yoré Déa, il connaissait tout, de part en part. Et la question n’en devenait que plus difficile à trancher : voici quelqu’un qui sait tout, pourquoi ne pas lui donner un document ? Mais il y a la parole du Rabbi : pourquoi l’a-t-il envoyé chez lui ? Il n’y comprend rien. Cela dura toute une semaine.
Puis, un jour, le Rav se dit : « Ce n’est pas normal. Cet homme sait étudier, c’est a priori un homme de valeur. Alors pourquoi le Rabbi me l’a-t-il envoyé ? » Et il se dit : « Il faut que je remonte un peu le temps. Il faut que je voie ce qui s’est passé il y a vingt ans, il y a trente ans, il y a vingt-cinq ans. » Il n’avait pas de mémoires écrites, mais il se mit à réfléchir à ce qui s’était passé dix, quinze, treize ans plus tôt. Peut-être y avait-il quelque chose ?
Et il se souvint d’une histoire. Ce Rav-là se souvint d’une histoire. Laquelle ?
Il se souvint qu’avant d’être Rav dans la ville où le Rabbi Maharach l’avait envoyé chercher, il avait d’abord été Rav dans une petite localité. Un jour, on lui proposa — c’était l’habitude en Russie, en Pologne : les rabbins commençaient dans de petits villages, et après dix, quinze, vingt ans, si une place se libérait dans une ville plus importante, on venait la leur proposer. Il était alors Rav dans un village voisin, et des gens d’une ville plus importante vinrent lui proposer la place.
Or ce Rav était très pieux. Il avait pour habitude, lorsqu’il voyageait en voiture, de ne jamais laisser monter personne. Il ne voulait pas — peut-être devrait-il faire monter une femme… Il ne voulait pas. C’était un homme très pieux, il ne voulait pas que des gens montent avec lui. Car à l’époque, en Russie, celui qui prenait une voiture, comme un taxi, et croisait en chemin des gens qui voulaient monter — pourquoi pas ? Pourquoi ne pas leur rendre service ? Mais ce Rav ne voulait pas de compagnie. Il disait : « Puisque je prends une voiture, je voyage seul, je n’ai pas besoin que celui-ci ou celui-là monte. Personne. Moi seul. » Aussi payait-il la voiture bien plus cher, pour être certain d’être seul.
Il partit donc du petit village vers la grande ville. En chemin — c’était l’hiver —, il aperçut un jeune soldat qui grelottait de froid. Le soldat demanda au cocher de le laisser monter. Le cocher dit : « Moi, je n’ai rien à dire. Cette personne, ce rabbin, m’a loué pour lui seul. » On demanda alors au Rav. Le Rav ne pouvait rien dire : allait-il laisser un soldat au bord de la route ? Il dit : « Qu’il monte. » Et le soldat monta.
Un peu plus loin, après un ou deux kilomètres : un deuxième soldat. On demanda de nouveau au cocher, qui dit : « Moi, je ne peux rien dire, c’est au rabbin qu’il faut demander. » On demanda au Rav ; le Rav voit un second soldat : va-t-il se montrer méchant ? Il dit : « Qu’il monte. »
Mais voici l’histoire : ce n’était pas deux soldats. Le premier était un soldat, mais le second était une jeune femme. C’étaient des gens qui avaient voulu, absolument, nuire au Rav. Je ne sais pas — des gens du village, sans doute, qui savaient que le Rav allait voyager ce jour-là, qui savaient qu’il ne voulait ni femmes ni hommes dans sa voiture, et qui s’étaient exprès déguisés : l’un en garçon, l’autre en fille, exprès, pour lui faire du tort.
Et le Rav, quand il s’en aperçut, descendit et fit le reste du chemin à pied. Il laissa la voiture poursuivre et marcha à pied jusqu’à sa ville.
Le Rav se souvint donc de cette histoire. Une histoire de rien du tout, mais une histoire qu’il gardait en mémoire. Et il commença à se dire : « Et si ce jeune soldat était ce Rav-là ? Celui qui vient me demander le document ? » Sinon, il ne se serait souvenu d’aucune histoire. Il se dit : « Peut-être ce jeune soldat déguisé, celui qui m’a fait du tort, est-il ce Rav ? On ne peut pas savoir ; peut-être, quand il était jeune… je ne sais pas. »
Voilà à quoi il pensa cette nuit-là. Le lendemain matin, le jeune homme vint chez lui pour demander le document. Le Rav se mit à le regarder, et il commença à reconnaître que c’était bien lui. C’était lui.
Et alors, il ne raconta pas toute l’histoire, il ne dit rien. Il dit seulement : « Je ne vous donne pas de document. »
Ce Rav devint par la suite l’un des plus grands ‘Hassidim. Car il avait vu combien le Roua’h Hakodech du Rabbi Maharach était pleinement ouvert : le Rabbi ne le connaissait pas, ne connaissait pas ce Rav, ignorait tout de cette histoire que lui-même n’avait jamais racontée — et pourtant, lorsque cet homme s’était présenté chez le Rabbi Maharach, le Rabbi avait vu qu’il ne méritait pas d’occuper un poste de Rav. C’était quelqu’un qui n’était pas du tout pieux. Savoir étudier ne fait pas un homme pieux. C’était quelqu’un qui n’était pas comme il fallait.
Sinon, même s’il n’avait pas été si bien par le passé, le Rabbi Maharach ne l’aurait pas envoyé demander l’accord de ce Rav-là. Mais le Rabbi Maharach avait vu qu’il ne méritait pas cette place, et que maintenant encore c’était quelqu’un de pas bien.
Et le Rabbi Maharach ne voulut pas le vexer. Il ne voulut pas lui dire : « On ne vous donne pas de document, je ne suis pas d’accord », car l’autre aurait demandé : « Pourquoi n’êtes-vous pas d’accord ? » Il l’envoya donc chez un Rav Mitnagued, et ce Rav-là découvrit la vérité. Lui ne pouvait pas savoir ; mais c’était le Roua’h Hakodech du Rabbi Maharach : pour lui, tout était clair. Rien n’était caché. Il voyait un homme et savait ce qu’il en était de lui depuis sa naissance jusqu’à ce jour. C’est pourquoi il connaissait l’histoire survenue avec tel Rav, et c’est pourquoi il l’envoya chez lui : pour que cet autre Rav voie si l’homme méritait ou non d’occuper la place d’une communauté.
Voilà ce que nous enseigne cette histoire, comme tant d’autres histoires : devant un Rabbi, on ne peut pas raconter d’histoires. Un Rabbi sait exactement tout. Quand on fait Techouva, il le sait ; et quand on ne fait pas Techouva, il le sait aussi.
Et puisque nous voici au jour où l’on se prépare à monter chez le Rabbi, il faut y venir de telle sorte que tout ce qui, durant l’année, n’a pas été comme il fallait — et chacun a certainement de ces choses-là — soit réparé. Nous avons tout un mois pour tout réparer. Le’haïm, le’haïm !
(Nigunim…)
Ce que l’on ne peut pas cacher au Rabbi
Pour comprendre comment un Rabbi peut savoir tout ce qui se passe d’un bout du monde à l’autre : c’est ce qui est écrit dans le Midrach. D.ieu créa la lumière le premier jour, puis la dissimula pour les Tsadikim. Et les Tsadikim, les Rabbanim, peuvent voir d’un bout du monde à l’autre ; rien ne fait écran, ni un mur, ni un fleuve, rien du tout : ils voient d’un bout du monde à l’autre.
Je vais raconter une histoire. Il y a une fois — je ne me souviens plus exactement, cela doit remonter à une quinzaine d’années —, quelqu’un à Paris est venu me voir. C’était à cinq heures du matin. Il fallait appeler le Rabbi, car son fils, malheureusement — un garçon de seize ou dix-sept ans — avait été blessé par quelqu’un et se trouvait dans le coma.
Ils sont venus chez moi, à la maison — des gens que je connaissais —, pour qu’on appelle le Rabbi directement. À l’époque, on pouvait appeler le secrétariat, et le Rabbi était sur la ligne, et l’on pouvait transmettre un message. Il fallait attendre des heures et des heures, mais on parvenait tout de même à joindre le Rabbi.
Le secrétariat était sur la ligne, et je dis qu’il y a ici telle famille, et que le père, dans tous ses états, apprend que son fils de dix-sept ans a malheureusement été blessé par quelqu’un.
Je raconte au Rabbi l’histoire telle que le père me la rapporte : c’était le gardien du centre communautaire qui l’avait frappé à la tête avec un bâton. Ainsi le père l’avait-il raconté : on avait retrouvé le garçon à côté du centre communautaire, et l’on disait que c’était le gardien qui l’avait frappé, croyant qu’il était venu voler. Telle était l’histoire qu’on m’avait dite, et telle je la répétai devant le père, au Rabbi.
Le secrétariat parlait au téléphone, et le Rabbi était sur la seconde ligne. Le Rabbi dit : « Ce n’est pas exact. Cette histoire n’est pas exacte. »
Je dis alors au père que le Rabbi affirme que cette histoire n’est pas vraie. Et je lui dis : s’il existe une autre version, il faut le dire. Mais le père ne connaît aucune autre version. La police l’avait établi ainsi : le garçon avait été retrouvé à côté du centre communautaire, et c’était le gardien qui l’avait frappé à la tête avec un bâton, avec un morceau de fer.
Et le Rabbi répète encore une fois la même chose : ce n’est pas exact. Que dire une troisième fois ? Le Rabbi dit non, nous n’allons pas dire oui.
Un mois plus tard, je revis le père. Je voulais simplement savoir. Quelques semaines après, je lui demandai : « Mais quelle était la vérité ? » Pour moi, c’était déjà évident : si le Rabbi dit non, c’est non. Mais je voulais savoir : avez-vous à présent la vérité ?
Il me dit : « Certainement. Deux semaines plus tard, on a découvert toute l’histoire. Ce n’était ni un gardien ni un vol : c’était une tout autre histoire. On a découvert exactement qui l’avait frappé à la tête avec un morceau de fer. » C’était un ami à lui, qui avait voulu se venger de lui. Une tout autre histoire.
Autrement dit, on le voit clairement. Ce n’est pas une histoire que quelqu’un rapporte et dont on pourrait dire ce que l’on veut : j’ai vu clairement que lorsqu’on a dit une chose au Rabbi, le Rabbi a répondu : « Non. Vous ne pouvez pas me dire une chose qui n’est pas vraie. » Et la vérité était tout autre.
Et l’on voit encore autre chose. Une autre fois, je suis entré chez le Rabbi en Ye’hidout, en audience privée. Une certaine famille m’avait demandé, quand je serais chez le Rabbi, d’intercéder pour elle et de demander une certaine bénédiction. C’était une famille à laquelle le Rabbi avait auparavant adressé toute une lettre.
Je suis entré chez le Rabbi et j’ai dit que cette famille demandait comment il se faisait que la promesse contenue dans la lettre ne se fût pas encore réalisée.
Je me souviens que le Rabbi s’est presque levé de sa place ; son regard a changé, et il m’a dit : « Ils ne font pas ce que j’ai demandé dans la lettre. »
Je ne voulais rien dire, car avant mon départ de Paris, j’avais bien demandé à cette famille : « Faites-vous ce que le Rabbi a demandé dans la lettre ? » Ils m’avaient répondu : « Oui. » Mais le Rabbi me dit : « Non, ils ne le font pas. Ils ne font pas ce qui est écrit dans la lettre. » Et il ajouta : « Fais-moi entrer de nouveau le nom. »
De retour à Paris, j’interroge ces gens. Sans révéler ce que le Rabbi m’avait dit, je leur demande : « Faites-vous, oui ou non, ce que le Rabbi a demandé ? » Ils me répondent : « Comment cela, nous ne le ferions pas ? Le Rabbi l’a dit, bien sûr que nous le faisons. » Alors je leur dis : « Mais le Rabbi m’a dit le contraire : que vous ne faites pas ce qu’il a demandé dans la lettre. » Et ils finirent par dire : « On voit bien qu’avec lui, on ne peut pas raconter d’histoires. »
Des histoires de cette sorte, il y en a des dizaines et des dizaines. On voit clairement — et surtout quand on en est soi-même le témoin — que rien n’est caché devant les yeux du Rabbi. Il n’y a pas de chose qu’il saurait ou ne saurait pas. Même lorsqu’on croit pouvoir lui dire quelque chose, on ne le peut pas : la vérité est devant lui, il connaît la vérité. C’est la lumière cachée, la lumière du premier jour, que D.ieu a remise aux Tsadikim. Aussi voient-ils d’un bout du monde à l’autre, directement. Parfois ils le disent, parfois ils ne le disent pas. Pourquoi le disent-ils parfois ? Cela relève du Rabbi. Dans le cas de ce jeune blessé, quelle importance de savoir si c’était le gardien du centre communautaire ou un ami à lui ? Cela n’avait aucune importance pratique. Mais le Rabbi a voulu montrer où est la vérité.
Une fois, deux fois, nous n’avons rien pu lui cacher. Il y avait le père, il y avait un oncle ; nous n’avons rien pu dire, nous n’avons pas pu présenter une autre version. Le Rabbi a dit : « C’est une version qui n’est pas exacte. »
Et plus on voit, plus on reconnaît, plus on comprend, mieux l’on sait que le Rabbi voit d’un bout du monde à l’autre. Et il ne se contente pas de voir : le Rabbi est capable de changer la nature, de changer bien des choses que nous croyions immuables. J’ai entendu de mon beau-père une parole qu’il a dite un jour : le Baal Chem Tov posa un jour la main sur son front et dit : « Ce front-là gouverne dans le monde supérieur et dans le monde inférieur. » Et cela ne vaut pas seulement pour le Baal Chem Tov, mais pour tous les Tsadikim.
Simplement, comme le dit la Guemara : « Le Tsadik décrète, et le Saint béni soit-Il accomplit. » Mais il faut — c’est ce que l’on dit — « à Toi la Tsedaka » : il faut faire la Tsedaka, il faut demander à D.ieu de mériter que le Rabbi se conduise envers nous avec Tsedaka. Même si, normalement, nous avons la Torah et les Mitsvot et que nous serions en droit de nous croire méritants, le Rambam dit qu’il nous faut encore la Tsedaka par surcroît, qu’il nous faut demander à D.ieu d’entrer dans cette catégorie.
Il en va de même ici : on peut étudier la ‘Hassidout, on peut la comprendre, on peut aller voir le Rabbi ; mais comprendre un Rabbi, c’est voir clairement qu’on ne peut rien lui raconter. Certains disent qu’on peut raconter une histoire au Rabbi, qu’on peut lui dire ceci ou cela — « si on lui avait dit telle version, il aurait répondu de telle manière ; s’il a répondu ainsi, c’est parce qu’on ne lui a pas dit telle version ». Il n’en est rien. Chez le Rabbi, il n’y a pas de « versions ». Le Rabbi voit d’un bout du monde à l’autre. Ce sont là deux histoires que j’ai racontées, mais il y en a des dizaines et des dizaines où j’ai vu clairement, à plusieurs reprises, que lorsque le Rabbi dit un mot, c’est ainsi ; et l’on aurait beau lui présenter trente-six versions contraires, rien ne bouge de la réalité.
Et c’est ce que nous devons demander à D.ieu : être attachés au Rabbi, et que le Rabbi se conduise envers nous avec tous les moyens dont il dispose. Le’haïm, le’haïm !
(Chant hassidique en chœur : « Abba amar… Aï la-la-laï… »)
Ani ledodi vedodi li : le Ma’amar prononcé en yiddish
Il est écrit dans le verset : Ani ledodi vedodi li — « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi. » Les initiales de ces mots forment une allusion au mois d’Elloul, car elles correspondent aux quarante jours qui vont de Roch Hodech Elloul à Yom Kippour, jour de l’achèvement de la Techouva et de l’achèvement du pardon.
Un autre verset dit, dans l’ordre inverse : Dodi li vaani lo — « Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui. » Cet ordre-là correspond au service qui va d’en haut vers le bas : c’est l’éveil d’En haut qui suscite l’éveil d’en bas. Tandis que les initiales de Ani ledodi vedodi li correspondent au service qui va d’en bas vers le haut : c’est l’éveil d’en bas qui fait surgir l’éveil d’En haut. Et le service du mois d’Elloul est précisément le service qui va d’en bas vers le haut : Ani ledodi vedodi li.
Le verset se poursuit : Haroé bachochanim — « celui qui fait paître parmi les roses. » « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi, celui qui fait paître parmi les roses. »
Or voici une difficulté. Haroé bachochanim relève de l’éveil d’En haut ; comment cet éveil d’En haut peut-il s’inscrire dans Ani ledodi vedodi li, qui est le service allant d’en bas vers le haut, et pourquoi le précède-t-il ?
La réponse est que, même lorsqu’on parle du service accompli d’en bas — Ani ledodi vedodi li —, il faut encore recevoir l’aide du Ciel : il faut une force venue d’En haut pour que l’homme puisse seulement accomplir son propre travail. Voilà pourquoi Haroé bachochanim — l’éveil d’En haut — précède Ani ledodi vedodi li : c’est cette force préalable qui rend possible tout le service.
Et le sens de Chochana, la rose, reçoit deux explications.
Selon la première, Haroé bachochanim renvoie aux treize attributs de miséricorde. Voilà une première lecture, et elle se rapporte au thème de la Tefila. Selon la seconde, la rose renvoie aux treize règles par lesquelles la Torah est interprétée : c’est le thème de la Torah. Aussi dit-on : pour que se réalise Ani ledodi vedodi li, il faut ces deux services à la fois, celui de la Torah et celui de la Tefila. Et l’un et l’autre — Torah et Tefila — sont liés au mois d’Elloul, précédés par le thème de Haroé bachochanim.
Pour mieux saisir la chose et la différence entre Torah et Tefila : quelle est cette différence ?
La Torah va d’en haut vers le bas. La Tefila va d’en bas vers le haut.
La Torah, c’est le don de la Torah venu d’En haut, tel qu’il fut lors de la descente de la Parole au mont Sinaï, lorsque le Maître du monde dit : « Je suis l’Éternel ton D.ieu. » La Torah, c’est le Matan Torah, le don d’En haut. Bien que les enfants d’Israël, en Égypte, fussent plongés dans les quarante-neuf portes de l’impureté, et bien qu’ils eussent accompli le service du compte du Omer en comptant quarante-neuf jours, il demeurait qu’un Juif ne pouvait, par son seul travail, atteindre la cinquantième porte. Cela ne pouvait leur venir que d’En haut — et c’est ce qui advint au mont Sinaï, lorsque le Rabbi, pour ainsi dire, dit : « Je suis. » La Torah, c’est donc un don venu d’En haut, un don que l’homme ne saurait obtenir par son propre labeur : c’est le mouvement d’en haut vers le bas.
Et c’est justement pour cela que la force de la Torah, lorsqu’elle descend dans les domaines matériels, jusque dans les plaisirs et dans l’illusion, demeure la Torah : elle reste elle-même, et elle opère l’annulation par essence, qui est plus haute que l’annulation de l’ego.
Il en va comme de la manne, le pain venu du ciel. Lorsque les enfants d’Israël mangeaient ce pain venu du ciel, il devenait certes sang et chair, mais il ne laissait aucun résidu — car telle la manne était en haut, telle elle était donnée en bas. Ainsi la Torah : même lorsqu’elle descend tout en bas, elle demeure ce qu’elle est. Même lorsqu’elle entre dans tous les domaines matériels, elle reste la Torah, avec toute sa force et toutes ses dimensions, et c’est elle qui produit l’annulation par essence. Voilà le thème de la Torah.
La Tefila, en revanche, c’est : « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu de tout ton cœur. » Le thème de la Tefila exige un labeur, comme un service qu’on accomplit ; de même qu’il faut travailler la terre et retourner le champ, ainsi en va-t-il de la Tefila, qui est le service allant d’en bas vers le haut.
Or, aussi haut que soit le degré auquel la Tefila permet de s’élever, le plus haut degré qu’on puisse atteindre par la prière reste l’annulation de l’ego, et non l’annulation par essence, non l’annulation de sa propre réalité. La Tefila, service allant d’en bas vers le haut, exige qu’on travaille par soi-même, ce qui est le thème de la demeure dans les mondes inférieurs ; et son degré le plus élevé demeure l’annulation de sa réalité — annulation véritable au regard des autres degrés, mais qui, comparée à la Torah, reste de l’ordre de l’annulation de l’ego, et non de l’annulation par essence.
Le thème de la Torah, lui, est celui de l’annulation par essence, dans tous ses domaines : car la Torah procède du don de la Torah venu d’En haut, et c’est là le mouvement d’en haut vers le bas. Le’haïm, le’haïm !
(Nigunim…)
Une lettre dans la Torah, une place dans la Torah
Depuis une année — je ne me souviens plus laquelle —, le Rabbi a rappelé une fois encore ce qui était déjà connu : chacun doit avoir une lettre dans un Sefer Torah. C’est une Mitsva connue, et lorsqu’un enfant naît, on s’empresse de lui acheter une lettre dans la Torah. Le Rabbi précédent enseigne, dans un Ma’amar, que cela aide dans tous les domaines du service de D.ieu.
Mais tout cela relève encore des vertus spirituelles, de la Segoula : avoir une lettre dans un Sefer Torah est une Segoula, une chose très importante. La chose la plus importante, cependant, c’est de se retrouver soi-même dans la Torah.
Voilà l’essentiel. Quand on reçoit un Likout du Rabbi, quand on reçoit une Si’ha, quand on étudie un Ma’amar de ‘Hassidout, puis un deuxième Ma’amar, la chose la plus importante — et le moment où la ‘Hassidout peut agir, où l’on peut vraiment sortir de cet exil comme le Rabbi le demande —, c’est lorsqu’on se retrouve dans la Si’ha. On reçoit un Likout et l’on se dit : voilà, le Rabbi parle de moi. Voilà, dans tel Ma’amar, c’est exactement ce que je cherche. Voilà, de telle erreur, je peux tirer un enseignement. Quand on prend la chose pour soi, quand on a sa lettre dans la Torah, alors tout est différent.
Mais quand on étudie une Si’ha, un Likout, sans même envisager que cela nous concerne, on se dit : « Elloul ? Ce n’est pas de moi qu’il s’agit ; si l’on en parle, cela ne me concerne pas. »
C’est justement ce que l’on dit à un Juif : tu as une lettre dans la Torah, donc toi, tu te trouves dans la Torah.
Et cela doit être tout notre travail, surtout à l’entrée du mois d’Elloul, le jour de Roch Hodech, jour de fête, jour si grand où l’on commence à sonner le Chofar. C’est un jour si important — et chaque jour du mois d’Elloul est important, mais plus encore le jour de Roch Hodech Elloul.
C’est pourquoi chacun doit prendre la décision de se retrouver dans un Ma’amar, dans un Likout. Quand il étudie un Ma’amar ou un Likout de Torah, qu’il voie comment l’Admour Hazaken parle pour lui ; quand il étudie le Ma’amar d’un autre Rabbi, qu’il voie en quoi cela s’adresse à lui. Même si le Ma’amar tout entier ne le concerne pas, qu’il en retienne au moins une ligne ou deux : c’est déjà une chose très importante.
Et lorsqu’on se trouve dans une période plus calme, dans un séminaire, dans un lieu où l’on est plus reposé, où l’on a l’esprit plus tranquille pour étudier la Torah et accomplir des Mitsvot, que chacun fasse un petit ajout, une Hossafa, puisque le Rabbi a demandé d’ajouter dans tous les domaines. Et surtout, qu’il ait le Kabbalat Ol : ne pas entrer dans le Sé’hel, ne pas entrer dans les Midot, ne pas se demander si l’on a déjà tout compris ou pas tout à fait. Il faut se soumettre entièrement à ce que le Rabbi demande de nous. Et quand nous nous soumettrons entièrement à ce que le Rabbi demande de nous, nous serons sûrs et certains d’être dans le même train que le Rabbi, celui qui nous emmènera tous ensemble, très prochainement, en Eretz Israël.
(Nigunim…)
La tristesse n’a pas sa place dans les quatre coudées du Rabbi
J’ai entendu de vieux ‘Hassidim qu’il est des choses que le Rabbi ne peut supporter — des choses qu’il a dites à plusieurs reprises. L’une d’elles entrave le service de D.ieu ; et non seulement elle l’entrave, mais elle freine toute progression dans ce service. Cette chose, c’est la tristesse.
La tristesse. Un ‘Hassid n’est pas triste de ce qui lui manque matériellement. De quoi un ‘Hassid peut-il être triste ? De ce qui lui manque encore en connaissance de la Torah, du ‘Hayout, de l’enthousiasme qui lui fait encore défaut dans une Mitsva. Telle est l’angoisse propre à un ‘Hassid.
Et même cette tristesse-là, le Rabbi ne veut pas que des Juifs l’éprouvent.
Je sais qu’un ‘Hassid m’a raconté qu’il était entré une fois chez le Rabbi en Ye’hidout — un vieux ‘Hassid —, et le Rabbi lui avait dit : « Les gens tristes, les gens amers, les gens angoissés ne se trouvent pas dans mes quatre coudées. » Le Rabbi a dit : « On ne peut pas se trouver dans mes quatre coudées. »
Pourquoi ? Parce que la tristesse et l’angoisse sont exactement le contraire du Rabbi. Le Rabbi, c’est le thème de la Sim’ha, de la joie, c’est le thème de la lumière. Le Rabbi nous aide, nous éclaire, nous guide, nous donne des forces, change la nature ; bien des choses, c’est le Rabbi qui les accomplit. Mais celui qui est triste, qui ne manifeste pas de joie, qui n’est pas dans la Sim’ha — voilà une chose dont le Rabbi a dit : « On ne se trouve pas dans mes quatre coudées. La mélancolie n’est pas dans mes quatre coudées. »
C’est pourquoi le Rabbi demande, lorsque vient un anniversaire — ce jour si grand dont il parle dans la Si’ha —, d’organiser un Farbrenguen, de se réunir en famille et entre amis, de dire Le’haïm ensemble et de remercier D.ieu pour tout, car il faut Le remercier.
Et le Rabbi veut que la Sim’ha de ce jour d’anniversaire ne dure pas seulement quelques jours, ni quelques semaines, ni quelques mois : il veut qu’on vive de cette joie jusqu’à l’anniversaire suivant.
C’est pourquoi chacun, en fêtant son anniversaire, doit toujours savoir ce que le Rabbi demande de nous. Le Rabbi ne veut ni des ‘Hassidim angoissés, ni des ‘Hassidim tristes, ni des ‘Hassidim qui réfléchissent mille fois. Il l’a dit à plusieurs reprises : toutes ces réflexions ne servent à rien. Ce qu’il nous faut, c’est que l’action soit l’essentiel. Et l’action, c’est ce que chacun peut apporter : le Rabbi dit que chacun est un monde entier, que chacun peut accomplir des choses immenses, et que chacun peut délivrer D.ieu et le peuple juif de l’exil.
Voilà donc notre devoir : quand vient le mois d’Elloul, se renforcer davantage dans les Mivtsaïm, se renforcer davantage dans l’étude de la Torah — et tout cela doit se faire dans la Sim’ha. Non pas simplement une joie de surface, mais une Sim’ha profonde. Pas seulement une joie extérieure, mais une joie intérieure. Une joie très profonde : « Heureux sommes-nous, combien bonne est notre part » — car nous savons que nous vivons dans une génération où le Rabbi est notre Rabbi, et que nous sortons de l’exil très prochainement, pour aller tous fêter nos anniversaires en Eretz Israël, le Rabbi à notre tête.
(Nigunim…)















