C’est lors de ma seconde année à l’Université de British Columbia que j’ai commencé à observer sérieusement le Chabbat.

Au début de l’année, je ne me présentai pas aux cours Roch Hachana et Yom Kippour : l’année universitaire venait de commencer et je n’apparaissais pas en classe ! Ce fut dur mais je ne peux pas vraiment appeler cela une épreuve. Ce n’est pas que je me sois forcé mais je ne pouvais tout simplement pas y aller.

Toute l’année, je progressais dans mon observance du Chabbat mais, pour moi, tout allait de soi sans que cela me demande vraiment des efforts. Jusqu’à la fin de l’année et là…

Tôt le matin. Mais je ne suis pas dans mon lit, je travaille mes notes. Je regarde la montre et là : le choc ! J’avais passé toute la nuit à préparer l’examen le plus important, au coefficient le plus élevé mais, même si je sortais immédiatement de ma chambre, je serais en retard !

J’enfile mes chaussures sans même prendre la peine d’attacher les lacets – il est tard – et je me dirige vers la porte.

Là, je m’arrête.

Une petite voix à l’intérieur de moi : «Et qu’en est-il de la routine ?»

Durant l’année, j’avais pris sur moi une nouvelle routine : attacher des boîtiers en cuir contenant des parchemins avec des lanières noires autour de mon bras gauche et ma tête, ce qu’on appelle des Téfilines, des objets avec lesquels les Juifs prient chaque matin. Puis je passais environ une heure à déchiffrer des prières en hébreu en essayant de me concentrer – approximativement – sur le sens des mots avant de me rendre à vélo aux cours.

Mais il y a un animal à l’intérieur de moi, celui qui contrôle mes bras, mes jambes, mon cœur et mes entrailles et, assez souvent aussi, mon cerveau. Il rugissait – comme s’il était le patron : « Oublie tout cela ! Juste ce matin ! Tu le feras plus tard, dépêche-toi, il est tard !»

Mais le rebelle en moi manifesta son opposition : «Freeman ! Tu as des principes, oui ou non ? C’est toi qui décides !»

Des principes ? C’est là le problème : qui suis-je vraiment ?

Je me lave les mains ; je lie les lanières sur mon bras et ma tête ; je bredouille les mots en hébreu aussi vite que possible…

– Voyons ! Si déjà tu fais quelque chose, fais-le correctement !

Alors je m’applique, je déchiffre chaque mot, j’oblige chaque neurone de mon cerveau à se concentrer sur ce que je marmonne. Bon, peut-être pas une heure cette fois-ci, peut-être quarante minutes ou même juste une demi-heure… Une demi-heure qui me semble durer une éternité…

Ok, terminé, dénouer les lanières, ranger les boîtiers, dévaler toute la rue jusqu’à la 41ème Avenue et faire du stop : c’est une superbe voiture de sport qui s’arrête et m’embarque ; à peine je referme la porte et la voiture part en vrombissant à toute allure : «Si cette dame était si pressée, pourquoi s’est-elle arrêtée pour m’emmener ?». La question est pertinente, avouez-le. Elle ne prononce pas un mot. Une telle course aurait dû durer au moins quinze minutes mais, en cinq minutes à peine, elle me dépose sur le parking de l’université. Tout à fait à l’autre bout de la salle de cours.

Il fait beau, on est au mois de mai et je prie mentalement : « Si déjà Tu fais des miracles, ne pourrais-tu pas continuer ?»

– Hé président !

C’est Rodney, le vice-président de l’orchestre dont je suis le président.

– Rodney ! Je dois me rendre tout de suite au département Humanités 204 !

Rodney ne possède pas de voiture de sport. Mais il adore rouler sur les trottoirs avec sa petite voiture qui a connu des jours meilleurs, en essayant de ne blesser personne.

– Hé, Rodney ! C’est écrit : «Personnel autorisé uniquement» !

– Oui mais tu es le président ! Et moi le vice-président ! Peut-on être plus «autorisé» que cela ?

Une minute plus tard, je suis arrivé devant les Humanités 204. Il est dix heures. L’examen était prévu à 8 heures 30. C’est perdu. A quoi ont servi tous ces miracles ?

J’entre en classe, je n’ai plus rien à perdre. Les étudiants sont debout, assis, bavardent… Pas de professeur à l’horizon.

– Alors, l’examen est déjà fini ?

– Si c’était fini, pourquoi serions-nous restés ici ?

– Je ne comprends pas…

C’est alors que le professeur entre en classe, tout penaud…

– Je suis un peu en retard ce matin. Quiconque veut rester pour l’examen est le bienvenu. Mais si vous préférez revenir une autre fois, je le comprends parfaitement ! A vous de choisir !

J’ai eu la meilleure note de la classe.

Depuis quand a-t-on jamais entendu un professeur se lever tard un jour d’examen ? La dame dans la voiture de sport avait dû quitter sa maison bien avant que je n’imagine faire de l’auto-stop. Et Rodney qui n’hésite pas à enfreindre toutes les règles du campus pour me faire arriver plus vite. Et le professeur qui a décidé de boire plus qu’il n’est permis la veille de l’examen afin qu’il ait du mal à se lever le matin… Cela fait beaucoup de coïncidences et tout ce que j’ai compris de cela, c’est qu’il existe certainement un Grand Coordinateur de tout ce système.

Avancez plus loin que vos limites et Celui qui est en Haut saura briser toutes les limites. Pour vous. Vous faites bien plus qu’assister à des miracles. Vous les créez vous-même !

Tzvi Freeman – www.chabad.org

Traduit par Feiga Lubecki

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