Le tremblement de terre de magnitude 7,4 qui a frappé la Colombie le 10 août a laissé le Beth Habad de Salento dans un état de dévastation avancée. Le Rav Shmuel Friedman, Chalia’h dans cette petite ville de la région du café, et sa famille sont sortis indemnes de la catastrophe. Ce centre est devenu, au fil des ans, l’adresse incontournable des voyageurs israéliens en Amérique du Sud.

 

 

Colombie — WikipédiaIl était 7 h 34 du matin, ce lundi 10 août 2026, lorsque la terre s’est mise à trembler dans l’ouest de la Colombie. Pendant une douzaine de secondes interminables, une secousse de magnitude 7,4 a traversé le pays de part en part, ressentie jusqu’en Équateur et au Panama. L’épicentre se situait dans le département du Chocó, à une centaine de kilomètres de profondeur, mais c’est tout l’axe caféier colombien — cette région montagneuse, verdoyante et densément peuplée qui fait battre le cœur économique du pays — qui a encaissé le choc de plein fouet.

À quelque 200 kilomètres à l’ouest de Bogota, dans le département du Quindío, la petite ville de Salento n’a pas été épargnée. Et parmi les bâtiments frappés figure une maison que connaissent des milliers de routards juifs et israéliens : le Beth Habad local, dirigé par le Rav Shmuel Friedman.

Le séisme le plus puissant enregistré en Colombie depuis un siècle

Les bilans successifs ont dressé le portrait d’une catastrophe d’ampleur nationale. Selon les décomptes les plus récents, au moins 265 personnes ont péri, plus de 3 700 ont été blessées et des milliers d’autres demeurent portées disparues. Les villes de Pereira et de Cali concentrent l’essentiel des victimes. Le Service géologique colombien a qualifié l’événement de plus important jamais enregistré dans le pays depuis le début des relevés modernes, au début des années 1920.

Près d’une centaine de répliques ont été comptabilisées dans les heures qui ont suivi. Les Nations unies évaluent à environ 5 000 le nombre d’habitations endommagées, tandis que des dizaines d’immeubles se sont effondrés, ensevelissant leurs occupants. Le président Abelardo de la Espriella, investi trois jours seulement avant la catastrophe, a décrété l’état d’urgence national et annoncé des mesures de soulagement économique pour la région caféière de Risaralda. Dans les rues de Pereira, plus de cinq cents secouristes et bénévoles ont creusé les décombres à mains nues, faute d’équipements suffisants.

La région n’en est pas à sa première épreuve : le Quindío et ses environs avaient déjà été dévastés en 1999 par un séisme qui avait fait près de 1 200 morts, un traumatisme resté vif dans la mémoire collective des habitants.

Une maison ouverte devenue chantier

Le Beth Habad de Salento a subi des dégâts considérables. La toiture et l’ensemble du réseau électrique ont été gravement atteints, les réserves détruites, le matériel mis hors d’usage, et des pans entiers du bâtiment se sont trouvés fragilisés. Les murs eux-mêmes portent les stigmates de la secousse. Le montant total des destructions est estimé à plusieurs centaines de milliers de dollars.

Le miracle, dans cette affaire, tient en une phrase : personne n’a été blessé. « Grâce à D.ieu, nous sommes sortis indemnes du séisme, et c’est là notre miracle », a confié le Rav Shmuel Friedman au site d’information JNS. Le Chalia’h ajoute que sa priorité va désormais aux réparations, afin que la maison puisse continuer d’accueillir les visiteurs juifs venus du monde entier.

Car malgré l’ampleur du sinistre, le Beth Habad n’a pas fermé ses portes. Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, il a continué de servir de point de ralliement pour les voyageurs israéliens présents dans la région et pour les membres de la communauté juive locale, désorientés par les répliques et par l’incertitude ambiante.

Salento, escale improbable de la Chli’hout mondiale

Perchée à près de 1 900 mètres d’altitude, Salento ne compte guère plus de 9 700 habitants. Fondée en 1842, elle fut la première municipalité créée dans le département du Quindío. Sa notoriété, elle la doit à la vallée de Cocora et à ses palmiers de cire géants, emblèmes nationaux de la Colombie, qui attirent chaque année des dizaines de milliers de randonneurs. Parmi eux, une proportion considérable de jeunes Israéliens fraîchement démobilisés, engagés dans le grand voyage post-armée qui traverse l’Amérique du Sud.

C’est précisément pour eux, et pour les Juifs de passage, que le Rav Shmuel HaCohen Friedman et son épouse, Leah Hodaya, ont établi le Beth Habad Salento. On y trouve des repas de Chabbat, des offices en semaine et le Chabbat, de la nourriture cachère préparée, et surtout cette écoute que cherchent tant de voyageurs éloignés des leurs. Une adresse minuscule à l’échelle du monde, mais qui s’inscrit dans un réseau de plus de 3 500 Beth Habad répartis dans une centaine de pays, fruit de la vision du Rabbi de Loubavitch qui envoya ses Chlou’him aux confins de la planète.

Pour ceux qui y ont passé un Chabbat, le lieu représente bien davantage qu’un bâtiment : un repas chaud, une oreille attentive, un lien juif retrouvé au bout du monde et une main tendue au moment où l’on en a le plus besoin.

Israël dépêche une délégation d’urgence

Au niveau étatique, la solidarité israélienne s’est organisée rapidement. Dès le jour du séisme, le ministre des Affaires étrangères Guideon Saar a fait savoir à son homologue colombien que l’État hébreu était prêt à fournir toute l’assistance nécessaire. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a ensuite ordonné, à la demande expresse du président de la Espriella, l’envoi immédiat d’une délégation d’aide, arrivée sur place dans les jours suivants.

L’organisation humanitaire IsraAID, qui dispose d’une mission permanente en Colombie, a de son côté mobilisé ses équipes dès le lendemain de la catastrophe, en se concentrant sur les besoins en santé mentale, en eau potable et en assainissement. Ce déploiement fait écho à celui mené deux mois plus tôt au Venezuela, frappé par deux séismes meurtriers en juin.

Ces gestes s’inscrivent dans un contexte diplomatique en pleine recomposition. Le nouveau gouvernement colombien, entré en fonction le 7 août, a annoncé son intention de renouer une alliance stratégique avec Israël et de reconnaître la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan — un revirement spectaculaire par rapport à la présidence de Gustavo Petro, qui avait rompu les relations diplomatiques avec Jérusalem en 2024.

Reconstruire, pierre après pierre

À Salento, ces considérations géopolitiques paraissent lointaines. Ce qui compte, dans l’immédiat, ce sont les gravats à déblayer, la charpente à consolider et les câbles à remplacer. Le Rav Friedman et son épouse ont choisi de rester, de continuer à servir des repas et à accueillir ceux qui frappent à leur porte, au milieu d’un chantier.

C’est peut-être là l’enseignement le plus fort de cette semaine : une institution ne se mesure pas à la solidité de ses murs, mais à la constance de ceux qui l’animent. Les murs, eux, se reconstruisent.

Là où le sol s’est dérobé, une porte est restée ouverte — et c’est à cela, plus qu’à toute autre chose, que se reconnaît une maison juive.