La police belge a mené trois perquisitions mercredi matin à Anvers, dont deux au sein de la communauté juive, saisissant des instruments de circoncision et réclamant les listes d’enfants circoncis au cours de l’année écoulée. Ces interventions s’inscrivent dans une enquête ouverte depuis l’automne dernier concernant des circoncisions prétendument pratiquées par des personnes sans formation médicale adéquate. Selon le parquet d’Anvers, l’enquête aurait été déclenchée par une plainte émanant de la communauté juive elle-même, créant une situation de tension sans précédent.

Une opération policière ciblant trois adresses anversoises

À l’aube, des policiers armés ont perquisitionné les domiciles du Rav Aaron Eckstein et du Rav Moshe David Landau, deux mohels reconnus de la communauté juive d’Anvers. Une troisième perquisition a été effectuée au domicile de David Rosenberg, membre du conseil de district pour le Vlaams Belang et participant à l’émission « Shalom Allemaal! » sur la chaîne Play4, situé dans le quartier ‘t Groen Kwartier.

« L’enquête se concentre sur des interventions chirurgicales pratiquées par des hommes sans formation médicale », a précisé Kristof Aerts, porte-parole du parquet d’Anvers. « En d’autres termes, les circoncisions n’auraient pas été pratiquées par ou auprès d’un médecin. »

Concernant la perquisition chez David Rosenberg, le porte-parole a tenu à clarifier : « La perquisition à cette adresse visait principalement à recueillir du matériel. Mais l’homme n’est pas directement considéré comme suspect ou impliqué. »

Des accusations qui soulèvent la question de la qualification des mohels

Les autorités ont saisi les instruments de circoncision rituelle lors de ces perquisitions, menées sur ordre d’un juge d’instruction anversois. Aucune interpellation n’a été effectuée à ce stade de l’enquête, mais la demande des enquêteurs concernant les listes d’enfants circoncis a particulièrement choqué la communauté.

L’Association juive européenne (EJA) a vivement réagi en soulignant que « le mohel est une personne spécialement formée aux aspects rituels et médicaux de la circoncision ». Cette précision vient contredire directement l’accusation selon laquelle ces pratiques seraient réalisées par des personnes non qualifiées.

« La police a confisqué tous les couteaux en leur possession et leur a demandé une liste des enfants qu’ils avaient circoncis au cours de l’année écoulée », a dénoncé l’EJA, qualifiant cette action de « nouvelle ligne rouge franchie dans l’intimidation des responsables religieux juifs en Belgique ».

Une enquête aux origines controversées

L’origine de cette affaire présente des zones d’ombre significatives. Selon le parquet, l’enquête aurait débuté à l’automne dernier suite à une plainte provenant de la communauté juive elle-même, ce qui soulève des questions sur d’éventuelles tensions internes.

Cependant, le premier article évoque une plainte civile déposée par « un acteur controversé, connu pour ses confrontations avec diverses institutions juives à travers l’Europe », qui aurait étendu ses accusations non seulement aux mohels mais également aux Rabbanim et leaders religieux ayant participé comme « sandak » (parrain) lors des cérémonies.

Cette divergence dans les sources de la plainte alimente les spéculations sur les véritables motivations de cette enquête, certains membres de la communauté y voyant une tentative de déstabilisation plus large des pratiques religieuses juives.

L’appel à une protection légale de la brit-mila comme liberté religieuse fondamentale

Face à cette situation, le Rav Menachem Margolin, président de l’EJA, a réagi avec fermeté : « Nous assistons à une véritable ligne rouge franchie. Cette intervention constitue un signal d’alarme clair concernant le statut de la liberté religieuse pour les juifs en Belgique. »

L’Association juive européenne a insisté sur le fait que « la circoncision doit faire partie de la liberté religieuse » et appelé les autorités belges à adopter rapidement une législation protégeant explicitement cette pratique millénaire.

« Le droit de préserver son identité religieuse doit être ancré dans la loi et protégé, sinon c’est une atteinte grave au cœur même de l’existence juive en Europe », a déclaré le Rav Margolin.

Pour la communauté juive d’Anvers, l’une des plus importantes d’Europe, cette affaire représente bien plus qu’une simple question de procédure médicale. Elle touche à l’essence même de l’identité juive et au droit fondamental de pratiquer librement sa religion dans un contexte européen où les débats sur les pratiques religieuses traditionnelles se font de plus en plus tendus.