Co-fondée en 1984 avec son épouse Evelyne, la marque Sandro — devenue l’une des quatre enseignes du groupe SMCP et présente aujourd’hui dans une quarantaine de pays — a mené Didier Chetrite des 9 m² d’une cité parisienne jusqu’au succès international. Dans ce témoignage, il attribue chacune de ses réussites à la seule main de D.ieu, de ses débuts de fabricant dans le Sentier à la consécration mondiale. Une histoire de foi, de Téfiline et de Bra’ha, portée par la conviction qu’une chute n’est jamais qu’un tremplin vers la lumière.

 

 

Vidéo réalisée par Torah-box

 

Sandro est une marque française de prêt-à-porter « luxe accessible », fondée en 1984 par Evelyne et Didier Chetrite, dont la première boutique a ouvert dans le Marais à Paris. D’abord vendue en gros pendant une vingtaine d’années, la marque a ouvert son premier magasin en 2004 ; leur fils Ilan a lancé la ligne homme, Sandro Homme, en 2008.

Elle appartient aujourd’hui au groupe SMCP (aux côtés de Maje, Claudie Pierlot et Fursac), coté à la Bourse de Paris. Sandro est la marque la plus performante du groupe, avec un chiffre d’affaires d’environ 605 millions d’euros en 2024, et un réseau de plusieurs centaines de boutiques réparties dans une quarantaine de pays.

 

 

Je m’appelle Didier Chetrite et je suis le fondateur de Sandro, une marque de prêt-à-porter aujourd’hui connue à l’international. Nous comptons à présent près de 2 000 magasins répartis dans le monde entier — partout, sauf peut-être sur la lune.

Je viens d’un milieu non religieux : mes parents étaient traditionalistes et je suis originaire d’Afrique du Nord. Beaucoup de gens ont longtemps cru que, puisque mon affaire s’appelle Sandro, j’étais italien. Je ne le suis pas : je suis juif d’Afrique du Nord, de Constantine. Tout au long de mon parcours, j’ai reçu une immense aide divine, et j’ai senti la main de D.ieu dans tout ce que j’ai entrepris. J’ai perçu Sa présence depuis mon enfance, y compris lorsque je vivais dans une grande précarité.

Un enfant de 9 m² qui n’a jamais douté

J’habitais avec mon père, ma mère et ma sœur dans une seule pièce de 9 m², au sein d’une cité du 11e arrondissement de Paris. Pendant onze ans, nous avons dormi tous les quatre dans le même lit. Pourtant, je n’ai jamais désespéré de la présence divine. Je la ressentais ; je sentais que les gens autour de moi m’aimaient, et je savais qu’un jour quelque chose de grand s’ouvrirait pour moi.

J’ai commencé comme vendeur, mais je ne le suis pas resté longtemps, car j’avais beaucoup d’ambition. Avec mon épouse, je me suis très vite lancé dans le prêt-à-porter, dans ce quartier que tout le monde connaît : le Sentier. J’ai eu la grâce d’être un bon vendeur ; je suis devenu représentant chez un fabricant, et D.ieu faisait réussir mes affaires. Les clients achetaient tout ce que je leur proposais, alors que je n’étais qu’un simple employé.

Du statut de vendeur à celui de patron

Au bout d’un an dans cette maison, j’ai dit à celle qui n’était pas encore mon épouse que je ne resterais pas : je voulais être patron. Mes parents étaient ouvriers, et j’avais envie de découvrir ce qu’était l’entrepreneuriat et de me lancer dans la vie. J’étais certain que le Ciel m’aiderait, puisqu’Il m’avait soutenu depuis l’enfance. Je savais que je réussirais, même sans moyens.

J’ai démarré avec environ 2 500 euros — presque rien au regard de ce que nous avons bâti par la suite. Et D.ieu a fait fructifier cette somme bien au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer.

Pourquoi le nom de Sandro

L’affaire a toujours porté le même nom : Sandro. On m’a souvent demandé pourquoi j’avais choisi ce prénom. À l’époque, dans le Sentier, les enseignes portaient des noms plus habituels ; moi, je voulais un nom qui sonne haut de gamme. Je concevais le prêt-à-porter de luxe avec des consonances italiennes : c’est pourquoi, avec mon épouse, nous avons choisi Sandro.

Une épouse envoyée du ciel

J’ai rencontré ma femme dans un milieu traditionaliste, bien plus religieux que le mien. C’est elle, par l’intermédiaire de mon beau-père — qui, grâce à D.ieu, est toujours de ce monde —, qui m’a donné l’envie de me rendre à la synagogue le vendredi. Je suivais mon beau-père, et le Chabbat nous réunissait en famille pour parler de Torah à la maison.

Tout s’est fait progressivement : je ne peux pas dire que j’ai été illuminé du jour au lendemain. Mais j’ai aimé cette pratique, dans la tradition des juifs marocains, et je remercie mon épouse de m’avoir guidé sur cette voie. Je la remercie aussi pour l’aide qu’elle m’a apportée sur le plan professionnel : sans elle, je pense que je n’aurais rien accompli. Je crois que D.ieu l’a placée sur mon chemin comme une aide — Kénegdo, « une aide face à lui », comme il est écrit.

C’est une femme d’une grande résilience et d’une grande foi, une épouse merveilleuse. Je rends grâce à D.ieu de l’avoir rencontrée et de l’avoir encore à mes côtés aujourd’hui. Je l’ai dit et répété à bien des personnes : sans elle, je n’aurais pas même réussi à mettre un euro de côté. C’est là que j’ai ressenti la présence divine, car je ne m’attribue aucune compétence ni aucun génie particulier. Pour moi, mon histoire est tout simplement miraculeuse, et je souhaite qu’elle soit une bénédiction pour tous ceux qui la découvriront.

Ce que le mouvement Loubavitch lui a appris

J’ai également rencontré le Rabbi de Loubavitch, que je suis allé voir à plusieurs reprises à New York et dont je ressentais la Bra’ha. J’étais, et je reste, très proche du mouvement Habad, que j’aime profondément : ce sont des gens extraordinaires, qui font énormément de bien dans ce monde et dont la manière d’être avec autrui est un exemple à suivre. Si aujourd’hui je suis capable de partager quelques ‘Hidouchim de Torah — des interprétations nouvelles — que les gens écoutent et pour lesquelles on me félicite, je n’ai pourtant nul besoin de compliments : je sais que je ne dois rien à personne. C’est D.ieu qui me donne cette force.


Didier Chetrite lors d’un gala, avec le fils du Rav Chmouel (Moulé) Azimov, le Rav Mendel Azimov

C’est le mouvement Loubavitch qui m’a appris à lire l’hébreu, à mettre les Téfiline et à étudier la Torah. Je remercie un homme que j’ai beaucoup aimé et dont l’âme repose désormais en paix : le Rav Moulé Azimov. Tous ceux qui l’ont connu sauront de qui je parle. Il venait me voir chaque vendredi, dans le Sentier, pour me mettre les Téfiline — que je ne mettais pas à l’époque — et il ne m’a jamais lâché. Nous avions l’un pour l’autre un amour immense ; que son âme repose en paix.

23 Tichri 5749-1988 : Didier Chetrite chez le Rabbi, au Kos Chel Braha, à l’issue de la Fête de Sim’hat Torah

 

J’ai aussi connu le Rav Kadouri, un homme extraordinaire et, je crois, le grand kabbaliste de sa génération. J’ai eu la chance de me tremper au Mikvé à ses côtés, dans un quartier de Jérusalem. Je suis convaincu que ses bénédictions, elles aussi, ont eu une résonance sur tout mon parcours et sur ma vie. Je rends grâce à D.ieu de m’avoir fait rencontrer de telles personnes de sainteté.

Les Téfiline, une antenne vers le trône céleste

Les gens me demandent souvent pourquoi je répète qu’il faut mettre les Téfiline. Ils sentent que je bénéficie d’une aide divine, que je parle à D.ieu et que j’ai un contact avec le Ciel. Autrefois, certains disaient : « Didier Chetrite est complètement perché ; il prétend parler à D.ieu et être écouté de Lui. » Mais, au vu de mon parcours, on s’aperçoit aujourd’hui que je n’étais pas fou et que j’avais raison.

Je leur explique les choses simplement. Quand tu veux joindre un ami au Pérou, en Colombie ou n’importe où ailleurs, tu prends ton téléphone et tu parles, sans rien voir. Pour parler au Maître du monde, c’est tout aussi simple : tu poses les Téfiline sur ton bras et sur ta tête, et tu t’adresses à D.ieu. C’est un lien entre le bas et le haut. Les Téfiline sont une sorte d’antenne parabolique capable de transcender tous les cieux et d’atteindre le Kissé Hakavod, le trône céleste. De là, tu peux tout demander — à condition d’avoir les Téfiline sur la tête et sur le bras. C’est pourquoi j’encourage ceux qui ne les mettent pas encore à comprendre que, pour parler à D.ieu, il faut mettre les Téfiline : alors leurs demandes seront exaucées.

La chute de l’an 2000 et la renaissance

En l’an 2000, au moment de la guerre d’Irak, j’ai traversé une épreuve que je n’ai pas comprise sur le moment, mais qui s’est révélée bénéfique. J’avais une importante clientèle asiatique, essentielle à l’activité de Sandro ; elle a cessé de venir, et nous avons été contraints de nous placer en redressement judiciaire.

Nous étions dans le bureau, mon épouse et moi. Elle me disait qu’il n’était pas possible que D.ieu m’abandonne ainsi ; je lui répondais que je gardais confiance, certain qu’Il ne me lâcherait pas. Nous n’étions alors qu’un fabricant du Sentier, une grosse maison qui vendait des vêtements à tout le monde.

Et de ce redressement est né quelque chose d’extraordinaire. Sans cette chute, je n’aurais jamais ouvert mon premier magasin, puis le deuxième, puis le troisième : je serais resté un fabricant anonyme du Sentier. C’est là que j’ai senti la main de D.ieu, comme s’Il me disait : « Didier, tu ne resteras pas dans le Sentier. Je vais te faire tomber un peu, mais de cette chute tu renaîtras pour quelque chose de grandiose, une activité connue dans le monde entier. » Que D.ieu soit béni de m’avoir fait tomber pour mieux me relever.

Alors, si dans votre vie professionnelle ou personnelle vous traversez de telles épreuves, ne désespérez pas : à tout mal succède un bien. Si vous appelez D.ieu à votre secours, Il vous enverra toujours Son aide ; sachez-le.

La bénédiction de Rabbi Elazar Abou’hatséira

J’avais rencontré Rabbi Elazar Abou’hatséira à Beer-Sheva, quelques années plus tôt, par l’intermédiaire de mon beau-père ; il dormait chez moi lorsqu’il passait à Paris. Un jour, il m’a dit : « Je te donne une bénédiction, et tu seras comme un phare pour le monde. » J’avais alors vingt-cinq ans et je ne comprenais pas vraiment le sens de ces mots : Sandro n’en était qu’à ses débuts, je n’avais pas encore de magasins de détail.

Avec le temps, j’ai compris sa Bra’ha. Rétrospectivement, tout a pris sens : aujourd’hui, nos magasins sont présents dans le monde entier. J’ai aussi connu cette famille extraordinaire, la famille Abou’hatséira.

Il n’y a pas de désespoir dans ce monde

À travers une chute vient toujours une remontée, comme l’enseignait Rabbi Na’hman de Breslev, dont la mémoire est une bénédiction. J’aime aussi beaucoup ce mouvement Breslev, qui cultive une Sim’ha — une joie — légendaire et qui apporte tant de force au peuple d’Israël. Il n’y a pas de désespoir : telle est la doctrine de Rabbi Na’hman. Ein Od Milvado, selon la formule que vous connaissez : il n’y a rien en dehors de Lui.

Que Son nom soit béni à jamais. Puisqu’Il est la source de toutes les bénédictions des mondes supérieurs, qu’elles se déversent sur nous. Nous attendons le Messie d’un instant à l’autre ; il ne faut pas désespérer. Je suis certain qu’il viendra délivrer les malades, ceux qui vivent dans la précarité et dans la souffrance, et qu’il n’y aura plus de malheureux en ce monde.

Que D.ieu soit béni et qu’Il bénisse le peuple d’Israël, ainsi que le reste du monde, car nous sommes une lumière pour les nations. C’est par notre conduite que les pas du fils de David se hâteront. Merci beaucoup.