Le 2 Iyar marque l’anniversaire de la naissance du Rabbi Maharach, et le 13 Tichri son Histalkout, dont la célèbre devise « Le’hat’hila Ariber » a traversé les générations jusqu’à devenir un leitmotiv des Si’hot du Rabbi. Succession inattendue du Tséma’h Tsédek, combat audacieux pour les Juifs de la Russie tsariste, Maamarim d’une profondeur insoupçonnée : sa Nessiout fut marquée par une grandeur discrète et un sourire que la souffrance n’a jamais effacé. Récits, lettres et souvenirs de témoins dessinent le portrait d’un Rabbi qui refusait de contourner les obstacles et préférait, dès le départ, s’élever au-dessus d’eux.

 

 

 

Dans les Si’hot du Rabbi, un refrain revient avec une grande fréquence : la nécessité d’accomplir son Avoda selon la voie du « Le’hat’hila Ariber ». Cette expression, expliquait souvent le Rabbi, remonte au Rabbi Maharach, qui incarna pleinement ce Seder Avoda.

Le Rabbi évoquait souvent Admour Maharach et demandait fréquemment que l’on chante son Nigoun. Il fit d’ailleurs imprimer personnellement sa biographie, le Sefer Hatoldot Admour Maharach, le seul des Rabbis pour lequel il agit ainsi.

Bien qu’il ne nous appartienne pas de comparer ni de juger la conduite d’un Rabbi, les ‘Hassidim ont souvent relevé les nombreuses ressemblances entre le style du Rabbi et celui du Rabbi Maharach.

En l’honneur du 2 Iyar, jour de « Tiferet Chébetiferet » et anniversaire de la naissance du Rabbi Maharach, nous vous proposons ce tour d’horizon de sa Nessiout.

Une ère nouvelle

« D.ieu a désiré les âmes des Tsadikim : mon père, le Rabbi, le mercredi soir 13 Nissan 5626 (1866), l’Arone Kodech, la lumière du peuple juif, a été emmené en captivité. Que ceux qui demeurent dans la poussière se réveillent et chantent, lui parmi eux, et qu’il nous fasse partager les merveilles de la Torah de D.ieu… »

C’est en ces termes que le Maharach inscrivit la nouvelle de la Histalkout du Tséma’h Tsédek dans le Pinkas de la ‘Hevra Kadicha de Loubavitch. Après près de quarante ans, le soleil s’était couché sur la Nessiout du Tséma’h Tsédek. Le Maharach, son plus jeune fils, fut choisi pour lui succéder.

Ce choix n’allait pas de soi. Le Maharach était jeune, il n’avait pas encore trente deux ans. Il s’était toujours tenu en retrait, tandis que ses cinq frères aînés étaient chacun connus et profondément estimés des ‘Hassidim. L’un était réputé pour sa vaste connaissance du Nigle, un autre pour sa compréhension profonde de la ‘Hassidout, un autre encore pour sa prière ardente et inspirante. D’ailleurs, dans les années qui suivirent le décès du Tséma’h Tsédek, les frères s’installèrent dans d’autres villes, où ils dirigèrent leurs propres communautés de ‘Hassidim.

Le Maharach, en revanche, ne cherchait aucunement à se mettre en avant dans le domaine spirituel. Dans sa jeunesse, il ne faisait pas étalage de ses connaissances en Nigle ou en ‘Hassidout, et même lorsqu’il devint Rabbi et commença à enseigner la ‘Hassidout, il n’abordait que rarement le Nigle. Sa prière paraissait simple aux yeux de tous, dépourvue de toute manifestation extérieure d’exaltation.

Lors d’une discussion qui eut lieu après le décès du Tséma’h Tsédek, le Maharach exposa son point de vue sur une question selon la Hala’ha. Son frère, Reb Israël Noa’h, célèbre pour son génie en Nigle, en fut stupéfait.

« D’où tiens-tu cela ? Tu es si jeune ! » s’exclama-t-il.

« Toi, tu es âgé de tes propres années, répondit le Maharach. Mais moi, je suis âgé des années de mon père. »

Enfant, le Maharach avait la réputation d’être quelque peu espiègle. Même adulte, écrit le Rabbi dans Rechimat Hayoman, il ne se comportait pas comme ses frères. Les fils aînés du Tséma’h Tsédek recevaient les visiteurs venus à Loubavitch et répétaient en public la ‘Hassidout de leur père, alors que le Maharach n’enseignait pas la ‘Hassidout publiquement et passait pour un homme au tempérament joyeux, un Freilekher.

Toutefois, au cours des dernières années de sa vie, le Tséma’h Tsédek avait demandé à tous ses fils de prononcer des Maamarim, et le Maharach avait commencé à le faire. Peu à peu, les ‘Hassidim apprirent à connaître « le plus jeune fils du Rabbi ». Et avant son départ, le Tséma’h Tsédek écrivit aux ‘Hassidim une note disant : « Vous devrez l’écouter [il s’agissait du Maharach] comme vous m’avez écouté. »

Après la Histalkout, diverses discussions et divergences opposèrent les fils du Tséma’h Tsédek. Elles furent portées devant un Beth Din composé de trois ‘Hassidim hautement respectés. Au terme de ces débats, le Rabbi Maharach fut désigné comme Memalé Makom de son père, pour siéger à sa place dans la ville de Loubavitch.

À cette époque, les nouvelles circulaient lentement. Le 8 Av, un ‘Hassid de la ville de Pleshtchenitz écrivit ces lignes à son ami, Reb Avraham ‘Haïm Rosenbaum :

« Nous n’avons pas appris grand chose, mais la semaine dernière nous avons reçu une lettre de Reb Méir Amstzizer… Il écrit qu’il a rencontré Reb Yossef Krementchouker qui arrivait de Loubavitch et qui lui a montré des Tsetlakh du Rabbi… D’après ces notes, il apparaît très clairement que c’est le Maharach qui doit être le Rabbi.

Reb Yossef a raconté qu’un homme était venu trouver le Rabbi Maharach pour se plaindre d’être dans le dénuement le plus total. Le Rabbi Maharach attribua son problème à une faille dans son Avodat Hachem, en s’appuyant sur un certain Passouk, et finalement l’homme reconnut cette faille.

Après avoir reçu sa lettre, nous nous sommes sentis encouragés et pleins d’enthousiasme. Nous avons dit Le’haïm ; que D.ieu nous accorde le mérite de suivre le bon chemin.

La plus grande partie de l’Olam suit le Rabbi Maharach. On raconte des choses extraordinaires… »

Un lien étroit

Enfant, le Maharach passait beaucoup de temps auprès de son père, le Tséma’h Tsédek. Outre ses études régulières au ‘Héder et auprès de précepteurs, le Tséma’h Tsédek lui enseignait personnellement diverses matières, comme les Ketouvim et le Tanya. Lorsqu’il grandit, ils étudièrent ensemble la Kabbala et la ‘Hakira pendant de longues heures.

À l’âge de sept ou huit ans, il maîtrisait déjà l’ensemble du ‘Houmach et une grande partie du Na’h, et étudiait régulièrement la Guemara avec les Tossefot. Il commença à écouter la ‘Hassidout de son père et se mit bientôt à rédiger ses propres Hana’hot.

Il eut aussi la chance d’avoir des frères aînés talentueux : lorsqu’il avait dix ans, son frère Reb Israël Noa’h étudiait le Nigle avec lui, et son frère Reb Barou’h Chalom lui enseigna la manière dont Admour Hazakène faisait la lecture de la Torah.

Il se maria une première fois très jeune, à seulement quatorze ans, avec Sterna, la fille de son frère Reb ‘Haïm Chnéour Zalman. Mais elle tomba malade et décéda trois mois à peine après le mariage. Pour consoler le Maharach, le Tséma’h Tsédek lui attribua une chambre attenante à la sienne, lui permettant d’y entrer à tout moment. Durant les années qui suivirent, il passa encore davantage de temps auprès du Tséma’h Tsédek. Son second mariage, avec la Rabbanit Rivka (petite fille d’Admour Haemtsaï), eut lieu en 5609 (1849) ou 5610 (1850), environ trois ans plus tard.

Il passait également du temps avec les ‘Hassidim âgés. « Déjà enfant, racontait-il à son fils, le Rabbi Rachab, j’avais trouvé grâce aux yeux des anciens ‘Hassidim, et ils me confiaient leurs histoires. »

L’un de ces anciens, Reb Its’hak Eizik de Vitebsk, avait fait partie des tout premiers ‘Hassidim d’Admour Hazakène. Il accordait une attention particulière au Maharach et lui fit partager ses nombreux souvenirs des Rabbis précédents. Plus tard, ce même ‘Hassid conféra au Maharach la Semi’ha.

Le sourire d’un Rabbi

Tout au long de sa vie, le Rabbi Maharach souffrit d’une maladie douloureuse et invalidante. Pourtant, malgré ses souffrances, il affichait toujours une mine sereine et ne laissait jamais paraître ses difficultés.

« Je n’ai jamais rencontré personne qui ait souffert autant que mon père, confia un jour Admour Rachab, et pourtant il avait toujours le sourire aux lèvres. » Un sourire magnifique, précisait Admour Rachab, empreint d’une dimension divine ; un sourire que seul un Rabbi peut avoir.

Plusieurs objets remarquables nous sont parvenus du Rabbi Maharach, notamment une Méguila magnifiquement calligraphiée et une table ronde qui se trouve dans le bureau du Rabbi. Les médecins lui avaient prescrit une activité physique, et c’est pour cette raison qu’il confectionna ces objets. À Loubavitch se trouvait également un grand candélabre, œuvre de ses mains. On l’installait chaque année pour le Seder des Ba’hourim, mais il s’est perdu au fil des ans.

Le Rabbi Maharach était d’une ponctualité extrême. Chaque journée suivait un programme précis, et il lui arrivait souvent d’avoir terminé Cha’harit dès huit heures du matin.

Il se rendait deux fois par jour dans les champs. Pendant ces sorties, des ‘Hassidim se glissaient dans sa chambre pour recopier des manuscrits de ‘Hassidout, en postant un guetteur à la porte pour les avertir de son retour. Parmi eux se trouvait même sa propre épouse, la Rabbanit Rivka. Le Rabbi fit un jour remarquer que le Rabbi Maharach savait certainement que l’on recopiait ses Ketavim, mais qu’au lieu de le permettre ouvertement, il préférait que cela se fasse en secret. « Car certaines choses doivent être entreprises par la ruse, comme les Bera’hot d’Essav obtenues par Yaakov… »

Une conduite singulière

Le président Zalman Chazar envoya un jour un ensemble de manuscrits des Rabbis à une graphologue afin qu’elle en analyse l’écriture. Lorsque le Rabbi prit connaissance de ses conclusions au sujet du Rabbi Maharach, il adressa ses commentaires à M. Chazar, en indiquant sur quels points la graphologue avait vu juste et sur quels points elle s’était trompée :

« J’ai été impressionné de constater qu’elle a vu juste sur plusieurs points, en particulier lorsqu’elle écrit que l’auteur a manifestement souffert au cours de sa vie, tant physiquement que spirituellement, et que ces épreuves l’ont fortifié. Nous savons par la tradition familiale qu’il souffrit terriblement dès son jeune âge, mais qu’on le voyait néanmoins toujours le sourire aux lèvres, accueillant chacun avec bienveillance. »

Le Rabbi poursuit en s’étonnant qu’un trait des plus caractéristiques du Rabbi Maharach n’ait pas été mentionné :

« Dès le tout début de sa direction, le style de ses relations [avec les ‘Hassidim] fut clairement établi : lorsqu’on lui demandait son avis, il répondait en quelques mots brefs. Cela contrastait avec les Rabbis qui l’ont précédé et suivi, qui expliquaient souvent leurs directives ; à côté de leur stature royale, il y avait aussi chez eux des éléments de proximité [avec leurs ‘Hassidim]. »

Le Rabbi écrit une remarque similaire dans Rechimat Hayoman :

« En tant que Rabbi, il se conduisait avec élévation et distance, même envers les ‘Hassidim âgés, et même envers ses fils. Le Tséma’h Tsédek avait l’habitude de consulter ses fils ainsi que sa fille Dvorah Léa, mais le Rabbi Maharach ne le faisait pas.

Il y avait cependant des occasions où il s’entretenait longuement avec des personnes en Ye’hidout. Il lui arrivait aussi de sortir dans la cour pour converser avec les habitants de la ville. »

Une autre caractéristique unique de la direction du Rabbi Maharach était le lien profond que les ‘Hassidim ressentaient envers lui. Tous ses ‘Hassidim lui étaient ardemment dévoués. Quel que soit leur rang, ils éprouvaient un puissant sentiment de Hitkachrout, contrairement aux ‘Hassidim de ses frères et même à ceux de son père, le Tséma’h Tsédek. Ses ‘Hassidim chérissaient chacune de ses paroles ; chaque ‘Hassid, érudit ou non, était capable de répéter des passages d’un Maamar entendu lors de sa visite à Loubavitch.

Certains ‘Hassidim étaient de grands Baalei Avoda et Baalei Haskala, tandis que d’autres étaient de simples Baalei Batim ou des villageois (le Rabbi Maharach appelait certains d’entre eux « mes Baalei Ahava et Yira »). Pourtant, la ‘Hassidout qu’il enseignait parlait toujours à tous. Les plus simples en saisissaient le message essentiel, tandis que les ‘Hassidim érudits en percevaient la profondeur insondable, que même eux avaient souvent du mal à comprendre.

Lorsque le Rabbi précédent avait douze ans, il vit Reb Zalman Zlatopolsky et Reb Yehouda Leib Hoffman débattre du sens d’un Maamar qu’Admour Maharach avait prononcé quinze ans plus tôt. « Ils en parlaient avec une telle ferveur, raconta le Rabbi précédent, qu’on aurait dit qu’ils venaient tout juste d’entendre le Maamar. »

Les chiffres

Le Rabbi Maharach aimait les chiffres et les calculs. Reb Abba Person lui demanda un jour combien de fois on se frappe la poitrine pendant le Al ‘Het de Yom Kippour. De sa réponse, on comprit qu’il faut aussi se frapper la poitrine aux mots « Sela’h lanou, me’hal lanou… ». (Rechimat Hayoman p. 206 ; Sefer Hasi’hot 5705 (1945) p. 9.)

Récits d’enfance racontés par le Rabbi

Dans Rechimat Hayoman, le Rabbi rapporte les deux récits suivants sur l’enfance du Rabbi Maharach.

Le Rabbi Maharach naquit le 2 Iyar 5593 (1833), jour correspondant à la Sefira de Tiferet Chébetiferet.

Lorsqu’il avait sept ans, le Tséma’h Tsédek l’interrogea un jour sur ses études, et il répondit remarquablement. Impressionné, son maître dit au Tséma’h Tsédek : « Ah, qu’en dites-vous ? Il s’en sort très bien ! »

Le Tséma’h Tsédek répondit : « Pourquoi vous étonnez-vous que Tiferet Chébetiferet s’en sorte bien ? »

À dix ans, il étudiait au sein d’un groupe de quatre enfants : le Maharach, son neveu Reb Chlomo Zalman de Kopoust, fils du Maharil, et deux autres petits enfants du Tséma’h Tsédek.

Un jour, le Tséma’h Tsédek vint les interroger, et le Maharach posa une question. Ses camarades y répondirent, mais il réfuta leur réponse. Le Tséma’h Tsédek répondit à son tour, mais le Maharach souleva une objection sur sa réponse.

Le Tséma’h Tsédek dit alors : « Quand tu seras plus grand… »

« Quand je serai plus grand, je poserai de meilleures questions », répliqua le Maharach.

Le Tséma’h Tsédek fit alors remarquer : « Ce n’est pas pour rien que sa Brit a eu lieu le jour de Tiferet Chébenetsa’h. » (Rechimat Hayoman p. 283.)

Faire front avec les capitalistes

La Nessiout du Rabbi Maharach coïncida avec l’une des périodes les plus difficiles pour les Juifs de la Russie tsariste. Le gouvernement ne cessait de promulguer de nouveaux décrets destinés à entraver les déplacements des Juifs et à rendre la vie des communautés juives toujours plus pénible. Dans les années qui précédèrent le décès du Rabbi Maharach, une vague de pogroms soutenus par l’État déferla sur la Russie, semant une terrible dévastation. De fait, au cours des décennies suivantes, des centaines de milliers de Juifs fuirent l’Europe de l’Est pour s’établir aux États-Unis et ailleurs.

Toute sa vie, le Rabbi Maharach œuvra sans relâche pour soulager les souffrances du peuple juif. Son engagement communautaire avait commencé bien avant sa Nessiout. Lorsque le Tséma’h Tsédek décida de ne plus participer aux conférences rabbiniques convoquées par le gouvernement, il y envoya à sa place le Rabbi Maharach, alors âgé d’une vingtaine d’années à peine.

Il se rendait fréquemment à Saint-Pétersbourg pour rencontrer des responsables gouvernementaux. Il voyageait également à l’étranger, en Italie, en Allemagne et en France, pour y rencontrer de riches banquiers juifs. Il mit au point une tactique ingénieuse : il demandait à ces Juifs de refuser tout prêt au tsar tant que celui-ci n’aurait pas amélioré la condition des Juifs.

De telles démarches étaient dangereuses, et ses voyages étaient toujours présentés comme des visites chez des médecins ou des séjours dans des villes thermales. D’ailleurs, lorsque le gouvernement russe eut vent de sa stratégie, il entra dans une colère noire. Lors d’un entretien avec le ministre de l’Intérieur, la tension atteignit son comble lorsque le Rabbi Maharach l’informa calmement que les banquiers juifs avaient écrit à Loubavitch pour demander s’ils devaient accorder des prêts aux Russes.

« Et qu’avez-vous répondu ? » demanda le ministre.

« Je n’ai pas encore répondu, dit le Rabbi Maharach. J’attends la réponse du gouvernement… »

Le ministre s’emporta : « Rabbi de Loubavitch ! Seriez-vous en train de menacer le gouvernement russe ? »

« Vous n’êtes pas obligé d’y voir une menace, mais vous ne devriez pas prendre l’affaire à la légère. De nombreux capitalistes non juifs se joindront à eux, car la barbarie qui règne dans ce pays est une offense à l’humanité tout entière. »

Le ministre orienta alors la conversation vers la plus grande crainte du gouvernement, et donc vers l’accusation la plus grave qui soit :

« Le Rabbi de Loubavitch compte-t-il fomenter une révolution avec ces capitalistes ? »

Le Rabbi Maharach ne tomba pas dans le piège.

« C’est le gouvernement lui-même qui attirera sur lui cette révolution, par sa terrible négligence envers le pays… »

« Le’hat’hila Ariber », au-delà de toute mesure

Dans notre génération, l’un des traits les plus célèbres du Rabbi Maharach est sa fameuse maxime : « Le’hat’hila Ariber ».

« Di velt zogt az men ken nit arunter, geit men ariber, un ikh zog az le’hat’hila ariber  : les gens disent que si l’on ne peut pas passer par-dessous, on passe par-dessus. Et moi je dis : d’emblée, passe par-dessus !».

Le Rabbi reprit cette idée à d’innombrables reprises tout au long de sa Nessiout, en tirant de nombreux enseignements pour la vie quotidienne d’un ‘Hassid. Lors d’un Farbrenguen, le Rabbi souligna combien ce thème, celui d’une conduite qui dépasse toute Medida et toute Hagbala, transparaissait dans de nombreux aspects de la Nessiout du Rabbi Maharach.

« Cela apparaît dans sa ‘Hassidout, expliqua le Rabbi. Chaque Maamar est un condensé de nombreux Maamarim et renferme une multitude d’idées. Pourtant, ils sont rédigés de manière concise ; Le Rabbi Rachab écrit souvent de longs développements pour expliquer une seule ligne des Maamarim de son père.

Cela apparaît aussi dans sa conduite : le Rabbi précédent disait volontiers que le Rabbi Maharach avait de nombreux récits dignes du Baal Chem Tov, des histoires Baal Chemske. Il existe aussi de nombreux récits de Baalei Techouva qu’il ramena vers le judaïsme.

Et il en allait de même dans sa vie personnelle : sa maison et son mobilier étaient d’une grande beauté. C’était déjà le cas du vivant du Tséma’h Tsédek et avec son soutien, alors même que le Tséma’h Tsédek vivait lui-même très simplement. »

Le récit choisi par le Rabbi pour le Maamar « Bati Legani »

Dans son premier Maamar, Bati Legani, le Rabbi rapporta des récits illustrant l’Ahavat Israël des Rabbis. Pour le Rabbi Maharach, le Rabbi raconta ce qui suit :

« Le Rabbi [précédent] a raconté à plusieurs reprises une histoire du Rabbi Maharach.

Le Rabbi Maharach séjournait dans une station thermale. Il fit spécialement le voyage jusqu’à Paris, où il resta un temps considérable, afin de rencontrer dans un hôtel un jeune homme qui ne se doutait de rien. Il s’approcha de lui et lui dit : « Jeune homme, le Yayin Nessekh souille la Nechama. Ce jeune homme était en train de jouer aux cartes.

Le Rabbi Maharach regagna sa chambre, et le jeune homme ne trouva pas le repos tant qu’il ne fut pas allé le voir. Par la suite, il fonda une famille craignant D.ieu et fidèle à la Torah.

Chacun sait combien le temps était précieux aux yeux du Rabbi Maharach. La récitation de ses Maamarim était brève ; le Rabbi [précédent] racontait qu’il lui arrivait d’avoir terminé sa prière dès huit heures du matin.

Et pourtant, il se rendit dans une ville lointaine pour le bien d’un seul jeune Juif qui ne savait rien du Judaïsme et qui n’avait apparemment aucun lien avec le Rabbi Maharach. »

[En racontant cette histoire, le Rabbi précisa que tous les détails du récit complet sont déjà imprimés et accessibles. Voir Sefer Hasi’hot 5705 (1945), p. 30-31.] (Achreinou Audio, Youd Chevat 5711 (1951), Maamar, 25e minute.)

Les Maamarim du Le’hat’hila Ariber

Le Rabbi Maharach prononçait un Maamar chaque semaine, soit vendredi avant Kabbalat Chabbat, soit le Chabbat matin, et il mettait également ses paroles par écrit.

Au cours des premières années de la Nessiout du Rabbi, celui-ci souhaita que la ‘Hassidout du Rabbi Maharach soit publiée le plus rapidement possible. Des Sefarim furent donc édités sous forme de fac-similés de l’écriture de Reb Chemouel, le copiste de Loubavitch. Au fil des années, ces Sefarim furent retranscrits et réédités, et il existe aujourd’hui une importante collection de ses Maamarim, que le Rabbi intitula Likoutei Torah Torat Chemouel.

Pour nous donner un aperçu des Maamarim du Rabbi Maharach, nous nous sommes adressés au Rav Yossef Its’hak Gourarie, Machpia de la Yechiva Loubavitch de Détroit :

« Comme pour chaque Rabbi, explique le Rav Gourarie, les Maamarim du Rabbi Maharach possèdent un style qui leur est propre. D’un côté, ses Maamarim sont relativement courts et assez simples. Il cite de nombreux Maamarei ‘Hazal et Midrachim et les explique selon la ‘Hassidout, sans se lancer aussi souvent dans de longs développements comme le font le Rabbi Rachab et l’Admour Haemtsaï.

À première vue, disaient les ‘Hassidim, il semblait « parler à son public ». La majorité de ses ‘Hassidim étaient des gens simples, et le Rabbi Maharach veillait à ce que sa ‘Hassidout transmette toujours un message clair qu’ils pouvaient comprendre.

D’un autre côté, un examen plus attentif des Maamarim révèle de nombreux ‘Hidouchim étonnants en ‘Hassidout. Le Rabbi Rachab dit un jour qu’il devait préparer un Hemchekh pour le Roch Hachana suivant, et il le fonda entièrement sur quelques lignes d’un Maamar de son père.

Ces ‘Hidouchim profonds ne sont pas présentés comme tels, ni expliqués longuement. Dans un style tout à fait « Le’hat’hila Ariber« , le Rabbi Maharach semble « déposer » une pensée de ‘Hassidout devant celui qui étudie, en le laissant la comprendre par lui-même.

En 5640 (1880), Reb Chlomo Zalman de Kopoust et le Rabbi Maharach eurent une célèbre controverse pour savoir si les Otiyot HaRechimou étaient affectées par le Tsimtsoum [l’ensemble de la controverse dépasse le cadre de cet article]. Le Rabbi Maharach soutenait qu’elles n’étaient pas affectées. Mais ce qui est intéressant à relever, c’est que le seul écrit du Rabbi Maharach concernant toute cette longue controverse se trouve dans un bref passage d’un Maamar, Matsa Zou, prononcé cette année-là. C’est le Rabbi Rachab qui, par la suite, en traita et l’expliqua très en détail.

Le Rabbi releva un jour un fait intéressant au sujet des Hemche’him du Rabbi Maharach : les autres Rabbis commençaient généralement leurs Hemche’him à Roch Hachana, alors que le Rabbi Maharach commence souvent les siens à Pessa’h.

La clé pour comprendre ce point réside dans l’Avoda propre à Tichri et celle propre à Nissan. En Tichri, l’homme s’efforce par sa propre Avoda, tandis qu’à Pessa’h, nous recevons des révélations d’en haut. Les Hemche’him du Rabbi Maharach commencent à Pessa’h pour une raison très simple, expliqua le Rabbi : parce qu’il incarnait le « Le’hat’hila Ariber« . »

Le Nigoun du Le’hat’hila Ariber

Le Nigoun du Rabbi Maharach, que le Rabbi chantait souvent lors des Farbrenguen, est connu sous le nom de « Le’hat’hila Ariber ». Ce nom lui a en réalité été donné par le Rabbi ; auparavant, on l’appelait plus couramment « Eintz, tzvei, drei, fir » ou « Nigoun Ein Sof ».

Dans les Rechimot (‘Hoveret 14), le Rabbi indique qu’il a appris ce chant de son grand-père, Reb Méir Chlomo Yanovsky, qui avait été un Yochev auprès du Rabbi Maharach.

Quant à l’origine de la mélodie, le Rabbi Maharach raconta qu’il avait un jour vu des notes de musique inscrites à la fin d’un livre de Kabbala intitulé Hon Achir, et que ces notes avaient inspiré l’air de son Nigoun. (Sefer Hatoldot p. 43.)

À quoi ressemblait-il ?

Une question se pose depuis toujours parmi les ‘Hassidim : existe-t-il une photographie ou un portrait du Rabbi Maharach ?

Aucune image connue n’existe. Divers croquis et tableaux lui ont été attribués, mais aucun n’a été authentifié.

Cependant, le Rabbi a raconté les deux histoires suivantes, l’une sur son apparence, l’autre sur l’impression que produisait sa présence, qui peuvent nous en donner un léger aperçu.

Quand un ‘Hassid s’évanouit

Le Rabbi précédent ressemblait beaucoup à son grand-père, le Rabbi Maharach. À tel point que lorsqu’il se rendit en Erets Israël lors de sa célèbre visite, des décennies après le décès du Rabbi Maharach, il y avait en Erets Israël des ‘Hassidim qui avaient connu le Rabbi Maharach. Lorsque l’un d’eux entra en Ye’hidout auprès du Rabbi précédent, il s’évanouit sur le champ.

On lui demanda : « Pourquoi vous êtes-vous évanoui ? »

Il répondit : « Il ressemble trait pour trait au Rabbi Maharach ! » Il s’était évanoui sous [le choc de] la vision du Rabbi Maharach, qu’il n’avait pas vu depuis de nombreuses décennies. (12 Tamouz 5745 (1985), Achreinou Audio, quatrième Si’ha, 3 min 33. Le Rabbi pleurait souvent en racontant cette histoire.)

Un regard qui inspirait la crainte

Les gens étaient saisis de crainte révérencielle face au Rabbi Maharach. C’était surprenant, car il avait toujours le sourire aux lèvres. Bien qu’il souffrît terriblement [le Rabbi précédent a dit qu’il est difficile d’imaginer à quel point il souffrait], il gardait toujours le sourire. Même du vivant de son père, le Tséma’h Tsédek, alors qu’il se montrait moins formel que ses frères, les gens éprouvaient néanmoins une profonde révérence en sa présence. Cela ne tenait pas à quelque chose qu’il faisait ; c’était spontané.

Il en allait de même avec les non juifs. Un jour, il arriva dans une ville et les anciens du village vinrent l’accueillir avec le pain et le sel. Mais lorsqu’ils aperçurent sa sainte figure, ils s’enfuirent tous. (Torat Mena’hem 5712 (1952), vol. 1, p. 23.)

Un témoignage de première main

Au cours des premières années de sa Nessiout, le Rabbi encouragea de nombreux ‘Hassidim âgés à mettre par écrit leurs souvenirs des Rabbis et des ‘Hassidim d’autrefois. Même des personnes qui ne se considéraient plus comme des ‘Hassidim furent sollicitées pour envoyer, et publier, leurs mémoires.

L’une de ces demandes fut adressée à M. Tsvi Har-Chefer, anciennement Lokshin, qui avait grandi à Loubavitch durant la Nessiout du Rabbi Maharach.

« Je serais très intéressé de lire vos mémoires, lui écrivit le Rabbi, car je rassemble des documents historiques sur Loubavitch, et tout particulièrement sur cette période, l’époque du Rabbi Maharach et le début de celle d’Admour Rachab, dont il n’existe aucun récit. »

Il ne reste presque aucun témoignage direct sur le Rabbi Maharach. À l’époque, les ‘Hassidim jugeaient inconvenant de mettre par écrit le récit de leur propre vie ; cela était perçu comme une démarche propre aux Maskilim. Lorsque le Rabbi précédent et le Rabbi encouragèrent les ‘Hassidim à écrire leurs souvenirs, il ne restait pratiquement plus aucun ‘Hassid vivant ayant connu le Rabbi Maharach. La lettre du Rabbi à M. Har-Chefer fut écrite plus de soixante-dix ans après la Histalkout du Rabbi Maharach.

M. Har-Chefer rédigea un article consacré à ses souvenirs (en 5714 (1954), apparemment avant la lettre du Rabbi). Fait remarquable, la grande majorité des détails biographiques et des descriptions de son article concordent avec les Si’hot du Rabbi précédent et avec la Rechimat Hayoman du Rabbi.

Nous en présentons ci-dessous une sélection de passages.

Mes souvenirs de Loubavitch

Comme la plupart des bourgades reculées de Russie, Loubavitch n’avait ni gare ni bureau de poste. Mais la ressemblance s’arrêtait là. Notre ville accueillait un flot continu de visiteurs venus consulter le Rabbi Maharach, qui apportaient vie et animation dans la cour du Rabbi Maharach et dans toutes les rues alentour.

La ‘Hatser se trouvait au centre de la ville et était entourée de nombreuses auberges. Elle comprenait une grande salle, que l’on ouvrait pour les occasions particulières comme Roch Hachana ou une ‘Hatouna dans la famille du Rabbi Maharach. À proximité se trouvaient le Zal habituel, plus petit, et la maison du Rabbi Maharach.

Bien des années ont passé depuis, mais je me souviens encore de sa noble apparence. Il était plus grand que la moyenne, avec un front large, une barbe rousse et des yeux perçants qui exprimaient l’esprit et la sagesse. Sa forte carrure ajoutait à sa prestance royale.

Le Rabbi Maharach était doté de nombreux talents : une mémoire phénoménale, un esprit incisif et une compréhension rapide de tout sujet. Il était parfaitement au fait des affaires publiques ; il correspondait avec ses ‘Hassidim fortunés et, dès qu’une nouvelle Guezera se profilait à l’horizon, il en était aussitôt informé.

Le Rabbi Maharach enseignait la ‘Hassidout le Chabbat matin dans le Zal attenant à sa maison, durant les mois d’été. On installait une table près de sa porte, et la porte extérieure du Zal était fermée ; le Chamach montait la garde et ne laissait personne entrer ni sortir. Au moment fixé, toute la salle faisait silence, et chacun se levait pour se rapprocher de la place du Rabbi Maharach. Le Rabbi Maharach s’asseyait sur une chaise, entouré des membres de sa famille et des anciens ‘Hassidim. Un silence absolu régnait dans la pièce, chacun retenant son souffle, attentif aux paroles du Rabbi Maharach. Il commençait doucement, puis sa voix s’élevait peu à peu et emplissait la salle. Il s’animait de plus en plus, tandis que tous l’écoutaient avec une intense concentration. Au sommet de son exaltation, il répétait souvent ces mots des Tehilim et les expliquait :

« Mi li bachamayim véimekha lo ‘hafatsti baarets : je n’ai besoin ni de Ton Gan Eden HaElyon ni de Ton Gan Eden Hata’hton, mais Kala chéeri oulevavi : c’est Toi que je veux, Toi seul… »

Pendant les Yamim Tovim, les ‘Hassidim réclamaient un enseignement supplémentaire entre Min’ha et Maariv. Les ‘Hassidim, surtout les jeunes, s’asseyaient près de la porte du Rabbi Maharach et chantaient avec ferveur le Nigoun de l’Admour Hazakène. Si l’on ne leur répondait pas immédiatement, ils le reprenaient encore et encore, jusqu’à ce que le Rabbi Maharach soit « contraint » de céder et de sortir vers les ‘Hassidim, malgré sa maladie.

Chaque jour, le Rabbi Maharach recevait les nombreux visiteurs venus chercher ses conseils et sa bénédiction. Beaucoup de Rabbanim figuraient également parmi eux, enroulant leurs Péot autour de leurs doigts, attendant nerveusement leur tour dans la file jusqu’au moment où Levik le Gabaï leur permettrait d’entrer.

C’était un travail très éprouvant. Ensuite, le Rabbi Maharach sortait de la ville pour se ressourcer et se consacrer à la méditation, seul avec ses pensées.

Le Rabbi Maharach lisait lui-même la Haftara. Il priait dans sa chambre attenante à la synagogue et y entrait pour lire le Maftir de sa voix si particulière.

À Roch Hachana, c’est lui qui sonnait du Chofar. La salle était bondée. Toute l’assemblée ne formait plus qu’un seul grand corps, dont seules les têtes se distinguaient. Chacun se tenait empli de la crainte du Yom Hadin ; la salle se taisait, puis la voix du Rabbi Maharach perçait l’air : « Min Hametsar… »

Pour Tachlikh, tous les invités accompagnaient le Rabbi Maharach en chantant joyeusement. Les jeunes ‘Hassidim formaient un grand cercle autour du Rabbi, de sa famille et des anciens ‘Hassidim.

Un autre moment particulier était le puisage des Mayim Chelanou. Au milieu des chants et d’une grande joie, nous descendions à la rivière. Le Rabbi Maharach plongeait lui-même le seau dans l’eau. Le lendemain, il pétrissait lui-même la pâte et en distribuait des morceaux que l’on façonnait en Matsot. Le soir, de nombreux habitants de Loubavitch se hâtaient de terminer leur Seder pour venir voir le Rabbi Maharach conduire le sien avec sa famille.

L’un des plus grands moments était Youd Tet Kislev. Le Rabbi Maharach racontait l’histoire dans ses moindres détails : la Ma’hloket avec les Mitnagdim, l’arrestation et la libération d’Admour Hazakène, et les miracles survenus tout au long de ces événements. Les ‘Hassidim disaient Le’haïm et s’empressaient même de prendre des Chirayim.

Au cours de sa dernière année, le Rabbi Maharach tomba malade ; il n’avait que quarante huit ans. D’éminents médecins furent appelés pour l’opérer, en vain, et il s’affaiblit de plus en plus. On récitait les Tehilim dans toutes les synagogues, et l’on se rendait sur les Kivrei Tsadikim. Ce Roch Hachana-là, les ‘Hassidim furent profondément abattus lorsqu’un autre que le Rabbi Maharach sonna du Chofar.

Le soir du 13 Tichri, nous apprîmes que la situation était très grave, et le lendemain il quitta ce monde. Son Arone fut fabriqué à partir de la table sur laquelle il enseignait la ‘Hassidout. La Levaya fut immense ; aucun habitant de Loubavitch n’était absent, et des ‘Hassidim parvinrent même à venir des villages voisins. On abattit un mur du Ohel, et on l’inhuma auprès de son père, le Tséma’h Tsédek.