Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement Habad, dirigé par le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson, tourna son regard vers le Maghreb pour y implanter des Talmud Torah et des Yechivot. C’est à Erfoud, sous la supervision de celui que l’on connaissait sous le nom de Baba Salei, que fut établi l’un des foyers les plus vivants de cet enseignement, rassemblant près de mille élèves. Lorsque Baba Salei quitta le Maroc pour rejoindre la Terre Sainte, c’est son propre fils, Baba Méir, qui reprit la direction de l’institution, perpétuant ainsi une œuvre familiale placée sous la bénédiction du Rabbi.
l’appel du Rabbi précédent vers le Maghreb
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que le judaïsme européen est anéanti, le sixième Rabbi, Rabbi Yossef Itshak Schneersohn (le Rabbi précédent), déploie depuis New York une énergie colossale pour reconstruire la vie juive.
En 1949 , le Rabbi précédent tourne son regard vers l’Afrique du Nord. Il est profondément préoccupé par la situation spirituelle de l’immense communauté séfarade du Maroc (qui compte alors des centaines de milliers de Juifs). Face à l’arrivée d’organisations juives laïques qui risquent d’éloigner la jeunesse de la tradition, il estime qu’il y a urgence à agir pour préserver l’éducation juive authentique.
Le Rabbi précédent envoya une missive à Baba Salei pour lui demander où et comment il serait possible d’installer des Yéchivot et des Talmud Torah Habad en Afrique du Nord. Cette correspondance marque le point de départ d’une collaboration entre le mouvement Habad et les grandes figures spirituelles du Maroc.
l’émissaire envoyé à Erfoud
Il lui fut répondu que les possibilités étaient ouvertes. Le Rabbi précédent envoya alors à Baba Salei un émissaire personnel, Rav Binyamin Gordonsky, chargé de décider avec lui des régions d’Afrique du Nord où il fallait agir et de la meilleure façon de s’y prendre, en s’engageant à suivre scrupuleusement ses directives. Baba Salei conseilla de commencer par le Maroc et la Tunisie. Interrogé sur l’Algérie, il répondit en ces termes : « L’Algérie est un pays où les forces du mal se sont installées. Aucune Yechiva qu’on y ouvrirait ne pourrait réussir. Il faut concentrer toutes nos forces sur les endroits où la sainteté réside encore, c’est-à-dire le Maroc et la Tunisie. »
le Talmud Torah d’Erfoud sous la direction de Baba Salei
Sur ces conseils, des Talmud Torah et des Yechivot de Habad furent ouverts à travers tout le Maroc et la Tunisie, chacun d’eux se développant selon les réalités propres à sa région. Mais c’est à Erfoud, où résidait Baba Salei, que l’entreprise prit sa dimension la plus considérable : le Talmud Torah de la ville rassembla, sous sa supervision directe, près de mille élèves, un chiffre exceptionnel pour l’époque et pour une localité de cette taille au cœur du Maroc oriental. Cette ampleur ne devait rien au hasard. Elle tenait à la présence même de Baba Salei, dont l’autorité spirituelle rayonnait bien au-delà d’Erfoud et attirait vers son enseignement des familles venues de toute la région.
Baba Salei ne se contenta pas de prêter son nom à l’établissement : il en assuma la direction effective, veillant lui-même à l’organisation de l’enseignement et à la bonne marche de l’institution. Cette implication personnelle donna au Talmud Torah d’Erfoud une assise à la fois pédagogique et spirituelle rare, où la rigueur de l’étude s’appuyait sur la stature d’un maître reconnu de tous. Fidèle à l’engagement pris envers le Rabbi par l’intermédiaire de son émissaire, Baba Salei plaçait cette œuvre sous le regard constant de celui qui en avait suscité la création, faisant de l’école d’Erfoud bien davantage qu’une simple institution locale : un point d’ancrage du mouvement Habad au Maroc, et le prolongement concret d’une vision née à des milliers de kilomètres de là. C’est cette structure solide, portée par la seule figure de Baba Salei, que son fils Baba Méir allait devoir reprendre à son tour.
Baba Méir, le fils qui poursuivit l’œuvre paternelle
Après le départ de Baba Salei pour Erets Israël, ce fut son fils, Baba Méir, qui continua à diriger le Talmud Torah d’Erfoud. La plupart des enseignants n’y étaient d’ailleurs nommés qu’avec l’accord conjoint du Rabbi et de Baba Méir lui-même, signe de la continuité assumée entre le père et le fils dans la conduite de cette œuvre éducative. C’est précisément ce lien filial, explicitement désigné comme tel dans les sources, qui établit que Baba Méir était bien le fils de Baba Salei : héritier non seulement de son nom et de son autorité, mais aussi de la responsabilité d’un établissement voulu par le Rabbi lui-même.
Le succès de cette première mission voulue par Rabbi précédent a servi de modèle. Elle fut rapidement suivie par l’envoi par le Rabbi du Rav Shlomo Matusof à Casablanca (qui allait diriger les institutions Oholei Yossef Itshak au Maroc). C’est sur les fondations de ce succès marocain que le Rabbi a ensuite bâti son armée mondiale d’émissaires.
















