À quoi devons-nous penser lorsque nous entendons sonner le Chofar le jour de Roch Hachana ? Entre l’image du réveil que donne le Rambam et l’enseignement plus profond de la pensée ‘hassidique, ce son porte en lui l’idée d’un couronnement, celui de D.ieu comme Roi du monde. Retour sur le sens intime de cette Mitsva et sur ce qu’elle exige de chacun d’entre nous.

 

 

Rav Shlomo Majeski / stump the rabbi

 

le son qui réveille l’âme

La question se pose chaque année à l’approche de Roch Hachana : il existe une Mitsva, un commandement, de faire sonner le Chofar, mais à quoi devons-nous penser au moment précis où résonne cette sonnerie ? De nombreuses réponses ont été apportées à cette question au fil des générations. Sur un plan très simple, le Rambam écrit que le Chofar agit comme une sorte de réveil. Il nous dit, en somme : réveillez-vous. Une année entière vient de s’écouler, et il convient de se pencher sur nos actes, sur la vie que nous avons menée, afin de raviver et de renforcer notre engagement, notre implication et notre investissement dans l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot.

le couronnement de D.ieu

Mais d’autres raisons, plus profondes, sont également données, et l’une d’elles occupe une place centrale dans les discours ‘hassidiques transmis par les Rabbeim, en particulier dans notre génération. Selon cet enseignement, la sonnerie du Chofar est liée au couronnement de D.ieu comme Roi, à une sorte d’intronisation divine. Cette idée s’appuie sur un passage de la Guemara, qui explique que lorsque nous sonnons le Chofar, nous devons avoir à l’esprit trois notions : l’une d’entre elles est la Malkhout, c’est-à-dire la royauté, le règne. Le sens en est le suivant : D.ieu nous demande, en quelque sorte, de faire sonner le Chofar, et par ce geste, nous acceptons Sa royauté sur nous.

Il en va comme pour un roi de chair et de sang. Lorsqu’un peuple désigne quelqu’un comme roi, ce processus s’appelle un couronnement. Il s’accomplit à travers l’amour que le peuple exprime envers ce roi et le désir qu’il manifeste de le voir régner sur lui. C’est précisément cela qui, en quelque sorte, donne au roi le pouvoir d’être véritablement roi, qui fait ressortir en lui le potentiel de la royauté.

Il en est de même pour D.ieu. D.ieu est Roi en toutes circonstances, indépendamment de nous. Mais le jour de Roch Hachana, nous exprimons notre amour et notre désir qu’Il soit notre Roi, et c’est par ce moyen que Sa royauté se révèle de façon plus manifeste dans le monde.

deux visages du pouvoir

Pour bien comprendre cette idée, il faut distinguer deux notions que l’on emploie lorsqu’on parle de pouvoir : la Malkhout, la royauté véritable, et la Memchala, la simple domination. Un dictateur, lui aussi, exerce une forme de pouvoir : tout le monde lui obéit. Mais cette obéissance repose sur la force brutale qu’il impose. Il n’existe là aucune relation véritable : celui qui n’obéit pas est puni, et les sujets n’ont d’autre choix que de se soumettre.

La royauté véritable, elle, est celle d’un roi qui aime son peuple, qui se soucie de lui, qui est là pour le fortifier, pour l’élever, pour faire ressortir le meilleur et le potentiel de chaque personne. Et c’est ainsi que le pays tout entier, la nation tout entière, devient complète et parfaite, telle qu’elle est destinée à être. C’est cela, la véritable royauté, et elle ne s’accomplit que lorsque le peuple accepte son roi de son plein gré, avec amour.

Si nous voulons donc faire ressortir en D.ieu cet attribut de royauté, la Malkhout, c’est en exprimant notre désir et notre amour, en voulant qu’Il soit notre Roi, que nous y parvenons.

la prière transformée

Cette idée transparaît dans la prière de Roch Hachana elle-même : toutes les bénédictions, celle du matin, de l’après-midi, du soir, celle de Moussaf, tournent autour de D.ieu en tant que Roi. Durant les dix premiers jours de l’année, du reste, nous modifions certains passages de la prière : nous ne disons plus « HaEl HaKadosh », le D.ieu saint, mais « HaMelekh HaKadosh », le Roi saint. C’est ainsi que nous devons orienter notre pensée pendant la sonnerie du Chofar : nous T’acceptons, D.ieu, comme notre Roi. Je Te consacre tout mon être, chaque fibre de ma personne, et je Te demande de révéler Ta royauté au monde entier.

vers le jour où D.ieu sera un

Et lorsque le monde entier acceptera D.ieu comme Roi, ce sera précisément le temps où viendra le Machia’h. Comme l’explique Rachi : aujourd’hui, D.ieu est notre D.ieu à nous seuls, le D.ieu d’Israël. Mais lorsque le Machia’h viendra, D.ieu sera un Roi unique et reconnu par le monde entier, ainsi qu’il est écrit : « Son Nom sera Un », car le monde entier, alors, acceptera D.ieu comme son Roi.

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