Le Beth Din rabbinique Habad de Terre Sainte a déposé une requête d’urgence pour faire cesser les travaux menés au cœur de la parcelle Habad historique de l’antique cimetière d’Hébron. Sur ce carré ‘hassidique repose la Rabbanite Menou’ha Ra’hel Slonim, de bénie mémoire, fille de l’Admour Haemtsahi et mère de la communauté Habad de la ville, dont le Tsiyoun est vénéré à ce jour. Retour sur une figure de sainteté dont la sépulture se trouve aujourd’hui menacée.

 

 

Une requête d’urgence pour arrêter les travaux

Le Beth Din rabbinique Habad de Terre Sainte a déposé devant le tribunal une requête d’urgence exigeant l’arrêt immédiat de tous les travaux de construction, de terrassement et de nivellement menés au cœur de la parcelle Habad, dans l’antique cimetière de la ville des Patriarches. Selon la requête, le conseil local de Hébron et ceux qui œuvrent à ses côtés ont réalisé d’importants travaux de terrassement, aménagé une voie d’accès carrossable sur un remblai de terre (la « rampe »), installé des caravanes et même logé sur place des familles de résidents, alors que les travaux se poursuivent en ces jours mêmes.

Avant de saisir la justice, les Rabbanim Habad et leur représentant, Rav Its’hak Dov Gelbstein, avaient multiplié les démarches auprès des instances concernées, dans un esprit de conciliation. Ces appels étant restés sans réponse et les travaux se poursuivant de manière brutale, la voie judiciaire s’est imposée.

Une parcelle chargée d’histoire

La parcelle en question est le carré achkénaze historique de l’antique cimetière juif d’Hébron, qui sert la communauté ‘hassidique de la ville depuis près de cent soixante-dix ans. Y reposent des figures majeures de la ‘Hassidout et du Yichouv juif, ainsi que des Rabbanim éminents tels le Rav Chimon Menaché ‘Haïkin et le Rav Hillel Moché Gelbstein, de bénie mémoire. Gravement profané sous la domination jordanienne, le cimetière fut restauré au prix d’immenses efforts après la Guerre des Six Jours, sous la conduite du professeur Ben Tsion Tavger, de bénie mémoire.

Qui était la Rabbanite Menou’ha Ra’hel Slonim

La Rabbanite Menou’ha Ra’hel naquit un mardi, le 19 Kislev 5559 (1798), le jour même où l’Admour Hazaken fut libéré de sa captivité. Lorsque son père, l’Admour Haemtsahi, apprit la naissance de sa fille, il déclara : « Désormais, le repos sera nôtre », et c’est ainsi qu’il la nomma Menou’ha, « le repos ». Le prénom Ra’hel lui fut donné en mémoire de la jeune fille de l’Admour Hazaken, disparue dans sa jeunesse.

Dès son plus jeune âge, la Rabbanite aspira ardemment à monter en Terre d’Israël. Un jour qu’elle était tombée malade au point que les médecins désespéraient de sa vie, son père ordonna que l’on murmurât à son oreille, en son nom, qu’elle guérirait et mériterait de monter en Terre Sainte ; aussitôt, elle se rétablit.

Une montée « entre les gouttes de pluie »

Après son mariage avec le Rav Yaakov Kouli Slonim, le couple s’établit à Loubavitch. En 5592 (1832) naquit son fils aîné, le Rav Yehouda Leib ; en 5593 (1833), son fils le Rav Levi Its’hak ; et en 5600 (1840), son fils le Rav Mordekhaï Dovber.

Sur le conseil de l’Admour le Tsema’h Tsédek, elle monta en 5605 (1845) avec sa famille en Terre Sainte et s’établit à Hébron. Au moment de prendre congé du Tsema’h Tsédek, elle lui confia sa crainte de se mettre en route à cause des pluies. Celui-ci lui répondit : « Qu’importe ? Tu voyageras entre les gouttes ! » Depuis ce jour et jusqu’à son dernier jour, pas une goutte de pluie ne tomba sur elle.

« La Bobé de Hébron », femme de prodiges

À son arrivée à Hébron, la Rabbanite y fonda la communauté Habad. Les Juifs de la ville, et même les non-Juifs, la considéraient comme une Tsadeket ; on la surnommait « la Bobé Menou’ha Ra’hel », grand-mère en yiddish, et beaucoup venaient recevoir sa bénédiction. L’Admour de Lelov, Rabbi Elazar Mendel, avait coutume de se rendre chez elle lors de ses séjours à Hébron : il se tenait debout devant elle tout au long de la visite et, avant de partir, sollicitait sa bénédiction. De nombreux récits rapportent les prodiges qu’elle accomplit, et chaque fiancée, après s’être recueillie au Caveau des Patriarches, venait auprès de la Rabbanite recevoir sa bénédiction.

Nombreux étaient aussi les voisins arabes qui venaient solliciter ses prières ; elle les bénissait de bon cœur, mais à la condition expresse qu’ils ne portent aucun tort à leurs voisins juifs. Fidèle à ce qu’elle avait reçu de l’Admour Hazaken, elle veillait scrupuleusement à ne rien répandre ni jeter de la nourriture du Chabbat, et éduquait par l’exemple à la pureté et à la propreté, répétant au nom de son grand-père et de son père : « Là où règnent la pureté et la propreté, se trouvent la Cacherout et le judaïsme. »

Ses derniers instants

Peu avant son décès, alors que sa petite-fille Mouchka Dvora se préparait à son mariage, la Rabbanite l’appela et lui dit de ne pas chercher de logement ni d’acheter quoi que ce soit pour ses noces, car elle lui offrait en cadeau son propre appartement et tout son contenu. Très peu de temps après, la Rabbanite rendit son âme et la maison passa à sa petite-fille.

À la veille de Roch ‘Hodech Chevat 5648 (1888), elle rédigea une lettre destinée à l’Admour Rachab. Elle la confia à son petit-fils, R. Zeev Dov, pour qu’il la poste, en l’avertissant de ne pas l’ouvrir. Le jeune homme, pressentant qu’elle contenait quelque chose d’important, la porta à son père, R. Yehouda Leib. En l’ouvrant, celui-ci découvrit que la Rabbanite y écrivait qu’il s’agissait de la dernière lettre qu’elle adressait à l’Admour Rachab.

Lors de sa dernière nuit, elle demanda à son arrière-petite-fille Pécha Hadassa, âgée d’environ douze ans, de ne pas dormir auprès d’elle comme à l’accoutumée, mais que ce soit plutôt la servante Zissel, âgée de quelque quatre-vingt-dix ans, qui restât à ses côtés. Au milieu de la nuit, elle réveilla Zissel et lui demanda de faire chauffer de l’eau afin de pouvoir se laver et changer de vêtements. Elle fit ensuite appeler tous les siens, tandis que ses lèvres murmuraient sans cesse des passages de prière. Dans ses derniers instants, le Rav Ephraïm HaLavan, l’un des Rabbanim de Hébron, était assis auprès de son lit ; sentant venir la fin, il voulut sortir réunir un minyan qui serait présent au départ de l’âme, mais la Rabbanite, l’esprit parfaitement lucide, lui fit signe de renoncer car il n’en aurait pas le temps, en disant : « Mes ancêtres sont ici avec moi. » Aussitôt, son âme s’éleva. Lors de sa purification, les membres de la ‘Hevra Kadicha lui demandèrent de se redresser, et elle s’exécuta.

À ses funérailles participèrent tous les Juifs de Hébron ; les enfants de la ville marchèrent devant le brancard, des bougies allumées à la main, en récitant des chapitres de Téhilim. La Rabbanite s’éteignit le 24 Chevat 5648 (1888) et repose en honneur dans la ville de Hébron.

Le Tsiyoun de la Rabbanite aujourd’hui

Son Tsiyoun, comme l’ensemble de la parcelle, fut détruit par des émeutiers arabes après les pogroms de 5689 (1929). Ce n’est que dans les années soixante-dix du siècle dernier que l’emplacement exact de la tombe fut identifié par le professeur Ben Tsion Tavger, grâce à d’anciennes photographies aériennes britanniques et à des relevés complémentaires sur le terrain. Le professeur Tavger érigea un Tsiyoun provisoire, et en 5758 (1998), à l’approche du cent dixième anniversaire de sa disparition, l’ensemble du site fut restauré par ceux qui ont renouvelé le Yichouv juif à Hébron. De nombreuses autres tombes de cette parcelle, profanées sous la domination jordanienne, n’ont toutefois pas été relevées à ce jour et attendent encore leur restauration.

C’est en 5742 (1982) que le Rav Chemouel Elazar Halperin, de bénie mémoire, avait initié le renouveau de la montée sur sa tombe le jour de son décès, après la libération de Hébron lors de la Guerre des Six Jours. Ce pèlerinage reçut la bénédiction et les encouragements du Rabbi. Depuis lors, à l’exception de l’année 5748 (1988) où il ne put avoir lieu pour des raisons de sécurité, des centaines de ses descendants et de Anach, les ‘Hassidim Habad de tout le pays, y montent chaque année, en particulier de nombreuses femmes pieuses qui affluent le jour de sa disparition comme en toute autre période. On observe même un véritable usage de donner son prénom aux filles d’Israël : des centaines, voire des milliers, le portent aujourd’hui avec fierté.

Chaque année, au jour anniversaire de sa disparition, le 24 Chevat, se tient sur place une Hiloula accompagnée d’une montée massive de ‘Hassidim Habad venus de tout le pays. Un Kollel d’Avrekhim y étudie chaque soir de façon permanente. Le lieu est ouvert et sécurisé, et l’on peut s’y rendre sans nécessité de coordination particulière. C’est également en son honneur qu’est nommée la synagogue Menou’ha Ra’hel, la plus ancienne synagogue Habad au monde, qui abrite aujourd’hui une partie des activités du Beth Habad de Hébron.

Un fondement halakhique solide

La requête s’appuie sur un large socle professionnel et halakhique. En son centre figure l’avis du Rav Yaakov Roja, membre du Conseil du Grand Rabbinat et président de la commission pour la dignité des défunts, qui a établi de manière catégorique, après une visite sur les lieux et l’examen des cartes, que le terrain est empli de tombes et relève à tous égards du statut d’un cimetière : il est donc interdit d’y aménager une voie ou d’y poser des constructions. Le Rav Roja a insisté sur la nécessité de démanteler la « rampe » jusqu’au niveau du sol d’origine. À son avis se sont joints le Beth Din Tsedek de la Edah Ha’harédit, d’autres Rabbanim, ainsi que des expertises mettant en garde contre l’atteinte à des grottes funéraires et à des tombes de différentes époques enfouies sous le tracé de la voie.

La décision du tribunal

Ce matin (dimanche), le juge a statué que les défendeurs devront déposer leur réponse d’ici mardi prochain, après quoi il sera décidé s’il convient d’émettre une ordonnance intérimaire suspendant les travaux. Les ‘Hassidim Habad expriment l’espoir que cette conduite brutale, qui porte atteinte aux tombes et au cimetière où repose la Rabbanite Menou’ha Ra’hel, sera rapidement stoppée.toppée.