La mort soudaine du sénateur républicain Lindsey Graham, survenue samedi soir à l’âge de 71 ans, a suscité une immense émotion aux États-Unis comme en Israël. Durant des décennies, il fut l’une des voix les plus puissantes du Congrès en faveur d’Israël, combattant l’antisémitisme et soutenant sans relâche le peuple juif, y compris lors de la récente campagne militaire face à l’Iran. Dans le monde Habad, on s’est souvenu ce jour-là d’une image particulière, devenue virale : celle du sénateur souriant, coiffé du chapeau noir des ‘Hassidim, au détour d’un couloir du Congrès.
Une disparition brutale qui a stupéfié Washington
Le sénateur de Caroline du Sud s’est éteint dans la nuit de samedi à dimanche à son domicile de Washington, des suites de ce que son bureau a décrit comme « une maladie brève et soudaine ». Selon les conclusions préliminaires du médecin légiste du district de Columbia, la cause du décès serait une dissection aortique consécutive à une maladie cardiovasculaire. Rien ne laissait présager ce dénouement : quelques heures plus tôt à peine, Lindsey Graham rentrait de son dixième déplacement en Ukraine, où il avait rencontré le président Zelensky, et il devait apparaître dimanche matin sur le plateau de la célèbre émission « Meet the Press ». Le président Donald Trump a révélé lui avoir parlé au téléphone samedi soir, quelques heures avant sa mort : « À part le fait qu’il était fatigué, il allait bien », a-t-il confié, avant de saluer la mémoire de « l’un des plus grands hommes et sénateurs » qu’il ait jamais connus, ordonnant la mise en berne des drapeaux à travers le pays.
Élu au Sénat en 2002 après huit années à la Chambre des représentants, Lindsey Graham briguait cette année un cinquième mandat. Président de la commission du Budget du Sénat, il fut pendant plus de vingt ans l’une des figures les plus influentes de la politique étrangère américaine, formant avec les sénateurs John McCain et Joe Lieberman le trio légendaire des « Three Amigos », partisans d’une Amérique forte face aux puissances hostiles.
La photo qui a fait le tour du monde juif
Chez Habad, c’est pourtant une image bien précise qui est remontée à la mémoire de tous en apprenant la nouvelle. Lors d’une rencontre fortuite dans les couloirs du Congrès, le sénateur croisa des membres de la famille Cunin, Chlou’him du Rabbi, et demanda à coiffer le chapeau ‘hassidique. Il posa le célèbre feutre noir sur sa tête, se fit photographier à leurs côtés avec un large sourire, et le cliché se répandit en quelques heures à travers le monde juif tout entier.
La scène, immortalisée par un collègue sénateur qui en publia la photo sur les réseaux sociaux, avait commencé de la manière la plus spontanée qui soit : apercevant le groupe de ‘Hassidim Habad en route vers un vote au Sénat, Graham les avait abordés d’un jovial « Hé, les amis, j’adore vos chapeaux ! ». S’ensuivit un échange de couvre-chefs improvisé, le baptiste du Sud arborant fièrement la mise du ‘hassid Loubavitch, pour le plus grand bonheur des photographes et des internautes.
Un ami constant des Chlou’him du Rabbi
Au-delà de ce moment resté dans les mémoires, Lindsey Graham entretint au fil des années des relations chaleureuses avec les Chlou’him du Rabbi et participa à de nombreux événements de Habad. Dans son propre État, il vint notamment s’adresser à la communauté du Beth Habad de Charleston, réaffirmant à chaque occasion son attachement à Israël et aux communautés juives. Les émissaires du Rabbi trouvaient en lui une oreille attentive et un allié sincère, toujours prêt à défendre la liberté religieuse et la sécurité des Juifs d’Amérique face à la montée de l’antisémitisme.

Un défenseur inlassable d’Israël, jusqu’à son dernier souffle
Sur la scène internationale, Lindsey Graham fut sans conteste l’un des soutiens les plus significatifs et les plus constants du peuple juif, se tenant du bon côté de l’histoire à chaque épreuve. Après le pogrom du 7 octobre 2023, il multiplia les voyages en Israël pour se tenir aux côtés de la population, dans une démonstration extraordinaire de solidarité. Plus récemment, il fut parmi les partisans les plus déterminés de la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran, plaidant avec vigueur auprès de la Maison Blanche pour une ligne de fermeté face au régime des ayatollahs, dont il avertissait qu’une position de force régionale constituerait « un cauchemar pour Israël ».
Les hommages ont afflué de Jérusalem dès l’annonce de sa disparition. « Israël a perdu l’un de ses plus grands amis. L’Amérique a perdu un grand patriote. J’ai perdu un ami cher », a déclaré le Premier ministre Binyamin Netanyahou, soulignant que le sénateur « avait compris que la sécurité d’Israël et celle de l’Amérique sont indissociables ». Le président Its’hak Herzog s’est dit « bouleversé et le cœur brisé », saluant « un phare de clarté morale et un véritable pilier du partenariat américano-israélien » : « Nous n’oublierons jamais comment il s’est tenu aux côtés du peuple d’Israël dans nos moments les plus difficiles ». Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a évoqué pour sa part « un homme au cœur immense et au charme rare », dont « le soutien à Israël et à sa sécurité était sans limites ».
Du bon côté de l’histoire
Né en 1955 dans une famille modeste de Caroline du Sud, orphelin dès sa jeunesse et devenu le tuteur de sa petite sœur, juriste militaire dans l’armée de l’air avant d’entrer en politique, Lindsey Graham incarnait une certaine idée de l’engagement américain dans le monde. Le gouverneur de Caroline du Sud, Henry McMaster, qui devra nommer son successeur provisoire, l’a qualifié d’« irremplaçable » : « Nous ne reverrons pas son pareil ».
Pour le monde juif, et pour les ‘Hassidim de Loubavitch en particulier, restera à jamais l’image de ce sénateur du Sud profond, chrétien fervent, arborant avec un sourire radieux le chapeau des émissaires du Rabbi dans les couloirs du Capitole : le symbole d’une amitié qui ne s’est jamais démentie, jusqu’au dernier jour.






