À l’approche de Guimel Tamouz, la ville mystique de Tsefat a vibré au rythme de deux Farbrenguen de préparation organisés au sein des institutions Tseirei Hachlouhim — les Jeunes Émissaires — qui accueillent chaque année des élèves venus des quatre coins du monde. Des personnalités marquantes du mouvement Habad-Loubavitch ont insufflé leur ardeur ‘hassidique à des centaines de Tmimim rassemblés pour préparer l’anniversaire du départ du Rabbi. Le séjour de ces hôtes de marque s’est conclu par un moment de recueillement d’une rare intensité, sur la tombe de Reb Israël Aryeh Leib, frère du Rabbi, qui repose dans l’antique cimetière de la cité mystique.

 

 

Deux Farbrenguen pour entrer dans l’esprit de Guimel Tamouz

C’est dans l’atmosphère chargée d’histoire et de spiritualité de Tsefat, ville des Kabbalistes et haut lieu du mysticisme juif, que les institutions Tseirei Hachlouhim ont organisé des Farbrenguen de préparation à la date emblématique de Guimel Tamouz — le 3 Tamouz, jour de Hilloula du Rabbi, commémoré chaque année par des rassemblements au Ohel à New York et dans les communautés Habad du monde entier.

À la Yechiva Ohel Mena’hem Mendel, le Farbrenguen a réuni les élèves autour du Rav Israël Chimon Kalmenson, l’un des rédacteurs et correcteurs seniors du Vaad Hana’hot belachon hakodech — le comité chargé de la transcription et de la publication des Si’hot et des Ma’amarim du Rabbi en lachon hakodech. Dépositaire d’une connaissance intime et approfondie des enseignements du Rabbi accumulée au fil de quatre décennies de labeur érudit, le Rav Kalmenson a su transmettre aux jeunes Tmimim l’essence profonde de cette date dans le calendrier ‘hassidique, les invitant à s’y préparer avec toute la ferveur et la hith’orerou requises.

 

Le Rav Israël Chimon Kalmenson : un gardien de la parole du Rabbi

La présence du Rav Israël Chimon Kalmenson à Tsefat n’est pas anodine pour quiconque connaît le monde des publications Habad. Originaire de France, il s’installa à New York pour se consacrer entièrement à une mission qui allait marquer l’histoire de la transmission de la Torah du Rabbi au monde entier.

L’aventure débute en 5741 (1981), lorsque le Rav David Feldman fonda le Vaad Hana’hot belaHaK — dont l’acronyme désigne la lachon hakodech, la langue sacrée. Jusqu’alors, les hana’hot (transcriptions) des Farbrenguen du Rabbi étaient rédigées en yiddish par le Vaad Hana’hot Hatmimim et envoyées aux communautés du monde entier. Mais les ‘hassidim d’Erets Israël, d’Europe et d’Amérique latine — hébraïsants dans leur grande majorité — peinaient à accéder à ces enseignements dans une langue qu’ils maîtrisaient. Le Rav Feldman entreprit alors de rédiger les Si’hot de chaque Farbrenguen en hébreu, dans une course contre la montre hebdomadaire : les transcriptions devaient être prêtes dès le lundi ou mardi pour être expédiées par El Al vers Erets Israël, copiées et distribuées avant le Chabbat suivant.

 

C’est à cette époque que le Rav Kalmenson rejoignit l’équipe. Son rôle inaugural : identifier les références et citations obscures que le Rabbi glissait dans ses Si’hot — versets, passages talmudiques, sources kabbalistiques — et les sourcer avec précision pour permettre leur compréhension et leur mise en contexte. Cette tâche de détective érudit, qui semblait d’abord secondaire, allait se révéler fondatrice. En 5744 (1984), une décision historique fut prise : intégrer systématiquement des notes de bas de page avec les sources complètes dans chaque volume de Torat Mena’hem. Depuis lors, pendant quarante années consécutives, le Rav Kalmenson assume cette responsabilité avec une constance et une précision remarquables, traquant chaque référence dans les profondeurs de la littérature rabbinique pour offrir aux lecteurs une lecture pleinement éclairée des enseignements du Rabbi.

Aujourd’hui, l’équipe de Lahak Hana’hot, dont il est l’un des piliers aux côtés du Rav ‘Haïm Chaoul Brook et du Rav David Feldman, a publié plus de quatre-vingt volumes de Torat Mena’hem — Hitvadouyot, couvrant l’ensemble des Si’hot et Ma’amarim du Rabbi depuis 5710 (1950). Ces volumes, qui totalisent des dizaines de milliers de pages d’un enseignement Torah d’une richesse sans précédent dans l’histoire juive moderne, sont aujourd’hui disponibles en ligne et dans les bibliothèques de communautés Habad aux quatre coins du globe. En janvier 2026, le Rav Kalmenson faisait partie de la délégation Habad reçue par le Rav de Satmar à Williamsburg — symbole éloquent du respect universel que lui valent ses décennies de service au rayonnement de la Torah du Rabbi.

À la Yechiva Gedola — la grande Yechiva de l’institution —, c’est le Rav Yossef Gorlik, Rav de la communauté Anshei Loubavitch de Crown Heights, véritable cœur battant de la ‘hassidout Habad en Amérique, qui a pris la parole. Fort de son ancrage au sein de cette communauté emblématique, le Rav Gorlik a partagé des réflexions profondes sur la signification de Guimel Tamouz et sur le lien indéfectible qui unit chaque ‘hassid au Rabbi, transcendant les limites du temps et de l’espace physique.

La Yechiva Tseirei Hachlouhim : un fleuron de l’éducation Habad à Tsefat

Les institutions Tseirei Hachlouhim de Tsefat constituent aujourd’hui l’un des pôles d’éducation ‘hassidique Habad les plus dynamiques de la Terre sainte, un établissement dont la réputation dépasse largement les frontières d’Israël. À leur tête, le Rav Chneur Zalman Kaplan, qui avait consacré neuf ans à la Cheli’hout à Montréal avant de revenir à Tsefat pour reprendre en main les rênes de la Yechiva, incarne par son parcours même les valeurs que l’institution cherche à transmettre : l’engagement total au service du Rabbi et la transmission vivante de la ‘hassidout Loubavitch. Le Rav Kaplan est réputé pour la rigueur de son enseignement, son approche pédagogique singulière et les méthodes d’étude qu’il insuffle à ses élèves avec un dévouement exemplaire.

L’institution comprend la Yechiva Ketana Ohel Mena’hem Mendel, dont la direction spirituelle est assurée par le Rav Chmouel Michoulovin. Fondée il y a cinq ans, cette Yechiva s’est imposée en très peu de temps comme l’une des plus recherchées d’Israël, saluée pour la qualité de son environnement éducatif et ‘hassidique, ainsi que pour l’investissement remarquable de ses Meshoupi’im — ses guides spirituels — auprès de chaque élève. Les étudiants, soigneusement sélectionnés et issus du monde entier, évoluent sur un campus récemment rénové, doté de nouvelles infrastructures, d’espaces sportifs spacieux et d’un cadre de vie propice à l’épanouissement intellectuel et spirituel. Des bourses généreuses sont également proposées aux familles de Chlou’him.

Pour l’année académique 5786 (2025-2026), un cap décisif a été franchi avec l’ouverture d’une toute nouvelle Yechiva Gedola Ohel Mena’hem Mendel. Placée sous la houlette du Rav Mena’hem Mendel Farkash, venu tout spécialement de New York pour en diriger le département de Nigleh — les études halakhiques —, cette nouvelle étape s’inscrit dans la vision ambitieuse portée par le Rav ‘Haïm Kaplan, Chalia’h en chef du Rabbi à Tsefat et président du comité de direction des mosdot Habad de la ville. L’objectif est de doubler les effectifs étudiants, d’amplifier encore la présence du Rabbi dans cette cité chargée de sainteté et de faire de Tsefat un pôle d’excellence Torah reconnu à l’échelle mondiale. L’équipe pédagogique de la nouvelle Yechiva Gedola réunit des figures de premier plan : le Rav Mena’hem Mendel Gopin en tant que Machpia, le Rav Yaakov Batkin comme Maggid Chi’our en ‘Hassidout, et le Rav Itamar Zilberstrom comme Machguia’h.

Une halte chargée d’émotion sur la tombe du frère du Rabbi

En chemin vers l’aéroport, à l’issue de leurs Farbrenguen, les Mashpi’im ont tenu à marquer une halte d’une profonde intensité : celle de la tombe de Reb Israël Aryeh Leib Schneerson, frère du Rabbi, qui repose dans l’antique cimetière de Tsefat — à la demande expresse du Rabbi lui-même.

Né en 1907 à Nikolaev, en Ukraine, Reb Israël Aryeh Leib fut un homme de discrétion et de profondeur, profondément attaché à la Torah et à la ‘hassidout. Durant ses années à Leningrad, il fut un guide spirituel influent pour de nombreux jeunes ‘hassidim. Dans les années 1930, il s’installa à Tel Aviv où il fonda un foyer. Les dernières années de sa vie, il résida à Liverpool, en Angleterre, où il poursuivait des études scientifiques de haut niveau — un homme de Torah et de sciences, à l’image du portrait universel que tracent les enseignements du Rabbi. Il quitta ce monde le 13 Iyar 5712 (1952), à l’âge de 46 ans, des suites d’une crise cardiaque. Le Rabbi, qui ne voulait pas retarder son inhumation, ne put se rendre à ses funérailles — geste de renoncement personnel d’une éloquence poignante, révélateur de l’immensité de son attachement à la Tsniout et au respect de la loi. À la demande du Rabbi, il fut inhumé à Tsefat, seule ville sainte d’Erets Israël alors accessible aux Juifs. Sa pierre tombale porte également une inscription à la mémoire de leur autre frère, Reb Dov Ber, martyrisé par les Nazis, que leur mémoire soit bénie.

Chaque année, au 13 Iyar, de nombreux ‘hassidim et Tmimim font le déplacement jusqu’au vieux cimetière de Tsefat pour y réciter des Michnaïot et invoquer la bénédiction divine. La présence des Mashpi’im en ces lieux, à la veille de Guimel Tamouz, revêtait une signification toute particulière : relier deux moments de mémoire et de dévotion, unir dans un même élan de prière le souvenir du frère et la commémoration du Rabbi, dans la ville où leurs destins continuent de se croiser, au-delà de toute frontière du temps.

 

R. Yisrael Aryeh Leib Schneerson, Torah Scholar and Mathematician -  Chabad.org