Trente-deux ans depuis le Guimel Tamouz 5754, la lumière du Rabbi de Loubavitch ne cesse de croître et les sources de sa Torah continuent de jaillir à travers le monde entier. Le Rav Avraham Barou’h Pevzner, Rav de la communauté Habad de Paris et éditeur des séries «’Hidouchim ouBiourim baChas» et «Hadranim al haChas», évoque les instants sublimes vécus au 770. Au fil de l’entretien, il partage des anecdotes personnelles dans l’intimité des géants de la génération et dépeint l’immersion prodigieuse du Rabbi dans la Torah, étudiée pour lui-même et diffusée aux multitudes durant toute une génération.
Ki Karov
Nous voici à l’approche du jour grand et saint, la trente-deuxième Hilloula du Rabbi. Trois décennies après son départ, la grande lumière du Rabbi ne fait que croître et resplendir, et les sources de sa Torah continuent de jaillir de toute leur force, tant vers l’extérieur que vers l’intérieur. Chaque année, des centaines de nouveaux Chlou’him partent consacrer leur vie à la réparation du monde sous le règne de D.ieu, dans le cadre de la grande œuvre de diffusion de la Torah et du judaïsme qu’a fondée le Rabbi ; parallèlement, l’étude de son enseignement torahnique foisonnant devient, d’année en année, le patrimoine de tous.
À l’approche de la Hilloula, nous nous sommes adressés au Rav Avraham Barou’h Pevzner chlita, Rav de la communauté Habad de Paris, capitale de la France, et l’un des premiers à s’être consacré à l’édition torahnique des ouvrages du Rabbi, en le priant de présenter aux lecteurs de «Ki Karov» les grandes lignes de la Torah du Rabbi, qui a laissé après lui une bénédiction.
Le Rav Pevzner est le fils du Gaon Harav Hillel Pevzner zatsal, l’un des grands Rabbanim d’Europe de la dernière génération et l’un des bâtisseurs d’un monde de Torah et de ‘Hassidout en France. Il a eu le mérite d’éditer la série «’Hidouchim ouBiourim baChas», ainsi que d’autres ouvrages tirés de la Torah du Rabbi. Dans notre entretien, il décrit dans son langage si particulier des instants sublimes vécus auprès du Rabbi, détaille les manières dont celui-ci exposait sa Torah selon les époques, et dévoile des aspects de l’enseignement du Rabbi tant dans le domaine révélé, le Nigleh, que dans la ‘Hassidout.
Là où se trouve la pensée de l’homme, là il est lui-même
Vous avez la charge de l’édition de plusieurs ouvrages réunissant les nouveautés et les exposés torahniques prononcés par le Rabbi. Nous serions heureux d’entendre parler des occasions où vous avez eu le mérite d’entendre ces paroles de la bouche même du Rabbi ; et peut-être commencerons-nous par demander : quand avez-vous commencé à étudier et à approfondir la Torah du Rabbi dans toute sa profondeur ?
Déjà lorsque j’étais assis sur les bancs de la vénérable Yéchiva Habad de Brunoy, en banlieue parisienne, j’étudiais avec mes camarades, en grande profondeur, les paroles de Torah du Rabbi qui paraissaient en ce temps-là — il y a plus de cinquante ans — et qui nous parvenaient. Nous nous plongions dans les Si’hot et investissions un temps considérable à comprendre et à clarifier chaque cheminement et chaque étape du raisonnement : sur quoi repose la question, quelle était l’hypothèse de départ et quelle nouveauté apportait la conclusion ; et c’est ainsi, par tout un processus, que nous découvrions la profondeur prodigieuse de la Torah du Rabbi.
Plus tard, je suis parti étudier de manière permanente à la Yéchiva centrale «Tom’hei Temimim» de la cour de Loubavitch, et j’ai eu le mérite de participer moi-même aux Farbrenguen du Rabbi, durant les années 5733 à 5736 (1973-1976). Ce fut une expérience absolument unique. Les Farbrenguen duraient plusieurs heures, et au cours de celles-ci, aux côtés de paroles d’éveil et d’explications selon la voie de la ‘Hassidout Habad, le Rabbi développait des raisonnements profonds et étendus, des pilpoulim. Nous, les jeunes gens et les jeunes hommes mariés, écoutions les paroles du Rabbi debout, nous efforçant d’entendre, de saisir et de ne pas perdre un seul mot. Au-delà de l’effort physique de la station debout et de l’effort intellectuel pour comprendre les Si’hot, qui embrassaient un vaste éventail de sujets, c’était aussi une expérience spirituelle profonde dans laquelle toutes nos forces étaient concentrées ; aussi, après chaque Farbrenguen, étions-nous totalement épuisés et avions-nous besoin de repos.
Les paroles que prononçait le Rabbi lors de ces Farbrenguen pénétraient en nous, les auditeurs, jusque dans les recoins de l’esprit et les profondeurs de l’âme. Non seulement les paroles d’éveil ; même lorsque le Rabbi traitait de lamdout, d’explications et de nouveautés dans toutes les parties de la Torah, les paroles étaient dites dans un esprit particulier, et tendaient toujours aussi vers un enseignement dans le service de l’homme envers son Créateur, ce qui faisait que ces paroles nous influençaient profondément.
Il y avait, lors de ces moments, des instants où l’on percevait à quel point les voies du Rabbi étaient élevées par rapport aux nôtres. Je me souviens par exemple de l’explication que le Rabbi donna à ‘Hag haChavouot 5734 (1974), au sujet de la distinction entre la définition de la Torah et celle de la prophétie et de la supériorité propre à chacune, telle qu’elle ressort avec précision du langage du Rambam (Likoutei Si’hot, vol. XIX, Choftim 3).
Le Chabbat suivant, le Rabbi poursuivit en développant ce sujet, et expliqua qu’un Juif qui avait entendu lui-même les commandements de la bouche de Moché Rabbenou portait aussi le statut de «transgresseur des paroles d’un prophète», en plus de la transgression même des paroles de la Torah.
À la fin de ces propos, le visage du Rabbi devint extrêmement grave, et il dit : la Torah est éternelle, alors quelle conséquence pratique y a-t-il à toute cette question, dès lors que «ce qui fut, fut» ? Et il expliqua, sur le fondement de l’enseignement du Baal Chem Tov «là où se trouve la pensée de l’homme, là il est lui-même», qu’un Juif peut s’élever à un niveau tel que son étude de la Torah devient à la manière d’une prophétie de la bouche de Moché Rabbenou ! Lorsque le Rabbi prononça ces paroles, tous virent comment son saint visage se transformait, comme s’il se trouvait dans un autre monde.
En règle générale, durant le Farbrenguen, le Rabbi était assis sur sa chaise, penché vers l’assistance, et ses saintes mains demeuraient constamment dissimulées sous la nappe qui recouvrait sa table, à la différence d’autres occasions. Le Rabbi accompagnait ses paroles de nombreux mouvements des mains, mais veillait à les garder sous la nappe, de sorte que l’assistance ne les voyait pas.
Durant une certaine période, ma place lors des Farbrenguen se situait au sommet de l’une des «pyramides», les parentches, sur les côtés du Beth Hamidrach, et de la hauteur où je me trouvais, sur le côté, je pouvais voir comment le Rabbi agitait les mains lorsqu’il posait une question difficile ou proposait un raisonnement.
Je me souviens comment, au Farbrenguen du Chabbat Ki Tissa 5735 (1975), le Rabbi prononça une Si’ha profonde expliquant la version de Rachi sur le ‘Houmach, dans la controverse des Tannaïm sur la manière dont on préparait l’huile d’onction : «Rabbi Meïr dit : on y a fait bouillir les racines ; Rabbi Yehouda lui dit : mais cela ne suffirait même pas à les enduire ! C’est plutôt qu’on les a fait tremper dans l’eau afin qu’elles n’absorbent pas l’huile, puis on a versé l’huile par-dessus jusqu’à ce qu’elle ait capté le parfum, et on a retiré l’huile de dessus les racines.» Le point essentiel était que le fondement de la controverse entre Rabbi Meïr et Rabbi Yehouda réside dans la question de savoir si c’est l’état présent qui est déterminant ou l’état futur ; et sur cette base, le Rabbi expliqua leurs controverses en d’autres endroits du Chas (voir Otsar Likoutei Si’hot — Ki Tissa, II : «leChitataïhou — le présent face au futur»).
Je me souviens comment le saint visage du Rabbi s’illumina, et il déclara : «pour renforcer davantage encore ce point, le Saint béni soit-Il vient en aide, et nous trouvons une autre controverse où ils suivent chacun sa propre opinion.» Soudain, tout en parlant, ses mains s’élevèrent au-dessus de la table, et toute l’assemblée vit comment le Rabbi expliquait les choses en accompagnant ses paroles de mouvements de mains enthousiastes. Ce fut la seule fois où j’eus le mérite de voir un spectacle aussi saisissant.
Ils faisaient du Talmud une balle
Vous décrivez des Si’hot riches de directions multiples : ainsi, à partir d’une explication selon le sens simple du verset dans les paroles de Rachi sur la Paracha, le Rabbi en venait à expliquer la controverse de Rabbi Meïr et Rabbi Yehouda «selon leur méthode» dans le Chas, et à partir d’une précision de langage chez le Rambam, il dévoilait jusqu’où un Juif peut s’élever dans l’étude de la Torah. Pouvez-vous donner des repères dans les manières dont le Rabbi exposait sa Torah, et y a-t-il eu en cela des époques différentes ?
La Guemara dit, à propos de Rabbi Akiva et de Rabban Yo’hanan ben Zakaï, que les périodes durant lesquelles ils s’occupèrent de Torah se divisèrent en deux : «quarante ans il étudia et quarante ans il enseigna». Or, à première vue, lorsque Rabban Yo’hanan ben Zakaï «enseignait», n’étudiait-il pas aussi pour lui-même ? De même, durant la période où il «étudiait», il n’est pas vraisemblable qu’il ait gardé sa Torah pour lui seul ; il s’occupait assurément aussi de la diffuser aux autres. Il apparaît donc que l’intention est de savoir à quoi il se consacrait principalement à un moment donné — c’est en cela qu’il y a lieu de distinguer une période d’une autre.
Si l’on nous permet de le dire, avec naturellement la prudence qui s’impose, il semble qu’il en aille de même à l’égard du Rabbi, qui s’adonna à l’étude approfondie de la Torah depuis qu’il atteignit l’âge de raison, durant toute sa vie. Mais ce qu’il écrivit, prononça et publia peut se répartir de façon générale en ces deux parties — «il étudia» et «il enseigna».
Avant d’accepter sur lui le joug de la direction, le Rabbi s’occupait de l’étude de la Torah principalement pour lui-même. Même les fois où il prit la parole en public, après que les directives de son beau-père, le Rabbi précédent, s’imposèrent à lui, les paroles de Torah qu’il prononçait étaient le plus souvent d’ordre analytique. Ces occasions étaient, entre autres, les Farbrenguen de Sim’hat Beth haChoéva destinés aux élèves des Yéchivot — un usage qu’il avait commencé alors qu’il était encore sur le sol européen.
Or, dans ces Farbrenguen, le Rabbi expliquait abondamment les subtilités des sujets de la Guemara en grande profondeur, selon la dimension intérieure de la Torah et les exposés de ‘Hassidout. Telle était aussi sa manière dans les lettres qu’il envoyait à cette époque, où il consignait par écrit ses nouveautés, ainsi que dans les notes qu’il rédigeait pour lui-même en ces jours, retrouvées dans le tiroir de son bureau après son départ ; mais même alors, le style des propos était analytique, et il s’attachait à traiter de sujets élevés au sommet du monde, que ce fût par des raisonnements profonds ou par le Drouch et la Aggada.
Toutefois, même durant la période évoquée, le Rabbi s’employa avec énergie — parallèlement à sa propre étude assidue — à de vastes actions de diffusion du judaïsme.
Après avoir échappé aux griffes des nazis et être arrivé aux États-Unis durant l’été 5701 (1941), son beau-père lui confia la direction du «Merkaz LeInyonei Chinoukh» qu’il avait fondé, ainsi que d’autres institutions ; dans ce cadre, le Rabbi s’occupa de l’édition et de la diffusion de programmes d’étude et d’une abondante littérature juive destinée à l’ensemble du peuple d’Israël, à tous les âges et en de multiples langues, et en particulier aux Juifs des États-Unis dont l’état spirituel, en raison des bouleversements de la génération, était extraordinairement déclinant.
Parallèlement, le Rabbi s’occupa de l’édition et de la publication d’écrits de ‘Hassidout profonds : il fit alors passer sous la presse des Maamarim de ‘Hassidout de l’Admour Maharach, les ouvrages de l’Admour Rachab, ainsi que les Maamarim et Si’hot de son beau-père l’Admour Rayatz. De même, il édita la série de Responsa «Tsema’h Tsedek» et le «Sdei ‘Hemed», et, entre-temps, répondait à ceux qui le consultaient en matière de Hala’ha et de Aggada.
Beaucoup de ceux qui s’approchèrent de la lumière du Rabbi à cette époque et découvrirent un aperçu de sa grandeur en Torah savaient qu’on pouvait le consulter dans toutes les domaines de la Torah.
Voici un récit que j’ai entendu moi-même du Rav ‘Haïm Zimmerman zatsal, sur ses liens avec le Rabbi en ce temps-là. Rav ‘Haïm était le neveu et le disciple de Rav Barou’h Ber Leibowitz, l’auteur du «Birkat Chmouel», à la Yéchiva de Kamenitz. C’était un génie prodigieux qui maîtrisait toutes les parties de la Torah, et il composa aussi plusieurs ouvrages : «Binyan Hala’ha» sur le Rambam, «Heʼarot ‘Haïm» sur le Ma’hane Efraïm, «Agan haSahar» sur la ligne de changement de date, et d’autres.
Avant que le Rabbi ne commençât à prendre la place de son beau-père, Rav ‘Haïm avait coutume de se rendre fréquemment au Beth Hamidrach de Loubavitch, d’entrer dans le bureau du Rabbi, qui se trouvait à proximité, et d’engager avec lui une discussion torahnique qui durait parfois sept et huit heures !
Je lui demandai un jour comment commençaient ces discussions. Il me raconta qu’il avait toujours coutume de débuter par une question de Tossafot ou du Rachba sur divers sujets, et de là, la discussion roulait déjà à travers tout le Chas.
L’un des amis du Rav ‘Haïm Zimmerman était le Rav Eliyahou ‘Hazan, l’un des dirigeants de la Yéchiva voisine «Torah veDaat». Rav ‘Haïm dit un jour au Rav ‘Hazan : si tu désires une heure de contentement en ce monde, viens avec moi au 770 pour discuter avec le Ramach (ainsi appelait-on le Rabbi avant la direction). Le Rav Eliyahou ‘Hazan se joignit à lui, et après deux heures de discussion il se tourna vers le Rabbi et Rav ‘Haïm Zimmerman et leur dit : je vous prie de m’excuser, mais je ne suis plus capable de tenir le rythme de l’ampleur et de l’érudition qui règnent ici. Il quitta la discussion, tandis que le Rabbi et le Rav ‘Haïm continuèrent encore plusieurs heures leurs échanges.
Quelque temps après que le Rabbi eut accepté sur lui le joug de la direction, le Rav ‘Haïm Zimmerman vint comme à son habitude au 770 pour échanger avec lui des paroles de Torah, mais le Rabbi n’était déjà plus libre de le recevoir comme auparavant, en raison des besoins de la collectivité qui pesaient sur ses épaules. Rav ‘Haïm se rendit donc au bureau du Rav ‘Haïm Hodakov, secrétaire du Rabbi, et lui demanda de l’introduire auprès du Rabbi pour s’entretenir avec lui. Le Rav Hodakov répondit que le Rabbi était très occupé, mais qu’il pouvait lui fixer un rendez-vous. Rav ‘Haïm, habitué à venir échanger avec le Rabbi en matière d’étude chaque fois qu’il le souhaitait, s’écria : qu’est-ce que cela ? On a pris un « Gaon Olam » et on en a fait un Rabbi ?
À ce propos, j’ai entendu du Rav ‘Haïm Zimmerman une histoire intéressante :
« Un jour, le téléphone sonna chez lui aux petites heures de la nuit («le Rabbi savait que j’étudie la nuit», dit le Rav Zimmerman avec un sourire). « Au bout du fil se trouvait le Rav Hodakov, qui me dit que le Rabbi demandait qu’il réponde à la question suivante : la définition du pikoua’h nefech englobe-t-elle uniquement le souci qu’un Juif demeure en vie, ou bien le fait de ressusciter les morts est-il aussi considéré comme du pikoua’h nefech ? J’ai répondu aussitôt qu’il s’agit d’un Tossafot explicite dans le traité Baba Metsia. Les Tossafot (114b) demandent comment il fut permis à Eliyahou, qui était Cohen, de se rendre impur pour le fils de la Chounamite, et ils répondent : il faut dire qu’il lui était clair qu’il le ferait revivre, c’est pourquoi cela lui était permis au titre du pikoua’h nefech ».
« Le lendemain, le Rav Hodakov me rappela et me dit que le Rabbi me transmettait ses remerciements et ses salutations pour la réponse. »
Nul d’entre nous ne sait tout, mais à mes yeux cette histoire n’est pas du tout simple. Il m’est évident que le Rabbi connaissait les paroles de Tossafot bien avant que le Gaon Rav ‘Haïm ne les énonçât. Mon cœur me dit qu’à la lumière des récits de prodiges immenses qui se produisirent par le mérite et la bénédiction du Rabbi, connus de tous, peut-être n’est-ce rien d’autre que le fait que le Rabbi voulait accomplir un «prodige» et ressusciter un mort, et qu’il avait besoin pour cela d’une caution et d’une décision halakhique d’un Rav — à la manière de ce qui est rapporté de plusieurs grands et justes.
Le tournant du jour où il accepta la direction
Quoi qu’il en soit, ceux qui connurent le Rabbi à cette époque antérieure à la direction témoignèrent que, malgré sa grande activité au service de la collectivité, le Rabbi demeurait encore, de manière générale, comme un homme tourné vers lui-même dans son service de son Créateur et son étude de la Torah. Aussi peut-on tout à fait affirmer qu’une nouvelle période commença dans son cheminement à partir du jour où il accepta sur lui la direction.
Durant la première décennie de sa direction — si l’on veut donner des repères, avec la prudence évoquée — le Rabbi se consacra aux actions de diffusion de la Torah et des Mitsvot. On voyait clairement qu’il ressentait une responsabilité immense de veiller sur l’ensemble d’Israël et sur chaque Juif où qu’il fût, et il s’assujettit pour ainsi dire entièrement au fardeau du peuple et cessa d’être un homme privé ; cela s’exprima dans le contenu de ses paroles publiques.
Le Rabbi se mit à éveiller son auditoire à redoubler de courage dans le combat pour une éducation cachère aux États-Unis, y compris la lutte contre l’influence du mouvement réformé et de tous ses dérivés, en particulier sur l’installation de séparations conformes à la loi dans les synagogues des États-Unis, ou même la séparation lors des mariages — choses qui n’allaient pas de soi en ces jours.
De même, il exigeait sans relâche de se consacrer à la diffusion du judaïsme et de la Torah de la ‘Hassidout et de s’occuper de rapprocher les Juifs de la Torah. Le Rabbi insista longuement sur l’exigence de ne pas négliger l’étude de la Hala’ha pratique, guida sur la manière de préserver jusqu’au moindre détail, le «petit trait du youd», et développa beaucoup le thème «qu’il n’ait pas honte devant les railleurs».
Les exposés de ‘Hassidout eux aussi, dans lesquels le Rabbi innovait des profondeurs merveilleuses, traitaient fréquemment de sujets touchant au service de D.ieu personnel de chaque Juif et à l’exigence intransigeante de se consacrer pleinement au service du Créateur, et non pas seulement aux explications profondes de la Torah Habad pour elles-mêmes.
On percevait que le Rabbi ressentait profondément la signification contraignante de son statut de dirigeant en Israël, et c’est pourquoi il agissait sans relâche dans une multitude de domaines et de sujets publics.
Outre le changement notable dans le contenu des Farbrenguen, le temps du Rabbi au cours de la semaine — hormis les moments qu’il consacrait à l’étude de la Torah pour lui-même, selon son habitude de toujours — fut de plus en plus dédié aux besoins de la collectivité.
Il commença à recevoir des personnes privées en «Ye’hidout» et à les guider chacune selon ses besoins, que ce fût en matière de service de D.ieu ou de besoins matériels. Une longue file commença à s’étirer à l’entrée de son bureau, et avec le temps s’établit l’ordre selon lequel la réception du public se tenait trois nuits par semaine, depuis les heures du soir jusqu’à l’aube, et parfois jusqu’au matin même.
De même, la quantité de lettres qui arrivaient chaque jour, avec des questions dans tous les domaines de la vie, de toutes sortes de gens et de tous les courants, allait grandissant pour atteindre des centaines et des milliers.
Dans la série «Igrot Kodech», qui continue de paraître, ont été publiées jusqu’à présent moins de la moitié des dizaines de milliers de lettres que le Rabbi écrivit durant ces années. Le Rabbi envoya aussi, de sa propre initiative, des lettres à des Rabbanim importants et à des dirigeants de communautés sur divers sujets publics d’actualité, et exploita tout moyen d’influence pour ramener encore et encore des Juifs au camp d’Israël.
Hadran ‘alakh vehadrakh ‘alan
En même temps, durant les premières années de sa direction également, le Rabbi ne cessa de publier ses nouveautés, que ce fût dans des lettres à des particuliers ou dans des notes analytiques qu’il ajoutait en marge des fascicules de ses Si’hot, bien qu’il semble que le contenu général des propos qu’il tenait en public se concentrât surtout sur des paroles de renforcement et d’éveil et sur des sujets publics d’actualité.
On peut l’illustrer par le sujet des Hadranim. Selon ce qu’écrivit l’Admour haZaken dans une lettre imprimée à la fin du Sefer haTanya — «achever le Chas chaque année, dans chaque ville, en répartissant les traités par tirage au sort ou selon le désir» —, les communautés Habad avaient coutume depuis toujours de procéder à une répartition des traités du Chas le 19 Kislev, jour de la délivrance de l’Admour haZaken, et à différentes époques on déplaça l’observance de cette coutume au jour de sa Hilloula, le 24 Tevet.
Pendant des années, avant de prendre sur lui le joug de la direction, le Rabbi avait coutume d’organiser chaque année, le 24 Tevet, un «Siyoum» sur le Chas et sur le traité Nida, et de prononcer un raisonnement profond en Nigleh et en ‘Hassidout. Le contenu de ce qu’il prononça ne s’est conservé que pour de rares années, mais pour la plupart nous savons la tenue de cet événement par les comptes rendus parus dans le recueil torahnique «haPardès» et autres semblables.
La dernière fois où le Rabbi prononça un raisonnement de ce style fut en l’an 5712 (1952). Nous disposons d’un enregistrement de ce Farbrenguen, et l’on peut entendre comment le Rabbi exposait en phrases mesurées les détails des controverses de Beth Chammaï et Beth Hillel, de Reich Lakich et Rabbi Yo’hanan dans la Guemara, puis expliquait les raisons de leurs controverses dans tout le Chas — selon que l’on suit le «potentiel» (be-koa’h) ou l’«acte» (be-foal) (Otsar Likoutei Si’hot — Metsora, VI ; et voir Otsar Likoutei Si’hot — leChitataïhou, Beth Chammaï et Beth Hillel).
À partir de là, durant la décennie qui suivit, le Rabbi expliquait au Farbrenguen du 19 Kislev la maxime «celui qui étudie des Halakhot chaque jour» qui figure à la fin du Chas, dans la voie du service de D.ieu et d’autres manières semblables, mais sans explication selon le Nigleh avec une structure de pilpoul, de questions et de réponses.
Cependant, au début de la décennie suivante, nous trouvons que lors du Siyoum du traité Erouvin que le Rabbi organisa au Farbrenguen du 20 Mena’hem-Av 5722 (1962), jour anniversaire du décès de son père, le saint Mekoubal Rabbi Lévi Its’hak zatsal, il prononça un développement sur le rapport, dans le raisonnement, entre les paroles de Rabbi Chimon concernant la loi de celui qui surprend l’obscurité hors des limites et ses paroles concernant la loi du fil qui s’est rompu, rapportées à la fin du traité (Otsar Likoutei Si’hot — Bechala’h, VI) ; et de cette manière il poursuivit aussi les années suivantes.
Nul d’entre nous ne sait au juste, mais peut-être était-ce parce que le Rabbi ressentait que les fondements de la diffusion du judaïsme et du service de D.ieu qu’il avait posés durant les premières années avaient déjà suffisamment imprégné les cœurs de ses disciples et auditeurs ; ou peut-être parce qu’il souhaitait que les paroles de ‘Hassidout atteignent les cercles des étudiants en Torah.
De fait, à partir de cette époque, nous trouvons chez le Rabbi de nombreux Hadranim qu’il prononça en public sur divers traités, dans lesquels il développait largement la partie révélée de la Torah et expliquait aussi les choses, à sa manière, selon la voie de la ‘Hassidout et du service de l’homme, et exposait le lien entre le début du traité et sa fin.
Outre les dates susmentionnées, le Rabbi commença à organiser des Siyoumim de traités en public également le 6 Tichri, jour anniversaire du décès de sa mère, paix à son âme, qui s’éteignit en l’an 5725 (1965), et plusieurs fois même au Farbrenguen de son anniversaire, le 11 Nissan, et en d’autres occasions.
À ce propos, lors de l’une de ces occasions, le Rabbi expliqua qu’il veillait à organiser un Siyoum de traité aux jours anniversaires du décès de ses parents, car il redoute la coutume rapportée par les décisionnaires de jeûner le jour de l’anniversaire, et par le moyen d’un repas de Mitsva on est dispensé du jeûne.
Quoi qu’il en soit, nous-mêmes, des Siyoumim fréquents de traités, nous apprenons combien le Rabbi s’adonna à l’étude de la Torah pour lui-même, même à l’époque où le fardeau de la génération reposait sur ses épaules dans des proportions immenses.
Un fait digne d’être noté est que, durant l’année de deuil après sa mère la Rabbanit, le Rabbi organisa un Hadran à chaque Farbrenguen qui se tint en jour de semaine, y compris le 19 Kislev et même à ‘Hag Pourim, et il précisait au préalable que «pour une raison personnelle» il devait achever un traité.
La raison en était apparemment que le Rabbi redoutait de participer à un Farbrenguen pendant une année de deuil sans qu’il fût considéré comme un «repas de Mitsva», bien qu’il existât de nombreuses permissions sur lesquelles il aurait pu s’appuyer d’emblée pour s’attabler avec l’assistance.
Une référence qui éclaira les paroles du Yerouchalmi et du Gaon de Rogatchov
Au fil de l’entretien, le Rav Pevzner évoqua une occasion où il soumit au Rabbi une question sur l’une de ses Si’hot, et où, en quelques mots, le Rabbi apporta une réponse qui jeta une lumière nouvelle sur la compréhension du Gaon de Rogatchov dans les paroles du Yerouchalmi. À notre demande, le Rav Pevzner reprit le récit de l’affaire.
Il s’agissait du Hadran sur les traités Tamid et Midot, prononcé par le Rabbi au Farbrenguen du 10 Chevat 5732 (1972), et paru en l’an 5734 (1974) après qu’il l’eut édité et corrigé de sa main. Dans ce Hadran, le Rabbi développa longuement la controverse du Rambam et du Ramban sur la question de savoir si les ustensiles du Temple constituent un détail du commandement de bâtir le Temple ou s’ils sont un commandement à part entière.
Dans l’une des notes, le Rabbi renvoya aux paroles du «Kli ‘Hemda» (Terouma, alinéa 3) et du «Tsofnat Panéa’h» (sur le Sefer haMitsvot, commandement positif 20), qui écrivent que l’opinion du Rambam est conforme à l’avis de Rabbi Meïr dans le Yerouchalmi Chekalim (ch. 4, Hala’ha 2), selon lequel «la table, la Menora, les autels et le rideau sont indispensables aux sacrifices» ; et puisqu’ils sont indispensables au sacrifice, nécessairement ils font tous partie du Temple, lequel englobe le bâtiment et les ustensiles à la fois.
Ces mêmes Geonim écrivirent encore que le Rambam adopta comme Hala’ha la distinction susmentionnée du Yerouchalmi selon l’avis de Rabbi Meïr, à savoir que les ustensiles n’empêchent pas tous les services, mais «ici dans les services accomplis à l’intérieur, là dans les services accomplis à l’extérieur».
Dans cette même note, le Rabbi souleva plusieurs questions sur ces propos, dont l’une à partir du fait que le Rambam tranche dans la Hala’ha (Hilkhot Temidin ouMoussafin, ch. 3, Hala’ha 2) que si l’autel d’or a été déraciné, on doit faire fumer l’encens à sa place, sur le sol du Heikhal — sans écrire qu’il s’agit d’une loi propre à l’encens, alors que les autres services intérieurs ne peuvent être accomplis en l’absence d’autel ; il en ressort que, selon lui, dans le service intérieur lui aussi, les ustensiles ne sont pas indispensables.
Après la parution de ces propos, je les examinai et constatai qu’à première vue cette question ne se pose que sur les paroles du «Kli ‘Hemda» : tous les commentateurs du Yerouchalmi ont expliqué l’intention de la Guemara, à savoir que, selon ces avis, les ustensiles ne sont indispensables que pour les services accomplis à l’intérieur du Heikhal, comme l’encens et l’allumage de la Menora, mais non pour les services accomplis à l’extérieur, c’est-à-dire l’offrande des sacrifices — et c’est ainsi que le «Kli ‘Hemda» a expliqué l’opinion du Rambam. Mais dans le «Tsofnat Panéa’h», à cet endroit, l’explication est inverse : selon le Rambam, les ustensiles ne sont indispensables que pour les services extérieurs, alors que pour le service intérieur ils ne sont pas indispensables !
J’écrivis à ce sujet au Rabbi, et je reçus une réponse prodigieuse : le Rabbi convint qu’en effet cette question ne porte que sur le «Kli ‘Hemda», et ajouta que non seulement cette question ne se pose pas selon le «Tsofnat Panéa’h», mais qu’«il y a lieu de dire que, au contraire, c’est là l’un des fondements de l’explication novatrice du Rogatchover, à la différence de tous les commentateurs du Yerouchalmi, selon laquelle ils ne sont pas indispensables dans le service intérieur, comme l’encens, et sont indispensables à l’extérieur, comme le sang — Zeva’him 59a».
Autrement dit, le fait que le Rambam écrive que l’on fait fumer l’encens même lorsque l’autel d’or n’est plus là, sans préciser qu’il s’agit d’une loi propre à l’encens — voilà l’une des raisons pour lesquelles le «Tsofnat Panéa’h» a expliqué que les ustensiles ne sont pas indispensables dans le service intérieur ; et de fait, ce n’est pas une loi propre à l’encens, mais tous les services intérieurs peuvent être accomplis même sans autel.
Mais le Rabbi ne se contenta pas de cela et ajouta une explication merveilleuse : quelle est la définition de l’«intérieur» et de l’«extérieur» selon l’explication du «Tsofnat Panéa’h» ; et sur la base de cette définition s’éclaire aussi la raison pour laquelle les ustensiles ne sont en effet indispensables que dans le service extérieur. L’intention n’est pas le lieu où le service est effectivement accompli, mais la définition même du service. L’encens, qui ressortit essentiellement à l’autel intérieur, est considéré comme un service intérieur, tandis que l’aspersion du sang, qui ressortit essentiellement à l’autel extérieur, est considérée comme un service extérieur — y compris s’agissant de l’aspersion du sang à Yom Kippour sur l’autel intérieur !
Et le Rabbi indiqua que la source de son explication se trouve dans les paroles de la Guemara dans Zeva’him (59a), qui sont la source de la loi selon laquelle on peut faire fumer même lorsque l’autel a été déraciné. Là il est expliqué que, concernant l’aspersion du sang, tous s’accordent à dire qu’elle doit avoir lieu sur l’autel ; sur cette base le Rabbi innova que, selon l’explication du «Tsofnat Panéa’h», c’est là la définition du «service extérieur».
Le Rav Pevzner décrit que, lorsqu’il reçut la réponse du Rabbi et l’examina, il fut saisi d’étonnement devant le génie prodigieux du Rabbi : comment, par un simple renvoi aux paroles de la Guemara, il conféra une compréhension nouvelle aux propos obscurs du «Tsofnat Panéa’h». (La réponse du Rabbi est imprimée en marge de la Si’ha publiée — Likoutei Si’hot, vol. XI, Terouma II.)
Bien des années plus tard, j’eus le mérite d’éditer deux volumes de «Hadranim al haChas», comprenant les Hadranim que le Rabbi prononça en public et qu’il corrigea aussi après coup, en y ajoutant des notes et des références.
«Un sage m’a fait remarquer»
Outre les Hadranim, le Rabbi s’occupait de toutes les parties de la Torah et y exposait régulièrement des nouveautés et des explications. Quel était l’ordre selon lequel il prononçait ces paroles lors des Farbrenguen ?
En l’an 5725 (1965), à la mémoire de sa mère, le Rabbi commença à enseigner au Farbrenguen, chaque Chabbat, des passages du commentaire de Rachi sur la Paracha selon sa méthode d’étude renommée. À partir de là, à chaque Farbrenguen, le Rabbi expliquait un ou plusieurs «Dibour haMat’hil» du commentaire de Rachi sur la Paracha de la semaine, en soulevant de nombreuses questions dans ses propos, et parfois aussi en proposant des échanges avec les divers commentateurs de Rachi.
Outre les explications sur le commentaire de Rachi et les Siyoumim de traités susmentionnés, le Rabbi avait coutume, à chacune des trois fêtes de pèlerinage, de prononcer un raisonnement en Nigleh en tant que participation au «Kinous Torah» qui se tient dans sa cour à chaque «Issrou ‘Hag», l’explication se prolongeant parfois aussi dans les Farbrenguen des Chabbatot suivants.
Au fil des années se forma une sorte de structure pour les Farbrenguen du Rabbi : une ou deux Si’hot au début du Farbrenguen étaient consacrées aux sujets du jour, à l’explication de la grandeur du jour et de l’enseignement à tirer de la date et de la Paracha de la semaine dans le service de D.ieu, sur le fondement des exposés de ‘Hassidout de nos Rabbanim.
Ensuite, le Rabbi prononçait un Maamar de ‘Hassidout, puis traitait des sujets fixes : le commentaire de Rachi sur la Paracha ; une explication dans les paroles de son père, le saint Rabbi Lévi Its’hak, dans ses écrits sur le Zohar de la Paracha de la semaine ; et après qu’il eut institué l’étude quotidienne du Rambam, il ajouta une analyse et un échange sur l’une des Halakhot du passage étudié ce jour-là. Et durant les Chabbatot de l’été, de Pessa’h à Roch Hachana, une explication sur l’une des Michnayot du chapitre hebdomadaire des Pirkei Avot.
Un groupe d’érudits, sous la direction du célèbre «’hozer», le Gaon ‘hassidique Rabbi Yoel Kahn zatsal, répétait ces propos ensemble à l’issue du Chabbat et les couchait par écrit.
La plupart de ces notes ne passèrent pas par la correction du Rabbi, sauf lorsqu’il s’agissait de propos d’une importance exceptionnelle, de directives pratiques pour l’ensemble d’Israël, de raisonnements qui parurent dans des tribunes torahniques considérées aux États-Unis, comme les recueils «haPardès» et «haMaor», ou d’une position de la Torah sur les sujets de l’heure ; ces Si’hot, le Rabbi avait coutume de les corriger une et deux fois, et y ajoutait même des références et de nombreuses notes analytiques.
En outre, bien des années durant, on éditait chaque semaine une explication que le Rabbi avait prononcée par le passé, que ce fût sur Rachi sur la Torah, sur le Rambam ou sur les sujets du Chas, et on la rédigeait sous forme d’exposé torahnique ordonné. Ces Si’hot, qui paraissaient en fascicules chaque semaine, le Rabbi les corrigeait avec une attention minutieuse, et au fil des années elles furent rassemblées dans la célèbre série «Likoutei Si’hot».
Échanger avec le Rabbi sur ses propres paroles
Dans le cadre de votre travail d’édition des Si’hot, que ce fût avant leur énoncé par le Rabbi ou plus tard lors de la préparation de ses ouvrages pour l’impression, vous est-il arrivé, à vous et à vos collègues, d’avoir un échange avec le Rabbi lui-même sur les choses qu’il avait dites ?
Les «’hozrim» officiels, ainsi que le secrétaire le Rav Yehouda Leib Gruner, paix à son âme, interrogeaient le Rabbi et vérifiaient auprès de lui certains détails régulièrement. Mais nous, sachant combien le temps du Rabbi était précieux et compté à chaque instant, nous nous efforcions au plus haut point de ne pas perturber l’ordre de sa journée ni de soulever des difficultés sur des choses déjà dites. Lorsque nous nous heurtions à un détail qui nous paraissait problématique, nous peinions à comprendre ce qui avait été dit, et c’est seulement dans les cas où nous n’y parvenions pas même après plusieurs heures de réflexion et d’étude, que nous soumettions la question au Rabbi par l’intermédiaire de l’un des secrétaires.
Je me souviens comment nous travaillâmes à l’édition du Hadran sur le traité Ketoubot que le Rabbi prononça aux Farbrenguen du mois de Nissan 5733 (1973), où il développa longuement l’opinion du Rambam sur la question de savoir s’il y aura, dans l’avenir, un changement dans l’ordre naturel du monde — le Rambam estimant qu’il y aura deux périodes aux jours du Machia’h (Otsar Likoutei Si’hot — Be’houkotaï, V).
Nous avions du mal à comprendre l’une des questions soulevées par le Rabbi au cours de l’échange, dans la conciliation des Guemarot contradictoires et la réponse du Radbaz à l’objection du Raavad. C’était un Farbrenguen tenu un jour de semaine ; nous écoutâmes l’enregistrement des propos à de nombreuses reprises, jusqu’à saisir soudain la question à laquelle le Rabbi voulait en venir, et c’est seulement après cela que nous soumîmes la note de la Si’ha à sa correction.
Il y eut aussi une autre Si’ha, expliquant le commandement du guid hanaché, prononcée au Farbrenguen de la veille de ‘Hag haChavouot 5746 (1986) avec une grande concision, et difficile à comprendre. Je consacrai plusieurs jours à écouter la Si’ha encore et encore, et finalement se réalisa en moi la promesse de nos Sages «tu as peiné et tu as trouvé» — je réussis à comprendre le cheminement des propos et à les éditer comme il se doit (Otsar Likoutei Si’hot — Vayichla’h, IV).
Il y eut bien sûr des cas où nous ne réussissions pas à comprendre par nous-mêmes les saintes paroles du Rabbi, et nous eûmes le mérite de recevoir de lui des réponses et de brèves explications qu’il inscrivait sur la feuille de questions que nous lui soumettions. L’une des fois où le Rabbi répondit à une question que moi, l’humble, avais posée, ce fut précisément après que la Si’ha eut été éditée et publiée, et sa réponse géniale à ma question fut intégrée plus tard dans le recueil des Si’hot.
En une autre occasion, j’eus le mérite que le Rabbi mentionnât publiquement une remarque que j’avais transmise par l’intermédiaire de l’un des secrétaires. C’était à propos de l’usage constant du Rabbi de proclamer, à la fin de chaque Farbrenguen, que les présents n’oublient pas de réciter la bénédiction finale, sur les aliments et le vin qu’ils avaient eus devant eux.
Vers la fin de l’un des Farbrenguen de l’an 5737 (1977), le Rabbi développa au sujet de cet usage et raconta qu’il se fonde sur ce qui est rapporté dans l’introduction au livre «Lev haIvri», à savoir que le Rama avait coutume, à l’issue de Pourim, de passer parmi les maisons et de rappeler aux Juifs de prier l’office du soir (le Rabbi ajouta avec un sourire que la chose se déduit a fortiori : s’il en allait ainsi à Cracovie, qui était à cette époque «une métropole en Israël» emplie d’érudits, et que malgré cela le Rama parcourait lui-même les maisons de la ville sans envoyer quelqu’un d’autre, à plus forte raison de nos jours faut-il éveiller sur cette question).
Après le Farbrenguen, je trouvai un usage semblable, explicite cette fois à propos de la bénédiction après le repas, dans le livre «Cheïlat Chalom» sur les Cheïltot. J’envoyai la chose au Rabbi, et au Farbrenguen de Lag BaOmer de cette même année, le Rabbi mentionna ces propos en ces termes : «Un sage m’a fait remarquer» que la chose est rapportée dans le livre «Cheïlat Chalom», «et il mérite un grand merci».
La requête sur la couverture, et la bénédiction qui ne tarda pas à venir
Vous êtes ensuite venu en Terre Sainte, où vous avez édité, à partir des paroles du Rabbi, la série «’Hidouchim ouBiourim baChas». Qu’est-ce qui vous a poussé à monter en Terre d’Israël ? À quoi étaient destinés les ouvrages «’Hidouchim ouBiourim», et bénéficièrent-ils d’une attention particulière de la part du Rabbi ?
En effet, cette série fut éditée avec des directives directes du Rabbi, et son édition s’accompagna aussi d’un «prodige» personnel qui se produisit pour moi par sa bénédiction ; mais n’anticipons pas.
Durant les années 5736 à 5738 (1976-1978), le Rabbi envoya plusieurs groupes, composés principalement de jeunes hommes mariés du Kollel de sa cour aux côtés de quelques jeunes gens encore célibataires, pour une mission spéciale en Terre Sainte. Le but de leur voyage était de renforcer les habitants de la Terre Sainte et de s’occuper de sa construction et de son développement, matériellement et spirituellement.
Bien vite, les Chlou’him occupèrent des positions-clés : certains furent nommés Rabbanim de villes, d’autres fondèrent des Yéchivot, et d’autres encore devinrent directeurs d’institutions ou Chlou’him à travers le pays. J’eus le mérite, alors que je n’étais pas encore marié, de faire partie du premier groupe de Chlou’him, et durant la première période nous établîmes notre lieu au Kollel «Tsema’h Tsedek» dans la Vieille Ville de Jérusalem.
Au début de l’an 5737 (1977), l’idée vint à quelques-uns des Chlou’him de préparer pour l’impression les nouveautés du Rabbi selon l’ordre du Chas. Le besoin en était clair : lorsqu’on avait commencé à éditer les raisonnements du Rabbi dans le cadre des fascicules hebdomadaires «Likoutei Si’hot» qui furent ensuite reliés en une série d’ouvrages, les explications avaient été rédigées en lien avec un verset ou une maxime de nos Sages se rapportant à la Paracha de la semaine, la nouveauté des propos se trouvant parfois noyée à l’intérieur de l’échange local lié à la Paracha ou dans la longueur de l’explication selon les voies du service de D.ieu.
C’est pourquoi nous vîmes la nécessité de «trier» pour ainsi dire, au sein de l’ensemble des propos, la part de nouveauté et de raisonnement torahnique, et de la présenter à l’étudiant. Ainsi par exemple, la nouveauté du Rabbi sur la loi de la combustion des graisses et des membres jusqu’à minuit selon l’avis du Rambam ne fut imprimée qu’en yiddish, noyée entre d’autres Si’hot qui la précèdent et la suivent (Likoutei Si’hot, vol. III, Tsav ; Otsar Likoutei Si’hot — Tsav, III), la majeure partie de la Si’ha publiée traitant de l’enseignement, dans le service de D.ieu, tiré de cette loi, et non du raisonnement torahnique en lui-même.
Moi-même, avec mon ami Rav Yossef Its’hak Gourevitch chlita, qui exerce aujourd’hui comme machpia à la Yéchiva Habad de Migdal haEmek, nous nous attelâmes au travail d’édition. Bien que nous n’eussions d’emblée intégré dans cet ouvrage que les propos déjà corrigés par le Rabbi, en nous efforçant de préserver le langage original, le travail demeurait lourd de responsabilité : une partie des propos fut traduite par nous en langue sainte, nous retranchâmes les parties qui ne se rattachaient pas directement aux nouveautés des sujets, et nous réorganisâmes les choses afin qu’elles se présentent selon l’ordre du Chas. En outre, comme le Rabbi avait coutume de multiplier les références et les notes d’échange concises en marge, nous reportâmes au bas de la page le texte des ouvrages auxquels le Rabbi renvoyait, afin que l’on pût aisément saisir son intention dans ces notes.
Pour garantir l’exactitude des propos, nous mîmes en place un comité consultatif et de relecture composé des Geonim ‘hassidiques, hommes de Jérusalem, Rav Zelig Feldman et Rav ‘Hananya Yossef Eizenbach zatsal, et — qu’il soit distingué pour une longue vie — Rav ‘Haïm Chalom Deutsch chlita. Leur rôle était de trancher chaque question et chaque doute et de corriger les propos que nous éditions.
Lorsque nous rendîmes compte au Rabbi du début du travail d’édition et du rôle des Rabbanim responsables, nous reçûmes une réponse avec des paroles de bénédiction ainsi qu’une directive : que l’ouvrage soit soumis à la relecture de «quelqu’un qui n’est pas ‘hassid». Il était clair que le Rabbi craignait que nous nous sentions liés à ses propos et présentions parfois des choses qui peut-être ne seraient pas pleinement compréhensibles pour le public. Avec cette réponse, nous retournâmes vers les Rabbanim que nous avions choisis. Ils pesèrent la chose et dirent que l’homme le plus apte à cette mission était le Gaon Harav Chlomo Fisher zatsal, Roch Yéchiva d’«Itri». C’était un esprit pénétrant et un érudit immense, doté d’un sens critique manifeste qui ne reculait pas devant l’expression directe de son opinion.
Au début, le Gaon Harav Chlomo ne désirait pas s’occuper de la relecture de l’ouvrage. Il craignait que ses remarques ne fussent interprétées par nous comme une atteinte à l’honneur du Rabbi et de la ‘Hassidout. De notre côté, nous lui fîmes savoir que c’était là l’exigence du Rabbi lui-même, que ce soit précisément quelqu’un qui n’est pas ‘hassid qui critique l’ouvrage, et nous ajoutâmes même que paraissent chaque jour des recueils de «Hé’arot» publiés par les Yéchivot Habad, où figurent régulièrement des questions et des échanges sur les Si’hot, tant à partir de la Guemara que du raisonnement, et que le Rabbi lui-même avait demandé à plusieurs reprises que l’on fasse des remarques sur ses propos et qu’on en débatte, selon la voie de la Torah. À l’entente de ces paroles, le Gaon Harav Chlomo accepta de se mettre à l’œuvre.
En pratique, l’essentiel des remarques du Gaon Harav Chlomo consistait en des références à d’autres endroits où les sujets avaient été traités, ou en des questions déjà soulevées sur les ouvrages qui avaient discuté ces matières dans les générations précédentes, mais nous n’eûmes pas besoin de modifier quoi que ce soit dans le corps même des propos en conséquence.
Lorsque le travail d’édition fut achevé et que nous approchâmes de l’impression, cela faisait déjà plusieurs années après mon mariage, et nous n’avions pas encore eu le mérite d’être bénis d’un enfant. À cette époque, nous envoyâmes au Rabbi deux exemplaires reliés avec soin, et j’ajoutai une sorte de dédicace au Rabbi sur la couverture arrière, y signant mon nom et celui de mon épouse avec les noms de nos mères, mon intention étant que le Rabbi nous bénisse d’une descendance vivante et durable.
J’appris ensuite du secrétaire ce qui se passa lorsqu’il présenta l’ouvrage au Rabbi : le Rabbi regarda la couverture du livre, le visage rayonnant. Puis, avant même d’ouvrir le livre lui-même, il le retourna et examina la couverture arrière, où j’avais inscrit la dédicace avec les noms. Le secrétaire me raconta que jamais il n’avait vu le Rabbi retourner un livre qui lui parvenait pour en regarder la couverture arrière avant d’en consulter d’abord le contenu. Il était clair que c’était là un regard intentionnel sur les noms que j’avais inscrits ; et de fait, quelques mois plus tard naquit notre fils aîné.
Dans l’intimité des géants d’Israël
Dans le cadre de la mission en Terre Sainte, vous faisiez partie du groupe qui s’installa d’abord à Jérusalem, où vous eûtes le mérite de rencontrer et de nouer des liens avec plusieurs des Geonim de la Torah et des géants d’Israël de la ville, et notamment d’entendre de leur bouche leur estime et leur admiration pour le Rabbi et sa Torah. Nous serions heureux d’entendre un peu parler des géants d’Israël avec lesquels vous avez eu un lien particulier.
Nous, les Chlou’him, avions un lien tout à fait singulier avec le Gaon Av Beth Din de la ‘Edah ha’Harédit, notre maître le Gaon Harav Its’hak Yaakov Weiss zatsoukal, l’auteur du «Min’hat Its’hak». Il y eut des périodes où nous étions presque comme des familiers de sa maison. Nous nous entretînmes avec lui à de nombreuses reprises de la Torah du Rabbi, et il était manifeste qu’il vénérait de toute son âme le Rabbi ; dans ses Responsa également, il rapporta plusieurs fois l’avis du Rabbi.
Les douze Psoukim et le miracle d’Entebbe
L’une des premières fois où nous rencontrâmes le «Min’hat Its’hak», ce fut à propos du détournement d’Entebbe. Peu après notre arrivée au pays, un avion qui volait du pays vers Paris fut détourné par des terroristes, et les nombreux passagers juifs qui s’y trouvaient furent retenus par eux comme otages à Entebbe, en Ouganda. La ‘Edah ha’Harédit décréta un jeûne de quelques heures en raison de la situation, ainsi qu’un rassemblement de prière spécial des enfants des écoles.
Cette année-là, le Rabbi avait choisi douze Psoukim et maximes particulières de nos Sages pour les enfants d’Israël, et il appela à les proclamer dans chaque rassemblement d’enfants comme une vertu particulière — «par la bouche des enfants et des nourrissons Tu as fondé la force, pour faire taire l’ennemi et le vindicatif». Nous pensâmes donc qu’il n’y avait rien de plus approprié que les enfants proclament, lors de ce rassemblement, ces versets précisément que le Rabbi avait choisis à cette fin.
Quelques Chlou’him, moi parmi eux, nous nous rendîmes à la demeure de l’Av Beth Din, qui nous reçut avec bienveillance malgré son emploi du temps chargé et le fait que nous n’avions pas fixé le rendez-vous au préalable.
Lorsque nous présentâmes la feuille avec les douze Psoukim et expliquâmes le contexte, l’Av Beth Din écouta nos propos avec grand intérêt et, à la fin, demanda : quelle est la «définition» des douze Psoukim — le Rabbi entendait-il que ces versets précisément possèdent une vertu particulière de protection et de salut, ou bien sont-ils comme les autres versets et paroles de Torah, le Rabbi ayant seulement choisi des versets et des maximes de nos Sages au contenu particulier de foi et d’éducation ? Nous fûmes décontenancés par la question, et l’un d’entre nous prit son courage et répondit que ces versets possèdent assurément une vertu particulière — sinon par leur contenu, du moins par le fait même qu’ils ont été choisis par le Rabbi.
Aussitôt l’Av Beth Din appela le greffier du tribunal, le Gaon Harav A. M. Breitstein, paix à son âme, et lui ordonna de convoquer le célèbre Gaon ‘hassidique Rabbi Moché Weber zatsal, l’un des notables des ‘hassidim Habad de la ville sainte. Ensemble ils se réunirent pour délibérer, tandis que nous demeurions à attendre dans l’antichambre ; et finalement le Gaon Harav A. Breitstein sortit nous annoncer que l’affaire était réglée. De fait, lors du rassemblement de prière, l’officiant récita avec toute l’assistance les douze Psoukim.
Quelques jours après le rassemblement eut lieu la célèbre «opération Entebbe», et les soldats réussirent à libérer sains et saufs la plupart des otages. Ce jour-là, nous nous rendîmes de nouveau chez le «Min’hat Its’hak», pour le remercier d’avoir introduit les versets dans le cadre de la prière ; et il s’entretint avec nous, d’humeur très exaltée, de la grandeur du miracle survenu, ainsi que de la satisfaction qu’il éprouvait du fait que, par son mérite, les versets avaient été récités. À cela il ajouta et nous pria d’envoyer au Rabbi, en son nom, la question qu’il avait soulevée quant à la définition des versets.
Nous envoyâmes la question au Rabbi le jour même. À notre grande émotion, environ une semaine plus tard, au Farbrenguen du 12 Tamouz 5737, le Rabbi consacra trois longues Si’hot à expliquer pourquoi chacun de ces versets, à lui seul, est apte à la protection et au salut de l’ensemble d’Israël et de chaque Juif. Lorsque nous rapportâmes ces propos au «Min’hat Its’hak», il s’en réjouit beaucoup et eut grand plaisir de ce que le Rabbi eût répondu à sa question de manière développée.
Le Rav Zolti et les territoires de la Terre Sainte
De même, nous eûmes le mérite d’une affection particulière de la part du Rav de Jérusalem, le Gaon Harav Betsalel Zolti zatsal. Outre sa fonction de Rav de la ville, le Gaon Harav Betsalel Zolti exerçait comme président de la Yéchiva «Yad Aharon». C’était un érudit immense, et l’on peut apercevoir un peu de sa grandeur dans les ouvrages «Michnat Yaabets» qu’il rédigea. Quelques mois après notre arrivée au pays, le Rabbi lança un appel solennel à s’occuper, durant les jours de «Bein haMetsarim», de l’étude des lois du Temple, et les Chlou’him de Jérusalem organisèrent un rassemblement avec des cours d’analyse sur le sujet. Moi-même, avec le Rav Chalom Ber Lebkowski chlita, qui dirige aujourd’hui le Kollel des Avrékhim de Kfar Habad, nous allâmes inviter le Rav Zolti à ce rassemblement.
D’une manière générale, la grandeur du Rav Zolti ne résidait pas seulement dans sa haute fonction, mais dans le fait même d’être un «Juif de Torah», à laquelle il était attaché par toutes les fibres de son âme. Plus tard, j’entendis parler de la rencontre du Rav Zolti avec le Rabbi. Ce fut lorsque le Rav Zolti se rendit aux États-Unis en l’an 5742 (1982) et rencontra le Rabbi dans son bureau.
Le secrétaire du Rav Zolti entra avec lui chez le Rabbi, et raconta que le Rabbi s’entretint avec le Rav Zolti de deux sujets : l’importance de l’étude selon la Hala’ha pratique dans le monde des Yéchivot, et il lui parla aussi de cœur à cœur sur le fait d’utiliser son influence sur les personnalités publiques pour empêcher la restitution de portions de la Terre Sainte aux mains des Arabes.
Le Rav Zolti dit au Rabbi qu’il estimait qu’il ne fallait pas céder les territoires sauf en cas de pikoua’h nefech, et il commença à débattre avec le Rabbi de la définition halakhique de la situation au pays. Le secrétaire décrivit que le Rav Zolti se mit à discuter de la question avec l’ardeur de la Torah, tandis que le Rabbi demeurait serein et apportait encore et encore des sources des décisionnaires à l’appui de ses propos, jusqu’à ce qu’à la fin de la discussion le Rav Zolti déclarât qu’il était d’accord avec ce qui avait été dit.
Il me semble que, dans ce récit aussi, nous voyons comment le Rabbi mettait de côté son génie immense et se concentrait sur son souci extraordinaire de l’ensemble d’Israël. Au lieu de s’entretenir avec le Rav Zolti de sujets plus analytiques, le Rabbi préféra l’éveiller à utiliser son influence afin d’empêcher la restitution de portions de la Terre d’Israël. Lorsque le Rav Zolti sortit du cabinet du Rabbi, il dit à son secrétaire : Rav Moché — c’est-à-dire le Gaon Harav Moché Feinstein zatsal — est le décisionnaire de la génération, et le Rabbi de Loubavitch est le dirigeant de la génération.
«Plus que ce que je vous ai lu, il y a d’écrit ici»
Pour conclure, puisque nous nous sommes réunis pour traiter de la Torah du Rabbi, on peut tout à fait dire que «plus que ce que je vous ai lu, il y a d’écrit ici», et donne au sage et il deviendra plus sage encore. Grâce à D.ieu, nous nous trouvons à une époque particulière où l’on perçoit à découvert comment se réalisent les paroles du saint Zohar «le juste qui s’en va se trouve présent dans tous les mondes plus que de son vivant», et comme l’expliqua l’Admour haZaken dans l’Igeret haKodech du Sefer haTanya, que «même dans ce monde de l’action il se trouve davantage».
L’étude et l’approfondissement de la Torah du Rabbi vont croissant — «ces paroles de Torah fructifient et se multiplient» —, et sa conduite sainte, dans un souci immense de l’ensemble d’Israël et un dévouement à chaque Juif où qu’il soit, continue d’éclairer notre chemin telle la colonne de feu qui précède le camp, jusqu’à ce que nous ayons le mérite de la délivrance véritable et complète, bientôt et de nos jours.













