Une rencontre spirituelle marquante s’est tenue à Jérusalem où le Rav Avraham Barou’h Pevzner, venu spécialement de Paris, a livré un enseignement profond sur le livre du Tanya. Centrée sur la mission des « Beinonim » dans ce monde, sa conférence a souligné la valeur de la lutte spirituelle quotidienne et l’importance des efforts constants, même imparfaits, pour faire briller le « Or Hashem », la lumière divine, dans le monde.
Lundi 14 avril 2025, premier jour de Hol HaMoed Pessa’h, un rassemblement Torah spécial s’est tenu à la synagogue 770 dans le quartier de Ramat Shlomo à Jérusalem, a attiré une foule nombreuse venue écouter la conférence fascinante du Rav Avraham Barou’h Pevzner, Rav de la communauté Habad à Paris, en présence du Rav Yossef Itshak Havlin, Rav de la communauté Habad de Ramat Shlomo, avec la participation du Rav David Meir Druckman, Rav de Kiryat Motzkin, et d’autres Rabbanim importants.
Le Rav Yossef Itshak Havlin et le Rav Avraham Barouh Pevzner
La conférence s’est concentrée sur une explication approfondie du livre du Tanya, l’ouvrage fondamental de la Hassidout Habad, et s’est focalisée sur une question essentielle : quel est le but de la descente des âmes des « Beinonim » – personnes qui ne sont ni des justes parfaits ni des méchants – dans ce monde. Le Rav Pevzner a expliqué que même si les Beinonim ne parviennent pas à transformer leur mauvais penchant en bien, ils apportent une « satisfaction » (nahat rouah) au Saint, béni soit-Il, à travers leur lutte constante.
Durant le discours, une innovation centrale a été soulignée : à partir du chapitre 35 apparaît le concept de « lumière divine » d’une manière unique, montrant que c’est précisément par l’accomplissement des commandements et un certain dévouement que la Présence divine repose sur l’homme – tant sur son corps que sur son âme. Le Rav a souligné que le Saint, béni soit-Il, n’envoie pas un Juif dans le monde pour une mission qui ne lui apporte pas de bénéfice spirituel, et que l’effort même du Beinoni, même s’il n’atteint pas la perfection, fait briller la lumière divine dans le monde.

Avec le Rav David Meir Druckman
Le message central était encourageant et profond : le travail de chaque Juif, même s’il n’est pas parfait, a une valeur immense et contribue à illuminer le monde. L’audience est sortie de la conférence avec des perspectives fortifiantes et la motivation de poursuivre le travail spirituel quotidien.
Le rassemblement s’est déroulé dans une atmosphère festive et exaltante, et a laissé une profonde impression sur tous les participants, qui ont souligné la capacité du Rav Pevzner à transmettre des idées profondes de manière accessible et inspirante.
Discours du Rav Pevzner : la « lumière divine » (Or Hashem) – Une analyse des chapitres 23 et 35 du Tanya
La Tanya, œuvre fondamentale du judaïsme hassidique rédigée par Rabbi Shneur Zalman de Liadi (l’Admour Hazaken), offre une vision profonde de la psychologie spirituelle juive. Dans cet article, nous explorons l’une des questions centrales soulevées dans le chapitre 35 : quel est le but de la descente de l’âme du « Beinoni » (l’intermédiaire) dans ce monde matériel ? Cette interrogation, apparemment simple, révèle une compréhension sophistiquée du service divin et de la relation entre l’homme et D.ieu.
Le « Beinoni » et sa lutte intérieure
Dans la classification spirituelle établie par la Tanya, le « Beinoni » occupe une position intermédiaire entre le « Tsadik » (le juste parfait) et le « rasha » (l’impie). Contrairement au Tsadik qui a transformé son âme animale en bien, le Beinoni est engagé dans une lutte perpétuelle contre ses inclinations naturelles. Il réussit à contrôler ses pensées, ses paroles et ses actions, mais ne parvient jamais à transformer fondamentalement son âme animale.
Cette situation soulève une question existentielle : pourquoi l’âme du Beinoni a-t-elle été envoyée dans ce monde pour mener un combat sans fin et apparemment sans victoire définitive ? Si elle était restée dans les mondes supérieurs, n’aurait-elle pas joui d’une connexion plus pure avec la divinité ?
La question approfondie
Si nous examinons attentivement la question posée au chapitre 35, nous comprenons qu’elle va au-delà d’une simple interrogation sur la descente de l’âme. Elle touche à une dimension fondamentale de la Hassidout : D.ieu n’envoie jamais une âme accomplir une mission sans que cette âme elle-même n’en retire un bénéfice spirituel.
La question devient alors : que gagne le Beinoni dans sa descente dans ce monde et sa lutte perpétuelle ? Le Tsadik, lui, parvient à transformer son âme animale en bien, ce qui justifie sa descente malgré la diminution de son niveau d’annulation devant D.ieu comparé à son état dans les mondes supérieurs. Mais le Beinoni, qui ne transforme jamais complètement son âme animale, quel profit spirituel tire-t-il de cette incarnation ?
La réponse : la lumière divine (Or Hashem)
La réponse apportée dans le chapitre 35 introduit un concept nouveau dans la Tanya : la « lumière divine » (Or Hashem). Contrairement au chapitre 23 qui parle de l’homme devenant une « Merkava » (merkava) pour D.ieu à travers l’accomplissement des commandements, le chapitre 35 présente une dynamique différente : D.ieu qui « réside » sur l’homme.
Cette distinction est cruciale. Devenir une « Merkava » pour D.ieu est un processus ascendant, où l’homme s’élève par son service divin à différents niveaux d’annulation de soi. Dans ce processus, le Beinoni n’atteindra jamais le niveau du Tsadik.
En revanche, la résidence divine est un mouvement descendant : D.ieu choisit de faire résider Sa présence sur l’homme qui accomplit Ses commandements, indépendamment du niveau spirituel personnel de cet homme. Cette lumière divine ne dépend pas de la transformation complète de l’âme animale, mais de l’acte même d’accomplir les commandements.
Une consolation redoublée
l’Admour Hazaken écrit que cette compréhension constitue une « consolation redoublée » pour les Beinonim. Non seulement ils sont consolés dans leur lutte perpétuelle, mais ils peuvent même se réjouir de leur situation unique.
En effet, cette lumière divine que reçoit le Beinoni par l’accomplissement des commandements est un phénomène qui n’existe que dans ce monde matériel. Dans les mondes spirituels supérieurs, malgré le niveau élevé d’annulation devant D.ieu, cette forme particulière de présence divine n’est pas accessible.
La parabole de l’huile et de la mèche
Pour illustrer ce concept, l’Admour Hazaken utilise la parabole de l’huile et de la mèche : de même que la lumière d’une bougie ne peut briller sur la mèche seule sans huile, ainsi la présence divine ne peut reposer sur le corps de l’homme (comparé à une mèche) sans les bonnes actions (comparées à l’huile).
On pourrait se demander pourquoi l’âme divine, qui est « une partie de D.ieu en haut », ne peut pas servir d’huile elle-même. La réponse est révélatrice : même les âmes les plus élevées, dans leur état spirituel, n’atteignent pas l’annulation complète requise pour la révélation parfaite de la lumière divine. Seuls les commandements, qui sont l’expression directe de la volonté divine, possèdent cette qualité d’annulation absolue qui permet à la lumière divine de se révéler sans obstruction.
Une perte partagée, un gain unique
Un point important soulevé dans l’analyse est que tant le Tsadik que le Beinoni « perdent » quelque chose dans leur descente dans ce monde : ils n’atteignent plus le même niveau d’annulation devant D.ieu qu’ils avaient dans les mondes supérieurs. Cependant, ils gagnent tous deux quelque chose qui n’existe que dans ce monde : la lumière divine qui se révèle à travers l’accomplissement des commandements.
La différence entre le chapitre 23 et le chapitre 35 devient alors claire : le chapitre 23 se concentre sur les différents niveaux de « Merkava » que les hommes peuvent atteindre par leur service divin (où le Tsadik et le Beinoni diffèrent considérablement), tandis que le chapitre 35 met l’accent sur la lumière divine qui descend sur tous ceux qui accomplissent les commandements, indépendamment de leur niveau personnel d’annulation.
Conclusion
Le chapitre 35 de la Tanya nous offre une perspective profonde sur le but de notre existence dans ce monde matériel. Même si nous sommes engagés dans une lutte constante contre nos tendances naturelles sans jamais atteindre la transformation complète du Tsadik, notre service divin attire une forme unique de présence divine qui n’est possible que dans ce monde.
Cette compréhension transforme notre perception de la vie spirituelle : le but n’est pas seulement de s’élever personnellement vers D.ieu, mais aussi de créer un espace où la lumière divine peut descendre et habiter parmi nous. La vraie réussite spirituelle ne se mesure pas uniquement à notre capacité à transformer notre nature, mais aussi à notre fidélité dans l’accomplissement des commandements divins qui attire la présence divine dans notre réalité matérielle.
La leçon du chapitre 30 est ainsi une source d’encouragement pour tous ceux qui se trouvent dans la catégorie des Beinonim – c’est-à-dire la vaste majorité d’entre nous – car elle nous assure que notre service divin, malgré ses limites apparentes, accomplit un objectif spirituel profond que même les âmes les plus élevées ne peuvent réaliser sans descendre dans ce monde.
















