Tandis que le président américain Donald Trump annonce le report d’une frappe imminente contre l’Iran en raison de négociations jugées « sérieuses », Téhéran finalise en parallèle ses préparatifs militaires pour une éventuelle reprise des hostilités. Le New York Times révèle qu’en cas de nouvelle confrontation, l’Iran envisage de lancer des dizaines, voire des centaines de missiles par jour contre les infrastructures énergétiques du Golfe. L’objectif : déstabiliser les marchés mondiaux de l’énergie et exercer une pression maximale sur l’administration Trump.

 

 

Israel Hayom

 

Une stratégie revue à la hausse : de l’endurance à l’intensité

Lors du premier round de la guerre cette année, l’Iran avait planifié une confrontation prolongée d’environ trois mois. C’est ce qu’affirme Hamidreza Azizi, expert des affaires de sécurité iraniennes à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité. Selon lui, cette doctrine avait conduit Téhéran à ménager ses stocks de missiles, afin de pouvoir soutenir des semaines d’attaques contre des cibles américaines, israéliennes et du Golfe.

Mais la donne a changé. Désormais, si la confrontation devait reprendre, l’Iran anticipe un conflit « court et intense », avec des frappes coordonnées ciblant principalement les infrastructures énergétiques. Dans ce scénario, des dizaines à des centaines de missiles pourraient être lancés chaque jour. Les champs pétroliers, les raffineries et les ports des États du Golfe figurent en tête de liste des objectifs potentiels.

Faire plier Trump par l’économie mondiale

L’ambition stratégique iranienne est claire : endommager suffisamment les marchés mondiaux de l’énergie pour accroître la pression sur Washington. Si les destructions s’avèrent particulièrement lourdes, des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït pourraient se trouver entraînés dans un conflit que leurs dirigeants cherchent pourtant à tout prix à éviter.

Cette menace est d’autant plus crédible que des révélations récentes ont confirmé que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite avaient secrètement participé à des attaques contre l’Iran lors de la dernière guerre. Téhéran perçoit notamment Abu Dhabi comme complice des opérations américaines, en raison de la présence massive de forces américaines sur son sol. Les officiels iraniens ont d’ailleurs multiplié les déclarations menaçantes à l’encontre des Émirats ces dernières semaines.

L’alliance irano-saoudienne, un mythe selon les experts

Ali Alfoneh, ancien chercheur principal à l’Arab Gulf States Institute, juge « totalement irréaliste » l’idée d’une alliance irano-saoudienne destinée à prévenir les attaques. Il souligne que la menace iranienne contre les infrastructures pétrolières du Golfe demeure l’une des principales considérations qui limitent l’intensité d’une éventuelle frappe américaine contre l’Iran. Autrement dit, la vulnérabilité énergétique du Golfe constitue, paradoxalement, un bouclier pour Téhéran.

Le détroit de Bab al-Mandab, arme de la dernière chance

L’Iran dispose d’une autre carte maîtresse : le détroit de Bab al-Mandab, qui relie le golfe d’Aden à la mer Rouge et par lequel transite 10 % du commerce mondial. Ce passage stratégique traverse un territoire contrôlé par les Houthis au Yémen, alliés de Téhéran.

Si l’Iran venait à craindre pour le contrôle du détroit d’Ormuz — sa principale voie de pression économique sur le monde —, il pourrait ordonner à ses supplétifs yéménites de bloquer simultanément le détroit de Bab al-Mandab. Une telle manœuvre aurait pour effet de diviser l’effort militaire américain sur deux fronts maritimes distincts, compliquant considérablement toute réponse coordonnée de Washington.