La Mitsva de compter le Sefirat HaOmer est inscrite dans la Torah et s’étend sur quarante-neuf jours, du lendemain de Pessa’h jusqu’à la veille de Chavouot. Si cette Mitsva concerne au premier chef les hommes, les femmes ont coutume de la pratiquer également, et des règles précises en régissent chaque aspect. Ce cours détaille les lois fondamentales de la Sefira : le moment où elle doit être accomplie, les cas d’oubli, les situations de doute, et les nombreuses subtilités que tout fidèle doit connaître pour honorer cette Mitsva dans les meilleures conditions.

 

Rav Yekutiel Farkash

 

Deux volets d’une même Mitsva

Dans le cours précédent, nous avons abordé le premier grand volet des lois du Compte de l’Omer : les comportements propres aux jours de la Sefira — ce qui est permis, ce qui est interdit, et toutes les règles qui s’y rattachent. Le présent cours se concentre sur le second volet : la Mitsva du compte elle-même. Quelles en sont les lois ? Que se passe-t-il en cas d’erreur ou d’oubli ? Ces deux volets correspondent d’ailleurs à deux paragraphes distincts du Choulhan Aroukh : le premier, au siman 489, traite de la Mitsva du compte proprement dite ; les suivants, quelques simanim plus loin, traitent des comportements liés aux jours de Sefira.

La Mitsva du Compte de l’Omer est explicitement mentionnée dans la Torah : « Ousfartem lakhem » — « Vous compterez pour vous-mêmes. » Le verset est connu de tous : à partir du lendemain du Chabbat de Pessa’h, on compte sept semaines complètes, soit quarante-neuf jours, pour arriver au cinquantième jour, qui est Chavouot. Selon la tradition des Midrashim, rapportée par les Rishonim, le sens profond de ce compte réside dans l’impatience ardente qu’éprouvait le peuple d’Israël à l’idée de recevoir la Torah au mont Sinaï. Sachant que tel était le but de la sortie d’Égypte, ils comptaient chaque jour comme on compte les jours avant un événement extraordinaire et désiré de tout cœur.

Les femmes et la Mitsva du compte

La Mitsva du Compte de l’Omer est une Mitsva liée au temps (Mitsva chehazman gramah) : elle s’applique à des jours précis, et non à l’année entière. En principe, les femmes sont exemptées de telles Mitsvot. En pratique, cependant, la coutume établie veut que les femmes aussi comptent le Sefirat HaOmer, par souci de hiddour — d’embellissement de la Mitsva — même si elles n’en sont pas obligées de droit.

Il importe de clarifier un point souvent mal compris : le Compte de l’Omer n’est pas lié à la prière d’Arvit (la prière du soir). Dans les sidourim et dans l’ordre habituel des offices, la Sefira apparaît certes après la prière du soir, mais il ne s’agit que d’un ordre de convenance. Une femme qui n’a pas le temps ou la possibilité de prier Arvit — en raison d’enfants en bas âge, d’obligations domestiques ou d’autres empêchements — peut et doit quand même compter l’Omer. Il suffit de s’arrêter quelques secondes, à n’importe quel moment de la nuit, et de prononcer : Baroukh Ata… » suivi de la formule du jour. La Mitsva est accomplie, et l’on peut reprendre ses occupations.

La décision de l’Admour Hazaken : pas de travaux lourds avant de compter

L’Admour Hazaken tranche qu’aussi longtemps que l’on n’a pas encore compté le Sefirat HaOmer, il est interdit d’effectuer des travaux lourds. Il en découle une conséquence pratique importante : une femme qui ne compte pas se trouve potentiellement dans l’interdiction d’effectuer tout travail de ce type — lessive, travaux ménagers importants — jusqu’à l’aube. C’est pourquoi l’Admour Hazaken recommande que les femmes comptent en tout état de cause. Ainsi, pour récapituler : les femmes sont exemptées de droit, la coutume est de compter, ce compte est indépendant de la prière du soir, il peut s’effectuer en trente secondes, et ne pas compter expose à une interdiction de travaux pour toute la nuit.

Le moment de la Mitsva

Comme pour toute Mitsva, on s’empresse de l’accomplir sans tarder (zerizout). Le moment idéal pour compter est le début de la nuit. Toutefois, la Mitsva reste valable jusqu’à l’aube : passé ce moment, il n’est plus possible de compter avec une bénédiction (bracha).

Les hommes, qui sont obligés de compter, doivent savoir qu’à partir d’une demi-heure avant le coucher du soleil — moment à partir duquel l’heure du Compte de l’Omer approche — il leur est interdit de commencer quoi que ce soit susceptible de les entraîner et de leur faire manquer la Mitsva. Le Choulhan Aroukh est explicite : à partir d’une demi-heure avant le coucher du soleil, il est interdit de commencer un repas important ou de consommer une quantité substantielle d’aliments de type mezones (patisseries), jusqu’à ce que l’on ait compté. En revanche, boire est permis. Il est également interdit d’entreprendre une tâche longue susceptible de faire oublier la Mitsva.

Que se passe-t-il si l’on a commencé à manger avant le coucher du soleil, même par inadvertance dans cette demi-heure ? On n’est pas tenu d’interrompre le repas : on peut le terminer, puis compter. En revanche, si quelqu’un a commencé à manger après le coucher du soleil, il est obligé d’interrompre son repas dès qu’il s’en souvient et de compter avant de poursuivre.

Le gardien (Chomer) pour ne pas oublier

Un homme qui rentre du travail affamé et se trouve dans la demi-heure avant le coucher du soleil peut demander à sa femme, à sa mère ou à toute autre personne de lui rappeler de compter l’Omer avant qu’il ne l’oublie. Ce « gardien » (chomer) est efficace pendant la demi-heure précédant le coucher du soleil. Après le coucher du soleil, les autorités halakhiques sont divisées quant à son efficacité. Selon la lecture de l’Admour Hazaken au siman 489, paragraphe 17, le gardien ne serait plus efficace après le coucher du soleil, une fois que l’obligation de compter est entrée en vigueur.

Oubli la nuit : compter le jour sans bénédiction

En pratique, dans les synagogues, cet oubli ne se produit pratiquement jamais : le hazzan récite la Sefira à voix haute lors de la prière d’Arvit, et tout le monde compte avec ferveur. Mais pour celui qui prie chez lui, l’oubli peut survenir. Si l’on se rappelle le lendemain matin qu’on a oublié de compter la nuit précédente, que faire ?

La réponse est claire : on peut et on doit compter pendant la journée, mais sans bénédiction. La bénédiction sur le Compte de l’Omer ne s’applique qu’à la nuit, jusqu’à l’aube. Une fois le jour levé, on compte sans bracha — on prononce la formule complète du jour, mais sans la bénédiction préliminaire. Cette Sefira diurne sans bracha préserve la continuité du compte pour toute la saison.

Le crépuscule (Bein Hashmashot) : une zone de doute

Le Bein Hashmashot — littéralement « entre les deux luminaires » — est la période comprise entre le coucher du soleil et l’apparition des étoiles. Halakhiquement, ce moment est safek yom safek laïla : il est incertain s’il s’agit encore du jour ou déjà de la nuit. Les Mitsvot dont le moment est diurne doivent être accomplies avant le Bein Hashmashot ; celles qui sont nocturnes doivent attendre la sortie des étoiles.

Que se passe-t-il si l’on a oublié de compter toute la nuit et tout le jour, et que l’on s’en souvient seulement au Bein Hashmashot — après le coucher du soleil mais avant la sortie des étoiles ? On compte sans bénédiction. La question est de savoir si l’on peut reprendre le compte avec bénédiction les nuits suivantes. Les autorités sont divisées. L’auteur du Hilkhot Shlomo, chapitre 11, cite des raisons valables pour permettre de continuer à compter avec bénédiction dans ce cas. La position retenue est que même si l’on n’a compté qu’au Bein Hashmashot du jour manqué, on peut continuer à compter avec bénédiction les nuits suivantes.

Avoir manqué un jour entier : compter sans bénédiction

Si l’on a complètement oublié de compter un jour — ni la nuit, ni le jour — et qu’on s’en souvient la nuit suivante, la règle du Choulhan Aroukh est sans ambiguïté : on continue à compter, mais sans bénédiction, quelle que soit la raison de l’oubli — inadvertance ou volonté délibérée. La raison en est que la Torah exige « Cheva Chabot Temimot » — sept semaines complètes. Dès qu’un jour manque, la complétude (temimout) n’est plus assurée. On continue néanmoins à compter, car certains décisionnaires estiment que chaque nuit est une Mitsva en soi et que manquer un jour ne ruine pas le compte des autres nuits.

Il est rapporté au nom de grands Hassidim qu’ils continuaient à compter avec bénédiction après avoir manqué un jour. Certains livres évoquent cette pratique. Cependant, le Rabbi — le Rabbi de Loubavitch — a insisté à plusieurs reprises sur la décision du Choulhan Aroukh, et dans notre communauté, la règle est de compter sans bénédiction dès lors qu’un jour a été manqué.

Le doute : a-t-on compté ou non ?

Que se passe-t-il si une personne ne sait plus avec certitude si elle a compté la nuit précédente ? Elle se souvient d’avoir pensé à compter, mais ne se rappelle pas si elle l’a effectivement fait. Dans un tel cas de doute, elle peut continuer à compter avec bénédiction les nuits suivantes. Le principe général en halakha est safek berakha lehakel : en cas de doute sur une bénédiction, on est indulgent.

Si elle se souvient de ce doute pendant la journée, il est préférable de compter sans bénédiction pour s’assurer de la continuité. Même si elle ne le fait pas, elle peut continuer les nuits suivantes avec bénédiction, en s’appuyant sur les décisionnaires qui estiment que le doute ne compromet pas la suite du compte.

Ne pas perdre la bénédiction : se faire libérer par un autre

Quelqu’un qui se trouve dans la situation de ne plus pouvoir faire la bénédiction — parce qu’il a perdu un jour — ne doit pas pour autant se priver de toute bénédiction. Les décisionnaires indiquent qu’il peut demander à un autre de prononcer la bénédiction à voix haute, l’écouter et répondre Amen, puis compter lui-même. Le principe est celui de Chomea ke’oneh — « celui qui écoute est comme celui qui prononce » — lorsque l’on a l’intention d’acquitter son obligation par l’écoute.

Cependant, deux restrictions importantes s’appliquent :

Premièrement, une femme ne peut pas acquitter l’obligation d’un homme. Puisque les femmes sont exemptées du Compte de l’Omer — et que leur propre compte est un acte volontaire — elles ne peuvent pas libérer de son obligation un homme qui y est tenu.

Deuxièmement, et pour la même raison, une mère ne peut pas acquitter l’obligation de son fils — même un garçon mineur ayant atteint l’âge d’éducation (Hinnoukh) — par sa propre récitation. Car le garçon est obligé de droit rabbinique (miderabanan), et une femme exemptée ne peut libérer quelqu’un d’une obligation, fût-elle rabbinique. La mère peut acquitter l’obligation de sa fille, mais pas celle de son fils.

La bénédiction ne bloque pas la Mitsva

Un principe fondamental : la bénédiction ne conditionne pas la Mitsva elle-même. Quelqu’un qui a soufflé dans le Chofar à Roch Hachana, ou lu la Meghila, sans prononcer la bénédiction préliminaire, a néanmoins accompli la Mitsva. Il en est de même pour le Compte de l’Omer : compter sans bénédiction est valable après coup (bediavad). Ce n’est pas l’ordre idéal — l’ordre requis est de bénir, puis de compter — mais si cela s’est produit, la Mitsva est accomplie.

Prononcer le compte par inadvertance avant la bénédiction

Le Choulhan Aroukh met en garde contre une situation fréquente et délicate : si, après le coucher du soleil (ou dès le Bein Hashmashot), l’on prononce la formule du jour avant d’avoir récité la bénédiction, on ne peut plus bénir pour cette nuit.

L’exemple typique : un ami vous demande « quel jour sommes-nous dans l’Omer ? » Vous répondez « aujourd’hui c’est le 28e jour ». Si cet échange a eu lieu après le coucher du soleil, vous avez déjà compté — même sans avoir eu l’intention de vous acquitter de la Mitsva — et vous ne pouvez plus réciter la bénédiction ce soir-là. Dans ce cas, il faut demander à quelqu’un d’autre de bénir à voix haute et de vous libérer par votre écoute et votre Amen.

Le Choulhan Aroukh recommande de commencer à être vigilant dès le Plag Hamincha — une heure et quart de temps relatif avant le coucher du soleil. À partir de ce moment, il vaut mieux éviter de mentionner le numéro du jour de l’Omer. En cas de nécessité, on peut dire : « Hier c’était le 24e jour », laissant ainsi entendre que ce soir sera le 25e, sans avoir prononcé la formule du jour.

Si l’on a quand même dit le chiffre, mais sans avoir prononcé le mot « aujourd’hui » (hayom), on peut encore bénir cette nuit-là. La mention du chiffre seul, sans le mot « aujourd’hui », ne constitue pas un compte au sens halakhique.

Répondre « oui » à une question sur le compte

Une subtilité importante : si quelqu’un vous demande « aujourd’hui c’est bien le 28e jour de l’Omer ? » et que vous répondez « oui », vous n’avez pas compté — ni l’un ni l’autre. Celui qui a posé la question l’a formulée comme une interrogation, et vous n’avez répondu que par une confirmation. Les deux peuvent donc encore compter avec bénédiction. En revanche, si l’un de vous dit explicitement « aujourd’hui c’est le 28e jour » et que l’autre répond « oui » en acquiesçant pleinement, il y a matière à discussion — répondre « oui » à une déclaration peut être assimilé à une adhésion équivalant à avoir prononcé soi-même les mots.

La position debout et la connaissance du jour

Le Compte de l’Omer doit être accompli en position debout, comme le déduisent les décisionnaires du verset « Ousfartem lakhem ». Être debout signifie ne pas s’appuyer sur quelque chose de telle sorte que, si ce support disparaissait, on tomberait. Un léger appui qui ne conditionne pas l’équilibre du corps n’est pas considéré comme une véritable position allongée.

Avant de réciter la bénédiction, il faut savoir quel jour on va compter. L’Admour Hazaken précise, en ses propres termes, que l’on doit bénir en sachant ce sur quoi on bénit : si l’on ne connaît pas le numéro du jour, on ne sait pas sur quoi on bénit. En pratique, en synagogue, cela ne pose pas de problème car le hazzan indique le jour. Chez soi, il est courant qu’un proche aide à rappeler le jour — cela est tout à fait permis.

Ne pas interrompre entre la bénédiction et le compte

Il ne faut pas interrompre le compte entre la bénédiction et la récitation de la Sefira — ni par la parole, ni même par le silence. Si, après avoir béni, on entend un ami réciter la bénédiction et que l’on veut répondre Amen, on ne le fait pas. En revanche, si l’on a béni mais pas encore compté, et que l’on n’a pas parlé de sujets étrangers à la Sefira, on peut encore compter normalement avec sa bénédiction.

Durant la bénédiction elle-même, il est formellement interdit de faire quoi que ce soit — même une tâche légère. Lorsqu’on s’adresse au Saint béni soit-Il en disant Baroukh Ata Hachem, c’est un moment d’exclusivité devant D.ieu, et non le moment de s’occuper d’autre chose.

Corriger une erreur dans le compte

Si l’on a compté un mauvais jour, on peut se corriger à condition de le faire immédiatement (tokh kédei dibbour). On prononce la formule correcte, et la Mitsva est accomplie. Si l’on s’est rendu compte de l’erreur plus tardivement en entendant les autres compter un autre chiffre, on compte à nouveau le chiffre exact. Doit-on aussi répéter la bénédiction ? La Michna Broura l’exige, mais selon l’Admour Hazaken, il semble que l’on n’ait pas besoin d’une nouvelle bénédiction — la Sefira corrigée suffit.

Compter sans mentionner les semaines

Si l’on a oublié de mentionner les semaines dans la formule — par exemple en disant « aujourd’hui le 12e jour de l’Omer » au lieu de « aujourd’hui le 12e jour, soit une semaine et cinq jours de l’Omer » — on a néanmoins accompli la Mitsva après coup (bediavad). Il est toutefois recommandé, si l’on s’en souvient à temps, de répéter la formule complète sans bénédiction.

Compter en abréviations ou en lettres hébraïques

Une question délicate se pose : si l’on a dit, par inadvertance, « aujourd’hui Lamed-Guimel » au lieu de « aujourd’hui trente-trois jours » — notamment le jour de Lag BaOmer — a-t-on compté ? Les décisionnaires sont partagés. C’est pourquoi, à l’approche de Lag BaOmer, avant d’avoir compté, il faut éviter de dire aux enfants « aujourd’hui c’est Lag BaOmer, allons aux feux de joie ! » La prudence s’impose.

Conclusion

Que ces jours de Sefira soient empreints d’une authentique préparation spirituelle. Comme nous l’avons évoqué lors du cours précédent, ce sont des jours qui exigent une Ra’hamim — une miséricorde divine particulière — afin que nous arrivions à Chavouot dans la force et la joie, en méritant pleinement la réception de la Torah.

Amen veAmen.