Ce texte est la traduction intégrale du discours prononcé par le Rav Yossef Its’hak Gourevitch lors du Farbrenguen de Youd Aleph Nissan 5786 organisé au 770 de Ramat Shlomo. Le 11 Nissan, jour de naissance du Rabbi, n’est pas seulement une date inscrite dans le calendrier ‘hassidique — c’est une révélation sur le lien intime et personnel que chaque âme juive entretient avec le judaïsme. C’est la Rebbetzin ‘Hanna, mère du Rabbi, qui dévoila pour la première fois en 1947 que ce jour était celui de la naissance de son fils, ouvrant ainsi une compréhension nouvelle de ce que représente la venue au monde pour chaque être humain. En ce Youd Aleph Nissan, nous rendons grâce au Saint béni soit-Il pour avoir fait descendre l’âme du Rabbi parmi nous, conscients de l’héritage infini qu’il nous a transmis et qui continue de façonner chaque génération.
La révélation du Youd Aleph Nissan
Hodou laChem ki tov, ki le’olam ‘hassdo — Rendons grâce à D.ieu car Il est bon, car Sa bonté est éternelle.
Chacun d’entre nous rend grâce au Saint béni soit-Il pour avoir fait descendre l’âme du Rabbi en ce monde. Nul n’a besoin qu’on lui explique ce que cela représente, ce que cela lui apporte, ni pourquoi son cœur l’y pousse naturellement. Nous remercions tous, d’un même élan, que le Rabbi soit avec nous.
C’est la mère du Rabbi, la Rebbetzin ‘Hanna, qui révéla pour la première fois que le Youd Aleph Nissan était le jour de naissance de son fils. Après vingt ans de séparation — imposée par la Seconde Guerre mondiale et les persécutions soviétiques — le Rabbi et sa mère se retrouvèrent à Paris en 1947. La Rebbetzin ‘Hanna, au terme d’années d’exil et d’épreuves en Union soviétique, avait enfin franchi la frontière et gagné l’Occident. Elle arriva dans la capitale française aux alentours de février-mars 1947 et s’installa chez son parent, le Rav Chneur Zalman Schneerson, qui l’accueillit chez lui.
Le Rabbi, apprenant que sa mère était à Paris, quitta New York aux alentours de Pourim et traversa l’Atlantique en avion — ce qui constitua, selon tous les témoignages, l’unique fois de sa vie qu’il emprunta ce moyen de transport. Les retrouvailles eurent lieu dans un appartement parisien, au terme d’une séparation de vingt ans — certaines sources évoquent vingt-deux — que la guerre, les frontières soviétiques et l’exil avaient rendue inévitable. Le Rabbi demeura en France près de trois mois, le temps de régler les formalités administratives et de préparer le voyage de sa mère vers les États-Unis, lui rendant régulièrement visite et s’entretenant longuement avec elle.
Le 28 mai 1947, ils embarquèrent ensemble à bord du paquebot Queen Elizabeth, quittant la France le 9 Sivan en direction de New York. Un détail mérite d’être souligné : la date d’entrée du Rabbi avec sa mère aux États-Unis était le 27 Sivan — exactement la même que celle de son arrivée en Amérique avec la Rebbetzin en 1941. Ainsi, en 1941 comme en 1947, le Rabbi entra aux États-Unis le 27 Sivan : la première fois avec son épouse, la seconde avec sa mère. Ce n’est pas ici le lieu d’approfondir la signification de cette date — le Rabbi a prononcé des Si’hot bien connues sur ce jour, lié à la diffusion de la ‘Hassidout et à la septième génération.
Or, la nuit du 11 Nissan 1947, un ‘Hassid qui rendait régulièrement visite à la mère du Rabbi — il y avait alors à Paris un minyan restreint de ‘Hassidim — s’entretenait avec elle. La veille du 11 Nissan, elle lui demanda : « Est-ce que les ‘Hassidim font un Farbrenguen aujourd’hui ? » Il crut qu’elle parlait du 13 Nissan — Hilloula du Tsema’h Tsedek — et lui répondit par la négative. Alors la mère du Rabbi dit simplement : « C’est le jour de naissance de mon fils. » Voilà comment, pour la première fois, on sut que le Youd Aleph Nissan était le jour de naissance du Rabbi.
Le Hayom Yom et l’entrée secrète du Youd Aleph Nissan
Le Rabbi a publié la brochure que nous connaissons tous : le Hayom Yom. La démarche est connue — le Rabbi précédent avait confié au Rabbi la responsabilité de composer ce recueil. Et les paroles émouvantes qu’il prononça, avant même que le Rabbi ne se mette à l’œuvre, sur ce que doit être la personne capable de composer un tel ouvrage, avec les maximes adaptées à chaque jour de l’année, recèlent des choses stupéfiantes. C’est en 1943 que cette mission fut confiée.
Ce recueil contient des maximes et des sentences pour chaque jour — une œuvre extraordinaire en soi. Il y a le Rav Zelikson, qui connaît bien ce sujet : il a publié le Hayom Yom en le reliant à chaque jour selon la Paracha de la semaine, puis avec la leçon quotidienne du Rambam, lorsque le Rabbi institua le Chiour Yomi. Il raconta un jour qu’il avait écrit au Rabbi pour lui faire part de ses difficultés à saisir le lien entre la leçon quotidienne du Rambam — qui change d’une année à l’autre — et la maxime du jour. Le Rabbi l’encouragea à persévérer. Et le Rav Zelikson dit, barou’h Hachem, qu’il réussit à trouver pour chaque jour des correspondances stupéfiantes. Le Rabbi ne lui avait pas dicté quoi écrire — mais il est certain que des secrets et des révélations que nous ne soupçonnons pas encore sont enfouis là.
Voici ce qui est remarquable : c’est à la date du Youd Aleph Nissan qu’apparaissent pour la première fois, dans le Hayom Yom, les règles de conduite propres au jour de naissance. Jusqu’alors, on ne savait pas vraiment comment marquer un anniversaire ni quelles en étaient les coutumes. C’est donc là, dans cette entrée précise, que le Rabbi établit pour les ‘Hassidim les directives relatives à ce jour : la retraite médititative, et tous les autres détails qu’il y précise.
Ce qui est frappant — et je n’ai entendu personne le souligner explicitement — c’est que le Rabbi a publié cette brochure en 1943, à une époque où personne ne savait encore que le 11 Nissan était son jour de naissance : nous venons de le rappeler, ce n’est qu’en 1947 que cela fut révélé. Réfléchissons-y un instant : quel serait le moment le plus approprié pour écrire sur la signification du jour de naissance pour l’ensemble du peuple d’Israël ? On pourrait penser à Roch HacHanna — anniversaire du premier homme, âme universelle — ou à d’autres dates de portée collective. Mais le Rabbi choisit quelque chose qui lui appartient en propre — son anniversaire personnel — et y inscrit, à cette date précise, un enseignement qui concerne l’ensemble du peuple d’Israël pour toutes les générations.
Ainsi, quiconque veut savoir comment vivre son propre anniversaire reçoit du Rabbi, depuis 1943, une réponse implicite : ouvre le Hayom Yom à la date de mon jour de naissance. Le Rabbi n’y écrit nulle part que c’est le sien — mais aujourd’hui nous le savons. Et c’est là que se trouve la réponse : la signification du jour de naissance se révèle au moment où l’on se connecte personnellement à celui du Rabbi.
Nous sommes tous des Habad’nikim, et le Rabbi l’a dit à maintes reprises : les Habad’nikim cherchent à comprendre par la raison. Nous ne pouvons pas tout saisir — mais nous pouvons au moins nous y efforcer autant que possible.
La signification du jour de naissance selon la tradition Habad
L’accent mis sur la signification du jour de naissance commence dans le mouvement Habad avec le Rabbi précédent. Chez le Rabbi, cet accent a pris un élan redoublé pour chaque individu en particulier.
Jusqu’en 5730 (1970), la pratique était la suivante : chacun écrivait au Rabbi deux semaines avant son anniversaire — ceux qui habitaient hors de New York envoyaient une lettre, demandant une bénédiction — et le Rabbi répondait personnellement, quel que soit l’âge du destinataire, à partir de treize ans. Chaque anniversaire donnait lieu à une lettre de bénédiction, écrite séparément pour chaque individu. Le Rabbi signait de son nom « Schneerson » — cette écriture manuscrite que tout le monde reconnaissait. C’est à cette mesure que se calibrait l’attention que le Rabbi accordait au jour de naissance.
Pour ceux qui vivaient à New York, la pratique était d’entrer en Ye’hidout. Dès treize ans — dès la Bar-Mitsva, on venait avec la famille — chaque jeune homme avait la possibilité d’être reçu pour son anniversaire. En fonction du calendrier des Ye’hidout du Rabbi, ce n’était pas toujours la date exacte, mais la possibilité existait. Voilà l’importance que le Rabbi conférait à ce jour.
La première Si’ha sur la signification du jour de naissance
La première fois que le Rabbi aborde ce sujet dans ses Si’hot — d’après ce que l’on sait, sans prétendre à une connaissance exhaustive du corpus — se trouve dans les Liqouté Si’hot, dans le tome dix-sept, en appendice : un Farbrenguen de Youd Bet Tamouz 5703 (1943). C’est une Si’ha élaborée dans laquelle le Rabbi développe longuement la question : que doit-on apprendre ? Que doit faire une personne en son jour de naissance ? Pourquoi précisément à Youd Bet Tamouz ? Parce que ce jour est célèbre comme jour de la délivrance du Rabbi précédent — mais on mentionne moins souvent qu’il est aussi son jour de naissance. C’est ainsi que la signification du jour de naissance est abordée pour la première fois à cette occasion.
Le Rabbi pose alors la question centrale : quelle est la joie que l’on célèbre le jour de sa naissance ? Avant la naissance, nous dit le Talmud, l’enfant dans le ventre maternel est parfaitement installé : il mange ce que sa mère mange, boit ce qu’elle boit, sans froid ni chaud, sans rien qui le trouble — nourri et protégé avec une précision parfaite selon ses besoins. Après la naissance, à première vue, commencent toutes les difficultés : il pleure, il a chaud, il a froid, il a faim, il est rassasié. Chaque mère dont l’enfant vient de naître sait à quel point il faut s’en occuper. Et en grandissant, commencent les relations sociales, les confrontations avec ses aptitudes et leurs limites, les succès et les échecs. La question se pose donc avec acuité : quelle est la joie du jour de naissance ?
Le Rabbi répond en citant le Talmud : « Un homme préfère un kav de ce qu’il a fait par lui-même à neuf kavim donnés par son prochain. » L’homme valorise davantage ce qu’il a obtenu par ses propres forces — même peu — que ce qui lui a été offert gratuitement, même en abondance. C’est là la nature humaine.
Il est intéressant de noter que c’est ici, pour la première fois dans les Si’hot du Rabbi, qu’apparaît une observation sur pourquoi le Talmud formule la chose en termes de neuf kavim et un kav — ce qui fait ensemble dix. Le Rabbi précise que cela touche au but de la création : « Ve’assou li miqdach ve’chakhanti be-tochom » — faire une demeure en bas. Les dix forces de l’âme correspondent exactement à la signification intérieure du sujet. Chaque terme du Talmud porte une signification précise : ce n’est pas par hasard que les quantités sont ainsi formulées.
Le Rabbi dit ensuite : le Saint béni soit-Il a établi dans la nature qu’un homme préfère un kav de son propre travail à neuf kavim reçus d’autrui. Et pourquoi a-t-Il ainsi constitué la nature humaine ? Parce que le but de la création est que le Saint béni soit-Il ait une demeure ici-bas — dans toute la réalité de ce bas-monde, avec ses limites, ses aspérités, la singularité irréductible de chaque individu. C’est là que se révèle et se noue le lien avec D.ieu.
C’est pour cela que l’homme porte en lui cette nature. Et voici l’essentiel que le Rabbi énonce alors : lorsqu’une personne naît, quelle nouveauté se produit ? Elle devient indépendante. Avant, dans le ventre maternel, elle était incluse dans un autre, dépendante de lui. À la naissance, elle devient un être autonome. Et voilà le mérite unique, sans équivalent, du jour de naissance : D.ieu lui confère cette indépendance — la possibilité que, par ses propres forces, elle accède à tous les accomplissements et à toutes les élévations pour réaliser le dessein de la création.
Avant cette Si’ha, nulle part dans toute la bibliothèque sacrée on n’avait formulé que la signification du jour de naissance réside dans le fait de devenir indépendant. C’est là la joie : être capable par soi-même. Et chacun n’a pas besoin d’être comme l’autre — c’est avec ses propres accomplissements, ses propres limites, ses propres talents, son propre caractère, que chacun accomplit ce que le Saint béni soit-Il attend de lui. Voilà la joie du jour de naissance.
Le Hayom Yom : une mission reçue d’en-Haut
La brochure du Hayom Yom fut composée au cœur de la Shoah, au point culminant de l’horreur. Il est impossible de décrire ce que vivaient ceux qui la traversaient : le désespoir, la dépression, le deuil, l’épuisement, la désolation. Le monde entier était ébranlé d’un bout à l’autre. Et du côté du peuple d’Israël, la souffrance était indicible.
Le Rabbi ne se tournait pas vers le Saint béni soit-Il pour s’interroger à voix haute sur ce qui se passait. Il n’exprimait pas ouvertement ses revendications. Mais il exprimait ce que vivait chaque individu. Il circule en ce moment une feuille hebdomadaire d’histoires personnelles. Celle de la semaine raconte un certain Levin d’Australie qui décrit sa première Ye’hidout chez le Rabbi. Il traversait une épreuve — son père était décédé alors qu’il était encore jeune. À un moment, il dit au Rabbi : « Rabbi, je veux que le Machi’ah vienne, que je retrouve mon père et que je le serre dans mes bras. C’est l’unique chose. » Submergé par l’émotion, il perdit connaissance. Le Rav Groner entra — le Rabbi avait fait signe — et le releva. Il vit alors que le Rabbi était assis à sa table et s’essuyait les yeux : le Rabbi avait pleuré. Levin commença à s’excuser. Et le Rabbi lui dit : « Tu n’as pas besoin de t’excuser. J’ai été très touché d’entendre ce qu’est le fond du cœur d’un Juif : l’unique chose qu’il ressent, c’est qu’il attend le Machi’ah pour retrouver son père. » Voilà ce qu’était le Rabbi.
On rapporta au Rabbi, en quelque sorte, qu’il allait devoir entrer dans un monde sortant de la Shoah, de cette descente abyssale, pour le relever, le rebâtir, et éveiller chez chaque Juif son lien au judaïsme depuis le tréfonds de son âme. Et on lui demanda d’en-Haut ce qu’il devait faire. Et on lui dit : « Écris, dans le journal quotidien, à la date du Youd Aleph Nissan, qu’il y a un jour de naissance. Le jour de naissance, c’est l’état dans lequel chaque Juif devient indépendant — capable de révéler ses forces intérieures, non pour y ajouter quelque chose de nouveau, mais pour les faire émerger — afin qu’il sente son lien avec le judaïsme comme quelque chose de personnel, d’intime, de lui-même. » Voilà ce que le Rabbi reçut.
Le Rabbi accepta — qui peut le savoir vraiment ? Mais nous voyons à quel point il gardait secrètes les choses qui lui étaient personnelles. La première fois qu’on l’entendit parler de lui-même en disant « si je suis Rabbi » : c’était lorsqu’une femme lui dit, pendant la distribution du dollar : « Rabbi, nous comptons sur toi — c’est vous qui amènerez le Machi’ah pour nous. » Et le Rabbi lui répondit : « Si je suis Rabbi, alors je dis que chacun et chacune doit faire ce travail… » C’est la première fois qu’il parla publiquement de lui-même en ces termes.
On se souvient également d’une prise de position publique du Rabbi à l’occasion d’une attaque qui lui était adressée. Il dit : « S’il me touche, qu’il sache qu’il touche le trône. Et le trône, c’est le Rabbi précédent qui s’est sacrifié. Et le Rabbi précédent, c’est le Maharach. Et le Maharach, c’est le Tsema’h Tsedek. Et le Tsema’h Tsedek, c’est l’Admour Haemtsaï. Et l’Admour Haemtsaï, c’est l’Alter Rebbe. Et l’Alter Rebbe, c’est le Maggid. Et le Maggid, c’est le Baal Chem Tov — jusqu’au trône céleste. » C’est dommage que ce soit à cette occasion que le Rabbi ait évoqué ces sujets — mais c’est là la mesure de sa discrétion ordinaire.
Ce que le Rabbi a accompli, en revanche, est visible à tous : tout Juif qui entend une histoire du Rabbi, étudie une Si’ha, un maamar, s’engage dans ses missions — ressent que cela fait partie de lui-même, non quelque chose d’extérieur imposé de l’extérieur. Il le ressent avec joie.
Et le voici clairement : notre génération, les jeunes gens d’aujourd’hui, valent plusieurs fois ce que valaient les jeunes gens d’il y a trente, quarante, cinquante ans. Dans les missions, dans l’étude, dans le lien aux Si’hot et aux maamarim du Rabbi, il y a aujourd’hui des jeunes admirables. C’est l’influence directe du Rabbi sur notre génération.
Ce qui nous revient en ce Youd Aleph Nissan — et c’est l’essentiel — c’est de remercier le Saint béni soit-Il pour le jour où l’âme du Rabbi descendit parmi nous. Et en ce qui nous concerne personnellement : le Rabbi exige — et en même temps accorde et donne : « Sois lié à moi, accomplis mes demandes — dans l’étude du Nigla, dans l’étude de la ‘Hassidout, dans les missions — et tu sentiras que le judaïsme est ta réalité propre, non quelque chose qui s’ajoute à toi. »
Un fait historique sans précédent : les lettres générales du Rabbi
Il y a quelque chose à quoi nous nous sommes habitués — le Rabbi nous y a habitués — et qui est devenu si familier que nous en avons perdu le sens de la nouveauté. Dans toute notre histoire, depuis le Baal Chem Tov jusqu’aux Admourim de Habad, jamais un dirigeant n’avait lié des sujets qui lui étaient personnels à l’ensemble du peuple d’Israël, ni ne s’était tourné vers lui de cette façon. Au début, c’était deux fois par an — avant Roch HacHanna et avant Pessa’h — que le Rabbi publiait une lettre générale, dont l’en-tête portait : « À mes fils et mes filles d’Israël, en tous lieux où ils se trouvent. »
Dans l’histoire du peuple juif, cela représentait quelque chose d’extraordinaire : l’un des grands d’Israël s’adressant à l’ensemble du peuple par une lettre ouverte. Nous avons perdu le sens de la nouveauté — dans les dernières années, ces lettres se sont multipliées à l’occasion des événements. La dernière lettre, véritablement liée à la situation actuelle en Terre d’Israël et à la guerre — les miracles que le Rabbi y signale, à quel point il convient d’y prêter attention — est pertinente, moment par moment, à la situation présente.
Jusqu’en 5707 (1947), le Rabbi écrivait dans ses lettres générales : « À nos frères d’Israël. » À partir de 5707, pour celui qui voudra vérifier, la formule changea : « À mes fils et mes filles d’Israël en tous lieux où ils se trouvent. »
Voici une histoire personnelle à ce sujet. Hospitalisé à la suite d’une opération, dans les jours de Séli’hot, près de Roch HacHanna, un Chabbat, un homme vint rendre visite — il était hospitalisé dans la même chambre, portant une kippa tricotée à l’ancienne. Il demanda si l’on avait le journal du Chabbat — Maariv ou Yédiot A’haronot. Il sourit et dit : « Je savais, en te regardant, que tu n’étais pas lié à ces journaux. Mais je cherche simplement la lettre générale du Rabbi de Loubavitch — elle était généralement publiée dans Maariv ou Yédiot A’haronot avant Roch HacHanna. Je pensais que tu l’avais achetée pour la lire. »
Il était d’un kibboutz — Kibbutz Haroé, ou quelque chose de ce genre. Et il dit : « Mon lien avec lui est ancien. Mais je te dis une chose : il ne se passe pas un seul Roch HacHanna ni un seul Pessa’h sans que je lise la lettre générale du Rabbi. Ce que le Rabbi y écrit sur le sens des fêtes — je n’ai rien trouvé de comparable dans aucun livre. La lettre n’est certes pas longue, mais elle est dense, et elle touche chacun au plus juste. En tout cas, moi, j’en prends quelque chose pour ma vie. C’est pour cela que je cherche cette lettre. » Chimon Peletz — tel était son nom. Un homme rencontré simplement dans une chambre d’hôpital. Et combien d’autres comme lui, certainement.
Depuis cette rencontre, les lettres générales ont été traitées différemment. On y avait toujours prêté attention dès l’entrée dans Habad — mais d’une façon bien plus intense après avoir entendu cet homme.
Les maamarim liés aux anniversaires du Rabbi
Tout cela est lié au jour de naissance. Lorsque le Rabbi atteignit l’âge de cinquante ans, il prononça un maamar sur ce sujet — avec la même discrétion qui le caractérisait. Dans les années qui suivirent, lors du Chabbat correspondant, le Rabbi citait dans ses maamarim de Pessa’h un verset du chapitre de Tehilim de l’année, d’une façon particulière et délibérée. Nulle part dans les écrits de Habad on ne trouve pareil exemple : des sujets liés à son propre jour de naissance débouchant sur un enseignement destiné à l’ensemble du peuple d’Israël. Et le Rabbi ne s’en cachait pas — il enseignait, il donnait des directives.
Lors du Chabbat Mévorakh de cette année-là, le Rabbi dit deux maamarim. Le premier portait sur la différence entre 70 et 80 dans le service divin. Le second avait trait à la prophétie — ceux qui l’ont étudié s’en souviennent. Le Rabbi nous associait aux sujets qui lui étaient personnellement liés pour les relier à l’ensemble du peuple d’Israël. Quant aux lettres générales du Chabbat Mévorakh : le Rabbi les concluait toujours en lien avec la Guéoula et le Machi’ah, tissant ce lien avec le verset du chapitre de Tehilim qu’il avait commencé à réciter cette année-là.
Les dix Chlou’him en Terre d’Israël et le Farbrenguen de Youd Aleph Nissan
Nous sommes en 5717 (1957). Le Rabbi avait envoyé cette année-là dix Chlou’him en Terre d’Israël. C’était à la suite de l’attaque terroriste à Kfar Habad, dans laquelle avaient été tués quatre jeunes étudiants et un moniteur — que D.ieu venge leur sang. Le Rabbi envoya ces dix Chlou’him pour fortifier le mouvement Habad et ses villages en Terre d’Israël. Ils y séjournèrent moins de trois semaines, visitèrent tous les établissements de Habad et tinrent des Farbrenguen, conformément aux instructions du Rabbi.
Parmi eux se trouvait un homme que l’on appelait David Cho’hat — que D.ieu venge son sang. Ce Chabbat de 5717, son fils allait se marier en hiver. Il y eut une célébration du Chabbat ‘Hatan chez le Rav Gronus — son beau-père — qui n’était pas ‘Hassid de Habad mais un Yeke, lié au Rav ‘Hazakov. Après la prière, le père de Cho’hat — l’un des dix Chlou’him qui s’étaient trouvés en Terre d’Israël l’année précédente — s’approcha du Rabbi et lui demanda s’il allait faire un Farbrenguen. C’était un Chabbat matin, l’heure ne s’y prêtait pas vraiment, et le Rabbi hésita. Alors le père de Cho’hat dit au Rabbi : « Mais en Nissan, les Nessi’im donnent leurs offrandes ! » — allusion aux douze princes d’Israël dans le désert, dont chacun apporta son offrande en Nissan. Le Rabbi sourit et accepta. Et il fit alors un Farbrenguen tout à fait particulier.
Le Rabbi dit d’abord la Si’ha connue — que l’on trouve au début des Liqouté Si’hot — concernant les cinq voix. Une Si’ha profonde, fondamentale, qui éclaire des sujets de ‘Hassidout n’ayant pas été abordés auparavant de cette façon. Ensuite, le Rabbi dit un maamar. Ce maamar, prononcé lors du dernier Chabbat avant le Youd Aleph Nissan de l’année 5717, s’ouvrait par les mots : « Padah be-Chalom nafchi — Il a racheté mon âme en paix. » Le Rabbi avait commencé, avant 5717, à réciter le chapitre cinquante des Tehilim — qui s’achève sur Padah be-Chalom. C’est donc sur ces mots que le Rabbi ouvrit ce maamar.
Et dans ce maamar apparaît une expression que le Rabbi n’avait jamais mentionnée auparavant dans ses traités : « Ki Rabbim — car nombreux sont ceux qui ont besoin de moi. » Pourquoi le Saint béni soit-Il s’occupe-t-Il de moi ? disait le roi David — parce que je suis lié aux multitudes, et les multitudes ont besoin de moi pour que je les aide. C’est pour cela que Padah be-Chalom nafchi.
L’année dernière, en rencontrant le frère du Rav David Cho’hat — que D.ieu venge son sang — le Rav Ezra Cho’hat, Roch Yéchiva de Los Angeles, qui se trouvait en Terre d’Israël pour Pessa’h, il acquiesça avec vivacité en rappelant que le Rabbi avait dit Ki Rabbim. La question se pose : pourquoi le Rabbi mentionna-t-il cela à ce moment précis ? Parce que tout ce Farbrenguen avait été déclenché par le père de Cho’hat qui s’était approché du Rabbi et lui avait demandé de faire un Farbrenguen. Lorsque l’on demande au Rabbi — cela éveille le lien avec lui de façon plus manifeste. C’est pour cela que le Rabbi mentionna dans le maamar : Ki Rabbim ont besoin de lui — la multitude a besoin de lui, et c’est cela le Padah be-Chalom.
Ce qui nous revient donc aujourd’hui, en ce Youd Aleph Nissan : éveiller et lier — Rabbi, nous avons besoin de toi, ici-bas, dans ce monde. Même si le lien — ce que le Rabbi a accompli — est sans manque pour chacun et se manifeste jour après jour, quoi qu’il arrive. Le Rabbi est lié à nous, et ce qu’il a pris sur lui — amener la Guéoula, se révéler à nous ici-bas, nous sortir de l’exil — demeure vivant et présent.
Le Youd Aleph Nissan et l’hommage à la mémoire d’un père
En ce Youd Aleph Nissan, voici une histoire liée au respect dû à son père. Ce père — que son âme repose en paix — a vécu quatre-vingt-douze ans. Il est décédé le premier jour de Pessa’h 5768 (2008). Dix-huit ans se sont écoulés depuis.
À l’époque, il habitait encore à Paris — dans la banlieue, où il dirigeait le Beth Rivkah. Pour Pessa’h, il se rendait à Lyon — troisième ville de France — où habitait son fils aîné Chemouel, Chalia’h du Rabbi depuis plus de quarante ans, qui a accompli là de grandes et nombreuses choses et continue d’œuvrer. Que D.ieu lui accorde une bonne santé et de bonnes années. Ce père se rendit seul chez son fils — la mère, que son âme repose en paix, était décédée avant 5760 (2000). Il y fit un Farbrenguen avec les proches de son fils pour le Youd Aleph Nissan, le soir. Ce fut la dernière fois qu’il parla publiquement et raconta l’histoire de sa vie, comment il s’était lié à Habad. Le premier jour de Pessa’h suivant, il retourna à D.ieu. C’est pour cela que cette histoire mérite d’être racontée — pour son honneur et en souvenir de lui — car elle est aussi liée à Nissan, au Youd Bet, à Pessa’h.
Il avait dix-neuf ans. À Berditchev, en 5698 (1938) — il y a quatre-vingt-huit ans — une Yéchiva clandestine du Rabbi précédent fonctionnait dans la clandestinité la plus totale. Ce jeune homme de dix-neuf ans y étudiait. On les prit sur le fait — au milieu d’une étude, d’un Farbrenguen. Il était avec son maître, le Rav Choubs — que son âme repose en paix. Il existe même une photographie, publiée il y a vingt ans, de tous ces jeunes gens photographiés en prison. Il fut condamné à un an de détention — en camp — pour avoir enseigné de jeunes enfants, avec en sus une année de travail forcé en Sibérie.
Lorsque s’approcha Pessa’h, il comprit que personne ne s’occuperait de lui pour les matsot. Il décida de s’organiser seul. Chaque matin, on apportait à manger aux détenus : de l’eau chaude, deux morceaux de sucre, deux tranches de pain, et une écuelle de soupe. Voilà toute la nourriture pour la journée.
Il commença à réfléchir à Pessa’h. Il avait entendu que le sucre apportait à lui seul suffisamment d’énergie. Deux semaines avant Pessa’h, il commença à échanger avec les détenus non-juifs : il leur donnait ses deux tranches de pain, et eux lui remettaient leurs deux morceaux de sucre. Il accumula ainsi une réserve en prévision des huit jours de fête.
Et ainsi ce fut — mais il commit une erreur. Chaque jour, à Pessa’h, lorsque le distributeur de rations arrivait, il lui renvoyait sa part en disant qu’il n’en avait pas besoin. Ce qu’il ne savait pas, c’est que le distributeur avait rapporté au bureau principal qu’un détenu refusait de manger et semblait vouloir mettre fin à ses jours. En Russie soviétique, à cette époque, c’était inadmissible : tu veux mourir ? Tu n’en as pas le droit. Une autorité supérieure décidait de ta vie — pas toi.
On le convoqua au bureau principal. Un fonctionnaire lui demanda pourquoi il refusait de manger. Il répondit : « C’est Pessa’h. Je suis un Juif observant, et il m’est impossible de manger du ‘Hamets. » Le fonctionnaire, déjà irrité du fait qu’il avait maintenu l’observance du judaïsme auprès de jeunes enfants, entra dans une grande colère. Il ordonna qu’on lui apporte une écuelle de soupe chaude. Il plaça le jeune homme devant lui, prit une cuillerée et la présenta à sa bouche pour le forcer à avaler. Il ferma les lèvres. Le fonctionnaire fit venir deux gardes : l’un tenant chaque bras, le troisième lui bouchant le nez — pour le contraindre à ouvrir la bouche.
Il fit tout ce qu’il put pour maintenir les lèvres serrées. Mais à un moment, il dut inévitablement respirer — et lorsqu’il ouvrit la bouche, le souffle qui en sortit avec force projeta tout le contenu de la cuillère sur le visage du fonctionnaire. Ce n’était pas intentionnel. Mais c’est ainsi que cela se passa. Le fonctionnaire entra dans une fureur indescriptible. Il réclama un kantchik — un fouet aux lanières de cuir, des plus douloureuses. Il ordonna au jeune homme de se mettre face au mur, releva sa chemise, et commanda au garde de frapper de toutes ses forces. Les coups tombèrent sans pitié. Si l’on avait eu de l’eau, cela lui aurait arraché toute la peau.
À un moment, il perdit connaissance et tomba. On le releva et le ramena dans sa chambre. On ne lui força plus rien dans la bouche.
Ce père — qui vécut jusqu’à quatre-vingt-douze ans, valide jusqu’à son dernier jour — porta sur son dos, toute sa vie, les marques de ces coups reçus à dix-neuf ans. Elles ne disparurent jamais.
Et non seulement il ne mangea pas — il ne but pas non plus. Deux jours avant Pessa’h, il avait vu passer des seaux contenant des grains — du blé, semble-t-il — et n’en avait pas bu une goutte d’eau.
Il y a deux mois, cette histoire fut racontée dans un certain contexte. Il y avait là un médecin qui dit : « Écoute, ne pas manger huit jours — c’est possible, à la limite. Mais ne pas boire une seule goutte d’eau pendant huit jours — c’est médicalement impossible. C’est même plus grave que de ne pas manger. » La réponse fut la suivante : « Autant que je connaissais mon père — il n’était pas menteur. Il parlait avec précision jusqu’à son dernier jour. Si mon père a dit qu’il n’a pas bu une goutte d’eau, je le crois sur parole. Comment cela s’accorde avec la médecine — je ne sais pas. Trouve une explication ; moi, je n’en ai pas. Mais c’est ainsi que ce fut. »
À l’issue de Pessa’h, passé le mi-jour, on le convoqua à nouveau aux interrogatoires. Alors qu’il passait devant des seaux d’eau, la seule vue de l’eau fit vaciller sa tête — tant il n’avait rien mis dans la bouche depuis huit jours — et il tomba. Il se permit alors de boire, à l’issue de Pessa’h, passé le mi-jour — pour ne pas paraître dans le plus grand dénuement pendant la fête elle-même.
Après cela, il s’interrogea — non seulement à Lyon, mais aussi personnellement dans la famille : un garçon de dix-neuf ans, seul, sans personne à ses côtés — d’où lui était venue cette force ? Car le danger de mort était réel, au sens le plus littéral. Et la Hala’ha est claire : il y a trois interdits pour lesquels on donne sa vie — l’idolâtrie, les relations interdites, et le meurtre. Pour tout le reste, en danger vital, on est autorisé à manger du ‘Hamets à Pessa’h. Il le savait. Et il ne mangea pas. Il ne calcula pas. Il ne s’assit pas avec le Choulhan Arou’h pour peser le permis et l’interdit. Pour lui, c’était absolu, une décision totale : du ‘Hamets dans la bouche d’un Juif, à Pessa’h, c’est impossible.
Et il dit : « J’ai réfléchi à la source de cette force. Et je l’ai attribuée à deux choses : j’avais étudié la ‘Hassidout, et je savais qu’il y avait un Rabbi vivant. »
Voilà les mots que nous dit ce père. Pas un calcul de surface, pas une considération rationnelle de légitimité. Avoir un Rabbi — ce n’est pas quelque chose qui s’ajoute à son existence. C’est quelque chose lié à l’essentiel même de son être.
Le’haïm, Le’haïm !
















