Le lundi 9 mars 2026, Javier Milei, président de l’Argentine, a été accueilli par une ovation debout à l’Université Yechiva de New York, où il a disserté pendant plus d’une heure et demie devant quelque cinq cents étudiants orthodoxes, déclarant sans ambages : « Nous allons gagner la guerre » contre l’Iran, au lendemain d’une visite au Ohel du Rabbi de Loubavitch. Convoquant les enseignements du Rabbi, la mort de Machiavel et les maîtres de l’École autrichienne d’économie dans un même souffle, ce dirigeant non juif a livré une vision du leadership où la morale précède l’efficacité.
Une ovation dans l’auditoire Lamport
Le lundi 9 mars 2026, l’auditoire Lamport de l’Université Yechiva, niché dans le quartier de Washington Heights à Manhattan, a vécu une scène peu ordinaire. Dès que Javier Milei a franchi les portes de la salle, quelque cinq cents étudiants — en majorité des jeunes hommes orthodoxes — se sont levés d’un seul mouvement pour l’acclamer. « Presidente, presidente », scandaient-ils, avant de l’accueillir au cri de « ¡Viva la libertad, carajo ! », formule fétiche du dirigeant argentin, reprise avec un enthousiasme déconcertant au cœur d’une institution académique parmi les plus respectées du monde juif. Accompagné en première rangée de sa sœur et secrétaire générale de la présidence Karina Milei, du chef de cabinet Manuel Adorni et du chancelier Pablo Quirno, le président a pris place avec la décontraction d’un homme visiblement chez lui — ce qui, au fond, dit beaucoup de la nature de son rapport au judaïsme.
Cette visite à l’Université Yechiva constituait l’unique étape académique d’un voyage de trois jours à New York, consacré au renforcement des liens économiques avec les leaders financiers américains. En choisissant cette institution comme seule halte universitaire, Milei a souligné l’importance primordiale qu’il accorde à ce pilier de la transmission des valeurs qu’il admire.
La veille au Ohel : une fidélité qui ne se dément pas
La journée du dimanche précédant la conférence avait déjà donné la tonalité du séjour. Milei s’était rendu au Ohel du Rabbi à Queens, accompagné de sa sœur, de plusieurs ministres et même d’un gouverneur péroniste — détail qui n’a pas manqué de faire sourire les observateurs argentins. Cette visite au mausolée du septième Rabbi de Loubavitch est devenue, au fil des ans, un rituel quasi immuable de chacun de ses passages à New York.
C’est justement cette fidélité qui avait frappé le Rav Ari Berman, recteur de l’Université Yechiva, lors de leur première rencontre à la cérémonie d’investiture de Donald Trump. Le Rav Berman a confié à l’auditoire qu’il avait été profondément ému de voir le président argentin porter sur lui une image du Rabbi de Loubavitch. Il a décrit le rapport de Milei à la Torah non comme un geste symbolique, mais comme un engagement sincère et approfondi. « Sa rigueur et sa valeur morale sont liées à son étude de la Torah, qui va au-delà du simple sionisme », a-t-il dit, avant d’ajouter que la présence de Milei réaffirmait le lien entre leadership et moralité. En présentant son hôte, le Rav Berman a également cité Golda Meir comme figure tutélaire du judaïsme mondial, plaçant d’emblée la soirée sous le signe des grandes figures de l’histoire juive.
« Le président le plus sioniste au monde » : un engagement sans précédent
Avant même d’entrer dans le vif de son exposé, Milei a tenu à clarifier sa position géopolitique avec une franchise qui n’appartient qu’à lui. « Je suis fier d’être le président le plus sioniste au monde », a-t-il lancé, déclenchant une nouvelle salve d’applaudissements. Ce n’est pas la première fois qu’il prononce cette formule, mais dans le contexte d’une escalade militaire en cours au Moyen-Orient, à la suite des frappes conjointes américano-israéliennes contre le régime iranien, les mots résonnaient d’une urgence particulière.
Cet engagement dépasse largement le cadre des communiqués de presse. En avril 2024, la communauté Loubavitch de Surfside, en Floride, lui avait décerné le prix « Ambassadeur international de la Lumière ». En septembre 2025, à New York, il avait reçu aux côtés de Benjamin Netanyahou la Médaille d’or présidentielle de B’nai B’rith International, la plus haute distinction de cette institution. Entre-temps, il avait reçu en Israël le Prix Genèse — surnommé le « Nobel juif » — assorti d’un million de dollars qu’il avait intégralement reversé à la création de l’AFOIA, une organisation dédiée au renforcement des liens diplomatiques, économiques et culturels entre Israël et l’Amérique latine. Son voyage prévu en Israël en avril, lors duquel il comptait officialiser le transfert de l’ambassade argentine de Tel Aviv à Jérusalem, a été suspendu en raison du conflit en cours — une promesse qu’il a réitérée depuis la tribune new-yorkaise.
L’Iran, ennemi déclaré : « Nous allons gagner »
C’est dans ce contexte de guerre ouverte que Milei a prononcé les mots qui ont le plus résonné au-delà des murs de l’auditoire Lamport. Interrogé en fin de séance sur l’issue du conflit, il n’a pas hésité une seconde : « Nous allons gagner. » Il l’a répété, comme pour dissiper tout doute. « L’Iran ne m’est pas sympathique. Ils nous ont mis deux bombes — une à l’AMIA et une à l’ambassade d’Israël. Ce sont donc nos ennemis. Et j’ai en plus une alliance stratégique avec les États-Unis et Israël », a-t-il expliqué, ancrant son alignement géopolitique dans la mémoire douloureuse des attentats qui ont endeuillé la communauté juive d’Argentine. Il a également évoqué la tentative d’assassinat de Donald Trump : « Le monde a été sauvé à un centimètre près. » Sa lecture de la géopolitique régionale ne manquait pas de relief : pour lui, l’Argentine se trouve « du bon côté de l’histoire pour la première fois depuis quatre-vingts ans ». Il a également annoncé ce qu’il appelle « la cerise sur le gâteau » du rééquilibrage mondial en cours : la libération de Cuba.

La sagesse du Rabbi : faire descendre le paradis sur Terre
Interrogé par le Rav Ari Berman sur les conseils qu’il prodiguerait aux étudiants s’apprêtant à embrasser une carrière publique, Javier Milei a convoqué la figure du Rabbi pour illustrer sa philosophie de l’action.
« Comme le disait le Rabbi, il ne s’agit pas seulement de chercher une guidance pour atteindre le paradis, mais de faire descendre le paradis sur Terre. »
Cette formule, en apparence simple, recèle en réalité l’une des idées les plus révolutionnaires de la pensée ‘hassidique loubavitchienne : le concept de Dirah Betachtonim — littéralement, « une demeure dans les mondes inférieurs ». Ce principe, fondé sur une sentence du Midrash Tan’houma selon laquelle D.ieu a désiré s’établir une demeure dans les royaumes d’en bas, constitue la clé de voûte de toute la théologie du Rabbi de Loubavitch. Loin d’être une abstraction mystique réservée aux érudits, cette idée renverse l’ordre conventionnel de la religiosité : ce n’est pas l’homme qui doit s’élever vers le ciel par la méditation ou le retrait du monde, c’est le divin lui-même qui aspire à se révéler pleinement dans la matière, dans le quotidien, dans l’action concrète.
Pour saisir l’audace de cette vision, il faut mesurer ce qu’elle subvertit. La sagesse spirituelle classique tend à hiérarchiser les formes de dévotion : la prière contemplative et l’étude abstraite seraient supérieures à l’acte physique, le monde de l’âme l’emporterait sur le monde des corps. Le Rabbi a précisément inversé cette hiérarchie. C’est dans les lieux les plus éloignés de tout centre religieux, dans les actes les plus ordinaires — nouer des Téfilines, accrocher une Mezouza, allumer des bougies de Chabbat — que l’Essence de D.ieu se manifeste avec le plus d’intensité. Ce monde n’est pas un vestibule : il est le palais lui-même.
C’est de cette conviction théologique que découle directement la stratégie du Rabbi : envoyer des Chlou’him aux quatre coins de la planète, non pour fuir le monde mais pour le sanctifier de l’intérieur, pour en faire le lieu d’une présence divine rendue tangible par les actes humains. Le but n’est pas de quitter la Terre pour atteindre le Ciel, mais de transformer la Terre jusqu’à ce qu’elle devienne le Ciel.
Javier Milei a saisi dans cet enseignement bien plus qu’une belle métaphore spirituelle : il y a trouvé une véritable grammaire de l’action politique. Pour lui, gouverner selon ce principe signifie refuser la séparation stérile entre idéal et réalité, entre principes moraux et décisions concrètes. La liberté économique qu’il défend avec une intransigeance que d’aucuns qualifient de fanatique, il la conçoit non comme une doctrine froide, mais comme l’expression terrestre d’un impératif moral : rendre à chaque être humain la dignité de construire sa propre existence.
Machiavel est mort : la morale comme politique d’État
Au fil de son exposé — dont l’ossature nourrira son prochain livre, intitulé « La morale comme politique d’État » —, Milei a développé sa conviction la plus profonde : la morale doit précéder l’efficacité, y compris en politique. Reprenant un thème déjà développé au Forum de Davos, il a lancé une formule qui a déclenché une nouvelle ovation debout : « Tout ne vaut pas pour gagner une voix. Et c’est pourquoi je le répète : Machiavel est mort, et il est temps de l’enterrer. » Lorsque les applaudissements se sont apaisés, il a poursuivi en revendiquant la philosophie grecque et romaine comme antidote à la décadence occidentale.
« Il faut faire ce qui est juste. Lorsqu’on agit justement, des miracles se produisent. On peut réduire les dépenses publiques de trente pour cent en un mois et quand même gagner les élections par un triomphe retentissant », a-t-il assuré, allusion directe à la trajectoire de son propre gouvernement, qu’il a qualifié de « l’exécutif le plus réformiste non seulement de l’histoire de l’Argentine, mais de l’histoire de l’humanité ». Il a également brocardé les modèles économétriques de ses collègues avec l’ironie dont il est coutumier : « On ne trouve plus de LSD nulle part — les économistes l’ont tout pris. » L’auditoire a ri de bon cœur. Se souvenant de ses études rabbiniques, il a reconnu en plaisantant regretter de ne pas avoir apporté sa propre kippa. Ses références intellectuelles habituelles étaient au rendez-vous : l’économiste espagnol Jesús Huerta de Soto et le libéral argentin Alberto Benegas Lynch, deux piliers de l’École autrichienne qu’il cite comme complémentaires des maîtres de la Torah.
Une foi inébranlable dans la résilience du peuple juif
Abordant les fractures du monde actuel, Milei a mis en garde contre les alliances entre mouvements socialistes et forces islamistes depuis les tragédies du 7 octobre. Sa voix — celle d’un dirigeant sud-américain s’exprimant au cœur d’une New York traversée par ses propres tensions, où un engin explosif avait été lancé le week-end précédent contre la résidence officielle du maire — portait une résonance toute particulière.
« Vous ne pourrez jamais vaincre un peuple qui vit et honore la vie de cette façon. »
Cette déclaration, empreinte d’une certitude historique absolue, ne se veut pas seulement un message de solidarité. C’est l’affirmation d’une foi inébranlable dans la résilience d’un peuple dont les racines morales lui permettent de traverser toutes les tempêtes. Pour Milei, la survie du peuple juif est le garant de la survie des valeurs de liberté qu’il défend.
La gala Algemeiner : « Guerrier de la vérité »
La journée du 9 mars ne s’est pas achevée avec la conférence. En soirée, Milei a participé à la douzième Gala annuelle J100 de l’Algemeiner, un quotidien new-yorkais qui honore chaque année des personnalités ayant exercé une influence positive sur la vie juive. Il y a reçu le prix « Guerrier de la vérité » et a déclaré depuis le podium : « J’apporte tout mon soutien aux États-Unis et à Israël — deux nations qui ont eu le courage de mettre fin à un régime qui menaçait de déstabiliser le monde entier. » Parmi les autres personnalités honorées figuraient le chanteur de heavy metal David Draiman et le financier américain Boaz Weinstein. La présidente de la communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, comptait également parmi les invités de marque. Les entrées à cette gala oscillaient entre 3 600 et 500 000 dollars selon le niveau d’accès — un détail qui dit quelque chose de l’écosystème dans lequel Milei évolue désormais avec une aisance croissante.
Une nouvelle vision du leadership ?
Le passage de Javier Milei à l’Université Yechiva marque une synthèse fascinante entre stratégie économique, exercice du pouvoir et aspiration spirituelle. En reliant l’efficacité du leadership à la fidélité envers des principes ancestraux, il propose un modèle où la morale n’est plus une contrainte, mais le moteur même de la réussite nationale et internationale.
Une question demeure, provocatrice : l’intégration délibérée de valeurs morales traditionnelles pourrait-elle être la clé pour stabiliser une gouvernance moderne en quête de repères ? Tandis que le monde cherche de nouveaux modèles, Milei suggère que les solutions les plus innovantes se trouvent peut-être dans les textes les plus anciens.nciens.
















