Des images impensables ont fait le tour du monde : dans les rues de Londres, de Los Angeles, de Berlin, de Madrid et jusque dans les villes d’Iran, des Israéliens et des Iraniens ont célébré côte à côte la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique depuis trente-cinq ans. Une déferlante d’émotion collective, entre larmes de joie et stupeur incrédule, a traversé des continents entiers en quelques heures. Pour des millions de personnes longtemps opprimées ou menacées par ce régime, c’est l’espoir d’un monde nouveau qui semblait enfin pointer à l’horizon.

 

 

 

Des scènes de liesse inattendues au cœur de Londres

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. À peine les informations faisant état de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, à la suite de frappes aériennes conjointes israélo-américaines sur Téhéran, ont-elles commencé à circuler, que des groupes de personnes ont spontanément envahi les artères de Londres pour exprimer leur joie. Parmi eux, des Israéliens et des Iraniens — deux peuples que des décennies d’hostilité officielle et de propagande haineuse avaient dressés l’un contre l’autre — dansant et chantant ensemble, épaule contre épaule, dans une communion aussi inattendue qu’émouvante. Ces images, largement relayées sur les réseaux sociaux, ont rapidement suscité des réactions dans le monde entier, illustrant une vérité longtemps occultée par la rhétorique des régimes : la distinction fondamentale entre un gouvernement et son peuple.

En Iran, le peuple descend dans la rue malgré tout

La scène la plus saisissante ne se déroulait pourtant pas dans les capitales occidentales, mais au cœur même de l’Iran. Dès les premières heures de l’annonce, des habitants de Téhéran se sont penchés à leurs fenêtres et sur leurs toits pour crier leur joie, jouer de la musique à plein volume et faire éclater des feux d’artifice. Dans les rues de Karaj, en banlieue de Téhéran, des voitures klaxonnaient sans discontinuer pendant que des passants chantaient et levaient les bras au ciel. À Fuladshahr, à Borazjan, à Mamasani, dans les villes de Chiraz, d’Abadan, d’Ispahan, de Kermanshah, de Qazvin et de Sanandaj, des scènes similaires se répétaient jusqu’aux premières heures du matin, dans une liesse que nul n’aurait osé imaginer quelques heures plus tôt.

Ce qui a peut-être frappé le plus les observateurs, c’est la vision de jeunes Iraniens dansant ouvertement dans la rue — un acte que le régime islamique interdit et criminalise depuis la révolution de 1979, le qualifiant de « péché » et d’« acte de lubricité ». Dans un lycée de Téhéran, des lycéennes scandaient « Mort au Velayat » — le système de gouvernement clérical. D’autres criaient depuis leurs fenêtres « Mort à Khamenei », tandis que des habitants proclamaient que « le drapeau de la République islamique sera bientôt abaissé ». À Abdanan, ville de la province du Fars où des manifestants avaient été tués par balles il y a à peine deux mois, des vidéos montraient des jeunes gens danser dans ces mêmes rues qui avaient été le théâtre de massacres. « Tu as criblé le peuple d’Abdanan de balles, mais aujourd’hui c’est le peuple d’Abdanan qui danse sur ta dépouille, criminel Khamenei », écrivait un internaute sous l’une de ces vidéos.

Un habitant de Téhéran, prénommé Farzad, joignable grâce à une connexion Starlink alors que les autorités avaient coupé l’accès à internet, témoignait : « Ça a éclaté d’un seul coup. Les sifflements, les klaxons de voitures et de motos ont envahi l’air en un instant. » Partout se mêlaient l’incrédulité et la liesse. « Je pleure, je ris, je crie et j’éprouve en même temps toutes les émotions du monde », écrivait un autre internaute sur X (ex-Twitter). Certains exprimaient une joie nuancée de mélancolie, conscients que tant de vies avaient été fauchées par ce régime. « Si la nouvelle est vraie, comment tout peut-il se terminer aussi soudainement, comme s’il n’avait jamais existé ? » s’interrogeait l’un d’eux.

La diaspora iranienne en liesse sur trois continents

À des milliers de kilomètres de là, la diaspora iranienne explosait de joie simultanément sur trois continents. À Los Angeles, ville qui abrite la plus grande communauté iranienne au monde — surnommée affectueusement « Irangeles » —, des centaines de personnes ont envahi les rues en brandissant des drapeaux iraniens et américains, scandant « Merci, Bibi » en référence au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Des manifestations spontanées ont également eu lieu à Berlin, à Madrid, à Oslo, à Newcastle, en Australie et dans de nombreuses autres villes, où des Iraniens de l’exil agitaient le drapeau historique persan d’avant la révolution islamique, celui orné du lion et du soleil, symbole de l’Iran d’avant 1979 et d’un futur espéré plus libre.

À Oslo, des milliers de personnes ont pris d’assaut les rues dès l’annonce des premières informations, au son de musiques festives. À Berlin, de grandes rassemblements se sont formés spontanément dans la nuit. En Espagne, à Madrid, des familles iraniennes en exil pleuraient et riaient ensemble. « Les Iraniens du monde entier, de Los Angeles à Téhéran, sont dans les rues, en liesse pure à l’aube d’une Iran nouvelle et libre », déclarait Lisa Daftari, rédactrice en chef de The Foreign Desk. « Ils ont envahi les rues en applaudissant, en agitant le drapeau au lion et au soleil, en dansant ouvertement et en chantant l’ancien hymne national. Il est difficile d’imaginer un peuple si privé de liberté, si désespéré de justice, qu’il acclame des frappes militaires sur son propre sol comme le prix de sa libération. »

Ces célébrations planétaires s’inscrivent dans la continuité du plus grand mouvement de protestation qu’ait connu l’Iran depuis la révolution de 1979. À partir de fin décembre 2025, des soulèvements populaires avaient éclaté dans plus de cent villes à travers tout le pays, provoqués par l’effondrement du rial iranien — qui avait perdu plus de 40 % de sa valeur — et par une inflation galopante. Les revendications économiques avaient rapidement évolué en appels explicites au renversement du régime. Les nuits des 8 et 9 janvier 2026 avaient été les plus meurtrières de l’histoire contemporaine iranienne, lorsque Khamenei avait personnellement ordonné d’écraser les manifestations « par tous les moyens nécessaires ». Le régime avait reconnu 3 117 morts ; des organisations de défense des droits de l’homme en dénombraient plus de 7 000, et certaines estimations dépassaient les 30 000 victimes.

Des chants hébreux et des drapeaux israéliens aux quatre coins du monde

Parmi les images les plus saisissantes qui ont envahi les réseaux sociaux, certaines défiaient tout ce que l’on croyait impossible : dans des pays aussi différents que le Canada, l’Italie, les Pays-Bas et l’Allemagne, des Iraniens se sont rassemblés en cercles de danse, agitant simultanément les drapeaux des États-Unis, d’Israël et le drapeau historique persan au lion et au soleil — symbole de l’Iran d’avant la révolution islamique, qu’ils espèrent voir flotter à nouveau un jour sur Téhéran libérée.

Plus étonnant encore, des chants en hébreu s’échappaient des bouches de ces milliers de danseurs en liesse. « Am Israël Haï » — « Le peuple d’Israël est vivant » — et « Hava Nagila » résonnaient dans les rues de villes européennes et nord-américaines, entonnés par des Iraniens en larmes et en joie, exprimant ainsi une fraternité longtemps étouffée sous le joug d’un régime qui avait fait de la haine d’Israël son credo fondateur. Dans leurs témoignages publiés sur les réseaux sociaux, nombre d’entre eux remerciaient explicitement le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de les avoir « libérés du tyran sanguinaire », après des décennies d’un règne qu’ils comparaient sans détour à celui d’un régime nazi.

C’est cependant une vidéo tournée à Londres qui a brisé tous les records de visionnage, cumulant des millions de vues en quelques heures : on y voyait des Juifs et des Iraniens danser ensemble, côte à côte, dans une même ronde d’allégresse. Cette image, proprement impensable au regard de la géopolitique officielle des dernières décennies, a provoqué une émotion planétaire, rappelant à tous que derrière les haines instrumentalisées par les régimes se trouvent des êtres humains qui, dès lors qu’ils se retrouvent libres, choisissent naturellement la joie partagée.

Un symbole fort au-delà des rivalités politiques

Pour le président américain Donald Trump, qui avait confirmé la mort de Khamenei en le qualifiant d’« un des êtres les plus mauvais de l’Histoire », les frappes conjointes israélo-américaines — baptisées « Opération Lion rugissant » — représentaient un acte de justice à l’égard du peuple iranien. Il avait exhorté les Iraniens à « prendre leur destin en main » et à renverser la direction islamique. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait pour sa part appelé le peuple iranien à se lever. Le président argentin Javier Milei avait salué l’opération, rappelant la responsabilité du régime de Khamenei dans l’attentat de l’AMIA à Buenos Aires en 1994 (2026 dans le calendrier civil), qui avait coûté la vie à 85 personnes.

Les réactions étaient cependant loin d’être univoques sur la scène internationale. Le président iranien Masoud Pezeshkian avait qualifié la mort de Khamenei de « grand crime » et promis des représailles. En Irak, des partisans du régime avaient tenté de prendre d’assaut l’ambassade américaine à Bagdad. Des protestations avaient également eu lieu au Cachemire, à Lucknow et dans d’autres régions à forte population chiite.

Une prudence de mise face à l’immensité du moment

Si l’effervescence était bien réelle d’un bout à l’autre de la planète, certains Iraniens, même parmi les plus opposés au régime, exprimaient une joie mêlée de vertige et de douleur. « Ça me semble si irréel que je ne croirai à la mort de Khamenei que lorsque je verrai son corps », confiait l’un d’eux. D’autres regrettaient qu’il n’ait pas eu à répondre de ses crimes devant un tribunal. Tous, en revanche, portaient le souvenir des victimes du régime : les jeunes tués dans les rues, les prisonniers politiques, les femmes persécutées pour un voile mal noué, les dissidents exécutés à l’aube dans les prisons de la République islamique.

L’avenir de l’Iran restait entouré d’une profonde incertitude. Sans successeur désigné et avec des Gardiens de la Révolution promettant « l’offensive la plus féroce de leur histoire » contre Israël et les États-Unis, la région entrait dans une zone de turbulences sans précédent. Mais pour des millions d’Iraniens, en Iran et à travers le monde, cette nuit du 28 février 2026 resterait gravée dans les mémoires comme celle où, pour la première fois depuis quarante-cinq ans, danser dans la rue était devenu un acte de liberté reconquis.onquis.