Au fil des années, le Rabbi de Loubavitch a abordé à maintes reprises la question de l’argent, de la Tsedaka et de la gestion des biens matériels dans le service divin. À travers ses enseignements, ses directives pratiques et son exemple personnel, il a tracé une voie équilibrée entre l’idéal spirituel et les nécessités concrètes de l’existence. Voici un recueil de ses paroles et de témoignages édifiants sur ce sujet fondamental.
Des Sedarim publics pour répandre la lumière de Pessa’h
Au mois d’Adar Cheni 5746 (1986), les deux Grands Rabbins d’Israël de l’époque, Rav Avraham Shapira et Rav Mordekhaï Eliyahou, rendirent visite au Rabbi. Une longue et passionnante conversation s’engagea, portant sur des sujets de Torah, de Halakha et d’actualité. Au cours de l’échange, le Rabbi proposa que les Rabbanim de chaque localité organisent des Sedarim publics de Pessa’h, auxquels seraient conviés les habitants, et particulièrement les enfants.
Le Rabbi explicita ensuite sa pensée :
« Concrètement, je suis disposé à participer à ces dépenses selon mes moyens, et j’y associerai d’autres personnes qui seront heureuses de contribuer à ces frais. »
Le Rabbi sourit et ajouta :
« Il existe un dicton selon lequel un Juif est par nature un « commerçant »… Moi aussi, je réfléchis déjà à ce que l’on pourra « gagner » de toute cette entreprise après Pessa’h ! Or le « bénéfice » est le suivant : grâce à l’organisation d’un « Seder public » où viendront de « nouveaux visages », une relation se nouera avec les enfants et leurs parents, etc. Il sera alors possible de poursuivre ce lien après Pessa’h également, concernant de nombreux aspects du judaïsme, de la Torah et de ses Mitsvot. »
Plus que ce que le maître de maison fait pour le pauvre
Lors du Farbrenguen du Chabbat Parachat Beréchit 5714 (1953), le Rabbi déclara :
Le Rabbi poursuivit :
« Je ne sais pas si quelqu’un me doit quelque chose »
La veille de Roch Hachana 5712 (1951), après la prière du matin et la cérémonie d’annulation des vœux, le Rabbi déclara que selon les paroles de l’Admour Hazakène, il convient de rédiger un Prozboul la veille de Roch Hachana de l’année de Chemita. Il conclut en s’adressant au Beth Din qui procédait à l’annulation :
« Je ne sais pas si quelqu’un me doit une dette quelconque, mais dans l’affirmative : « Je vous transmets toutes les créances que je possède, afin que je puisse les recouvrer à tout moment. » »
À une autre occasion, le Rabbi évoqua l’interprétation populaire de l’enseignement des Sages : « Rabbi honorait les riches. » Selon cette explication, Rabbi lui-même étant riche, il honorait les riches pour souligner que l’honneur qu’on lui témoignait n’était pas dû à ses qualités et mérites personnels, mais à sa richesse. Le Rabbi s’interrompit alors et dit avec humour :
« En ce qui me concerne, on ne peut me soupçonner de cela — je ne possède ni pierres précieuses, ni argent, ni or… »
Pourquoi Rabbi honorait-il les riches ?
Dans cette même causerie, le Rabbi poursuivit en expliquant la signification profonde de l’enseignement « Rabbi honorait les riches ». Il exposa que la raison essentielle pour laquelle il convient d’honorer les riches est qu’Hachem les honore. De plus, l’épreuve de la richesse est plus grande que celle de la pauvreté : en effet, un pauvre qui ne possède rien n’est pas en mesure d’agir, tandis qu’un riche doit résister à l’épreuve d’utiliser son argent pour les véritables finalités.
Lorsqu’il s’agit de Tsedaka pour une Yechiva, le Rabbi décrivit longuement et en détail les combats intérieurs de l’âme, les hésitations qui se livrent dans le cœur de l’homme lorsque le mauvais penchant s’oppose à lui. Le Yetser Hara’ vient et argumente :
« Pourquoi dépenses-tu ton argent pour ces étudiants de Yechiva ? Ce sont des jeunes gens capables de travailler et de gagner leur vie. Ils sont en mesure de fournir les mêmes efforts que toi. Et simplement parce qu’ils ne veulent pas travailler, tu serais obligé de travailler pour eux et de les entretenir ?! »
Bien plus — poursuit le Yetser —, si au moins ils étudiaient quelque chose d’utile pour le monde moderne, on pourrait encore comprendre la nécessité de les soutenir. Mais ils restent assis à étudier la Torah de D.ieu dans l’esprit ancien et désuet, comme on l’étudiait il y a des années, sans suivre l’air du temps. Est-ce que cela vaut vraiment la peine de gaspiller de l’argent pour cela ?
« Et donc, poursuivit le Rabbi, puisque la richesse constitue une grande épreuve et que malgré cela Hachem leur a accordé cette richesse — cette immense épreuve — en leur confiant ce dépôt avec la confiance qu’ils l’utiliseront comme il se doit : si Hachem les honore, il convient de les honorer également. »
« Puisse D.ieu leur accorder d’utiliser ce dépôt pour sa véritable finalité. »
« Qu’il y ait l’abondance chez tout Juif »
Le 13 Nissan 5735 (1975), le Rabbi convoqua de manière inattendue un groupe de militants Habad pour leur parler de la campagne de l’allumage des bougies de Chabbat. Le Rabbi évoqua la conduite du Tsemah Tsedek, chez qui les meubles n’étaient pas peints mais simplement blanchis, et qui malgré cela encouragea le Rabbi Maharach à ce que ses meubles soient justement peints et avec raffinement.
Le Rabbi conclut :
« J’accepte de tout cœur »
À une autre occasion se déroula un long et fascinant dialogue entre le Rabbi et l’Admour de Kopitchinitz. Le Rabbi le pressait d’accepter qu’il y ait la richesse chez les Juifs. L’Admour hésitait, évoquant les épreuves que cela implique. Mais le Rabbi expliqua que l’épreuve de la pauvreté est plus grande. Il dit également que puisque « aucun banni ne restera rejeté » et que tous feront Techouva, cela inclut aussi les riches. Finalement, l’Admour acquiesça en disant : « J’accepte de tout cœur ! » Le Rabbi en fut satisfait.
La controverse entre Moché Rabbénou et les explorateurs
Rav Yehouda Leib Posner de New York cita dans une lettre des extraits d’un Farbrenguen du Rabbi qui s’était tenu l’un des Chabbatot Mevarekhim, avant la période de la direction.
Le Rabbi demanda : Quel était l’essentiel de la divergence d’opinions entre Moché Rabbénou et les explorateurs ? Et si l’intention des explorateurs était de médire de la Terre, pourquoi en rapportèrent-ils les fruits ?
Le Rabbi expliqua que l’opinion des explorateurs était que leur situation présente dans le désert était meilleure que s’ils entraient en Terre d’Israël. Dans le désert, ils mangeaient la manne « venue du ciel », et même les Mitsvot, ils ne les accomplissaient que spirituellement (à l’instar de la conduite des Patriarches avant le don de la Torah). Ils ne voulaient pas entrer en Terre d’Israël et être contraints de s’occuper de matérialité. Ils préféraient rester « pauvres » dans le désert — comme le Rabbi s’exprima en yiddish : « Tsu blaybn oremlayt in midbar » — plutôt que d’être « riches » en Terre d’Israël, car ils craignaient de ne pouvoir servir D.ieu convenablement au sein d’une richesse matérielle.
Tel était aussi le sens de leur argument : « C’est une terre qui dévore ses habitants » — le Rabbi fit le parallèle : « Comme l’Amérique. » Comme preuve de la richesse prodigieuse qui s’y trouvait, ils montrèrent les fruits en disant « Voici ses fruits », affirmant qu’il était impossible, selon eux, d’être de véritables serviteurs de D.ieu au sein d’une telle opulence.
Moché, quant à lui, soutenait que tout cela était vrai avant le don de la Torah, mais qu’après le don de la Torah, le service divin devait s’accomplir précisément dans la matérialité, et justement au sein de la richesse.
Moché Rabbénou, un « Gabaï Tsedaka » exemplaire
Lors du Farbrenguen du Chabbat Parachat Vayakhel-Pekoudei 5743 (1983), le Rabbi dit que lorsque la Torah relate « Voici les comptes du Tabernacle… », c’est-à-dire que Moché Rabbénou rendit compte aux Enfants d’Israël de tout l’or, l’argent et le cuivre collectés pour la construction du Tabernacle, l’enfant de cinq ans qui étudie la Torah comprend qu’il y a là un enseignement pratique :
Et le Rabbi d’ajouter :
Témoignage du secrétaire personnel
Chaque émissaire doit également se consacrer aux aspects matériels de sa mission. Rav Hodakov déclara un jour à Rav Israël Tsvi Glitzenstein, lors d’un entretien :
Ce qu’un enfant comprend
En Israël, il est de coutume d’envoyer des « Mechoula’him » (émissaires collecteurs) pour recueillir des fonds de Tsedaka. En 5746 (1986), le Rabbi aborda la question du pourcentage que ces collecteurs peuvent percevoir sur les fonds récoltés, et nota :
« La reliure peut être simple »
En 5714 (1954), le Rabbi eut besoin d’un livre intitulé « Kéter Chem Tov » (Coutumes et raisons) paru à Londres, et demanda à Rav Ben-Tsion Chem-Tov de se le procurer. Le Rabbi précisa que ce livre figurait « dans le catalogue d’un libraire à Londres », mais que « comme c’est souvent le cas dans les catalogues, le prix est excessivement élevé ». « Et je vous prie — poursuivit le Rabbi — que celui qui achètera les deux parties mentionnées ci-dessus les envoie ici dans les plus brefs délais, par l’intermédiaire d’un voyageur ou par courrier postal — mais pas par avion. Et il est évident que la reliure peut être simple… car on connaît l’adage de nos Sages selon lequel « la Torah a eu compassion de l’argent d’Israël ». »
Un exemple édifiant
Au fil des années, le Rabbi a servi d’exemple édifiant d’une extrême frugalité, d’économie et de refus du gaspillage. Les secrétaires du Rabbi ont ainsi raconté que le Rabbi écrivait ses réponses en marge des lettres, et qu’il arrachait parfois des morceaux de papier restés vierges des lettres qu’il recevait, afin qu’ils soient utilisés. Pour lui-même, le Rabbi ne demandait rien et se comportait avec une humilité hors du commun.
Voici deux faits datant de la période précédant son accession à la direction du mouvement.
« Nous aussi, nous sommes économes »
Lorsque le Rabbi résidait à Paris, les envois d’argent passaient par lui. Rav Israël Jacobson et d’autres lui envoyaient les chèques, qu’il remettait ensuite selon les instructions du Rabbi précédent. Dans une lettre datée du 20 Chevat 5699 (1939), le Rabbi lui écrit :
« Bien que ce soit une dépense inutile et sans aucune utilité, car dans la grande majorité des cas, le lendemain de la réception des chèques ici, ils les remettent à l’encaissement (si ce n’est pas un Chabbat, etc., bien entendu). Par conséquent, pour l’avenir, on peut facilement estimer le jour où les chèques seront remis à l’encaissement. Et la Torah a eu compassion de l’argent d’Israël, qu’il s’agisse de celui d’un particulier, du public ou du Temple. Nous aussi, nous sommes économes. »
« Télégramme urgent » sans nécessité…
Sur le même sujet : lorsque le Rabbi parla en 5746 de la campagne « Assé Lekha Rav » (« Choisis-toi un Rav »), il raconta entre autres :
Et le Rabbi de poursuivre :
« Cependant, lorsqu’il s’agit d’une affaire susceptible d’apporter un bénéfice pour l’accomplissement de la Torah et des Mitsvot, il vaut la peine de dépenser, même pour un doute ou un doute de doute, plus que quelques pièces.
Le Rabbi sourit alors et dit :
« Il existe de nombreuses voies et moyens pour transmettre cette directive avec la même rapidité et la même efficacité — sans le gaspillage de voyages en avion ! »
« J’ai eu pitié de son argent »
En 5690 (1930), alors que le Rabbi se trouvait à Berlin, Rav Hodakov (qui se trouvait alors auprès du Rabbi précédent à Riga) lui demanda de se procurer des calendriers et des tables horaires, afin de pouvoir imprimer les horaires d’allumage des bougies de Chabbat pour les villes de Russie.
Le Rabbi lui expliqua les tentatives qu’il avait faites pour les obtenir, mais lui proposa une autre solution :
« Je lui répéterai encore une fois ce que je lui ai dit l’année dernière : il trouvera certainement à la bibliothèque de l’université de Riga… dans l’Annuaire astronomique, tout ce qui est nécessaire pour établir le calcul du coucher du soleil selon les horizons de Moscou, Leningrad, etc. J’ai eu pitié de son argent… le prix de chacun est de 12 marks — et je ne les ai pas achetés, car de toute façon, ensuite, il n’en aura plus besoin ; qu’on les lui prête certainement pour quelques jours. »
« Qu’ils ne donnent pas un seul sou »
En 5736 (1976), des négociations étaient en cours concernant l’éviction d’un locataire qui avait envahi la synagogue « Tsemah Tsedek » et les pièces adjacentes dans la Vieille Ville de Jérusalem. Celui-ci refusait de partir sans qu’on lui verse une somme d’argent faramineuse. À Roch ‘Hodech Nissan 5736, à trois heures du matin, Rav Hodakov téléphona au domicile de Rav Ephraïm Wolf à Lod. Il lui lut un billet que le Rabbi avait écrit concernant cette négociation, où il était notamment écrit :
« Et de plus — voler l’argent des institutions de nos Maîtres et Guides, et le donner à cette personne — c’est incroyable. Il semble que tous les ‘Hassidim qui se sont occupés de cette affaire jusqu’à présent l’ont fait de la manière la plus étrange. Et si cette personne n’échange pas son appartement contre un autre sans l’ajout d’un seul sou supplémentaire — qu’ils cessent immédiatement toute discussion avec lui. »
« Et si l’un des ‘Hassidim trouve qu’il est capable de faire quelque chose dans cette affaire — qu’il le fasse uniquement par l’intermédiaire des bureaux officiels, et qu’il ne parle qu’avec le bureau et coupe tout contact avec cette personne, comme mentionné ci-dessus. (Et l’échange d’appartement ne sera pas immédiat.) Ils accompliront certainement tout cela. »
« Ce n’est pas avec de l’argent que vous serez rachetés »
Durant l’été 5726 (1966), l’un des éminents ‘Hassidim, Rav Ben-Tsion Chem-Tov, l’émissaire renommé, fit un Farbrenguen à Kfar Habad lors d’un Chabbat, où il exhorta les ‘Hassidim à donner pour le « Maamad ». Il y eut une certaine impression que c’était comme si cette directive venait du Rabbi. Le Rabbi réagit immédiatement. La veille de Chavouot, les télégrammes suivants furent reçus en Israël :
Premier télégramme :
« Et tous ceux qui veulent véritablement renforcer leur attachement à nos Maîtres et Guides — qu’ils se renforcent avec énergie dans la diffusion des sources et dans la consolidation de leurs institutions. « Ce n’est pas avec de l’argent que vous serez rachetés. »
« Dans l’attente de la confirmation de réception du télégramme et avec bénédiction pour un travail intérieur et pour recevoir la Torah dans la joie et l’intériorité. »
Mena’hem Schneerson
Deuxième télégramme :
Ma double demande est de transmettre tout cela en mon nom. Avec mes sincères remerciements d’avance.
Mena’hem Schneerson »
















