Une exploration des enseignements du Tanya sur la force créatrice divine qui maintient l’univers et donne vie à chaque élément de la création, des cieux jusqu’aux pierres.
Par le Rav Yossef Yitzchak Ofen. / Tanya, deuxième partie : Shaar HaYi’houd VeHaEmouna, chapitre 1, # 2
- L’Unité divine : Comment la parole de D.ieu continue de créer et maintenir l’existence à chaque instant
- La Foi : La compréhension que même la matière inanimée reçoit sa vitalité de la source divine
- Les mécanismes spirituels : Les permutations de lettres, la guématria, et les transformations qui permettent à la lumière divine de se contracter pour créer le monde
Le verset des Psaumes déclare : « À jamais, Éternel, Ta parole subsiste dans les cieux. » Cette parole divine qui a créé les cieux continue d’agir à chaque instant. Ce n’est pas un acte ponctuel du passé, mais une force créatrice permanente qui maintient l’existence de tout l’univers.
La Force Créatrice Continue
La parole divine mentionnée dans ce verset représente la force divine qui crée et maintient en vie l’univers. Cette force n’a pas agi une seule fois lors de la création pour ensuite laisser les cieux exister par eux-mêmes. Au contraire, cette parole continue d’opérer à chaque instant.
Si cette force divine venait à se retirer ne serait-ce qu’un moment, tout retournerait au néant absolu, exactement comme c’était avant la création. Cette vérité ne concerne pas seulement les cieux, mais toutes les créatures dans tous les mondes, supérieurs et inférieurs, et même la matière inanimée.
L’Âme de la Matière Inanimée
Selon l’enseignement de l’Arizal, même la matière inanimée possède une âme. Cette révélation peut paraître surprenante, mais elle devient plus compréhensible à notre époque où nous connaissons les forces atomiques et les énergies considérables contenues dans la matière.
À l’époque de l’Arizal, ces forces physiques n’étaient pas connues, et pourtant il enseignait déjà que même les pierres, la terre et l’eau possèdent une vitalité spirituelle, une âme. Cette âme n’est autre que la force divine, la parole des dix paroles de la création qui donne vie et existence à la matière inanimée, la faisant passer du néant à l’être.
Le Défi des Créatures Non Mentionnées
Une question importante se pose : tous les éléments de la création ne sont pas explicitement mentionnés dans les dix paroles de la création rapportées dans la Torah. Par exemple, le mot « pierre » n’apparaît pas dans ces dix paroles. D’où la pierre tire-t-elle donc sa vitalité si nous affirmons que toutes les créatures doivent recevoir leur force vitale des dix paroles de la création ?
Les Permutations et Transformations des Lettres
La réponse réside dans un système complexe de permutations et de transformations des lettres. La vitalité parvient à la pierre par des combinaisons et des échanges qui se déploient à travers 231 portes, orientées vers l’avant et vers l’arrière, comme l’explique le Sefer Yetsira (Livre de la Formation). De ces transformations émerge la combinaison du nom « pierre » et sa force vitale.
Cette vitalité ne parvient pas directement aux créatures particulières. La lumière divine des dix paroles de la création est trop intense et puissante. Les créatures individuelles ne sont pas capables de recevoir une lumière si intense directement. C’est pourquoi cette lumière doit être voilée et atténuée.
Les Systèmes de Transformation
Les Échanges de Lettres (At-Bash)
Un exemple de transformation est le système appelé At-Bash, où la lettre Aleph s’échange avec Tav. Cela signifie que la lumière divine revêt deux vêtements : d’abord la lettre Aleph, puis la lettre Tav qui habille l’Aleph. Ainsi, avec ces deux vêtements, la lumière devient plus petite et plus concentrée.
La Guématria
Parfois, un seul échange ne suffit pas et il faut effectuer plusieurs transformations ou utiliser la guématria (valeur numérique des lettres). Par exemple, le mot « pierre » (even) provient d’une guématria basée sur le remplissage du nom divin.
Le remplissage signifie que chaque lettre du nom divin est écrite en entier : Youd s’écrit Youd-Vav-Dalet, Hé s’écrit Hé-Aleph, etc. En calculant la valeur numérique de ce remplissage, on obtient 52, qui correspond à la guématria de « ben » (fils). En ajoutant l’Aleph d’un autre nom divin rempli, on forme le mot « Aven » (pierre).
La Sagesse d’Adam Harichon
Cette science des correspondances entre les noms et la vitalité spirituelle n’est pas arbitraire. Elle remonte à Adam Harichon qui, selon le Midrash, a donné des noms à tous les animaux. Sa sagesse dépassait celle des anges car il pouvait percevoir, selon les caractéristiques de l’âme de chaque être vivant, de quelles lettres divines il recevait sa vitalité.
Quand Adam voyait un bœuf, il percevait que sa vitalité provenait des forces divines contenues dans les lettres qui forment le mot « bœuf » (shor), obtenues par des permutations de lettres. De même pour l’âne et toute autre créature. Cette connaissance représentait une sagesse immense que même les anges ne possédaient pas.
Le Système des 231 Portes
Le calcul des 231 portes provient du fait que chaque lettre de l’alphabet hébreu (22 lettres) peut se combiner avec toutes les autres lettres. Chaque lettre a donc 21 combinaisons possibles (avec toutes les autres sauf elle-même). Le calcul donne : 22 × 21 = 462, soit deux fois 231.
Cette distinction entre « face » et « dos » fait référence à un monde supérieur dans l’ordre de l’émanation. Quand le Créateur a contracté la lumière infinie, Il l’a revêtue des lettres et de toutes leurs combinaisons. Mais ces lumières étaient encore trop intenses, nécessitant une contraction supplémentaire.
Le « Pliage » du Vêtement Divin
Le Saint béni soit-Il a alors « plié » le vêtement divin en deux. Les lettres de Lamed à Tav (la seconde moitié de l’alphabet) ont été placées « derrière » les lettres de Aleph à Kaf (la première moitié). Cette configuration a créé un espace libre et a donné naissance au système de combinaisons connu sous le nom d’Al-Bam, où on associe une lettre de la première moitié avec une lettre de la seconde moitié.
L’Universalité du Système
Ce principe s’applique à toutes les créatures du monde. Tous les êtres qui portent un nom en langue sainte (l’hébreu) reçoivent leur vitalité de cette parole divine qui descend de degré en degré depuis les dix paroles de la création, par le biais de permutations et de transformations, jusqu’à ce qu’elle puisse s’habiller et donner vie à chaque créature particulière.
La Nécessité de la Contraction Divine
Cette élaboration complexe de permutations et transformations est nécessaire parce que les créatures individuelles ne peuvent recevoir leur vitalité directement des dix paroles de la création. Cette vitalité, dans sa forme originelle, est d’une grandeur et d’une intensité qui dépassent totalement la capacité de réception des créatures particulières.
La vitalité doit donc descendre et s’enchaîner de degré en degré, se contractant à chaque étape par des échanges, des transformations et des calculs guématriques, jusqu’à ce qu’elle puisse se contracter suffisamment pour s’habiller et créer une créature particulière.
L’Unité de la Torah et du Créateur
Le nom qu’on donne à chaque être en langue sainte constitue le réceptacle de cette vitalité contractée dans les lettres qui descendent des dix paroles de la création de la Torah. Cette vitalité a le pouvoir de créer quelque chose à partir du néant et de lui donner vie éternellement, car la Torah et le Saint béni soit-Il ne font qu’un.
C’est pourquoi il est écrit que le Saint béni soit-Il a créé le monde en contemplant la Torah. Cette contemplation représente la contraction de la vitalité divine, permettant à la création d’exister. La Torah constitue le vêtement de cette lumière divine, comme il est dit : « Il s’enveloppe de lumière comme d’un manteau » – la lumière de la Torah possède un manteau qui lui permet d’être accessible à la création.
Dans ces lettres réside la force infinie capable de créer quelque chose à partir du néant et de lui donner la vie pour l’éternité.















