Entre le tumulte de la libération de Nissan et la révélation de Sivan se trouve Iyar, un mois où chaque jour compte, littéralement. Ce cinquième mois du calendrier hébraïque, écrit mystérieusement avec deux Yod, cache en son nom même les secrets d’une double puissance : celle de la guérison divine et celle de l’abnégation absolue, incarnée par la matriarche Rachel. Découvrez comment cette période unique, entièrement dédiée au compte du Omer, nous invite à un cheminement spirituel vers la perfection du caractère et la préparation intérieure.
Par le Rav Yossef Itshak Havlin, Rav de la communauté Habad de Ramat Shlomo, Jerusalem
La Signification du Mois d’Iyar
Le mois d’Iyar est considéré comme un mois tout à fait particulier dans le calendrier hébraïque. Ce qui rend ce mois unique, c’est qu’il contient une seule Mitsva (commandement) qui s’étend sur tout le mois : le compte du Omer. Bien que le compte du Omer commence en Nissan et se termine en Sivan, c’est uniquement pendant Iyar que cette Mitsva occupe le mois entier.
Ce qui est remarquable avec cette Mitsva, c’est qu’elle est directement liée au temps. Contrairement à d’autres commandements comme les tefillin (phylactères) ou le tsitsit (franges rituelles) qui sont observés quotidiennement mais ne sont pas intrinsèquement liés à des jours spécifiques, le compte du Omer implique de compter les jours eux-mêmes. La Mitsva devient ainsi le temps lui-même, le temps du compte des jours.
Le Nom « Iyar » אייר et ses deux lettres Yod
Selon la tradition, le nom « Iyar » s’écrit avec deux lettres Yod (י) en hébreu, comme cela est prescrit dans le Shoulhan Aroukh concernant l’écriture des actes de divorce. Cette particularité orthographique ouvre la voie à deux interprétations principales :
1. « Ani Hashem Rofé’ha » (אני ה’ רופאך)
Le premier Yod correspond au Yod qui se trouve au début du Nom divin « Avayé » et le second Yod correspond au Yod qui se trouve à la fin du Nom divin « Ado-nay »
La première interprétation voit dans le nom « Iyar » l’acronyme de l’expression « Ani Hashem Rofé’ha » qui signifie « Je suis l’Éternel qui te guérit ». Cette association confère au mois d’Iyar une dimension particulière liée à la guérison et à la santé.
Dans la tradition, « Ani Hashem Rofé’ha » ne désigne pas une guérison ordinaire, mais une guérison divine qui prévient même l’apparition de la maladie. Ce concept fait référence au verset de l’Exode (15:26) : « Toutes les maladies que j’ai infligées à l’Égypte, je ne les mettrai pas sur toi, car Je suis l’Éternel qui te guérit ». Cette promesse divine indique que la guérison divine est préventive et complète.
Une anecdote est souvent partagée concernant les discussions à la table du Seder de Pâque sur le nombre de plaies infligées à l’Égypte – certains sages parlant de 40, 50, voire 200 ou 250 plaies. Cette « compétition » pour augmenter le nombre de plaies n’est pas fortuite : plus on compte de plaies, plus on étend la promesse divine de protection contre ces mêmes afflictions.
2. « Raglei HaMerkavah » (רגלי המרכבה)
La seconde interprétation relie les deux Yod du nom « Iyar » aux « Raglei HaMerkavah », les « pieds du char divin » mentionnés dans la vision d’Ézéchiel. Ces quatre piliers du char divin sont identifiés comme étant Abraham, Isaac, Jacob et Rachel.
Une question se pose naturellement sur la présence de Rachel parmi ces piliers : pourquoi Rachel, qui n’est mère que de deux tribus (Benjamin et Joseph), est-elle incluse au même niveau que les patriarches qui sont à l’origine de tout le peuple d’Israël ?
L’exceptionnelle abnégation de Rachel
Pour répondre à cette question, il est important d’examiner la particularité de la sépulture de Rachel, qui n’est pas enterrée dans la grotte de Ma’hpelah avec les autres patriarches et matriarches, mais sur le chemin de Bethléem.
Deux explications apparemment contradictoires sont proposées dans la tradition pour cette situation :
- Comme une sorte de conséquence pour avoir renoncé à son droit d’être l’épouse exclusive de Jacob
- Comme un choix délibéré pour être présente sur le chemin de l’exil, afin que les Juifs partant en captivité puissent prier sur sa tombe
Ces deux raisons sont en réalité liées à une même qualité de Rachel : son abnégation totale. Rachel a démontré cette qualité en remettant à sa sœur Léa les signes secrets convenus avec Jacob pour leur nuit de noces, acceptant ainsi d’introduire une « rivale » dans sa maison pour épargner l’humiliation à sa sœur.
Cette même qualité d’abnégation est illustrée dans un midrash qui raconte comment, après la destruction du Temple, les patriarches et les matriarches ont plaidé en vain pour le peuple d’Israël. Seule Rachel a réussi à convaincre en comparant son propre sacrifice (accepter une rivale dans sa maison) avec la situation du peuple d’Israël qui avait introduit des idoles dans le Temple.
« Qui a plus de miséricorde, moi ou Toi ? », aurait demandé Rachel à D.ieu. « J’ai eu pitié de ma sœur et j’ai accepté une rivale dans ma maison. Toi dont la miséricorde est bien plus grande, pourquoi ne pardonnes-tu pas à Ton peuple d’avoir introduit une ‘rivale’ dans Ta maison ? »
C’est à cette plaidoirie que D.ieu répond, comme il est dit dans Jérémie, qui est lu comme Haftara de Rosh Hashana : « Une voix se fait entendre à Rama, des lamentations et des pleurs amers : c’est Rachel qui pleure ses enfants… Retiens ta voix de pleurer et tes yeux de verser des larmes, car il y a une récompense pour ton œuvre… tes enfants reviendront dans leur territoire. »
Conclusion : L’Essence du Mois d’Iyar
Le mois d’Iyar, avec ses deux interprétations – guérison divine et abnégation parfaite exemplifiée par Rachel – représente une période propice à la guérison physique et spirituelle.
Cette période du compte du Omer, qui occupe tout le mois d’Iyar, est donc un temps de travail sur soi, de progression spirituelle, et de préparation à la réception de la Torah qui aura lieu en Sivan.
Le mois d’Iyar invite chacun à cultiver les qualités de Rachel : l’abnégation, le sacrifice de soi pour le bien commun, et la capacité à transcender ses propres besoins pour le bien d’autrui, qualités qui sont au cœur même du char divin (Merkavah) et de sa mission de porter la présence divine dans le monde.
















