Parmi les nombreuses traditions qui jalonnent le calendrier juif, le Repas du Machia’h occupe une place à la fois discrète et profondément significative. Célébrée le dernier jour de la fête de Pessah, cette coutume hassidique relie de façon unique l’expérience historique de la libération d’Égypte à l’espérance messianique qui anime la spiritualité juive depuis des millénaires.

 

La Première Séoudat Machia’h

En l’après-midi d’A’haron Chel Pessa’h 5710 (1950), quelques mois après la Histalkout du Rabbi précédent, une Séoudat Machia’h fut organisée dans son appartement, réunissant les anciens Hassidim. À l’issue de la cérémonie, le chant du niggun de l’Alter Rebbe résonna. Les larmes du Rabbi coulaient abondamment, mêlées à celles des participants, dans une atmosphère empreinte d’émotion.

Après Min’ha, tous se rassemblèrent dans le zal pour un Farbrenguen. Le Rabbi aborda un thème central depuis la Histalkout : le Rabbi précédent continue de guider les Hassidim, et ses directives doivent être suivies avec fidélité. L’ambiance était électrisante, bien différente des Farbrenguens habituels du Chabbat Mevar’him. Certains anciens, comme Reb Elya Simpson et Reb Yerachmiel Binyominson, saisirent l’occasion pour demander au Rabbi de livrer un enseignement de Hassidout, espérant qu’il accepterait le Nessiout. Mais le Rabbi déclina doucement.

Ce Farbrenguen, toutefois, fut exceptionnel. Le Rabbi cita la Guemara rapportant les mots de Rebbi avant son départ : «L’banay ani tzarich – J’ai besoin de mes fils.» Il expliqua que, même après le décès d’un Rabbi, il ne s’éloigne pas de ses disciples. Au contraire, il continue de penser à eux et a besoin d’eux pour perpétuer son œuvre dans ce monde. Ces paroles, prononcées avec ferveur, culminèrent dans une affirmation bouleversante : « il nous mènera à accueillir Machia’h ». Les Hassidim, surpris par cette déclaration vibrante, ressentirent l’intensité unique du moment.

Ce fut le premier Farbrenguen de Séoudat Machia’h sous la direction du Rabbi.

Une Tradition qui s’Enracine

L’année suivante, en 5711, l’émotion fut tout aussi palpable. Lors de la récitation de la Haftara, le Rabbi pleura abondamment. Au Farbrenguen, il déclara qu’A’haron Chel Pessa’h est un moment pour «sortir de ses limites». Il prononça de nombreux l’chaim, en distribuant généreusement aux klei kodesh, aux baalei batim, puis aux Ba’hourim. S’adressant à ces derniers, il affirma que le Rabbi précédent avait «planté» en eux des forces spirituelles immenses, les rendant capables d’une croissance exponentielle. Avec une pointe d’humour, il ajouta : «Moi aussi, je suis le Ba’hour du Rabbi, alors je dirai l’chaim !» Ce Farbrenguen, marqué par une Si’ha complète sur la connexion de chaque Juif au Sefer Torah de Machia’h, resta gravé dans les mémoires.

En 5712, l’inspiration fut telle qu’après le départ du Rabbi, des Ba’hourim se mirent à danser devant sa chambre. À leur grande joie, le Rabbi revint et improvisa un second Farbrenguen dans le couloir, mêlant Si’hot, Nigunim et danses. Chaque année, la Séoudat Machia’h devint un événement incontournable, attirant des Hassidim de loin pour vivre ces moments uniques.

Les Racines de la coutume

La tradition de célébrer l’arrivée de Machia’h par un repas à A’haron Chel Pessa’h trouve son origine chez le Baal Shem Tov. Selon le Rabbi précédent, ce jour révèle «une lueur de Machia’h», et le repas, ouvert à tous, incarnait cette promesse. Les Nessié ‘Habad, de génération en génération, ont perpétué cette coutume avec un Seder particulier.

Un épisode marquant eut lieu en 5666 sous la direction du Rabbi Rachab. À la Yéchiva Tom’hei Temimim, les Ba’hourim, habituellement dispersés pendant Yom Tov, furent réunis pour les repas. À A’haron Chel Pessa’h, le Rabbi Rachab accepta de se joindre à eux. Dans une salle ornée de tables disposées en double-‘Het, il dirigea la Séouda, demandant que chaque Ba’hour reçoive quatre coupes de vin, comme au Seder. Après un Maamar, il «acheta» des danses hassidiques, transformant la soirée en une célébration joyeuse et mémorable.

L’Héritage du Rabbi

La Séoudat Machia’h, jadis une coutume méconnue, devint sous la Nessiout du Rabbi une célébration universelle. Publiée dans le Hayom Yom, elle gagna en popularité grâce à l’insistance du Rabbi à la rendre accessible à tous les Juifs. Lors des Farbrenguens d’A’haron Chel Pessa’h, il expliquait que ce jour, marqué par la Haftara évoquant Machia’h, permet de goûter à la rédemption future. Ces rassemblements, empreints d’une élévation spirituelle rare, étaient ponctués de miracles, comme la guérison d’Avraham Popack en 5726 ou l’émouvante distribution de Matsa en 5733, qualifiée de «pain de foi» ou de «pain de guérison».

Les Quatre Coupes : Une Coutume Universelle

La coutume des quatre coupes, instaurée par le Rabbi Rachab en 5666, fut d’abord réservée aux Ba’hourim. En 5713, le Rabbi encouragea tous les Ba’hourim à la suivre, puis, en 5716, il étendit cette pratique à tous les Juifs, soulignant que la diffusion de la Hassidout rendait chacun apte à célébrer Machia’h. En 5725, il appela à populariser cette coutume mondialement, et en 5736, les Chlou’him en Erets Israël reçurent la mission de la propager. Aujourd’hui, la Séoudat Machia’h, avec ses quatre coupes, est célébrée par des Juifs de toutes origines.

Pourquoi un Repas ?

Pourquoi célébrer la révélation de Machia’h par un repas plutôt que par l’étude ou la prière ? Parce que Machia’h transformera le monde entier, y compris sa dimension physique. Manger et boire, actes universels, ancrent cette rédemption dans la réalité tangible, la rendant accessible à tous. En intégrant la nourriture à notre être, nous internalisons l’inspiration de Machia’h, qui guide nos actions tout au long de l’année.

Notre Génération et Machia’h

Pourquoi notre génération, apparemment si humble, célèbre-t-elle Machia’h avec une telle ampleur ? Le Rabbi nous enseigne que, loin d’être une Yéridat Hadorot, nous sommes au sommet des efforts de toutes les générations précédentes. Dans Bati L’gani, il expliqua que notre mission est d’achever leur œuvre en amenant la Shechinah dans ce monde. La Séoudat Machia’h, amplifiée par le Rabbi, reflète cette proximité inédite avec la rédemption. En buvant les quatre coupes avec l’intention de se connecter à Machia’h, nous rendons sa venue tangible, une réalité que nous vivons chaque jour.

Puissions-nous, à travers cette Séouda, mériter la Guéoula Haamitit Véhachléma, et être réunis avec le Rabbi dans la rédemption complète.