Dans un moment de tension croissante au Moyen-Orient, un étudiant de Yechiva interpelle le Rabbi de Loubavitch sur la possibilité de quitter Israël par crainte pour sa sécurité. La réponse du Rabbi, empreinte de sagesse et de fermeté, rappelle un principe fondamental du judaïsme : la responsabilité collective et le courage face à l’adversité. Cette leçon, délivrée il y a des décennies, résonne avec une actualité troublante aujourd’hui.
Un dialogue mémorable lors d’une période de crise
Lors d’une réunion privée (‘ye’hidout’) dans les années 1970, pendant une période de tensions accrues au Moyen-Orient, un étudiant de Yechiva vivant en Israël a demandé au Rabbi s’il pouvait quitter le pays en raison de ses inquiétudes pour sa sécurité personnelle.
La réponse du Rabbi fut directe et sans équivoque : « Votre sang est-il plus rouge que le leur ? » Cette question rhétorique puissante faisait référence à tous les autres Juifs vivant en Israël qui n’avaient pas le privilège ou la possibilité de partir.
Le Rabbi poursuivit en expliquant que fuir dans un moment de danger, alors que d’autres restent et font face à la menace, constituait non seulement un acte d’égoïsme, mais aussi une violation des principes fondamentaux de la responsabilité juive et de la solidarité communautaire.
Le principe talmudique de l’égalité de la vie
Cette réponse s’appuie sur un concept talmudique profond. Dans le Talmud (Pessahim 25b), il est établi qu’aucune vie humaine n’a plus de valeur qu’une autre. Lorsqu’on est confronté à un dilemme moral où sauver sa propre vie signifierait potentiellement mettre en danger celle d’autrui, le principe est clair : « Qui vous dit que votre sang est plus rouge ? Peut-être que le sang de l’autre personne est plus rouge ! »
Le Rabbi appliquait ce principe à la situation de l’étudiant. En cherchant à se mettre en sécurité tout en laissant derrière lui des milliers d’autres Juifs confrontés au même danger, l’étudiant présumait implicitement que sa vie avait plus de valeur que la leur.
La responsabilité collective dans les moments difficiles
Le Rabbi insistait constamment sur le concept d’unité juive et de responsabilité mutuelle (‘Kol Yisrael areivim zeh bazeh’ – tous les Juifs sont garants les uns des autres). Cette responsabilité devient particulièrement cruciale dans les moments de crise.
Partir lorsque la communauté fait face à un danger n’est pas simplement une question de choix personnel, c’est un abandon de cette responsabilité collective. Ceux qui ont les moyens de partir ont souvent aussi les ressources, l’éducation et les capacités pour renforcer et soutenir la communauté dans les moments difficiles.
Le Rabbi souligna que la présence même de Juifs engagés et dévoués en Israël, en particulier pendant les périodes dangereuses, renforce la résolution collective et apporte un soutien spirituel et pratique à ceux qui n’ont pas d’autre choix que de rester.
La confiance en D.ieu versus la fuite devant le danger
Le Rabbi fit également une distinction importante entre la prudence raisonnable et la fuite motivée par la peur. Le judaïsme n’exige pas que l’on se mette inutilement en danger, mais fuir une situation que des milliers d’autres affrontent quotidiennement reflète un manque de foi en la Providence divine et en la mission collective du peuple juif.
Le Rabbi rappelait souvent que la Terre d’Israël est protégée par une surveillance divine spéciale (‘eretz asher einei Hashem Elokekha bah’ – une terre sur laquelle les yeux de D.ieu sont constamment fixés). Cette protection spirituelle ne dispense pas de prendre des précautions raisonnables, mais elle devrait inspirer confiance plutôt que panique.
Une leçon pour notre époque
Cette histoire trouve une résonance particulière aujourd’hui, alors que de nombreux Juifs à travers le monde, y compris en Israël, font face à des défis sécuritaires croissants. La tentation de chercher refuge ailleurs peut être forte, mais le message du Rabbi demeure pertinent : nous partageons une destinée commune et une responsabilité mutuelle.
Les mots du Rabbi nous rappellent que dans les moments de crise, l’unité et la solidarité ne sont pas simplement des valeurs abstraites, mais des obligations concrètes. Abandonner sa communauté dans un moment de besoin n’est pas une solution, c’est une trahison des principes qui ont permis au peuple juif de survivre à travers les millénaires.
Le courage comme valeur juive fondamentale
Au-delà de la question spécifique de quitter Israël, cette histoire enseigne une leçon plus large sur le courage comme valeur juive essentielle. À travers l’histoire, le peuple juif a fait face à d’innombrables dangers et persécutions, et c’est précisément le refus de fuir, combiné à une foi inébranlable, qui a assuré sa survie.
Le Rabbi encourageait constamment ses ‘Hassidim’ et tous les Juifs à agir avec courage et détermination, particulièrement face à l’adversité. Cette force ne vient pas d’une témérité imprudente, mais d’une profonde conviction que chaque Juif a une mission divine à accomplir, et que cette mission ne peut être abandonnée simplement parce que le chemin devient difficile.
Le message final est clair : dans les moments où d’autres comptent sur nous, où la communauté a besoin de chaque personne, nous n’avons pas le luxe de penser uniquement à notre propre sécurité. Notre responsabilité envers le collectif doit guider nos décisions individuelles.

