A la fin de son livre, le prophète Daniel nous décrit la fin des temps. Sur les mots « Heureux celui qui attendra avec confiance… » (Chap. 12, verset 12), Rachi nous donne une clé intéressante : « …dans les temps futurs, notre Messie se cachera, après s’être révélé, puis il se révèlera à nouveau ». Ces idées d’absence et de révélation ne sont pas des innovations de Rachi. Elles sont déjà rapportées par le Midrach qui compare le premier libérateur (Moché rabbénou) au dernier libérateur (Machia’h). Plusieurs similitudes, en effet, existent entre eux au niveau de leurs personnalités et de leurs actions. L’une d’entre elles fait état de trois étapes qui se succèderont avant qu’ils n’amorcent le processus de la délivrance : avant qu’il ne libère les Enfants d’Israël de l’esclavage, Moché leur annonce que D.ieu, par son intermédiaire, va les délivrer. Moché se révèle alors comme libérateur potentiel. Puis pendant un certain temps, on ne le voit plus. Les Textes parlent d’une absence de six mois. Les commentateurs donnent à cette disparition un écho très fort : l’exigence de la délivrance doit venir du peuple qui doit manifester ce désir sans l’impulsion de Moché rabbénou, garantie, en quelque sorte, de la sincérité de cette demande. Puis quand Moché rabbénou réapparaît, il devient le libérateur effectif qui va organiser la sortie d’Egypte. Il en est de même du Rabbi qui, dès qu’il prend la direction du mouvement Loubavitch, s’affirme implicitement comme le Machia’h : « Nous sommes la dernière génération de l’exil et la première de la délivrance… », proclame t-il dans son discours d’intronisation. Nous sommes en 1951. A partir de là, le Rabbi va développer une conception nouvelle de l’action et de l’étude de la Thora qui s’inscrit dans la perspective de la délivrance messianique. C’est là ce que nous pourrions appeler la lente émergence du Machia’h. Puis en 1992, le Rabbi est victime d’une attaque cérébrale qui se reproduira deux ans plus tard, à la même date juive que la première (le 27 du mois d’Adar) pour finalement aboutir à la disparition physique du Rabbi, au mois de Juin 1994 (le 3 du mois de Tamouz). Ce voile est, comme pour Moché rabbénou, l’étape qui précède la réapparition du Rabbi. Il n’a de raison d’être que l’implication du peuple juif dans la précipitation de la délivrance. Tant, en effet, que le Rabbi était physiquement présent parmi nous et qu’il nous encourageait à demander à D.ieu la délivrance, on pouvait douter de notre sincérité. Peut être n’étions nous que le relais passif de la demande du Rabbi ? Mais à présent que nous sommes seuls à demander à D.ieu, l’authenticité de notre désir ne fait plus aucun doute ! Rajoutons cet autre point développé par le Rabbi lui-même : en temps de guerre, lorsque la victoire s’annonce difficile, le roi est parfois contraint de dépenser tous ses trésors pour triompher, au point même de mettre sa vie en jeu pour la victoire. Cette parabole se comprend aisément. A la fin des temps, la pesanteur de l’exil contraint le roi (le Machia’h) à user de toutes ses forces pour amener la délivrance même si pour cela, il doit donner sa vie. De cette comparaison entre Moché rabbénou et le Machia’h, le Rabbi de Gour, plus connu sous le nom de Séfath Emeth, dégage un repère essentiel : la révélation du libérateur et la délivrance effective ne se produisent pas en même temps mais à deux époques différentes. Pour libérer le peuple de l’esclavage, Moché vint en Egypte avant que le processus de la délivrance ne commence. Il en sera de même, ajoute le Séfath Emeth, pour le dernier libérateur qui, dans un premier temps, se révèlera en tant que Machia’h pour amorcer plus tard la délivrance finale.

Gérard Touaty

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