Pour Hol Hamoed, le projet musical « Gaagouim » présente une version restaurée d’un ancien air hassidique, interprété par le Rav Menahem Mendel Amar. Derrière cette mélodie se cache une histoire bouleversante de transmission et de retrouvailles spirituelles.
Le projet musical « Gaagouim » (Nostalgies), fondé par le talentueux compositeur et interprète hassidique Rav Menahem Mendel Amar, offre aux amateurs de musique Habad et hassidique une version authentique du « Nigoun pour Chabbat et Yom Tov » (numéro 78).
Cette mélodie ancienne et particulière était bien connue pendant de nombreuses années parmi les hassidim de Habad, comme en témoignait le regretté Rabbi Shalom Ber Butman : « C’est exactement ainsi qu’on chantait cette mélodie dans les yeshivot Tomkhei Tmimim. »
Au fil des années, une version différente et moins précise s’est répandue. La mélodie présentée aujourd’hui est interprétée selon la version chantée par Rabbi Shimshon Haritonov et d’autres musiciens faisant autorité dans la tradition musicale.
Il est à noter que cette mélodie n’est pas originaire de Habad dans sa source première. Dans ses origines, la structure de la mélodie est similaire à cette version restaurée.
Aujourd’hui, ce Nigoun, dans son style Habad originel, connaît une renaissance grâce à cette nouvelle interprétation, émouvante et inspirante.
Une histoire qui résonne à travers les générations
Le célèbre hazan (chantre) Rav Mordechai Ziegelbaum raconte une histoire étonnante liée à cette mélodie :
« Un certain Chabbat, je me trouvais à Las Vegas pour officier dans la nouvelle synagogue qui venait d’être inaugurée. À l’heure de Minha, tout le monde s’est dirigé vers l’une des nombreuses salles du magnifique bâtiment pour la troisième repas de Chabbat, et je me suis joint à eux. À un moment donné, l’émissaire Habad m’a discrètement demandé si je pouvais honorer l’assemblée d’un chant supplémentaire à la fin du Chabbat. J’ai accepté et j’ai entonné le célèbre ‘Nigoun de Poltava’. Quand j’ai terminé, la mélodie avait déjà pénétré mon âme, et sans demander, j’ai commencé une autre mélodie dont j’ignore le nom mais qui m’est très chère.
Pendant tout le temps où je chantais, j’ai remarqué que le visage d’un des convives avait changé d’expression. Il était assis, hypnotisé, et me fixait intensément. Je ne savais pas de quoi il s’agissait et j’ai continué. À la fin du chant, j’ai vu qu’il était comme sur des charbons ardents. Dès que le silence s’est installé, il a demandé au Rav : ‘Puis-je raconter une histoire ?’ ‘Bien sûr, avec grand plaisir’, a répondu l’émissaire, le Rav Shenowitz.
‘Comme vous le savez’, commença l’homme, membre régulier de la communauté, ‘lors de la dernière fête de Pessah, je n’étais pas ici avec vous. Pendant la fête, j’ai séjourné à Los Angeles avec ma famille chez le Rav Cunin, l’émissaire principal du Rabbi en Californie. Durant la fête, il a raconté plusieurs histoires très intéressantes, mais l’une d’elles a particulièrement capté mon attention.’
‘Il y a des années, au début des années 1970’, raconta le Rav Cunin, ‘j’étais un jeune émissaire qui partait régulièrement, sur instruction du Rabbi, donner des conférences et des cours dans différents campus universitaires à travers les États-Unis. C’était l’époque des hippies, dont la vie tournait autour des drogues, de l’alcool et du rock’n’roll. Les campus grouillaient d’étudiants pour qui la rébellion contre les conventions établies était une seconde nature. Une fois, je me suis retrouvé à l’Université Brandeis dans le Massachusetts.
‘La série de cours que je devais y donner était censée s’étendre sur plusieurs jours. Comme toujours dans ce genre de conférences, il y a une personne, parfois un groupe, qui se donne pour mission de compliquer la vie du conférencier par toutes sortes de questions bizarres et des tentatives incessantes de l’embarrasser. Dans ce cas également, il y avait un perturbateur attitré qui avait décidé de me tourmenter. Il affirmait être un athée complet, ne croyant en rien, qu’il n’y avait pas de maître de la création et que tout fonctionnait par soi-même. Malgré toutes mes tentatives pour réfuter ses arguments, il était clair qu’il m’avait déclaré la guerre.
‘Après plusieurs jours épuisants de discussions et débats idéologiques avec les étudiants, notre ami en tête, une idée m’est venue à l’esprit. Un matin, j’ai décidé de leur apprendre un Nigoun de Habad. J’ai commencé à chanter, puis j’ai répété la même mélodie, et encore une fois, tandis que petit à petit certains d’entre eux se joignaient à moi. J’ai remarqué que ce jeune homme restait assis à sa place, écoutant avec concentration. Lorsque nous avons fini de chanter après une longue heure, cet étudiant qui m’avait tant dérangé s’est approché de moi et a dit d’une voix étranglée : Rabbi, vous m’avez anéanti avec cette mélodie. Je suis simplement bouleversé. Je n’arrive pas à croire que cela se produise.
‘Que se passe-t-il ?’, ai-je demandé avec curiosité. ‘Je vais vous raconter une histoire’, a répondu l’étudiant athée.
‘J’ai grandi dans une ferme isolée au milieu de nulle part dans l’Iowa, connu pour ses immenses pâturages’, commença l’étudiant. ‘Nous vivions dans une maison privée située à une bonne demi-heure de route de la maison la plus proche. Je savais que j’étais juif, rien de plus. Comme vous pouvez le voir, je ne crois pas non plus qu’il y ait un créateur du monde. Dans notre maison vivait aussi mon grand-père, le père de ma mère, qui était un vieil homme qui avait quitté la Russie à un moment donné et était arrivé aux États-Unis. Comme il n’avait pas d’autres parents que ma mère, il vivait avec nous. Grand-père, qui était un juif croyant et observait la cacherout, ne goûtait rien des plats de ma mère. Il se nourrissait de fruits et légumes, et avait une petite casserole dans laquelle il cuisait parfois des œufs durs ou des pommes de terre. Je l’aimais bien malgré la différence d’âge qui ne laissait pas beaucoup de place à la conversation.’
‘Un matin’, poursuit l’étudiant athée, ‘alors que je me préparais pour le transport scolaire vers l’école régionale, grand-père m’a appelé et m’a gentiment assis sur ses genoux, en me disant : ‘Je veux t’apprendre quelque chose. Une vieille mélodie que je connais. Souviens-toi en, mon cher petit-fils, et ne l’oublie pas. Un jour, elle t’aidera.’ Et alors grand-père a commencé à chanter la mélodie tandis que j’étais assis sur ses genoux. Il l’a chantée plusieurs fois, et j’ai écouté attentivement. Quand il fut temps d’aller à l’école, j’ai quitté grand-père et suis sorti de la maison. Lorsque je suis rentré ce jour-là de l’école, grand-père n’était plus parmi les vivants. Une crise cardiaque soudaine l’avait frappé et il nous avait quittés pour toujours.
‘J’ai essayé de me souvenir de cette mélodie que grand-père m’avait apprise ce matin-là, mais en vain. Elle avait comme été effacée de ma mémoire, et je n’ai jamais réussi à la retrouver depuis.’
‘Les années ont passé. Grand-père est resté dans mon cœur comme un souvenir vague, et la vie a continué son cours. Je suis arrivé à l’université, dépourvu de toute foi et rejetant de nombreuses conventions. Depuis, j’ai essayé maintes fois de me souvenir de cette belle mélodie, mais tous mes efforts ont été vains. Parfois, elle était sur le bout de ma langue, mais dès que j’essayais de la fredonner, elle m’échappait à nouveau. Maintenant, quand vous avez joué cette mélodie’, continua l’étudiant avec émotion en s’adressant au Rav Cunin, ‘tout est remonté d’un coup. C’est la mélodie que grand-père m’a apprise assis sur ses genoux ce matin avant son décès.’
‘Bien sûr, à partir de ce moment, il a cessé de perturber et est devenu beaucoup plus attentif et ouvert à écouter les cours et les conférences que je donnais’, conclut le Rav Cunin.
‘Depuis Pessah, j’essaie désespérément de me souvenir de cette mélodie sans y parvenir’, poursuivit le fidèle lors du troisième repas de Chabbat à Las Vegas. ‘Maintenant, quand vous avez soudainement commencé à chanter cette mélodie, je m’en suis souvenu à nouveau.’
Le silence s’est installé à l’écoute de cette histoire émouvante, et nous avons tous repris la mélodie ensemble. »
Interprétation : Rav Menahem Mendel Amar
Arrangement : Oved Monis
Violon et production musicale : Mordechai Brotzky
Clarinette : Meir Wellner
Conseil et accompagnement : Rav Haim Weiss
















