Le sujet dont nous voulons parler est celui de la confiance en soi soi. Toute la série porte sur l’estime de soi, l’image de soi. Commençons par définir ce qu’est la confiance en soi soi dans le judaïsme et comment cela s’accorde avec la notion que l’homme ne devrait rien penser de lui-même. Aujourd’hui, il y a toute une industrie sur l’estime de soi. Pourquoi en parle-t-on autant de nos jours ? En parlait-on aussi autrefois ? Mais avant tout, définissons ce concept.
Voici une version plus concise du texte, sans développements supplémentaires :
La confiance en soi, c’est se sentir utile et avoir la conviction que notre existence a un sens. C’est avoir conscience que nous sommes là pour accomplir une mission unique qui nous est propre, grâce aux dons et à la personnalité singulière que nous possédons.
Lorsque cette valeur est reconnue et respectée par notre entourage, elle devient aussi vitale à notre épanouissement que l’oxygène l’est à notre corps. À l’inverse, le mépris et l’indifférence la laissent dépérir.
L’estime de soi est un besoin fondamental. Elle est à la base de notre motivation, notre créativité, notre capacité à faire face aux défis de la vie. Une personne qui se sent précieuse et utile trouvera la force de se dépasser et d’apporter sa contribution unique au monde.
Cette confiance se construit dès l’enfance, au travers du regard bienveillant de nos proches. Mais c’est ensuite à chacun d’en prendre soin, en l’enrichissant de réussites et en s’entourant de personnes qui nous confirment notre valeur.
Cultiver l’estime de soi en soi-même et chez ceux dont on a la charge est l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse faire, pour permettre à chacun de s’épanouir et de réaliser son potentiel unique.
À l’époque, je venais d’envoyer mon fils aîné en internat à la Yeshiva pour trois ans et j’en étais très affecté. Je me désolais à l’idée de ne plus le voir qu’un Shabbat par mois. Mais lors de cette conférence, j’ai entendu quelque chose de votre part, presque par hasard, qui a changé ma vie. Vous avez dit que deux ou trois fois par semaine, il faut téléphoner à son enfant parti au loin, prendre régulièrement de ses nouvelles, s’intéresser à lui.
C’est ce que j’ai fait. J’ai pris sur moi d’appeler chacun de mes deux fils à la Yeshiva presque chaque jour, au retour de mes conférences le soir. Parfois nous ne parlons pas beaucoup, juste une minute pour savoir comment ça va. Mais le simple fait que sur l’écran de son téléphone s’affiche « Papa a appelé », le simple fait qu’il voie que son père a pensé à lui, l’a cherché, cela donne à l’enfant le sentiment d’être important aux yeux de quelqu’un, d’avoir de la valeur.
C’est le premier stade, crucial, pour faire grandir un enfant sain : lui donner par mille petits gestes quotidiens le sentiment qu’on est heureux qu’il soit là. La Torah elle-même commence par là. Rachi dit que le monde a été créé pour le peuple juif, appelé « Réchit ». Avant même de donner la Torah, avant même de faire sortir les Hébreux d’Égypte, D.ieu leur dit : vous êtes mes enfants, vous avez de la valeur à mes yeux, vous avez une destinée supérieure, vous êtes un « royaume de prêtres et une nation sainte ».
La Hassidout enseigne que l’amour de D.ieu est inconditionnel. Au plus bas de l’impureté, sans Mitsvot, D.ieu aime chaque juif. C’est cela qu’un parent doit transmettre : la joie pure de l’existence de son enfant, une affection sans condition.
Mais il y a une deuxième étape : amener l’enfant à prendre conscience qu’il est capable de réussir. Un bon éducateur m’a appris cela et j’y attache une grande importance. L’homme doit apprendre à se dépasser, en relevant des défis à sa portée, en vivant des réussites. Cela développe le sentiment d’être capable, d’être créatif, de pouvoir surmonter ses peurs et son indolence pour réaliser quelque chose.
J’incite constamment mes enfants à faire plus que le minimum, à mémoriser de nombreux chapitres de Michna pour leur Bar Mitsva. J’y mets le prix car je veux qu’ils sachent qu’ils peuvent réussir, qu’ils sont plus forts que leur paresse. C’est une des plus grandes bénédictions qu’un parent puisse donner.
Lorsqu’on exige d’un enfant avec bienveillance de ranger sa chambre ou de bien se tenir, il comprend qu’on croit en ses capacités. À l’inverse, un enfant à qui on passe tout apprend juste à esquiver les efforts. Plus tard, il n’arrivera pas à s’engager dans le travail, dans son couple, dans la vie. Ses parents auront repoussé son éducation sans la lui épargner. L’essence de l’estime de soi est de se savoir capable de réussir, de se dépasser.
En résumé, la confiance en soi soi est l’oxygène de l’âme, elle est vitale. Elle naît dans un environnement aimant, qui donne à l’enfant le sentiment d’être précieux et désiré. Mais il faut aussi, avec bienveillance, amener l’enfant à prendre conscience de son potentiel au travers de défis et de réussites. C’est un grand cadeau à lui faire.
Le lieu où l’on a le plus besoin de se sentir valorisé, c’est dans son foyer. Beaucoup de problèmes de couple viennent de là. Les conjoints attendent de l’autre qu’il les fasse se sentir exceptionnels, importants. Quand ces attentes sont déçues, c’est la crise. Pourtant, l’autre demande la même chose ! Les gens se marient aujourd’hui pour se sentir plus grands, plus accomplis grâce à leur partenaire. En donnant à l’autre le sentiment d’être unique et désiré, par de petites attentions quotidiennes, on renforce son couple et on en ressort soi-même grandi.
De la même façon, ceux qui n’ont pas reçu assez d’amour dans leur enfance doivent faire tout leur possible pour le donner à leur conjoint, sans condition. C’est un défi, mais c’est le plus beau cadeau qu’on puisse faire. Comme le Rabbi disait à propos du temps qu’il consacrait à boire un thé chaque jour avec la Rabbanit : « ces instants m’étaient aussi précieux que de mettre les Tefilines le matin ». Même surchargé, même la veille de Kippour, il faut trouver chaque jour un moment à consacrer à son conjoint, pour construire la confiance et l’estime mutuelle.
En conclusion, l’estime de soi est un besoin fondamental. Elle naît dans une enfance aimante et un environnement positif, qui amène l’enfant puis l’adulte à réaliser son potentiel. Et elle doit constamment être nourrie, dans le couple et la famille, par une multitude de petits gestes du quotidien, pour construire des liens solides et des personnes accomplies.
Le Rav Shneor Zalman Ashkenazi, né en 1980, est un émissaire du Rabbi et Rav de la synagogue centrale de Rashon LeZion en Israël. Il est un conférencier recherché qui écrit et édite également des ouvrages mettant à disposition les enseignements du Rabbi.














